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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 06:12

Ce matin, je pars avec Xavier pour chasser sur la gauche du fleuve un peu en aval du camp. Nous déjeunons tranquillement alors que le jour s'est levé et nous préparons puis prenons sa barque pour rejoindre le secteur de chasse. En arrivant sur le secteur où nous allons chasser nous dérangeons un caïman qui se jette à l'eau à notre approche. Nous accostons, en remontant le talus de la berge j'aperçois des traces de tapirs qui en font de même. Elles datent de quelques jours.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017
Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017
Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

J'attache la barque à un arbre et nous faisons notre point GPS puis Xavier distribue les secteurs de chasse, il partira sur la droite en longeant plus ou moins le fleuve alors que je partirai sur la gauche. Nous nous donnons rendez-vous à 15 heures à la barque. Je finis de me préparer puis nous partons en chasse. Je m'avance doucement dans la jungle qui semble peu dense dans le secteur. Je m'arrête régulièrement pour écouter et observer. Rapidement, alors que je fais une petite pause, un petit animal roux clair avec une longue queue se débine sur un tronc tombé au sol et disparaît au bout de ce dernier sans que j'arrive à l'identifier. Je m'approche doucement mais il a disparu. Une crique encaissée me barre le passage sur ma droite et je longe à faible distance de cette dernière mais la végétation s'épaissie et je m'éloigne de plus en plus du fleuve et commence à remonter avec le relief qui s'élève rapidement. Le gibier semble absent du secteur mais je sais qu'il est souvent très discret et je continue à faire mes pauses observatoires et en profite pour observer les petits oiseaux, insectes ou araignées tout en bataillant contre les moustiques qui profitent de mes arrêts pour me tomber dessus ou décrocher un mille pattes tombé sur ma cagoule de camouflage.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Le secteur est très vallonné, je tourne depuis environ 2 heures sur le secteur sans avoir vu le moindre gibier. Je remonte tranquillement vers la crête d'une grande colline. Sur ma droite, une grande combe creuse le relief jusqu'à la crête et je progresse doucement en la suivant quand j'aperçois à environ 15 mètres devant moi une tache blanche qui attire mon regard. Il s'agit d'un crâne posé au sol au milieu d'ossements divers et je m'approche tranquillement et reconnaît vite un crâne de pécari à collier. Cette découverte me conforte dans la présence de ces animaux sur le secteur. Leur territoire occupe en général une surface d'environ 3 km² et cette découverte signifie certainement que je suis sur leur territoire malgré l'absence d'indices de présence. Je m'agenouille près des ossements pour les observer de plus près, ce crâne ne porte ni trace de croc ni trace de plomb. Des radicelles ont collé la partie supérieure au sol. Cette dernière est colonisée par des fourmis qui consomment encore les dernières brides de chairs desséchées qui subsistent sur les os.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

En levant les yeux, j'aperçois un gros terrier dans le flanc de la colline, en haute de la combe. Il me conforte encore dans l'espoir de voir les pécaris dans le secteur. Je décide de garder ce crâne intacte malgré qu'il lui manque quelques dents en commence à lier les 2 parties, avec un bout de cordelette sorti de ma poche, pour l'attacher à ma ceinture quand un bruit dans mon dos attire mon attention. Je tourne la tête et aperçois une masse sombre se dépassant au milieu de petits palmiers qui en s'agitant font un bruit caractéristique. Je me saisis rapidement de mon arc en lâchant le crâne et me redresse doucement en me retournant tout en accrochant mon décocheur. Le pécari est à environ 20 ou 25 mètres et se présente plein travers dans la végétation en avançant d'un pas lent, nez au sol. Il me semble entendre des bruits et grognements un peu plus bas, certainement d'autres pécaris. J'arme mon arc et le suis dans mon viseur en attendant une fenêtre de tir tout en espérant le voir se rapprocher mais il passe derrière le bout d'un gros tronc d'environ 25 mètres, couché au sol, très légèrement en biais par rapport au sens de la pente. Le pécari commence à remonter en suivant ce tronc couché sur ma droite, ce dernier va le conduire à moins de 10 mètres sur ma droite et je le suis toujours dans mon viseur mais seuls les poils de son dos dépassent du tronc qui le protège. Il avance toujours tranquillement tout en agitant la végétation par moment. J'espère le voir sortir au bout du tronc à environ 8 mètres mais il bifurque sans me donner de fenêtre de tir pour se mettre à longer un autre tronc presque parallèle à la courbe de niveau et qui l'éloigne peu à peu de moi. Je ne tarde pas là le perdre du vu derrière une butte du terrain mais arrive à le suivre un instant aux mouvements de la végétation et hésite à bouger, espérant le voir revenir ou apparaître un autre pécari dans son sillage. Les bruits cessent et le calme revient, je reste un peu immobile mais toujours rien, je décide de quitter mon poste pour tenter de le recouper. J'attache le crâne à ma ceinture puis commence à m'avancer doucement vers où le pécari a disparu et à chercher des indices sans succès tout en tendant l'oreille. Rien, je tente de m'avancer doucement en forêt mais il a disparu.

