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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 21:36

Aujourd'hui, c'est le jour du départ. Nous nous levons tranquillement et rejoignons nos collègues pour déjeuner. Xavier reprend le travail ce matin et nous quitte pour rejoindre son boulot. Christophe va partir avec Olivier pour essayer de trouver une boutique de souvenirs sur Kourou. Je reste pour garder la maison car Xavier a perdu le double de ses clés de maison et nous ne pouvons donc pas fermer. 

Pendant ce temps, je termine mes bagages, j'enveloppe mes crânes qui sentent encore fort dans des sacs plastiques puis dans des vêtements avant de les caler dans ma valise qui voyagera en soute. Une fois ma valise terminée, je regarde un peu la télé en attendant leur retour.

Dès que Christophe arrive, c'est moi qui pars avec lui. Il me conduit dans un grand magasin de souvenirs où j’achète quelques babioles pour ramener mais je ne peux pas prendre trop de chose car je suis déjà limite pour le poids de ma valise qui ne doit pas dépasser 23 kg. Olivier qui a un peu plus de place va prendre mes produits anti-moustique et mon sabre que Xavier m'a offert. Christophe me conduit ensuite au bord de l'océan que je n'ai pas encore vraiment vu.

Nous nous garons au bord de la route, un chemin de sable blanc conduit sur une zone où quelques petits cabés en dur côtoient des palmiers. On distingue une belle plage de sable blanc derrière.

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

Nous nous avançons vers la plage, en arrivant près des palmiers j'ai une meilleure vision sur cette plage qui ressemble à un paysage de carte postale.

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

Arrivé sur la plage, je constate que l'eau est loin d'être claire et limpide, la forte quantité d'alluvions charriée par les nombreux fleuves qui débouchent sur l'océan donne une couleur terreuse à l'eau. Christophe me fait une petite visite guidée du secteur. Sur notre gauche c'est la plage de Kourou qui s'étend jusqu'à la forêt de palétuviers, la mangrove qui termine la propriété du centre spatial au bord de l'océan. Un urubu passe tranquillement en survolant la plage.

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

En face de nous, ce sont les îles du Salut ou se trouve l'ancien bagne ou pourrissaient nos prisonniers dont on voulait se débarrasser en métropole par le passé.

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

L'océan est assez agité, Xavier nous a expliqué qu'il ne se calme que 3 mois par an, c'est la période qu'il choisit pour aller pêcher près de ces îles, c'est également la période où les poissons viennent autour des îles. Sur la droite, La plage de Cayenne.

Nous rentrons chez Xavier pour préparer le repas. En route nous discutons de mes crânes dans la valise et j'espère qu'ils vont passer sans problème la douane. Ce sont des crânes d'espèces chassables mais bon, la législation étant très compliquée, j'ai un peu peur de me les faire saisir. Xavier nous rejoint pour manger en début d'après-midi. Christophe nous fait goutter une sorte de semoule de manioc, le couac qui est typique d'ici en nous disant qu'il nous faut goûter ça avant de quitter la Guyane. Une fois tous nos bagages terminés et un brin de ménage fait dans nos appartements, Xavier qui a pris son après-midi, nous amène sur Cayenne pour nous laisser à l'aéroport.

En route nous nous arrêtons chez un de ses amis pour lui rendre 2 des glacières qu'il lui avait prêtées. Arrivés à l'aéroport, Nous partons enregistrer nos bagages vers 16h30, Xavier nous attend dehors pour prendre un dernier pot avant notre départ. Nous enregistrons donc nos bagages, je croise les doigts car j'ai peur de dépasser le poids maximum mais non, je passe juste à 23 kg. Nous partons ensuite vers le tapis roulant des hors gabarit pour l'acheminement vers notre avion. Les 2 valises des collègues sont sur le tapis roulant, coincées juste avant les lanières plastiques, pour l'examen au rayon X, quand j'arrive.

Elles finissent par passer et un agent me demande de poser ma valise sur le tapis roulant. Mais alors qu'elle va passer les lanières en plastique, une dame m'interpelle derrière sa vitre de protection. Je peine un moment à comprendre ce qu'elle me dit puis entends le mot "arc" et je comprends alors qu'il y a un problème avec nos bagages. Je lui fait répéter plusieurs fois pour comprendre qu'il faut que nous lui laissions nos billets d'avions et que nous repartions à l'enregistrement avant de la rejoindre pour une fouille complète de nos bagages.

Je commence à stresser pour mes crânes. Nous repartons donc pour l'enregistrement en laissant nos billets d'avion à cette dame. L'attente se fait de plus en plus longue et Xavier nous attend toujours. Au bout d'un long moment on nous demande de revenir vers le tapis roulant, il semblerait que nous ayons mal compris et qu'il nous faut récupérer nos billets avant de revenir à l'enregistrement. Nous nous exécutons. De retour à l'enregistrement, nous expliquons la situation au guichetier qui nous conseille de lui laisser nos bagages à main car il va nous falloir sortir à l'extérieur du bâtiment pour la fouille des bagages. Nous allons passer par une fouille au corps et une fouille totale de nos bagages à main s'ils sortent avec nous.

Nous les lui laissons donc, au bout d'un moment une autre dame vient nous chercher et nous emmène vers la sortie, nous lui demandons pourquoi cette fouille et elle nous explique que c'est la procédure pour les bagages hors gabarit. Nous pensons plutôt que c'est à cause de notre matériel de chasse car j'ai cru comprendre qu'une autre personne allait être fouillée avant nous et qu'une arme à feu avait été détectée au rayon X dans son sac. Nous passons par une fouille au corps complète avant de sortir pour longer le bâtiment et atteindre l'arrière du local au se trouve la dame qui nous a pris nos billets tout à l'heure.

Une personne est déjà en train de se faire fouiller son sac, c'est le fameux voyageur possédant une arme. Nous attendons un moment, ce qui me permet de stresser encore un peu plus. Après une attente qui m'a parue assez longue, le passager ressort en plaisantant et c'est Olivier qui passe en premier. La porte se referme derrière lui et nous attendons à nouveau un bon moment. Entre temps, des gendarmes sortent en nous saluant du local, j'entrevois Olivier au sol avec tout le contenu de sa valise autour de lui et de nombreuses personnes qui l'entourent.

Au bout d'un moment, nous appelons Xavier pour lui expliquer la situation, il ne peut plus nous attendre car il a un rendez-vous et part sans que nous ayons pu le remercier et le saluer une dernière fois. Il fait une chaleur épouvantable et je dégouline de sueur. Olivier finit par sortir souriant, il a galéré pour refaire sa valise mais sa fouille a en fait tournée à un questionnement de plusieurs curieux sur notre mode de chasse peu ou pas connu en Guyane.

La fouille s'est passée avec un attroupement de curieux qui ont, semble t-il, été très sympathiques. Rapidement c'est à mon tour de passer, j'essaye de ne pas me montrer stressé et d'intérioriser un maximum. Une odeur de mort émane de mon sac et a embaumé la petite pièce climatisée. Je suis sûr qu’ils vont me poser des questions sur mes crânes mais la responsable me dit qu'elle veut juste voir mon arc avec un grand sourire et que ce n'est pas la peine de vider complètement ma valise.

Je suis rassuré, j'ouvre donc le cadenas du compartiment arc et lui montre mon arc et mes flèches tout en répondant à quelques questions sur mon séjour puis referme ma valise et sors rapidement de la pièce pour laisser ma place à Christophe. Sa fouille sera aussi rapide que la mienne c'est le pauvre Olivier qui aura galéré pour nous tous mais je pense qu'il m'a sauvé d'une fouille beaucoup plus pénible et compliquée. Nous attendons la sortie de Christophe en plaisantant un peu pour faire baisser la pression du stress.

Dès que Christophe arrive, nous partons chercher nos bagages à main puis boire un coup pour discuter un peu de notre séjour autour d'un verre avant de partir nous asseoir pour attendre notre avion dans un grand hall. Nous finissons par être appelés vers 20 heures pour l'embarquement. Nous montons à bord. Il fait nuit, de sa place Olivier prends une dernière photo de l'aéroport de Cayenne avant le décollage.

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

Nous allons voyager de nuit mais contrairement à mes collègues, qui trouveront le sommeil assez facilement, je ne vais pratiquement pas dormir du trajet à cause des gamins qui passeront leur temps à hurler et de l'inconfort dû à mes jambes un peu trop longues. Je passerais mon temps à regarder des films entre quelques très courts sommes. Mais, cette fois, je ne serais pas malade.

Dans le repas qui nous est servi, il y a une portion de couac préparé ce qui m'amuse beaucoup car nous avions failli ne pas en manger avant de partir et je n'avais pas été fan de cette spécialité locale à midi. 

Après de longues heures de vol, le jour se lève alors que nous survolons la France, le paysage à bien changé en quelques heures, la forêt a fait place à des parcelles cultivées, de petites forêts, des bosquets et des villes. Le jaune des parcelles de colza tranche dans le vert de la campagne. Nous arrivons à Orly vers 8h30 mais devons attendre un long moment devant le tapis roulant pour récupérer nos bagages. Nous retrouvons ensuite les parents de ma compagne qui nous ont gentiment amené ma voiture puis prenons la route pour rentrer chez nous. Le retour sera rude et nous nous relaierons avec Christophe pour conduire jusque chez moi, laissant dormir Olivier qui terminera la route jusqu'en Ariège.