Au bout d'un moment, je décide de faire demi-tour pour revenir vers le terrier au cas où mais impossible de le retrouver, je ne reconnais plus le secteur et, plus je tourne, plus je perds mes repères malgré mon GPS et ne retrouve même plus la combe pourtant très large. Je redescends un peu vers le bas de la colline en biais sans plus de réussite. Un grondement familier se fait entendre au loin. La pluie se rapproche et ne tarde pas à me rattraper. L'averse n'est pas violente mais elle transperce vite la canopée et les grosses gouttes commencent à m'atteindre. Le bruit des grosses gouttes emplit la jungle et couvre les autres bruits, ceux de ma progression y compris, ce sont des conditions d'approche idéales. Je remonte tranquillement vers le sommet de la colline, la végétation est assez dense et je progresse assez rapidement quand, alors que je vais déboucher sur une petite clairière en crête de la colline. Un mouvement sur ma gauche à environ 20 mètres me fait stopper net. Il me semble identifier un gros agouti, de 3/4 face, qui vient vers moi nez au sol. Du mouvement derrière lui me fait tourner les yeux et apercevoir un pécari plein travers un peu plus en arrière. Le premier animal se tourne et relève la tête, c'est aussi un pécari, d'autres arrivent sur leurs traces. Et rapidement c'est une dizaine d'animaux qui arrivent tranquillement en fouillant le sol. Le spectacle est magique mais je reprends vite mon instinct de chasse. La pluie cesse vite. Je me prépare en accrochant mon décocheur et observe un instant les animaux. Les 3 premiers sont 5 ou 6 mètres plus proches que le reste de la bande, où se trouve un gros mâle au moins 1/3 plus imposant que ses congénères. 2 d'entre eux se positionnent plein travers, flanc contre flanc, chacun la tête contre l'arrière train de son partenaire. Ils frottent énergiquement leurs têtes contre la cuisse de leur partenaire pendant quelques secondes puis se remettent en mouvement.

La végétation ne me laisse pas de belles fenêtres de tir et les animaux bougent souvent. Une flèche me semble risquée. Le premier pécari s'avance tout à coup et se rapproche d'un pas tranquille vers moi. Je tente de me décaler un peu pour passer un palmier à 2 mètres devant moi qui ferme plusieurs de mes fenêtres de tir. Je me faufile avec une extrême lenteur sans me faire remarquer  et arrive à me caller juste devant le petit palmier où je me fige. Le pécari se rapproche toujours par ma gauche, j'arme doucement mon arc mais le premier pécari ne s'arrête pas et passe derrière un gros arbre pour disparaître dans la pente sur l'autre flanc de la colline. Je désarme doucement. Les autres pécaris se sont rapprochés, le gros mâle se frotte contre un de ses congénères comme les 2 autres précédemment. Les 2 pécaris suivants s'avancent sur les traces du premiers, j'arme doucement, le premier s'arrête plein travers juste avant le gros arbre. Sa tête est cachée derrière une touffe de végétation. Il est à moins de 10 mètres, le gros pécari, à peine un peu plus éloigné sur ma gauche et pas trop mal positionné également et j'hésite une fraction de seconde mais le premier est mieux placé et je ne veux pas risquer de faire échouer mon approche. J'aligne donc ma visée sur ce dernier et décoche. Un impact cassant retentit et le pécari s'effondre sur place en poussant un couinement. Les autres pécaris démarrent et se dispersent mais s'arrêtent rapidement. L'un d'eux est passé derrière la pente de la colline sur les traces du premier mais les autres reviennent curieux sur ma gauche alors que je réencoche. Ils cherchent à comprendre et tournent sur place. J'arme et tente de prendre ma visée sur l'un d'eux mais leur positionnement où les fenêtres de tir ne me satisfont pas et ils finissent peu à peu par s'éloigner par où ils sont venus.

Pendant ce temps, mon pécari s'est relevé et je l'ai vu disparaître dans la pente, passant derrière le gros arbre, en se trainant sur les pattes avant. Je désarme, j'ai préféré ne pas décocher plutôt que de risquer de blesser un pécari et de le perdre. J'attends un peu au cas où un pécari reviendrait mais ne voyant rien bouger je me dirige vers l'endroit du tir.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

A l'endroit du tir, je ne trouve ne sang ni flèche ce qui me parait bizarre vu que le pécari est tombé et resté un moment sur place. Je tourne un petit moment autour de la zone du tir et finis par trouver une tache de sang sur les feuilles mortes au sol.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Impossible de trouver d'autres indices à proximité de ce dernier. Mon impression était que mon pécari était parti vers la droite en passant derrière le gros arbre mais l'ayant vite perdu de vue je ne peux rien affirmer, par contre, il est parti en traînant le train arrière, il a certainement dû prendre la pente pour faciliter sa fuite. Me tenant au niveau de la tâche de sang, je scrute les alentours à 180 ° en dessous de moi et aperçois vite une touffe de végétation écrasée un peu plus bas à ma gauche et comprends vite que c'est mon pécari qui l'a couché et se traînant. Je m'avance donc dans cette direction et aperçois vite mon pécari mort quelques mètres en contrebas. Il est mort la tête vers moi comme s'il avait voulu se retourner dans sa fuite pour attendre son assaillant et en découdre.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Arrivé au niveau de mon pécari, je me retourne pour voir si je trouve d'autres traces de sang mais n'en vois pas. J'aperçois alors ma flèche posée en travers de la trajectoire de fuite dans les feuilles mortes. 2 vannes sur 3 sont partiellement décollées.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

J'attrape mon pécari par les pattes avant et commence à remonter la pente très raide vers la crête de la colline. Arrivé au sommet, j'examine mon pécari, ma flèche est trop haute et plus en arrière que ma visée. Je ne comprends pas pourquoi sur le moment mais la suite du séjour me donnera l'explication. Elle coupe la colonne vertébrale et l'artère passant dessous sans toucher les organes vitaux et ressort au niveau de la pense dont une bosse sort par le trou de sortie empêchant l'hémorragie externe. L’hémorragie a tout de même était importante et la mort rapide car il n'a parcouru que 15 mètres. Le soleil est ressorti et j'en profite pour faire quelques photos souvenir. C'est un jeune mâle et mon premier pécari. Il est bientôt 13 heures et je décide de revenir avec mon pécari vers la barque pour le mettre au frais dans la glacière.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

J'attache donc les 4 pattes de mon pécari à l'aide d'une cordelette pour faciliter son transport puis attrape mon GPS et ma boussole pour déterminer mon cap avant de commencer à me diriger vers la barque. Le pécari, malgré sa petite taille pèse lourd et je change régulièrement de main pour le porter. Je profite de ses pauses régulières pour me rediriger avec mon GPS et ma boussole. Au bout d'un moment les pattes du pécari se détachent et je décide de changer de technique et de l'attacher par le cou pour le traîner à l'aide d'une poignée improvisée dans un bout de branche attaché à l'autre bout de la corde. Ma descente me conduit vers un petit ruisseau asséché dont les dernières flaques sont colonisées par un très grand nombre de petits têtards noirs

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Je m'aperçois vite que le ruisseau ne suit pas mon cap et je dois remonter la pente raide sur ma gauche et tirant mon pécari qui s'accroche à la végétation et m'en fait voir. Ma progression trop bruyante ne me permet plus de chasser mais j'en profite tout de même pour observer le paysage. Je croise sur ma route une grande bande de capucins bruns que j'observe un moment avant de reprendre mon chemin. Sur une feuille de palmier au ras du sol, j'aperçois un nid plat étrange, formé de brindilles tressées dans la feuille de palmier. Je me demande quel oiseau ou autre animal a pu confectionner ce nid qui semble peu stable et peu apte à recevoir des œufs vu sa forme plate ou même à les tenir à l'abri vu son exposition. 

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Je finis par rejoindre le bord du fleuve mais la barque est un peu plus loin en amont.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Je commence donc à suivre le cours d'eau pour la rejoindre. En passant une crique asséchée j'aperçois un magnifique arbre à contrefort au bord du fleuve.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Petit à petit, la barque se rapproche et je finis par l'apercevoir au travers de la végétation. Un denier entrelacs de lianes et je l’atteins. Je commence à enlever ma veste 3D, mes gants, ma cagoule, mes guêtres et mon décocheur puis range mon arc dans sa housse. Le caïman vu à notre arrivée s'était recalé contre la berge un peu plus en aval et plonge quand je monte sur la barque avec le pécari pour le mettre dans la glacière. Ne sachant pas si je peux le vider avant de le gratter, je le mets entier dans la glace. En Guyane, beaucoup d'animaux sont grattés, c'est à dire qu'on retire le poil et qu'on garde la peau. Assis dans la barque, je retire mes chaussures et chaussettes pour mettre mes pieds à l'eau un instant pour les rafraichir.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Sachant que quelques piranhas et aymaras doivent roder dans le secteur, je garde un œil sur mes pieds mais seuls quelques petits poissons passent en dessous. Je profite de cette pause pour boire et manger une barre de céréale et une boite de maquereau emportées dans mon petit camel-bag mais que je n'ai pas pris le temps de manger en forêt. Un beau morpho barré passe sur le fleuve et rentre en forêt en passant à côté de moi. Il est un peu plus de 14 heures et je sais que Xavier est rarement en avance, je décide dont de partir faire un petit tour dans le secteur. Je remets mes chaussettes, mes chaussures et mes guêtres, enfile ma cagoule et mes gants et mon décocheur puis attrape mon arc et repars en forêt.

Je pars lentement sur la gauche en direction de la crique tout en m'arrêtant souvent pour observer et écouter. Rapidement, des agamis se font entendre. Leurs cris caractéristiques ressemblant un peu à ceux des pintades trahissent leur présence. Je tente de me rapprocher très lentement. Des sorte de mugissement gravent se font vite entendre, lus puissant que ceux des hoccos. J'ai déjà entendu ce son produit par les agamis lors d'un séjour précédent. Je finis par les apercevoir au travers de la végétation, ils sont à environ 30 mètres.

Ils volettent d'une branche à l'autre sur un gros chablis inondé de soleil près de la crique asséchée et formé par la chute d'un gros arbre qui a ouvert un puits de lumière en s'abattant au sol. Je tente de ma faufiler très lentement dans la végétation mais les agamis nerveux s'agitent et finissent par s'envoler au-dessus de la crique tout en poussant leur sorte de mugissement et de caquètement pour disparaître dans la végétation épaisse sur l'autre rive. Je tente de les rejoindre en traversant à mon tour mais ils me distancent vite et je finis par les perdre de vue et ne plus les entendre. Je tourne un peu sur le secteur sans trouver autre chose. Il sera vite 15 heures, je décide de revenir vers la barque pour attendre Xavier qui arrivera un peu plus tard.