Je terminerais cette chronique guyanaise par des très grands remerciements, tout d'abord à Olivier et Christophe pour leur invitation, sans eux, je n'aurais jamais accompli ce beau voyage de chasse, ensuite à Xavier pour son accueil chaleureux, ses conseils, ses bons petits plats et tout le reste, à Daniel sans qui je n'aurais jamais retrouvé mon capibara et sans qui je n'aurais pas manger une aussi bonne blanquette, aux parents de ma compagne qui nous ont hébergé avec Christophe la veille de notre départ et nous ont ramené la voiture à l'aéroport avec le plein et un lavage au rouleau (j'ai honte) et enfin à ma petite Méli qui m'a laissé partir loin d'elle pendant plus de 2 semaines et qui s'est occupée de tout à la maison pendant que moi je chassais tranquillement ou presque.

J'ai, en plus d'avoir passé un super séjour, fait de belles rencontres et construis, je pense, de très bonnes amitiés avec Christophe, Olivier et Xavier. J'ai donc pu ramener 2 beaux crânes de mon séjour, un crâne de caïman

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014
Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

et un beau crâne de capibara qui, mis à côté de celui de son cousin ragondin (environ 5 à 6 kg) qui a colonisé nos campagnes, semble démesuré.

Chronique guyanaise, le jour du retour, 7 avril 2014

Il me faudra plusieurs jours pour récupérer du décalage horaire de 5 heures. 

 

Alex 

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 16:58

Ce matin, après une bonne nuit (ou plutôt matinée) réparatrice dans un bon lit nous nous levons pour rejoindre Xavier et Christophe. Il nous faut finir de ranger nos affaires et préparer nos prises. Après un petit déjeuner très décalé car la matinée est déjà bien entamée, nous descendons pour nous occuper du gibier.

Nous commençons par les caïmans, les 2 plus petits doivent être pelés et découpés en morceaux pour être préparés en fricassée. Christophe s'occupe du plus petit et je prends la femelle. J'ai vu sur Youtube, avant de partir, une vidéo qui explique comment peler un alligator

et décide de tester ça sur mon caïman. Je détache donc les 4 pattes puis commence à peler le corps mais sans détacher la peau très dure du dos. Cette opération facilite grandement le dépeçage.

Pendant que nous dépeçons, Xavier part avec nos affaires salles au lavomatique pour faire une bonne lessive que nous pourrons ainsi faire sécher avant de partir. Les 2 petits caïmans dépecés, nous nous attaquons aux gros qui eux doivent être ébouillantés et raclés. Pendant ce temps Olivier par mettre les peaux de caïman sur la clôture de Xavier où elles vont rejoindre d'autres peaux qui décorent déjà le tour de la propriété.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Christophe ira même rajouter celle de la biche à la demande de Xavier. Ces peaux ne tardent pas à attirer les urubus qui volent très bas au-dessus du terrain. Pendant que nous raclons les caïmans, Xavier revient de Kourou et Daniel arrive également.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Il nous a ramené du capibara préparé en blanquette et confit en papillote pour le repas de midi (ou plutôt de l'après-midi). Nous ébouillantons nos caïmans, partie par partie en les arrosant d'eau bouillante, au-dessus de la bassine mise à chauffer au-dessus du feu près de la cabane utilisée par Xavier pour préparer le gibier, où nous avons déjà dépecé le capibara et la biche. Une fois la partie ébouillantée raclée nous transportons le caïman vers la bassine

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

puis l'arrosons avec une casserole ou le trempons suivant la partie à racler puis retournons au raclage.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Une fois ébouillantées les écailles s'enlèvent très bien en grattant avec un couteau et pour les finitions nous utilisons une brosse à poils très durs.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Une fois complètement raclé les caïmans deviennent presque blancs.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Xavier s'occupe ensuite de les couper en 2 puis en 4

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

avant de conditionner les parts en sacs, les différents lots de féfés, comme ils appellent les caïmans ici, seront ensuite distribués à des amis. La meilleure viande se trouvant dans la queue Xavier tente de répartir les morceaux de façon équitable dans les sacs.

Je pars ensuite étendre la lessive alors que Xavier et Olivier s'occupent des oiseaux, les hoccos doivent être plumés et vidés alors que les agamis réservés par un ami indien de Xavier sont juste vidés. Les moitiés de pécaris sont également débitées. Une fois tout ce gibier conditionné et au frais  nous partons manger. Xavier nous a ramené une surprise de Kourou, il a acheté un sabre pour Olivier et un pour moi et nous les a dédicacé, c'est vraiment super sympa, je suis touché par ce geste.

Daniel, de son côté, m'a dédicacé sa blanquette, je vais garder précieusement ce couvercle de barquette.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Nous commençons par ce plat qui est vraiment délicieux, on croirait du bon veau. La fibre de la viande est exactement la même. Nous n'en laisserons pas une miette puis nous nous attaquons au confit en papillote qui est lui aussi excellent. Daniel et non seulement un très bon chasseur de capibara mais il est également très fort pour préparer cette viande et la cuisiner. Il est aussi un très bon dessinateur. Il a orné une belle pagaie en bois dans le salon de Xavier.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Le repas terminé, Daniel va nous quitter. Christophe va tenter de joindre, mais sans succès, le propriétaire de la ferme au capibara pour tenter d'en faire tirer un à Olivier ce soir ou demain matin.

Nous descendons donc pour ranger nos affaires et nettoyer la barque et les glacières. C'est Olivier qui se colle au nettoyage avec le karcher. Je sais que je ne rechasserai pas avant de partir, je boucle donc mes bagages à peu de chose près et ne garde que des affaires qui me servirons pour aujourd'hui et demain et les affaires qui sèchent encore puis je vais m'occuper de mes crânes. Je termine de nettoyer le crâne de caïman et finis de nettoyer celui du capibara qui a été attaqué par les asticots pendant notre séjour en forêt. Ils ont terminé de manger les dernières traces de viande. Je le rince donc bien à l'eau puis le met à sécher avant de recoller les dents qui sont toutes tombées.

Olivier a bien bossé, la barque

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

et les glacières sont nickels

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

et il attaque lui aussi de ranger ses affaires car la sortie capibara de demain est compromise. Tous ces bagages pliés nous rapprochent déjà du départ.

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

Le reste de l'après-midi sera consacré à la détente. Olivier en profitera pour faire un bon nombre de photos dans le jardin de Xavier. Je vais réussir à photographier un beau colibri vert métallisé, posé sur le massif fleuri

Chronique guyanaise, un courte journée mais bien remplie, 6 avril 2014

et à faire 2 petits films où on le voit posé tiré sa longue langue qui lui sert à puiser le nectar au fond des fleurs

et une autre où on le voit se nourrir en vol.

Après le repas du soir nous en profitons pour visionner nos photos et vidéos sur la télé de Xavier. Je vais ainsi me rendre compte que ma vidéo de la chasse au capibara ne donne pas grand-chose. Je suis vraiment déçu.

 

Alex

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 19:50

Ce matin, le réveil est difficile car la nuit n'a pas été très bonne. Xavier qui nous rejoint pour le déjeuner n'a pas bien dormi lui non plus. Ce ne sont pas les ronflements qui l'on dérangé mais un porc et pic arboricole (coendou)

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

qui avait décidé de traverser d'un arbre à un autre en passant par la bâche qui couvre son hamac en émettant de petits grognements. Il a été obligé de se lever pour le déloger et reprendre sa nuit.

Je me prépare et passe ma pommade avant de déjeuner. Mon repas terminé, je pars prendre quelques photos de mes caïmans d'hier soir avant de les vider.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Le plus petit se fait facilement, la technique et simple, il faut ouvrir l'animal coté ventre du cloaque à la tête puis découper le tour du cloaque et retirer ensuite toutes les tripes et les organes internes en remontant jusqu'à la tête puis couper la tête. Le gros par contre est beaucoup plus difficile à ouvrir, j'essaie de suivre la jonction entre les écailles qui est moins dure à couper mais je mets plusieurs minutes à l'ouvrir avant de pouvoir le vider. Les entrailles sont jetées dans la végétation non loin du camp. Une fois les 2 sauriens prêts, nous les mettons au frais. Avant de partir Olivier a mis la tête de son pécari et de son caïman à bouillir dans la grande bassine, avec de l'eau du fleuve, pour récupérer les crânes. J'y rajoute les têtes de mes 2 derniers caïmans.

Nous partons en chasse, Xavier veut que je parte avec lui en canoë pour remonter le fleuve mais je préfère partir sur mon secteur à agoutis et pécaris et le laisse partir seul. Olivier et Christophe repartent sur le même secteur que la veille avec le mince espoir de revoir le pécari blessé hier ou de retomber sur les autres animaux.

Ce martin, je décide de prendre au plus court pour rejoindre ma zone de chasse et de partir en longeant la crique.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Il me faut profiter de cette magnifique forêt, de ses sons, de ses animaux, de ses paysages car mon séjour en Guyane et bientôt terminé. Il fait encore aujourd'hui un soleil radieux et il fait très chaud. J'avance doucement en faisant des pauses pour observer. Je m'arrête un instant au pied de 2 très grands arbres qui semblent jumeaux

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

et dont les troncs semblent ne jamais se terminer.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Je repars sans avoir vu de gibier quand, un peu plus loin, je tombe sur quelques petites fleurs violettes qui poussent au pied d'un bel arbre mais semblent complètement hors de l'espace et du temps. Je ne m'attendais pas à voir ces petites fleurs toutes fragiles au milieu de cette forêt amazonienne. De petites taches de couleur atypiques dans ce paysage vert et brun.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Un peu plus loin, à peine à 150 mètres du camp, je trouve une bassine à pakiras fréquentée de frais.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Des projections de boue et des traces partent dans la montagne. Je décide de ne pas les suivre et de continuer sur mon idée première de rejoindre mon secteur de chasse en suivant le compas de mon GPS pour me poster. Un peu plus loin, je tombe sur un parterre de petits fruits jaunes de la taille et la forme de noisette qui sont presque tous mangés.