Xavier rentre bredouille et nous discutons un moment de nos chasses respectives avant de rentrer au camp où nous retrouvons nos collègues, Daniel, Loïc et Bryan. Ils n'ont rien fléché. Nous discutons de notre journée en mangeons un bout avant de nous attaquer à la préparation de mon pécari. Daniel et Xavier plus expérimentés nous montrent comment il faut procéder pour gratter un pécari. Daniel découpe la  grosse glande située sur la croupe de l'animal puis Loïc verse peu à peu de l'eau très chaude sur l'animal dont la peau se contracte sous l'effet de la chaleur. Je gratte ensuite la peau du pécari à l'aide d'un couteau pour retirer les poils rêches de l'animal. C'est Daniel qui s'occupera des finitions et de vider l'animal. J'en profite pour aller me laver dans la cascade près de laquelle nous avons établi notre camp.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Une grande dalle de roche peu pentue permet d'accéder à l'eau peu profonde du pied de la cascade qui nous sert de salle de bain depuis notre arrivée.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Au bord de l'eau des traces laissées par les premiers chasseurs à l'arc du secteur ont marqué la roche à jamais. Les amérindiens venaient ici aiguiser leurs pointes de flèche sur cette roche il y des siècles. Cette découverte est assez touchante sachant que d'autres chasseurs à l'arc sont venus ici bien avant nous et seulement équipés d'arcs traditionnels et non aidées par notre technologie actuelle, pour se livrer à la chasse nourricière dont leur vie dépendait.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Je profite de ma baignade pour m'examiner et retirer près de 10 tiques accrochées un peu partout sur mon corps qui est couvert de boutons de moustiques. Ils ont pris des dimensions impressionnantes sur mon torse blanc qui ne voit pas souvent le soleil et forment de grosses taches rouges. Mes chevilles sont couvertes de grosses cloques jaunâtres et la plupart ont éclaté et percent au moindre contact laissant mes chevilles à vif. C'est le résultat des attaques des poux d'agouti. 

Une fois séché et changé, je reviens vers le camp. Xavier décide de retourner chasser sur le secteur où j'ai vu les pécaris en emportant son tree-stand auto-grimpant pour tenter un affût près d'un arbre produisant des gros fruits oranges dont certains étaient mangés et qu'il a repéré ce matin. Nous nous préparons, nous rentrerons de nuit en chassant sur le fleuve, j'équipe donc mon arc avec ma bowlight et prends ma flèche pêche et mon moulinet dans la barque.  Une fois prêt nous repartons pour la chasse alors que Daniel finit de découper le pécari et ses abats. Une fois sur place Xavier m'explique où il veut chasser, je décide donc d'aller chasser sur ses traces de ce matin car il semble avoir vu quelques animaux et des traces de présence de gibier sur ce secteur. Xavier part avec son tree-stand dans la forêt alors que je pars en longeant le fleuve sur la droite. Malgré ma progression lente impossible de voir le moindre gibier et la luminosité baissant en sous-bois je décide de revenir vers la barque en faisant une boucle par la colline que j'ai contournée par le marécage en suivant le fleuve. j'aperçois un curieux dessin sur un gros arbre et constate en m'approchant qu'il s'agit de tunnels de terre fabriqués par des termites ou des fourmis sur plusieurs mètres de haut pour permettre leur déplacement à couvert du sol vers la cime de l'arbre.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Plus loin, je tombe sur un nid de colibri abandonné, posé sur une feuille de palmier. Il a pris l'eau et s'est un peu affaissé mais a encore sa forme arrondie. Il est minuscule et ne fait que quelques centimètres de diamètre.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

En redescendant de la colline, j'entends siffler et aperçois furtivement Xavier perché à plusieurs mètres de haut dans un arbre sur ma gauche. Il me fait signe de venir. Je me dirige donc vers lui mais le perds ainsi de vue et peine à le retrouver, heureusement qu'il me guide vers lui car, avec sa tenue 3D, il est difficile de le voir dans la végétation.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Je l'aide à ranger ses affaires avant que nous repartions vers la barque. Xavier me monte un gros lézard au camouflage presque parfait qui a passé une partie de la soirée à l'affût sur l'arbre en face de lui.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Nous repartons vers la barque en nous suivant alors que la luminosité baisse vite dans la jungle. Arrivé à notre embarcation, nous montons à bord et je prépare mon arc pour la chasse au caïman en positionnant mon moulinet et en préparant ma flèche pêche. Nous partons ensuite en redescendant le fleuve un moment, passant quelques obstacles mineurs. Nous faisons halte sur une petite plage sableuse pour attendre la nuit.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Lors de la remonté du fleuve nous avions remarqué des traces sur cette plage qui ressemblaient à celle d'un capibara et je pars les voir de plus près. Ce sont bien traces de capibara en plein milieu de la jungle, pour l'instant je n'ai vu ces animaux que dans les marécages de la savane côtière. Nous attendons un moment la nuit qui vient doucement avec le ballet des chauves-souris survolant le fleuve. L'obscurité s'installant et nous reprenons la barque pour remonter vers notre campement. Nous repérons rapidement un beau caïman, sur la droite du fleuve, à son œil rouge qui brille dans le faisceau de nos frontales et se repère ainsi de loin. En nous rapprochant, nous nous apercevons qu'il est posé sur un petit banc de sable en retrait sous des branches basses. Xavier manœuvre pour me positionner favorablement et trouver une fenêtre de tir au travers des branchages. Je suis prêt, debout, lampe et pin's de mon viseur allumés et arc armé. Ma visée s'aligne et je décoche mais passe juste sous le caïman qui était à 6 ou 7 mètres presque plein travers, il saute à l'eau.

Je réussis à récupérer ma flèche à tirant sur le câble pour la dégager du sable mais, alors que je veux la reencocher, je m'aperçois que l'encoche s'est cassée et est tombée. Je n'ai pas pris ma flèche pêche de rechange avec moi et je vois notre sortie compromise et en informe Xavier qui est dépité. Tout à coup, une idée me vient, je sais que Xavier a un peu de matériel dans sa housse d'arc et je lui demande s'il n'a pas une encoche de rechange. Il en trouve quelques-unes mais impossible de l'enfoncer car j'avais déjà abîmé ma flèche pêche en 2014 lors de mon premier séjour en Guyane et dans l'urgence j'avais dû remplacer l'encoche par une encoche lumineuse collée à la superglue, la partie allumage de l'encoche est toujours collée dans le fût. Me vient alors une autre idée, je découpe un petit bout du tube d'abord au couteau puis à l'aide de pinces appartenant à Xavier et parvient à retirer ce morceau d'encoche obstruant le tube. Je parviens ainsi à remettre une encoche. Nous pouvons reprendre la chasse. Le Caïman est remonté un peu plus en aval et Xavier manœuvre pour me positionné alors que je suis déjà prêt et armé. Cette fois le caïman est touché au coffre et plonge avec ma flèche. Je rembobine mon câble et le ramène contre la barque puis demande le rouleau de scotch à Xavier. Je lui ferme partiellement la gueule à l'aide du câble de ma flèche pêche puis lui saisis la gueule que je lui maintiens fermement fermée pour le remonter dans la barque et lui fermer la gueule à l'aide de quelques tours de scotch. Je dégage ensuite la flèche qui est en travers du saurien en dévissant la lame de pêche, avant d'achever mon caïman d'un coup de poignard dans les cervicales, juste derrière le crâne.

Je rembobine mon câble, revisse ma lame de pêche et remets ma flèche pêche sur l'arc puis je cale le caïman de 8 à 10 kg dans la barque, nous repartons. Nous approchons plusieurs caïmans prêt à décocher mais Xavier les juge trop petits pour être tirés, nous les laissons donc tranquilles. Au bout d'un moment un caïman est repéré sur la gauche. Je me prépare et Xavier me rapproche. Nous hésitons un peu en essayant de juger sa taille mais, nous apercevant qu'il semble pas mal, Xavier me donne l'autorisation de tirer. Il est plein travers dans quelques centimètres d'eau, sur un banc de sable, tête vers le milieu du fleuve. Je vise le coffre et décoche à quelques mètres. Il sursaute à peine et glisse inerte dans l'eau tête la première. Ma flèche lui a cassé la colonne vertébrale au niveau de l'épaule et l'a paralysé. Tout en lui fermant, à la main, la gueule qui reste active, je le remonte dans la barque et lui ferme la gueule avec le scotch avant de l'achever d'un coup de poignard derrière la tête comme tout à l'heure. Ce dernier fait entre 10 et 12 kg. Je le cale avec son compère dans la barque et rembobine mon câble, revisse ma lame de pêche avant de repartir en chasse mais nous arrivons vite au camp. Nous mangeons un peu de fricassée d'abats de pécari préparée par Daniel avec nos amis puis je pars mettre les caïmans dans la glacière après les avoir vidé. Ce sont 2 mâles  caïmans gris comme presque tous les caïmans que j'ai fléché sur le fleuve, les femelles sont souvent dans les criques en forêt. Je réaliserai les photos souvenir demain matin avant d'aller chasser.

Mon premier pécari à collier, 16 mars 2017

Alex

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 17:07

Ce matin, nous nous réveillons tranquillement alors que le jour commence à se lever. Je commence par masser mon bras avec ma pommade et faire quelques échauffements puis remplace mon moulinet de pêche par mon carquois d'arc et remets ma réduction sur ma visette pour augmenter ma précision au tir. Nous déjeunons ensuite tranquillement.

Ce matin, je vais essayer ma nouvelle stratégie de chasse que j'ai eu le temps de réfléchir durant notre séjour à Kourou. J'ai appris de mes erreurs de la semaine dernière. Pour commencer, je vais chasser sans sac à dos car il est une source de bruit et d'énervement car il s'accroche partout. De plus, je suis capable de chasser sans boire pendant des heures en été chez moi donc je n'ai pas peur que l'absence d'eau soit un problème ici.