Puis sur une zone où plusieurs fruits étranges mais très beaux sont tombés au sol. Ces fruits possèdent une sorte de bogue épineuse brune avec de très gros piquants émoussés.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

L'intérieur est de couleur rouge et rosée avec 3 grosses graines orangés très dures.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Je poursuis ma route, mais, ce matin, je ne rencontre pas d'animaux chassables. Je décide d'aller rapidement me poster mais un petit mouvement au sol attire mon regard, c'est un très jeune bazilic à peine visible sur les feuilles mortes.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Quelque chose me semble bizarre, il peine à se déplacer, sa tête est coudée à 90° de son corps. Je le capture et l'observe un instant dans ma main. Ce petit reptile a dû subir un gros traumatisme au niveau de ses cervicales car sa tête semble complètement bloqué dans cette position.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Je le relâche et continue mon chemin pour arriver un peu plus tard sur la zone où j'ai vu les agoutis hier. Je tourne un peu sur le secteur puis décide de me poster, assis sur un des troncs enchevêtrés. L'attente est longue et rien ne vient, au bout de 1 heure, je décide de quitter mon poste et d'aller me reposter un peu plus loin. Un petite perdrix se débine devant moi et disparaît dans la végétation. Je tente de me poster à plusieurs endroits, debout, mais aucun poste ne me plait vraiment. Au bout d'un moment, je décide de retourner me poster, assis sur les troncs.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Cette fois l'attente ne sera pas aussi longue. Un mouvement attire mon regard, un agouti arrive, sans un bruit, par ma gauche à 6 ou 7 mètres, je tente de tourner les yeux vers lui mais il devient immédiatement très inquiet. Je n'ai pas vraiment bougé mais il se met à lever et descendre la tête nerveusement puis se débine dans la végétation sans que je puisse tenter quoi que ce soit. Les animaux habitués à être prédatés sont toujours sur l’œil et très nerveux, chasser le chevreuil chez moi est très facile par rapport à cette chasse en forêt amazonienne.

Je reste un moment posté mais aucun autre animal ne voudra se montrer. Je décide donc de quitter mon poste pour essayer d'en trouver un autre. En vadrouillant le long de la crique, j'entends des cris d'oiseaux. Il me semble reconnaître les cris des agamis, je m'avance un peu quand j'aperçois un groupe d'une quinzaine d'agamis à 20 mètres environ, de l'autre côté d'un méandre de la crique.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Je tente de m'avancer un peu et gagne 5 mètres mais les agamis commencent à s'éloigner. Xavier m'a montré rapidement comment les appeler et j'essaie de l'imiter en faisant des espèces de bisous sur le plat de ma main. Les oiseaux arrivent tous vers moi et se plantent en ligne le long du bord de la crique. Ils sont à environ 12 mètres. J'arme et vise celui du milieu qui me semble le plus dégagé. Ma flèche heurte une branche juste devant l'oiseau et se plante à 1 mètre en dessous de lui dans le talus de la crique.

Les oiseaux partent à peine, je les rappelle, ils reviennent. J'arme et vise un second plus à droite. Cette fois, ma flèche le frôle sur la droite. L'oiseau fait un bon de 2 mètres et retombe dans un creux du terrain derrière un arbre mort puis ressort tranquillement comme si de rien n'était. Je réarme et le retire alors qu'il semble dégagé, encore une fois ma flèche dévie et va se planter plus loin dans un arbre. Mon encoche lumineuse est bien visible à 40 mètres de moi environ, bien sur la droite de la trajectoire de départ de ma flèche.

Je rappelle les oiseaux qui ne sont pas allés bien loin puis décoche sur eux encore 2 flèches qui seront encore déviées et finiront dans des branches. Je n'ai plus de flèche, je suis dégoûté, la forêt ne me réussit pas, chacune de mes flèches est toujours déviée par une brindille que je n'avais pas vue au moment du tir. Les agamis sont toujours là, je commence à m'avancer pour aller chercher mes flèches et ils vont mettre un moment à s'éloigner. J'aurais pu m'approcher plus.

Je traverse la crique et retrouve toutes mes flèches grâce à mes encoches lumineuses. Ma seconde flèche, plantée au sol, porte quelques minuscules plumes mais pas la moindre trace de sang. Une de mes lames s'est brisée dans un arbre, une autre est tordue. Je n'ai pas de lame de rechange et il ne serait pas raisonnable de tirer un gros gibier avec ces lames émoussées. Il me reste 3 lames potables, je tente de retrouver les agamis mais ils se débinent devant moi puis l'un d'eux s'envole et par magie tout le monde disparaît. Plus un bruit, je n'arrive pas les retrouver. 

Je décide de rentrer doucement vers le camp, un peu plus loin, près de la crique, j'aperçois une grosse perdrix

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

qui se débine en longeant l'eau et disparaît derrière un gros arbre qui pousse juste au bord de l'eau. Je tente de m'approcher doucement et arrive juste à côté de l'arbre sans rien voir. Je suis en train de me dire que l'oiseau a dû piéter dans le lit de la crique un peu encaissé et que je ne l'ai pas vu passer quand la perdrix s'envole juste à côté de moi. Elle s'était calée entre 2 contreforts de l'arbre. Elle m'a bien eu. 

Je reprends mon GPS et rentre tranquillement vers le camp en rattrapant le bord du fleuve. Je  jette un coup d’œil à gauche

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

puis à droite

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

au cas où je pourrais voir un animal puis repars. Alors que je longe doucement le fleuve un peu dans la végétation. J'entends un bruit de moteur. Je biaise rapidement vers le fleuve en sifflant et intercepte Xavier qui revient vers le campement. Il se rapproche de la berge, j'aperçois 3 agamis et 2 hoccos dans le canoë, ils ont été tués au fusil par Xavier. Les agamis sont venus en file indienne de très loin alors que Xavier les appelait et un coup de feu a suffi pour en tuer 3. Xavier me raconte qu'il a approché un petit cariacou mais qu'il n'a pas voulu le tirer au fusil. Il a aussi navigué un instant en compagnie de loutres qui ne sont même pas intéressées à lui.

Nous rentrons au camp. Les urubus ont investi le camp, ils s’envolent dans les branches hautes à notre arrivée mais restent perchés sans bouger à portée de tir comme s’ils savaient qu'ils ne risquaient rien. Ils sont venus manger les entrailles que nous avons jetées autour du camp. L'un d'eux est d'ailleurs parti avec des entrailles qu'il continue à manger sur sa branche. La présence de ces grands oiseaux a fait fuir tous les singes coutumiers des alentours du carbé.

Xavier part se baigner dans le fleuve. Le bois en brûlant a déséquilibré la bassine où se trouvent les crânes mis à bouillir et elle s'est renversée en éteignant le feu. Je récupère la tête de mon gros caïman et la décharne au maximum. Le dessus des yeux est protégé par une petite plaque osseuse articulée qui permet de rentrer l’œil dans le crâne pour le protéger mais cet os très fragile se casse alors que j'essaie de le dégager. Je ne pourrai donc pas le garder. Une fois le crâne bien décharné, je constate qu'il possède une structure alvéolée particulière qui lui confère une grande solidité malgré son faible poids.

Je pars le laver dans le fleuve, les petits poissons se jettent sur les morceaux et se les disputent. Certains emportent des morceaux plus gros qu'eux. Le départ de la crique est très poissonneux, ce sont des poissons que nous sommes plus habitués à voir dans les aquariums des animaleries que dans un cours d'eau.

Je pars ensuite décharner un peu le crâne de mon autre caïman mais il se démonte en plusieurs morceaux. Je décide donc d'abandonner et tente de m'attaquer au crâne du pécari mais il n'a pas assez cuit. Il faut donc le remettre à cuire. Xavier ayant fini de se laver j'y pars à mon tour. Cela fait bizarre de se baigner dans le fleuve sachant que les piranhas le fréquentent et je ne peux m'empêcher de penser au candirou (petit poisson chat pouvant rentrer par l'urètre). 

Christophe et Olivier arrivent. Olivier a revu les pécaris mais le vent tournant l'a trahi et il n'a pu que les regarder s'enfuir. Il n'a pas retrouvé son pécari blessé la veille. Christophe n'a pas vu grand-chose. Ce séjour contraste beaucoup avec sa grande réussite du séjour précédent. Nous mangeons un bout et discutons de notre retour. Xavier voudrait partir cette nuit vers minuit pour arriver avec la marée haute au débarcadère vers 9 heures mais nous ne sommes pas trop chauds car de jour le fleuve est déjà difficile alors, de nuit, ça risque d'être un sacré parcours du combattant.

Finalement nous décidons de partir tout de suite. Nous plions donc nos affaires et démontons le camp pour laisser le moins de traces possibles de notre passage. Nous vidons l'eau des glacières pour ne garder que la glace. Cette fois nous rentrons avec du gibier : 2 pécaris, 5 caïmans dont 3 gros, 6 hoccos, 4 agamis et 3 pigeons. Nous chargeons les embarcations. Un dernier petit tour sur le camp pour vérifier que nous n'avons rien oublié et nous partons.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Nous peinons un peu pour quitter la crique car ces 3 jours de beau temps ont fait bien baisser le niveau du fleuve. Ça promet pour le retour car la plupart des obstacles seront certainement plus compliqués à passer. Il est 17 heures passé et la nuit sera vite là. Très rapidement nous tombons sur les premiers obstacles. Les passages faits à l'allée sont inutilisables aujourd'hui car bien au-dessus de l'eau dans les embâcles. Il nous faut déjà jouer du sabre, de la hachette et de la tronçonneuse. La luminosité baisse rapidement quand nous arrivons sur un très gros embâcle. Le temps d'en venir à bout et de pouvoir passer, il fait nuit noire.

Les choses se compliquent sérieusement car de nuit, éviter les troncs immergés ou trouver un passage dans un obstacle n'est vraiment pas évident. De plus, ma frontale n'est pas très puissantes et ne me permet pas de très bien voir. Les obstacles s’enchaînent et la fatigue se fait sentir,

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

mon bras me fait souffrir. Je n'ai pas de force pour couper les troncs et les branches et fatigue de plus en plus. De plus, il me faut pagayer de toutes mes forces pour aider Xavier a passer les virages et les troncs. Je percute parfois des branches qui me rentrent dans le torse ou les flancs sans pouvoir les éviter. L'élan de la barque me coince parfois contre des troncs. Il faut faire très attention à une plante qui pousse sur la berge et dont les petits piquants acérés et en rang très serrés peuvent nous emporter un bon morceau de peau au passage.

Je peste beaucoup, ce qui fait rire mes collègues. Nous passons souvent les obstacles seulement Xavier et moi, Olivier et Christophe profitent ensuite du chemin fait mais parfois ils viennent tout de même nous aider sur les très grosses galères. Alors que je suis en équilibre sur un tronc, les jambes dans l'eau pour faire passer la barque, je glisse et tape mon tibia sur une branche. Une vive douleur me paralyse un instant et je pousse un hurlement de douleur dans la nuit noire. Xavier est mort de rire. Christophe et Olivier rigole un moment eux aussi mais peu de temps après c'est le tour de Christophe de se faire mal au tibia. Nous finissons, non sans mal a passer cet obstacle. Les galères continuent à s’enchaîner, nous apercevons de très nombreux caïmans grâce à leurs yeux rouges.

Je suis à bout de force mais il faut lutter encore et encore pour diriger la barque et passer les obstacles en coupant des branches. Xavier doit s'arrêter pour changer les piles de sa frontale qui baisse en puissance. Plus nous nous éloignons du camp plus les caïmans se laissent approcher, nous passons parfois juste à côté de certains qui ne s'immergent qu'au dernier moment. Nous en voyons même plusieurs posés tranquillement sur la berge qui ne plongent même pas alors que nous passons près d'eux. Xavier aperçois, un boa de Cook dans les feuillages d'un arbre au-dessus du fleuve, son œil brille du même rouge que celui des caïmans.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Nous l'observons un peu puis continuons. Il nous faut plusieurs heures pour rejoindre la partie du fleuve un peu plus praticable. Les caïmans deviennent alors moins nombreux mais nous en voyons tout de même quelques-uns. Xavier commence à surveiller les berges, il a son fusil à côté de lui et veut profiter de la descente de nuit pour chasser le paca. Il aperçoit à nouveau un boa de Cook dans des feuillages.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Nous nous approchons pour l'observer. Malgré les mises en garde de Xavier qui me dit que ce serpent peut mordre. Je le dérange un peu avec ma pagaie et le fais descendre un peu puis l'attrape par la queue avant de la saisir derrière la tête.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Alors que je l'examine, il s'entoure autour de mon bras et serre de toutes ses forces.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Il dégage une très forte odeur de charogne comme le fait une couleuvre à collier qui se sent menacée. Je le dégage en le détourant par la queue puis le lance dans les branchages où il s'agrippe. La manche de mon T-shirt a pris l'odeur du serpent, un vrai régal. Nous continuons, je garde la pagaie avec moi mais les obstacles deviennent plus rares. Tout à coup, Xavier freine et m'annonce un paca. Il accoste rapidement et part en forêt, torse nu, en short et chaussé de ses crocs. Christophe et Olivier que nous avons distancés un peu nous rejoignent et accostent à côté de moi. Je suis la progression de Xavier grâce au faisceau de sa lampe. Je conseille à Christophe de s'avancer un peu car je crains pour leur sécurité au cas d'un tir de Xavier.

Xavier finit par revenir sans avoir revu le paca. Nous repartons et retrouvons nos collègues un peu plus loin, ils sont à une trentaine de mètres d'un petit caïman. Olivier lui a semble t-il heurté légèrement la tête avec sa pagaie sans que ça le dérange plus que ça. Nous repartons en tête. Au bout d'un moment, Xavier repère à nouveau un paca, je n'ai rien vu. Il manœuvre et se présente face à la berge. Il surveille la berge debout avec son fusil, la barque dérive un peu quand il tire un coup de feu. N'ayant pas vu le coup venir, j'ai fait un bon et n'ai pas eu le temps de me boucher les oreilles.

Xavier se rapproche rapidement de la berge et accoste. Il cherche un moment mais ne retrouve pas son paca qu'il a certainement manqué en pleine course. Nous repartons. Christophe et Olivier sont partis en tête. Au bout d'un moment de navigation sur le fleuve qui est maintenant bien ouvert et dépourvu de caïman. Xavier aperçois un œil blanc dans la végétation. Encore une fois je n'ai rien vu. Il accoste rapidement et part en forêt. Rapidement, il tire un premier coup de feu puis un second. Il me demande ensuite de venir l'aider. Je descends donc de la barque et lui demande ce qu'il a tiré.

C'est une belle biche rouge. Sa deuxième cartouche de double 0 (la munition à tout faire utilisée par Xavier) lui a explosé la tête. Nous la portons et la déposons sur les glacières dans la barque. Elle pèse environ 40 kg. Nous repartons, Xavier ne repérera pas d'autres animaux jusqu'au débarcadère où nous retrouvons nos collègues qui viennent d'arriver. A cette heure nous ne trouverons personne pour ramener Xavier en stop. Nous prenons Olivier avec nous pour nous aider et laissons Christophe sur place avec le fusil au cas où. La Guyane n'est pas toujours très sûre.

Xavier met les gaz pour rejoindre par le fleuve le village où il a laissé le 4x4 et la remorque. Nous filons à vive allure, j'éclaire les berges avec la lampe torche d'Olivier. Par 2 fois, j’aperçois 2 yeux rouges au bord de l'eau. Il ne semble pas que ce soit des caïmans mais je n'arrive pas à voir ce que c'est, c'est trop loin. Un peu plus loin, j'aperçois des yeux jaunes dans un arbre. Nous finissons par arriver au débarcadère bétonné du village. Une odeur de poisson pourri flotte dans l'air.

L'eau boueuse est souillée par de nombreux poissons en décomposition qui flottent à la surface de l'eau. Ce sont des sortes de poissons-chats, de couleur beige, très maigres avec une queue très fine et très longue. Ce sont des cron-crons.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Nous devons descendre dans cette eau pourrie pour tirer la barque au sec. De nombreux cron-crons pourrissent aussi sur le débarcadère. Ce sont certainement des rebuts de la pêche. Xavier part chercher le pick up et la remorque et nous l'attendons en tuant les moustiques qui nous harcèlent. La remorque reculée au bord de l'eau nous chargeons la barque et partons chercher Christophe.

Quand nous arrivons au débarcadère, il nous attend depuis près de 1 heures en se battant contre des nuées de moustiques. Nous chargeons nos affaires et le canoë le plus vite possible avant de courir nous réfugier dans la voiture où nous suivent les moustiques. Nous ouvrons les vitres pour les faire sortir en roulant. Nous arrivons chez Xavier une heure plus tard accueillis par ses chiens qui nous font la fête.

Je m'occupe de peler la biche pendant que mes collègues commencent à décharger un peu nos affaires. Je n'ai jamais pelé un cervidé avec une peau aussi épaisse et accrochée à la viande, Il va me falloir plus de 1 heures pour peler cet animal, là où un chevreuil est dépecé en 30 minutes. Pendant le dépeçage, la fatigue aidant, j'ai réussi a me faire 2 bonnes entailles dans les doigts qui saignent abondement. Nous nettoyons la petite cabane ou nous venons de peler et passons un coup de raclette puis nous montons chez Xavier et mangeons un peu avant de partir nous coucher. Un magnifique sphinx pourpre et or est posé sur le mur de la terrasse de Xavier près de l'éclairage. 

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Il chute sur le meuble en dessous alors que je l'embête un peu pour mieux le voir. C'est là que j'aperçois sa trompe.

Chronique Guyanaise, un retour de nuit sur le fleuve, 5 avril 2014

Chez cette famille de papillon, elle est bien plus longue que leur corps et s'enroule dans une sorte de fourreau sous la tête. Il est bientôt 5 heures du matin, je suis complètement crevé mais je passe tout de même un coup de fil à ma compagne pour la rassurer avant de partir me prendre une bonne douche et de me coucher. La journée a été rude, j'ai mal aux bras et aux épaules. J'ai hérité de quelques bleus et égratignures.

 

Alex

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 16:58

Ce matin, nous nous émergeons de nos hamacs alors que le jour se lève doucement. Comme tous les matins, je commence par m'occuper de mon bras et me prépare puis nous nous retrouvons autour d'un petit déjeuner. Nous faisons ensuite une petite photo de groupe avec nos arcs et les 2 beaux caïmans chassés hier soir.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Nous pesons ensuite les caïmans avant qu'Olivier n'attaque de les vider et de les décapiter pour les mettre au frais. 

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Je décide d'enlever à nouveau la réduction de ma visette car je me suis rendu compte hier que la luminosité en sous-bois n'était pas bonne même en journée pour tirer. Aujourd'hui Olivier et Christophe vont partir chasser ensemble sur le secteur chassé par Christophe hier matin car il a repéré des passages de pécaris. Xavier va chasser de l'autre côté de la crique mais plus à droite que moi. J'ai décidé de repartir sur le secteur chassé hier matin. Xavier me dit qu'il me faut revenir vers 14 heures car, cette après-midi, il compte partir chasser avec moi autour du lac où il a manqué le caïman hier.

Les singes ont investi l'arbre aux fruits oranges de l'autre côté de la crique et font un raffut terrible dans les branchages. Ils font tomber beaucoup de fruits qui martèlent le sol en chutant. Nous partons donc chacun vers notre secteur de chasse, il est déjà 9 heures passé. Je décide de me dépêcher pour rejoindre le secteur des pécaris le plus rapidement possible et de m'y poster un bon moment avant de rentrer.