Ma boussole, mon GPS ma lampe d'arc et mes clés hexagonales sont mis dans ma poche avec la fermeture éclair de mon treillis. Ensuite, fini les bottes, je vais chasser avec mes chaussures de marche et mes guêtres en tissu silencieux car je ne sais pas marcher silencieusement en bottes, elles serviront à éviter les piqûres de serpents (habituellement en métropole je ne les utilise que par temps de neige).

Je retourne à ma façon de chasser habituelle : chasser le plus léger possible (pantalon camo, T-shirt à manche longue camo, cagoule camo, mon poignard à la ceinture, chaussures de randonnée et guêtres camo en tissu silencieux, mon GPS, des piles de rechange, ma boussole, ma lampe d'arc et mes clés hexagonales, un bout de corde et mon arc à la main). Olivier me prend en photo avec mon petit caïman avant que je le vide et lui coupe la tête.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Une fois rincé dans le fleuve et égoutté il sera mis au frais. Je décide de partir chasser en traversant la crique. Olivier et Xavier vont descendre le fleuve en canoë et Christophe va le remonter un peu en barque pour aller chasser de l'autre côté du fleuve. Je traverse la crique sur un gros tronc tombé en biais en travers de la crique sur la gauche du camp. Je commence ensuite à remonter la pente boisée. Aujourd'hui, je vais chasser différemment, j'ai décidé d'avancer très lentement en suivant les zones les plus claires mais aussi de faire de longues pauses d'observation.

Rapidement, je tombe sur une clairière au milieu de laquelle trône un énorme arbre au pied duquel se trouve une multitude de fruits orangés ressemblant à des oreillons d’abricots sans noyau. Je ramasse une moitié de fruit et constate que ce fruit et en fait très dur. La partie comestible doit être le cœur du fruit qui est absent à chaque fois. Très peu de fruits plus verts sont encore entiers. Quelques fruits ouverts présentent des marques de dent. Ce site doit être un très bon poste.

Pris par une grosse envie pressante, je regarde bien autour de moi et trouve un coin près d'une plante à grandes feuilles souples et assouvis ce besoin naturel. Une fois terminé, je me refagote et fait 2 pas quand un animal me siffle. Je reconnais le sifflement de la biche rouge entendu lors du premier séjour en forêt mais n'aperçois pas partir l'animal que j'entends s'éloigner dans la végétation.

 J'entends mes collègues qui démarrent les moteurs en contrebas, je fais encore quelques pas lents et une grosse perdrix démarre et s'envole à quelques mètres au pied d'un gros arbre. Je la perds rapidement de vue. Je regarde bien autour de moi puis repars quand j'entends Xavier qui tire un premier coup de feu, puis un second.  

Je regarde bien autour de moi pour trouver le passage le plus facile et repars pour rapidement tomber sur un gros trou en forme de trèfle d'où démarrent 3 grosses galeries.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je me demande bien quel animal a pu creuser un tel terrier. Je repars doucement en m'arrêtant régulièrement pour bien observer autour de moi pour tenter de ne pas louper un animal. J'arrive ainsi au sommet de la montagne puis redescends doucement toujours en marquant de longs arrêts d’observation et arrive au fond de la combe où se trouve un lit de ruisseau asséché sableux où je cherche un instant des empreintes.

Je ne trouve rien de frais. Je remonte donc la seconde montagne tout doucement et aperçois une grosse perdrix qui se débine à 20 mètres environ. Elle m'a repéré et je ne pourrai pas l'approcher, je repars pour arriver au sommet de la seconde montagne. Je décide de bifurquer maintenant en prenant à gauche pour biaiser en descendant la montagne. En arrivant près d'un chablis, je me poste un instant. Très rapidement, un écureuil arrive sur la droite du chablis puis monte sur un tronc couché au sol.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je l'observe un instant puis décide de le prendre en photo mais c'est le moment qu'il choisit pour disparaître en un bon. J'attends encore un peu dans ce puits de lumière mais rien ne vient. Il fait un soleil radieux aujourd'hui et la température est assez chaude.

J'avance ainsi sur un  terrain très vallonné, tout à coup, un bourdonnement se rapproche rapidement dans mon dos. Je m'arrête net, c'est un colibri, il tourne un instant autour de moi puis disparaît aussi vite qu'il est arrivé. C'est incroyable comme ces oiseaux sont curieux, tout changement dans leur territoire est soigneusement examiné.

Un peu plus loin j'entends des piaillements d'un groupe d'oiseaux à 40 ou 50 mètres devant moi, un autre groupe d'oiseaux lui répond à 100 mètres environ. Je pense qu'il s'agit d'agamis d'après ce que m'ont décrit Xavier et Christophe. Je tente de me rapprocher mais les oiseaux se taisent. J'écoute un moment, ils se remettent à piailler mais ils ont avancé. Je tente de me diriger vers eux mais à nouveau, ils se taisent. Au bout d'un moment, ils recommencent à chanter et les autres leur répondent. J'essaie à nouveau d'avancer mais constatant qu'ils gagnent du terrain à chaque fois, je décide de laisser tomber et reprends ma progression en forêt. 

Après un moment passé à marcher tout doucement et après plusieurs arrêts d'observation non fructueux. Un fracas dans les feuillages au-dessus de moi retentit. Je lève les yeux et observe la canopée. Les branchages s'agitent mais impossible de voir les singes. Je monte sur un gros tronc tombé au sol et reste un moment à observer les feuillages qui me dominent à plusieurs dizaines de mètres.