Je décide de rejoindre mon secteur en parcourant à peu près le même chemin que la veille. Je traverse la crique sur le même tronc qu'hier et passe près du gros arbre, les feuillages s'agitent en tous sens au-dessus de ma tête mais impossible de voir les singes dans les épais feuillages. Je décide de m'éclipser doucement par la droite pour ne pas affoler tout le monde quand les feuillages s'agitent au-dessus de moi.

Je me fige et observe, m'attendant à voir un capucin, mais c'est un singe atèle curieux qui vient me voir. Il est bien reconnaissable avec son pelage noir et sa figure rouge dépourvue de poils.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

D'autres singes font bouger les branches autour de lui, il part et revient plusieurs fois me voir puis je décide de le laisser et m'éloigne tranquillement. Il me faut me dépêcher car il ne me reste pas beaucoup de temps pour arriver à mon poste, j'avance tranquillement en observant autour de moi mais sans faire de longues pauses d'observation.

Je m'arrête tout de même de temps en temps pour observer rapidement. J'aperçois ainsi une grosse perdrix qui se débine, éclairée par les rayons du soleil radieux qu'il fait à nouveau aujourd'hui. Elle m'a vu et est trop loin, je la laisse filer. Je passe la première montagne puis la seconde et arrive dans une combe sableuse encore un peu humide. Les pakiras sont passés par là, des traces fraîches ont marqué le sol.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Je consulte mon GPS et bifurque pour aller rejoindre mon point fait hier. Je cale le compas de mon GPS sur le point et commence à suivre la direction. Un peu plus loin un mouvement furtif attire mon attention. Un jeune bazilic vient de passer à mes pieds et est monté sur un gros arbre.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

J'arrive au bout d'un moment sur mon secteur où je veux me poster mais stressé par l'heure, j'ai marché trop vite et crains d'avoir dérangé les animaux qui n'étaient peut-être pas très loin quand j'ai vu les traces.

Arrivé sur le secteur, je ne reconnais pas mon poste d'hier et tourne un moment, je teste le second point pris sur mon GPS mais je n'arrive pas à me repérer mieux. J'ai tout de même trouvé la crique et le virage à 90 ° où j'ai vu les 7 pécaris. Je décide de me poster dans le secteur. Une clairière ouverte par la chute de plusieurs arbres fera l'affaire. Les troncs tombés au sol s'entrecroisent, je m'assois sur l'un d'eux et attends un long moment en regardant bien autour de moi car j'ai bien vu hier que les animaux ne font aucun bruit en se déplaçant. Tout à coup, une petite silhouette rousse surgit de la végétation épaisse en face de moi et vient droit sur moi. C'est un agouti, le premier que je vois de ma vie dans la nature. Je ne bouge pas et le laisse venir à moins de 10 mètres mais je ne peux pas armer sans être vu. Il passe derrière un buisson, j'arme mon arc et l'attends de l'autre côté mais, le temps passe et il ne bouge pas.

Il finit par réapparaître mais du mauvais côté du buisson, il a fait demi-tour et s'éloigne de cul. La végétation ne m'ouvre pas de fenêtre de tir et je dois le regarder s'éloigner impuissant. Je le perds de vue et désarme. Je reste un moment immobile, espérant le voir revenir mais je ne peux que l'entendre ronger la coque d'un fruit dur dans les épais. Je finis par le voir à nouveau, il s'éloigne doucement, je tente une approche mais alors que je suis encore à 15 mètres, une petite perdrix se lève et piète droit vers l'agouti et le fait rentrer dans la végétation.

Je le perds de vue. Je tente de rester un moment immobile mais il ne revient pas. De temps en temps, je regarde autour de moi quand j'aperçois un second agouti qui passe dans mon dos à quelques mètres de là où j'étais assis tout à l'heure. Il est à plus de 15 mètres, j'arme mais impossible de trouver une fenêtre et l'agouti méfiant se débine en prenant soin d'aligner des obstacles entre lui et moi. Je dois le laisser disparaître impuissant. Je retourne m’asseoir à mon poste mais le temps passe et rien ne vient. Il va me falloir rentrer pour ne pas être en retard, j'ai une heure pour rentrer. Je reprends donc mon GPS et ma boussole et rentre sans vraiment chasser en prenant le chemin le plus court mais aussi le plus difficile, à cause de la végétation très dense, des chablis et des criques à traverser, par le bord du fleuve.

J'arrive au camp avant Xavier et l'attends un peu, j'aurais pu rester un peu plus longtemps. Il finit par arriver et me raconte sa chasse, il a tiré et manqué un maïpouri, sa flèche a dévié sur un branche. Si sa flèche avait atteint sa cible nous étions bons pour plier le camp et rentrer car nos glacières n'auraient peut-être pas suffi pour stoker la viande de cet animal qui dépassait les 250 kg d'après ce que m'explique Xavier. Nous mangeons un bout et nous posons un peu en attendant nos collègues, je sens d'Olivier aura fléché aujourd'hui et le dit à Xavier. Au bout d'un moment, ils arrivent, Christophe n'a rien vu mais Olivier débarque 2 pécaris. Une petite femelle puis un beau mâle aux canines impressionnantes.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

En regardant les animaux, je constate que le collier n'est en fait presque pas visible et que la femelle fait en fait la taille du premier pécari que j'ai vu hier. C'est en fait un animal assez petit. Olivier nous raconte sa chasse, en cherchant une perdrix tirée et non retrouvée, il a vu arriver les pécaris. Riche des enseignements de Xavier qui m'ont fait défaut hier, il a imité les bruits fait par ces animaux, sortes de grognements soufflés et a réussi à les faire venir. Il a d'abord fléché la femelle, d'une très belle flèche de cœur et lui cassant la patte avant coté sortie. La femelle est partie en traînant la tête au sol et est tombée à vue à environ 15 mètres.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Ensuite, Olivier a tiré 2 autres pécaris, l'un manqué à cause d'une flèche avec une vanne décollée qui a dévié le tir, l'autre touché trop en arrière à cause d'une branchette qui a dévié son tir. Un gros mâle est ensuite arrivé et s'est mis à tourner autour de lui sans le voir car il s'était calé entre les contreforts d'un gros arbre. Il a continué à imiter les pécaris et l'a fait venir de face à environ 15 mètre pour lui décocher une belle flèche de 3/4 face, rentrée dans la joue et ressortie derrière l'épaule.

Les autres animaux s'étant éloignés, il a mis la petite femelle au frais dans l'eau en la couvrant de branchages dans une crique puis il a commencé à chercher le second pécari sans succès puis à suivre le sang du troisième. La piste du gros mâle s'interrompant brutalement, il a cherché un moment avant de se rendre compte qu'il était allé mourir dans un gros arbre creux.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Il est mort tourné face à l'entrée comme s'il avait voulu surveiller et en découdre avec un potentiel arrivant.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Le gros mâle au frais avec la femelle, il a tenté de suivre la direction de fuite des animaux et a trouvé du sang à environ 50 mètres de la zone du tir. Cette piste s'est interrompue au bout d'un moment et malgré plusieurs heures de recherche, il n'a pas pu le retrouver.

Nous nous posons un peu puis Xavier décide d'aller faire un tour près de l'arbre à fruit orangés que j'ai repéré et dont je lui ai parlé. Il part avec son fusil alors que nous sommes tranquillement posés dans nos hamacs. Nous entendons rapidement un gros plouf. Au moment où il est monté sur le gros tronc pour traverser la crique, il a glissé et est tombé lourdement à l'eau.

Nous avons mis de l'eau du fleuve à bouillir pour racler les pécaris car ici, en Guyane, cet animal ne se pelle pas, le poil est gratté après avoir ébouillanté la peau. Xavier revient au bout d'un moment, il n'a rien vu et n'a pas trouvé l'arbre malgré mes explications. Nous partons tous les 2 alors que Christophe et Olivier s'attaquent à préparer les pécaris, Christophe verse l'eau bouillante sur l'un des pécaris dont les muscles sous cutanés se contractent puis gratte la peau avec un couteau. Le poil part facilement laissant la peau bien blanche. Christophe me prête sa frontale car la mienne n'est pas assez puissante. Je prends ma flèche pêche et le moulinet avec moi mais ne l’installe pas sur mon arc que j'ai équipé avec ma lampe d'arc. 

Nous prenons le canoë avec Xavier pour descendre le Fleuve en direction du coin où Xavier a manqué son gros caïman dans un petit lac en forêt.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Un peu plus loin nous accostons au départ de l'une des criques que nous avions prospectées pour établir notre campement. Nous sommes à environ 300 mètres du lac. Xavier nous guide grâce à son GPS mais alors que nous sommes en plein milieu de la forêt. Xavier me dit qu'il a oublié de faire le point à notre arrivée avec le GPS et que nous devrons rentrer à la boussole. La situation ne semble pas l'inquiéter plus que ça, je lui fais confiance et nous continuons pour finalement arriver au bord du lac. Des troncs sont couchés sur l'eau en travers du plan d'eau en forme de haricot qui fait environ 60 mètres de long pour environ 15 mètres au plus large.

Au bord de l'eau nous observons la surface du lac et surtout les troncs sans voir de caïman quand il démarre à juste quelques mètres devant nous dans un gros remous. Je me poste en attendant de voir remonter le caïman mais le temps passe et la surface de l'eau ne bouge pas à part quelques poissons qui viennent par moment moucher en surface. Xavier décide d'aller faire un tour et part sur ma droite avec son fusil.