Tout à coup, je perçois du mouvement et finis par apercevoir ce que je pense être un singe blanc et noir avec sa queue préhensile, je pense au macaque blanc (nom local du capucin olive) dont m'a parlé Xavier. L'animal vient droit sur l'arbre à côté de moi. Je finis par voir sa tête très allongée. C'est en fait un fourmilier arboricole qui passe au-dessus de ma tête. J'ai juste le temps de le prendre en photo avant de le perdre de vue.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je tente de me décaler mais sans arriver à le retrouver. Je n'arriverai pas à y reposer les yeux dessus.

Je reprends ma progression quand une odeur particulière envahit mes narines. J'ai entendu Olivier et Xavier parler de l'odeur des pakiras qui semble se caractériser par "une odeur d'urine qui sent bon", c'est exactement ce à quoi me fait penser cette odeur puissante. Je tente de la suivre et la perds dans un petit marais asséché. Le sol sableux est marqué de traces qui semblent fraîches et faites par des pécaris.

Ils semblent remonter en crête mais la nature du sol change vite et les pieds ne marquent plus. Impossible de les suivre, d'autant que j'ai perdu l'odeur. Ne retrouvant ni l'odeur ne les traces, je tente d'avancer très doucement en remontant vers la crête sans succès. Finalement, je décide de bifurquer et de descendre dans un marais en contrebas pour m'y poster un moment.

Je me cale au pied d'un arbre dans le coin d'une zone de végétation assez basse bordé sur les 2 côtés du coin par une végétation plus dense. Je suis à l'écoute de la forêt toujours aussi chantante, entre les insectes, les batraciens et les oiseaux, les chants plus ou moins mélodieux, plus ou moins puissants ne s'arrêtent jamais.

Je scrute tranquillement le paysage quand un mouvement attire mon regard à environ 15 mètres sur ma droite. Un animal noir d'environ 15 kg surgit du mur de végétation sur la zone dégagée que je surveille, il n'a pas fait un bruit et se déplace en silence. J'examine un instant l'animal sans savoir l'identifier. Il fouille le sol et je finis par comprendre qu'il s'agit d'un pécari mais certainement d'un jeune car il ne semble pas bien épais, je ne vois pas le collier. Il avance doucement dans la végétation basse assez clairsemée. J'arme mon arc et le suis en attendant une fenêtre de tir.

Il passe une première puis un seconde sans s'arrêter en marchant tranquillement. Voulant assurer mon tir, j'espère le voir s'arrêter. Cette fois c'est l'occasion, il s'arrête plein travers à découvert. J'aligne ma visée et appuie sur mon décocheur mais ce dernier s'ouvre mal sans libérer la corde. J'ai légèrement relâché la tension sur ma corde qui m’entraîne en avant. Un mouvement réflexe me fait retirer sur la corde qui se libère du décocheur et ma flèche part très en arrière du pécari pour se ficher bruyamment dans un petit arbuste. L'encoche lumineuse bleue est bien visible.

Le pécari s'arrête un peu plus loin, il n'a rien compris. Xavier m'a dit qu’ils reviennent souvent analyser la situation et je décide de ne pas bouger. Je suis dégoûté et contrôle mon décocheur encrassé par du bois pourri. Je nettoie ma gâchette, qui fonctionne maintenant parfaitement, tout en surveillant le pécari qui finit par se débiner.

Rapidement, un mouvement attire mon attention devant moi. A 20 mètres environ, un pécari se débine et décrit un arc de cercle pour venir vers moi. J'arme mon arc. Il se présente à environ 15 mètres de face entre 2 arbustes, il hume l'air, nez au vent et je crains qu'il ne m'ait éventé.

Il est beaucoup plus gros que le premier et semble très noir, le bout de son nez presque rose s'agite en l'air. Je prends la visée au niveau de sa gorge et décoche mais une branchette, que je n'avais pas vue, dévie ma flèche qui frappe un des arbustes et explose en plusieurs morceaux dans un fracas impressionnant. Le pécari fait volteface et s'éloigne au galop pour s'arrêter à 35 mètres environ pour analyser la situation puis il disparaît dans la végétation. Le morceau de flèche avec mon encoche rouge allumée est retombé à 2 mètres d'où se trouvait le pécari.

J'attends un moment sans bouger, je suis écœuré, je viens certainement de manquer l'occasion du séjour. Au bout d'un moment, ne voyant rien bouger, je pars chercher ma première flèche. La lame a traversé, le tronc est fendu par la moitié, il me faut casser le coté du tronc avec mon poignard pour récupérer ma flèche. J'éteints mon encoche et remets ma flèche au carquois puis pars chercher ce qui reste de ma seconde flèche. Je retrouve la partie portant la lame qui est complètement détruite, les 3 lames ont été expulsées de la férule qui est sérieusement tordue. Je retrouve mon empennage un peu plus loin et récupère mon encoche que j'éteints avant de la mettre à la poche.