Très rapidement, il commence à tirer. 4 coups de feu espacés retentissent. La nuit tombe peu à peu, Xavier revient alors que je n'ai toujours rien vu. Il ramène 3 beaux hoccos et me dit de laisser tomber la nuit pour revenir au bord du lac. Je pars donc l'aider à plumer les gros volatiles. Nous nous asseyons sur un gros tronc près du lac et commençons à plumer. La nuit est maintenant totale.

Les hoccos plumés, je me relève et aperçois immédiatement l’œil du caïman un peu plus loin à la surface du plan d'eau. J'en informe Xavier et commence mon approche, en l'éclairant le moins possible, suivant les conseils de Xavier, pour me caler à environ 6 ou 7 mètres derrière un gros arbre à contrefort. J'arme, éclaire le caïman avec ma frontale puis allume ma lampe d'arc et prends la visée. Ma visette sans sa réduction me permet une bonne vision de l'animal dont seule la tête dépasse de l'eau en 3/4 arrière. Je vise la nuque et décoche. Je suis persuadé que ma flèche est bonne de plus le bruit de l'impact semble le confirmer mais ma flèche est immobile, inclinée dans l'eau.

Je pars la récupérer et constate qu'elle est posée sur un tronc sous l'eau, curieusement la lame n'est pas rentrée dans le bois. Je m'assois sur le tronc et avance sur ce dernier avec une jambe de chaque côté pour récupérer ma flèche à 5 mètres du bord. Je lance ensuite ma flèche sur la berge et reviens au bord. Il me semble voir un œil rouge un peu plus loin, sur ma droite, contre la berge opposée.

Je me décale donc doucement sans trop éclairer l'endroit. Une fois en face de l'endroit où il m'a semblé voir les yeux rouges. J'éclaire l'endroit et il me semble apercevoir l'arrière de la tête d'un caïman tourné de dos contre la berge. J'éclaire avec ma lampe d'arc, prends la visée et décoche mais ma flèche se plante dans la berge opposée là où je visais sans que rien ne se passe, je ne comprends pas, j'ai dû rêver mon caïman.

Xavier me propose d'aller chercher ma flèche, alors qu'il part, j'aperçois un œil rouge près de la berge sur ma gauche à 10 mètres environ. Je baisse mon faisceau de la frontale et tente une approche. Je parviens à m'approcher à 3 mètres environ, calé contre un gros arbre. J'éclaire avec ma frontale et aperçois un beau caïman, de 3/4 arrière qui ne dépasse que sa tête de l'eau. J'arme, allume ma lampe d'arc et prends la visée au niveau de sa nuque puis décoche. Un gros crac retentit puis plus rien, je ne vois ni le caïman ni ma flèche.

Je m'avance au bord de l'eau et éclaire le secteur du tir. C'est là que j'aperçois mon caïman posé sur le fond du plan d'eau à environ 1 mètre de la surface. L'eau est très riche en tanin et n'est pas très claire mais heureusement le caïman est tombé sur le dos et son ventre clair se voit bien. J'attrape un longue branche morte et le rapproche de la berge puis le remonte par une patte arrière et le mets au sec.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

C'est un beau caïman mais il est loin d'égaler celui d'Olivier. Bien qu'incapable de bouger, il claque encore des mâchoires avec assez de force pour casser les battons que je lui présente. Je guide ensuite Xavier vers ma flèche alors qu'il arrive sur la berge opposée. Je lui explique que je viens de flécher le caïman mais que je le trouve un peu petit. Pensant le passage de gauche plus facile et surtout moins loin que celui de droite, je conseille à Xavier de me rejoindre par ma gauche.

Il revient donc avec ma flèche, j'en profite pour scruter la surface de l'eau sans voir d'autre caïman. Une grosse chauve-souris vient me frôler avant de partir en rasant la surface de l'eau, peut être une chauve-souris pêcheuse. Je montre mon caïman à Xavier, il le pensait plus gros quand il l'a tiré l'autre jour. Nous repartons vers les hoccos. Xavier est devant quand il stoppe net et revient vers moi en me disant qu'il vient de voir un gros caïman juste au ras de la berge près des hoccos.

Je crois d'abord à une blague mais il insiste, je m'approche donc doucement, un gros arbre me le cache un instant puis je l'aperçois. Il semble très gros, son cou tendu sort de l'eau, il regarde vers les hoccos à moins de 2 mètres de la berge comme s'il avait flairé un bon repas facile. Je m'approche doucement à quelques mètres sans trop l'éclairé puis j'arme mon arc, braque le faisceau de ma lampe frontale vers lui, allume ma lampe d'arc, prends la visée et lui décoche ma flèche dans la nuque.

Le caïman se débat avec rage en surface un très court instant, projetant l'eau autour de lui et plonge pour filer vers la berge opposée. Mon encoche lumineuse bleue trahit sa fuite sur quelques mètres puis disparaît un instant, certainement alors que le caïman passe dans les feuilles mortes du fond du plan d'eau, pour réapparaître près de la berge opposée où le caïman se fige sous l'eau. Mon encoche est bien visible sous l'eau.

Je décide de faire le tour pour aller le flécher de la rive opposée, Xavier resté en face du caïman va me guider. Je pars par la droite pour arriver au bout du plan d'eau, je tombe d'abord sur un jeune bazilic qui se fige, ébloui par le faisceau de ma frontale.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Je repars quand j'aperçois, à 25 mètres environ du bout du plan d'eau, un œil rouge qui brille dans un autre petit trou d'eau. C'est un autre caïman, on verra ça tout à l'heure, je traverse sur un tronc pour éviter de m'enfoncer dans la vase puis longe la berge opposée, contourne une avancée du plan d'eau dans la forêt, puis me dirige vers l'endroit que Xavier m'indique.

Il m'indique que le caïman est remonté en surface. Je ne vois pas tout de suite le saurien caché par un arbre. Tout à coup, il m’apparaît à quelques mètres devant moi. Sa tête ressort bien au-dessus de l'eau, son cou est bien visible. Il regarde vers moi, je me cale à 3 mètres environ. J'arme mon, allume ma lampe d'arc arc et prends rapidement ma visée et lui décoche une flèche qui lui entaille les muscles derrière la tête. Il ne réagit pas malgré cette blessure  bien visible et commence à avancer vers moi. Je réencoche rapidement, ma seconde flèche rentre juste derrière la tête de l'animal qui plonge brusquement et se cale sur place au fond de l'eau.

Mes 2 encoches lumineuses, une bleue et une rouge, brillent cote à cote sous l'eau. Je m'avance au bord de l'eau et aperçois le caïman dans moins d'un mètre d'eau. Il est immobile, ses yeux rentrés dans son crâne. Je pose mon arc sur la rive et m'avance sur un tronc qui rentre dans l'eau près du caïman. Je récupère ma première flèche et la lance sur la berge puis attrape une des flèches plantées dans le cou du saurien et la retire doucement. Le caïman commence alors à partir à reculons. Sans réfléchir, je lui appuis ma flèche, coté lame, derrière la tête et le plaque au fond. J'appuis de toutes mes forces mais impossible de planter ma flèche. Je tente alors de le ramener en tirant sur ma flèche tout en l'appuyant fortement sur la nuque de l'animal. Il résiste de toutes ses forces et ma flèche menace de casser. Je la reprends donc plus près de la lame et donc du caïman avant de recommencer à tirer de toutes mes force et commence à ramener le caïman qui lâche doucement prise.

L'animal se retrouve ainsi juste sous moi alors que je suis penché au-dessus de l'eau à environ 1 mètre de sa tête. Xavier me dit de ne pas faire de folie mais je ne sais pas comment me sortir de cette situation. Je décide de l'attraper par la mâchoire pour le sortir de l'eau et le maîtriser. Je lâche donc ma flèche d'une main et continue à maintenir la pression pour ne pas laisser partir l'animal puis mets donc doucement ma main dans l'eau. J'approche tout doucement ma main de son museau puis le saisit d'un coup sec.

Je le remonte à la surface. Il n'oppose pas de résistance. Je dégage ma dernière flèche puis saisis mon poignard et lui sectionne la colonne vertébrale, non sans difficulté, derrière la tête puis reviens avec ma prise sur la berge. Je reste méfiant car il peut encore me mordre. Je range mes flèches et examine le caïman, il semble mort. Je le teste mais il ne réagit pas. Je décide de le traîner par une patte arrière, il fait près de 1,6 à 1,7 mètres de long. Le bout de sa queue a été sectionné il y a certainement un bon moment et a cicatrisé en une espèce de moignon. Il mort par moment des branches ce qui freine un instant ma progression. Je pars ainsi rejoindre Xavier qui vient à ma rencontre. Je lui dis qu'il y a un autre caïman, il me dit que nous en avons assez avec 2. Il vérifie tout de même la taille de l'animal et s'aperçoit que c'est un petit caïman avant qu'il plonge. Alors que je longe la berge, je butte dans un gros nid de guêpes. Leur bourdonnement m'avertit et je pars en courant après avoir laissé mon arc et le caïman sur place sous le nid.

Les guêpes m'attaquent, je les sens me frapper au travers de mon sweet, l'une d'elle arrive à me piquer dans le pli du bras. Je plonge, un peu plus loin, derrière une grosse souche et mets ma main sur ma lampe frontale pour couper le faisceau espérant que les guêpes vont m'oublier. Je suis face contre terre, la lampe frontale qui a un faux contact s'éteint seule alors que je n'arrive pas à trouver le bouton pour l'éteindre. Je reste un moment immobile, les guêpes se calment rapidement.

Je ne rallume ma lampe qu'au moment où je ne les entends plus. La piqûre de mon bras me brûle un peu mais j'ai eu du bol de ne pas être piqué plus. Je m'approche tout doucement pour récupérer mon animal et mon arc. Les guêpes posées sur les feuillages me laissent faire sans bouger. Je m'éloigne vite et rejoins Xavier en traversant le bout du plan d'eau. Nous partons chercher mon premier caïman et les hoccos. Mon premier caïman est mort, je le récupère. Les hoccos sont couverts de fourmis et nous devons éloigner ces insectes avant de les mettre dans le sac à dos de Xavier. Mon gros caïman est mort, je le charge sur l'épaule et prends l'autre sous le bras qui tient mon arc.

Nous rentrons, Xavier se dirige à la boussole. Tout à coup, il repère un jeune agouti grâce à son petit œil rouge dans l'éclairage de sa frontale et me le montre. Je mets un moment à l'apercevoir car l'ombre projetée d'un petit palmier me le cache. Je finis par l'apercevoir, il est gros comme un gros rat. Je tente une flèche alors qu'il est à moins de 3 mètres mais je passe dessous, il était trop près et je n'ai pas compensé. Il ne demande pas son reste et file dans la végétation. Ma flèche est fichée dans une racine, je dois dévisser la lame pour récupérer ma flèche. Nous repartons, Xavier prend au plus droit et décide de me prendre un caïman malgré son sac bien rempli. Pour ne pas perdre le cap, nous devons traverser les criques dans l'eau, parfois jusqu'aux genoux, et dans la vase alors que nous les avions évités à l'allée.

Au bout d'un moment, nous arrivons pile sur la barque, je suis épaté, en pleine nuit et juste à la boussole, Xavier est vraiment un as. Sur le retour nous verrons quelques caïmans mais aucun caïman de belle taille ne se laissera approcher. De toute façon, notre chasse est faite et nous ne contions pas en flécher un. En arrivant au camp une marmite est sur le feu.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Nous retrouvons nos compères qui ont nettoyé les pécaris et les ont coupé en 2 puis pendu à un arbre pour les laisser égoutter.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Nous les aidons à mettre cette viande au frais dans les glacières puis mangeons un peu des abats de pécaris et de hocco que Christophe a mis à cuire sur le feu de camp.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

C'est très bon mais je n'ai plus très faim, il est tard et nous partons nous coucher. Je m’occuperai de mes caïmans demain après une photo souvenir.

Chronique guyanaise, une belle réussite pour Olivier, 4 avril 2014

Mon gros caïman accusera un peu plus de 18 kg sur le peson. Le plus gros est un mâle, l'autre est une femelle, la seule fléchée sur nos 8 caïmans du séjour. Xavier nous a expliqué que les femelles sont cachées dans les trous d'eau en forêt alors que les mâles sont généralement sur le fleuve. 

Christophe va s'endormir rapidement mais va aussi se mettre à ronfler assez fort, ce qui va m'empêcher de m'endormir comme Olivier d'ailleurs. Je siffle de temps en temps, ce qui fait rire Olivier, mais rien à faire Christophe ronfle toujours. La nuit va être courte.

 

Alex

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 17:07

Ce matin, nous nous réveillons tranquillement alors que le jour commence à se lever. Je commence par masser mon bras avec ma pommade et faire quelques échauffements puis remplace mon moulinet de pêche par mon carquois d'arc et remets ma réduction sur ma visette pour augmenter ma précision au tir. Nous déjeunons ensuite tranquillement.

Ce matin, je vais essayer ma nouvelle stratégie de chasse que j'ai eu le temps de réfléchir durant notre séjour à Kourou. J'ai appris de mes erreurs de la semaine dernière. Pour commencer, je vais chasser sans sac à dos car il est une source de bruit et d'énervement car il s'accroche partout. De plus, je suis capable de chasser sans boire pendant des heures en été chez moi donc je n'ai pas peur que l'absence d'eau soit un problème ici.

Ma boussole, mon GPS ma lampe d'arc et mes clés hexagonales sont mis dans ma poche avec la fermeture éclair de mon treillis. Ensuite, fini les bottes, je vais chasser avec mes chaussures de marche et mes guêtres en tissu silencieux car je ne sais pas marcher silencieusement en bottes, elles serviront à éviter les piqûres de serpents (habituellement en métropole je ne les utilise que par temps de neige).

Je retourne à ma façon de chasser habituelle : chasser le plus léger possible (pantalon camo, T-shirt à manche longue camo, cagoule camo, mon poignard à la ceinture, chaussures de randonnée et guêtres camo en tissu silencieux, mon GPS, des piles de rechange, ma boussole, ma lampe d'arc et mes clés hexagonales, un bout de corde et mon arc à la main). Olivier me prend en photo avec mon petit caïman avant que je le vide et lui coupe la tête.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Une fois rincé dans le fleuve et égoutté il sera mis au frais. Je décide de partir chasser en traversant la crique. Olivier et Xavier vont descendre le fleuve en canoë et Christophe va le remonter un peu en barque pour aller chasser de l'autre côté du fleuve. Je traverse la crique sur un gros tronc tombé en biais en travers de la crique sur la gauche du camp. Je commence ensuite à remonter la pente boisée. Aujourd'hui, je vais chasser différemment, j'ai décidé d'avancer très lentement en suivant les zones les plus claires mais aussi de faire de longues pauses d'observation.

Rapidement, je tombe sur une clairière au milieu de laquelle trône un énorme arbre au pied duquel se trouve une multitude de fruits orangés ressemblant à des oreillons d’abricots sans noyau. Je ramasse une moitié de fruit et constate que ce fruit et en fait très dur. La partie comestible doit être le cœur du fruit qui est absent à chaque fois. Très peu de fruits plus verts sont encore entiers. Quelques fruits ouverts présentent des marques de dent. Ce site doit être un très bon poste.

Pris par une grosse envie pressante, je regarde bien autour de moi et trouve un coin près d'une plante à grandes feuilles souples et assouvis ce besoin naturel. Une fois terminé, je me refagote et fait 2 pas quand un animal me siffle. Je reconnais le sifflement de la biche rouge entendu lors du premier séjour en forêt mais n'aperçois pas partir l'animal que j'entends s'éloigner dans la végétation.

 J'entends mes collègues qui démarrent les moteurs en contrebas, je fais encore quelques pas lents et une grosse perdrix démarre et s'envole à quelques mètres au pied d'un gros arbre. Je la perds rapidement de vue. Je regarde bien autour de moi puis repars quand j'entends Xavier qui tire un premier coup de feu, puis un second.  

Je regarde bien autour de moi pour trouver le passage le plus facile et repars pour rapidement tomber sur un gros trou en forme de trèfle d'où démarrent 3 grosses galeries.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je me demande bien quel animal a pu creuser un tel terrier. Je repars doucement en m'arrêtant régulièrement pour bien observer autour de moi pour tenter de ne pas louper un animal. J'arrive ainsi au sommet de la montagne puis redescends doucement toujours en marquant de longs arrêts d’observation et arrive au fond de la combe où se trouve un lit de ruisseau asséché sableux où je cherche un instant des empreintes.

Je ne trouve rien de frais. Je remonte donc la seconde montagne tout doucement et aperçois une grosse perdrix qui se débine à 20 mètres environ. Elle m'a repéré et je ne pourrai pas l'approcher, je repars pour arriver au sommet de la seconde montagne. Je décide de bifurquer maintenant en prenant à gauche pour biaiser en descendant la montagne. En arrivant près d'un chablis, je me poste un instant. Très rapidement, un écureuil arrive sur la droite du chablis puis monte sur un tronc couché au sol.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je l'observe un instant puis décide de le prendre en photo mais c'est le moment qu'il choisit pour disparaître en un bon. J'attends encore un peu dans ce puits de lumière mais rien ne vient. Il fait un soleil radieux aujourd'hui et la température est assez chaude.

J'avance ainsi sur un  terrain très vallonné, tout à coup, un bourdonnement se rapproche rapidement dans mon dos. Je m'arrête net, c'est un colibri, il tourne un instant autour de moi puis disparaît aussi vite qu'il est arrivé. C'est incroyable comme ces oiseaux sont curieux, tout changement dans leur territoire est soigneusement examiné.

Un peu plus loin j'entends des piaillements d'un groupe d'oiseaux à 40 ou 50 mètres devant moi, un autre groupe d'oiseaux lui répond à 100 mètres environ. Je pense qu'il s'agit d'agamis d'après ce que m'ont décrit Xavier et Christophe. Je tente de me rapprocher mais les oiseaux se taisent. J'écoute un moment, ils se remettent à piailler mais ils ont avancé. Je tente de me diriger vers eux mais à nouveau, ils se taisent. Au bout d'un moment, ils recommencent à chanter et les autres leur répondent. J'essaie à nouveau d'avancer mais constatant qu'ils gagnent du terrain à chaque fois, je décide de laisser tomber et reprends ma progression en forêt. 

Après un moment passé à marcher tout doucement et après plusieurs arrêts d'observation non fructueux. Un fracas dans les feuillages au-dessus de moi retentit. Je lève les yeux et observe la canopée. Les branchages s'agitent mais impossible de voir les singes. Je monte sur un gros tronc tombé au sol et reste un moment à observer les feuillages qui me dominent à plusieurs dizaines de mètres.

Tout à coup, je perçois du mouvement et finis par apercevoir ce que je pense être un singe blanc et noir avec sa queue préhensile, je pense au macaque blanc (nom local du capucin olive) dont m'a parlé Xavier. L'animal vient droit sur l'arbre à côté de moi. Je finis par voir sa tête très allongée. C'est en fait un fourmilier arboricole qui passe au-dessus de ma tête. J'ai juste le temps de le prendre en photo avant de le perdre de vue.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je tente de me décaler mais sans arriver à le retrouver. Je n'arriverai pas à y reposer les yeux dessus.