Je fais le point sur mon GPS pour retrouver l'endroit demain puis tente de trouver la trajectoire de fuite des animaux. Je tombe rapidement sur une crique, le niveau de l'eau est peu profond mais l'eau est claire, les animaux n'ont donc pas traversé. Je suis donc la crique qui bifurque à 90° quand je perçois un mouvement dans la végétation à environ 35 mètres. Je me fige, c'est un groupe de pécaris. Le vent n'est pas bon, il souffle dans mon dos et les animaux se débinent à la queue le leu, je compte 7 animaux au travers de l'épaisse végétation.

Dès que je les perds de vue, je tente de me rapprocher mais ils ont déjà disparu, sans un bruit. Chez nous le moindre mulot produit un bruit en se déplaçant dans les feuilles. Ici, les animaux se déplacent en silence sur un sol sableux humide, de plus le tapis de feuilles mortes, malgré la quantité d'arbres, est très réduit et vite dégradée par les insectes en particulier les termites dont les termitières sont présentes partout.

Je prends un nouveau point GPS puis décide de quitter le secteur en espérant ne pas trop déranger ces animaux pour tenter de les retrouver demain. Je prends donc mon GPS et ma boussole, je suis à 500 mètres environ du camp. J'essaie de rentrer au plus droit mais je tombe rapidement sur des zones de végétation très épaisse, d'énormes chablis et des criques à traverser. Il me faut donc slalomer un peu entre les obstacles.

 Je lève ainsi 2 belles perdrix que je n'avais pas vues. En arrivant près du camp, je dérange un groupe de capucins clairs (les fameux macaques blancs). Je me fige pour les observer un moment. Les singes curieux viennent à tour de rôle ou 2 par 2 pour m'observer plus ou moins à découvert. 

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

J'aperçois même par moment des femelles avec leur petit sur le dos. Au bout d'un moment, je décide de continuer et les animaux s'éloignent. J'arrive au camp et mange un petit bout, il est près de 13 heures, avant de m’allonger sur mon hamac pour attendre mes collègues. Les colibris en profitent pour venir inspecter le camp. Je fais une petite sieste bercé par les bruits de la forêt.

Au bout d'un moment, un bruit de moteur se fait entendre en amont du fleuve. C'est Christophe qui rentre, la barque cogne contre les troncs et les branches, la diriger ne doit pas être simple quand on est seul. Il finit par arriver et accoste sur le fleuve au niveau du camp pour éviter à manœuvrer en arrivant à la crique. Christophe a vu des agamis et en a fléché 2 qu'il n'a pas retrouvé et a réussi à flécher un pigeon qu'il a tué sur le coup.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Nous discutons un moment, je lui raconte ma rencontre avec les pécaris puis le ronron du moteur du canoë se fait entendre au loin, en aval du fleuve. Quand ils arrivent nous partons à leur rencontre. Olivier a fait 2 pigeons comme celui de Christophe au milieu d'une bande de 15 oiseaux.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014
Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Xavier lui a fait un hocco (les coups de feu entendus ce matin) et un agami à l'arc. C'est Olivier qui débarque le hocco. 

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Sa première flèche lui a entaillé le crâne et malgré cette blessure l'oiseau s'est enfuit et il a dû lui mettre une seconde flèche qui lui a coupé les 2 cuisses et les muscles du poitrail. Je recommence mon récit de ma chasse. Xavier nous raconte qu'il a manqué un gros caïman dans un lac formé par l'assèchement partiel d'une grande crique au milieu de la forêt. Il a pris un point GPS du lac pour le retrouver. 

Nous mangeons un bout quand un grondement dont l'intensité augmente petit à petit se fait entendre. Xavier sursaute : "Quel jour on est ?" "Jeudi" "On a oublié la fusée". C'est le lanceur Soyouz qui décolle, nous avions complètement oublié son lancer, il est parti à l'heure prévue, vers 18 heures. Nous avions prévu de nous poster sur une zone dégagée du fleuve pour voir le lancement mais il est trop tard. Nous courons au bord du fleuve pour avoir un maximum de ciel dégagé mais, nous ne verrons rien. Le grondement puissant s'estompe peu à peu et le calme revient. Nous revenons au camp, plumons et préparons les oiseaux, l'agami est pelé et vidé, les autres oiseaux plumés et vidés, avant de nous poser un peu.  

Après le repas du soir, Olivier va partir chasser le caïman avec Xavier en remontant le fleuve. Je pars me poster avant la tombée de la nuit sous le gros arbre fruitier repéré ce matin, juste de l'autre côté de la crique. La nuit tombe, je suis posté au pied de l'arbre et attends dans le noir un long moment. Seuls les bruits de la forêt animent le secteur. J’allume par moment ma lampe frontale pour essayer d'apercevoir un animal car je sais que je ne les entendrais pas arriver sur le sol meuble. Au bout de 2 heures d'affût environ, je renonce et retourne au camp alors que mes collègues partent en chasse.

Nous nous couchons dans nos hamacs avec Christophe. Dans la nuit les chasseurs reviennent avec 2 beaux caïmans. Un de 22.5 kg fait par Olivier d'une flèche de tête, remonté à l'aide du câble de pêche après 1 heure de lutte et achevé à la machette.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

La mâchoire est impressionnante.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Un tué, sur la berge, d'un coup de fusil à la tête par Xavier qui fait 19.5 kg. Nous repartons nous coucher, nous nous occuperons des caïmans demain matin.

 

Alex

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  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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