Je reprends ma progression quand une odeur particulière envahit mes narines. J'ai entendu Olivier et Xavier parler de l'odeur des pakiras qui semble se caractériser par "une odeur d'urine qui sent bon", c'est exactement ce à quoi me fait penser cette odeur puissante. Je tente de la suivre et la perds dans un petit marais asséché. Le sol sableux est marqué de traces qui semblent fraîches et faites par des pécaris.

Ils semblent remonter en crête mais la nature du sol change vite et les pieds ne marquent plus. Impossible de les suivre, d'autant que j'ai perdu l'odeur. Ne retrouvant ni l'odeur ne les traces, je tente d'avancer très doucement en remontant vers la crête sans succès. Finalement, je décide de bifurquer et de descendre dans un marais en contrebas pour m'y poster un moment.

Je me cale au pied d'un arbre dans le coin d'une zone de végétation assez basse bordé sur les 2 côtés du coin par une végétation plus dense. Je suis à l'écoute de la forêt toujours aussi chantante, entre les insectes, les batraciens et les oiseaux, les chants plus ou moins mélodieux, plus ou moins puissants ne s'arrêtent jamais.

Je scrute tranquillement le paysage quand un mouvement attire mon regard à environ 15 mètres sur ma droite. Un animal noir d'environ 15 kg surgit du mur de végétation sur la zone dégagée que je surveille, il n'a pas fait un bruit et se déplace en silence. J'examine un instant l'animal sans savoir l'identifier. Il fouille le sol et je finis par comprendre qu'il s'agit d'un pécari mais certainement d'un jeune car il ne semble pas bien épais, je ne vois pas le collier. Il avance doucement dans la végétation basse assez clairsemée. J'arme mon arc et le suis en attendant une fenêtre de tir.

Il passe une première puis un seconde sans s'arrêter en marchant tranquillement. Voulant assurer mon tir, j'espère le voir s'arrêter. Cette fois c'est l'occasion, il s'arrête plein travers à découvert. J'aligne ma visée et appuie sur mon décocheur mais ce dernier s'ouvre mal sans libérer la corde. J'ai légèrement relâché la tension sur ma corde qui m’entraîne en avant. Un mouvement réflexe me fait retirer sur la corde qui se libère du décocheur et ma flèche part très en arrière du pécari pour se ficher bruyamment dans un petit arbuste. L'encoche lumineuse bleue est bien visible.

Le pécari s'arrête un peu plus loin, il n'a rien compris. Xavier m'a dit qu’ils reviennent souvent analyser la situation et je décide de ne pas bouger. Je suis dégoûté et contrôle mon décocheur encrassé par du bois pourri. Je nettoie ma gâchette, qui fonctionne maintenant parfaitement, tout en surveillant le pécari qui finit par se débiner.

Rapidement, un mouvement attire mon attention devant moi. A 20 mètres environ, un pécari se débine et décrit un arc de cercle pour venir vers moi. J'arme mon arc. Il se présente à environ 15 mètres de face entre 2 arbustes, il hume l'air, nez au vent et je crains qu'il ne m'ait éventé.

Il est beaucoup plus gros que le premier et semble très noir, le bout de son nez presque rose s'agite en l'air. Je prends la visée au niveau de sa gorge et décoche mais une branchette, que je n'avais pas vue, dévie ma flèche qui frappe un des arbustes et explose en plusieurs morceaux dans un fracas impressionnant. Le pécari fait volteface et s'éloigne au galop pour s'arrêter à 35 mètres environ pour analyser la situation puis il disparaît dans la végétation. Le morceau de flèche avec mon encoche rouge allumée est retombé à 2 mètres d'où se trouvait le pécari.

J'attends un moment sans bouger, je suis écœuré, je viens certainement de manquer l'occasion du séjour. Au bout d'un moment, ne voyant rien bouger, je pars chercher ma première flèche. La lame a traversé, le tronc est fendu par la moitié, il me faut casser le coté du tronc avec mon poignard pour récupérer ma flèche. J'éteints mon encoche et remets ma flèche au carquois puis pars chercher ce qui reste de ma seconde flèche. Je retrouve la partie portant la lame qui est complètement détruite, les 3 lames ont été expulsées de la férule qui est sérieusement tordue. Je retrouve mon empennage un peu plus loin et récupère mon encoche que j'éteints avant de la mettre à la poche.

Je fais le point sur mon GPS pour retrouver l'endroit demain puis tente de trouver la trajectoire de fuite des animaux. Je tombe rapidement sur une crique, le niveau de l'eau est peu profond mais l'eau est claire, les animaux n'ont donc pas traversé. Je suis donc la crique qui bifurque à 90° quand je perçois un mouvement dans la végétation à environ 35 mètres. Je me fige, c'est un groupe de pécaris. Le vent n'est pas bon, il souffle dans mon dos et les animaux se débinent à la queue le leu, je compte 7 animaux au travers de l'épaisse végétation.

Dès que je les perds de vue, je tente de me rapprocher mais ils ont déjà disparu, sans un bruit. Chez nous le moindre mulot produit un bruit en se déplaçant dans les feuilles. Ici, les animaux se déplacent en silence sur un sol sableux humide, de plus le tapis de feuilles mortes, malgré la quantité d'arbres, est très réduit et vite dégradée par les insectes en particulier les termites dont les termitières sont présentes partout.

Je prends un nouveau point GPS puis décide de quitter le secteur en espérant ne pas trop déranger ces animaux pour tenter de les retrouver demain. Je prends donc mon GPS et ma boussole, je suis à 500 mètres environ du camp. J'essaie de rentrer au plus droit mais je tombe rapidement sur des zones de végétation très épaisse, d'énormes chablis et des criques à traverser. Il me faut donc slalomer un peu entre les obstacles.

 Je lève ainsi 2 belles perdrix que je n'avais pas vues. En arrivant près du camp, je dérange un groupe de capucins clairs (les fameux macaques blancs). Je me fige pour les observer un moment. Les singes curieux viennent à tour de rôle ou 2 par 2 pour m'observer plus ou moins à découvert. 

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

J'aperçois même par moment des femelles avec leur petit sur le dos. Au bout d'un moment, je décide de continuer et les animaux s'éloignent. J'arrive au camp et mange un petit bout, il est près de 13 heures, avant de m’allonger sur mon hamac pour attendre mes collègues. Les colibris en profitent pour venir inspecter le camp. Je fais une petite sieste bercé par les bruits de la forêt.

Au bout d'un moment, un bruit de moteur se fait entendre en amont du fleuve. C'est Christophe qui rentre, la barque cogne contre les troncs et les branches, la diriger ne doit pas être simple quand on est seul. Il finit par arriver et accoste sur le fleuve au niveau du camp pour éviter à manœuvrer en arrivant à la crique. Christophe a vu des agamis et en a fléché 2 qu'il n'a pas retrouvé et a réussi à flécher un pigeon qu'il a tué sur le coup.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Nous discutons un moment, je lui raconte ma rencontre avec les pécaris puis le ronron du moteur du canoë se fait entendre au loin, en aval du fleuve. Quand ils arrivent nous partons à leur rencontre. Olivier a fait 2 pigeons comme celui de Christophe au milieu d'une bande de 15 oiseaux.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014
Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Xavier lui a fait un hocco (les coups de feu entendus ce matin) et un agami à l'arc. C'est Olivier qui débarque le hocco. 

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Sa première flèche lui a entaillé le crâne et malgré cette blessure l'oiseau s'est enfuit et il a dû lui mettre une seconde flèche qui lui a coupé les 2 cuisses et les muscles du poitrail. Je recommence mon récit de ma chasse. Xavier nous raconte qu'il a manqué un gros caïman dans un lac formé par l'assèchement partiel d'une grande crique au milieu de la forêt. Il a pris un point GPS du lac pour le retrouver. 

Nous mangeons un bout quand un grondement dont l'intensité augmente petit à petit se fait entendre. Xavier sursaute : "Quel jour on est ?" "Jeudi" "On a oublié la fusée". C'est le lanceur Soyouz qui décolle, nous avions complètement oublié son lancer, il est parti à l'heure prévue, vers 18 heures. Nous avions prévu de nous poster sur une zone dégagée du fleuve pour voir le lancement mais il est trop tard. Nous courons au bord du fleuve pour avoir un maximum de ciel dégagé mais, nous ne verrons rien. Le grondement puissant s'estompe peu à peu et le calme revient. Nous revenons au camp, plumons et préparons les oiseaux, l'agami est pelé et vidé, les autres oiseaux plumés et vidés, avant de nous poser un peu.  

Après le repas du soir, Olivier va partir chasser le caïman avec Xavier en remontant le fleuve. Je pars me poster avant la tombée de la nuit sous le gros arbre fruitier repéré ce matin, juste de l'autre côté de la crique. La nuit tombe, je suis posté au pied de l'arbre et attends dans le noir un long moment. Seuls les bruits de la forêt animent le secteur. J’allume par moment ma lampe frontale pour essayer d'apercevoir un animal car je sais que je ne les entendrais pas arriver sur le sol meuble. Au bout de 2 heures d'affût environ, je renonce et retourne au camp alors que mes collègues partent en chasse.

Nous nous couchons dans nos hamacs avec Christophe. Dans la nuit les chasseurs reviennent avec 2 beaux caïmans. Un de 22.5 kg fait par Olivier d'une flèche de tête, remonté à l'aide du câble de pêche après 1 heure de lutte et achevé à la machette.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

La mâchoire est impressionnante.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Un tué, sur la berge, d'un coup de fusil à la tête par Xavier qui fait 19.5 kg. Nous repartons nous coucher, nous nous occuperons des caïmans demain matin.

 

Alex

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  • : Le blog de Alex.bowhunter
  • Le blog de Alex.bowhunter
  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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Ce blog est adressé à un public de chasseurs ou de curieux intéressés par la chasse. Il comporte des photos d'animaux morts ou de pistes au sang qui peuvent choquer certaines personnes sensibles.

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