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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 17:07

Ce matin, nous nous réveillons tranquillement alors que le jour commence à se lever. Je commence par masser mon bras avec ma pommade et faire quelques échauffements puis remplace mon moulinet de pêche par mon carquois d'arc et remets ma réduction sur ma visette pour augmenter ma précision au tir. Nous déjeunons ensuite tranquillement.

Ce matin, je vais essayer ma nouvelle stratégie de chasse que j'ai eu le temps de réfléchir durant notre séjour à Kourou. J'ai appris de mes erreurs de la semaine dernière. Pour commencer, je vais chasser sans sac à dos car il est une source de bruit et d'énervement car il s'accroche partout. De plus, je suis capable de chasser sans boire pendant des heures en été chez moi donc je n'ai pas peur que l'absence d'eau soit un problème ici.

Ma boussole, mon GPS ma lampe d'arc et mes clés hexagonales sont mis dans ma poche avec la fermeture éclair de mon treillis. Ensuite, fini les bottes, je vais chasser avec mes chaussures de marche et mes guêtres en tissu silencieux car je ne sais pas marcher silencieusement en bottes, elles serviront à éviter les piqûres de serpents (habituellement en métropole je ne les utilise que par temps de neige).

Je retourne à ma façon de chasser habituelle : chasser le plus léger possible (pantalon camo, T-shirt à manche longue camo, cagoule camo, mon poignard à la ceinture, chaussures de randonnée et guêtres camo en tissu silencieux, mon GPS, des piles de rechange, ma boussole, ma lampe d'arc et mes clés hexagonales, un bout de corde et mon arc à la main). Olivier me prend en photo avec mon petit caïman avant que je le vide et lui coupe la tête.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Une fois rincé dans le fleuve et égoutté il sera mis au frais. Je décide de partir chasser en traversant la crique. Olivier et Xavier vont descendre le fleuve en canoë et Christophe va le remonter un peu en barque pour aller chasser de l'autre côté du fleuve. Je traverse la crique sur un gros tronc tombé en biais en travers de la crique sur la gauche du camp. Je commence ensuite à remonter la pente boisée. Aujourd'hui, je vais chasser différemment, j'ai décidé d'avancer très lentement en suivant les zones les plus claires mais aussi de faire de longues pauses d'observation.

Rapidement, je tombe sur une clairière au milieu de laquelle trône un énorme arbre au pied duquel se trouve une multitude de fruits orangés ressemblant à des oreillons d’abricots sans noyau. Je ramasse une moitié de fruit et constate que ce fruit et en fait très dur. La partie comestible doit être le cœur du fruit qui est absent à chaque fois. Très peu de fruits plus verts sont encore entiers. Quelques fruits ouverts présentent des marques de dent. Ce site doit être un très bon poste.

Pris par une grosse envie pressante, je regarde bien autour de moi et trouve un coin près d'une plante à grandes feuilles souples et assouvis ce besoin naturel. Une fois terminé, je me refagote et fait 2 pas quand un animal me siffle. Je reconnais le sifflement de la biche rouge entendu lors du premier séjour en forêt mais n'aperçois pas partir l'animal que j'entends s'éloigner dans la végétation.

 J'entends mes collègues qui démarrent les moteurs en contrebas, je fais encore quelques pas lents et une grosse perdrix démarre et s'envole à quelques mètres au pied d'un gros arbre. Je la perds rapidement de vue. Je regarde bien autour de moi puis repars quand j'entends Xavier qui tire un premier coup de feu, puis un second.  

Je regarde bien autour de moi pour trouver le passage le plus facile et repars pour rapidement tomber sur un gros trou en forme de trèfle d'où démarrent 3 grosses galeries.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je me demande bien quel animal a pu creuser un tel terrier. Je repars doucement en m'arrêtant régulièrement pour bien observer autour de moi pour tenter de ne pas louper un animal. J'arrive ainsi au sommet de la montagne puis redescends doucement toujours en marquant de longs arrêts d’observation et arrive au fond de la combe où se trouve un lit de ruisseau asséché sableux où je cherche un instant des empreintes.

Je ne trouve rien de frais. Je remonte donc la seconde montagne tout doucement et aperçois une grosse perdrix qui se débine à 20 mètres environ. Elle m'a repéré et je ne pourrai pas l'approcher, je repars pour arriver au sommet de la seconde montagne. Je décide de bifurquer maintenant en prenant à gauche pour biaiser en descendant la montagne. En arrivant près d'un chablis, je me poste un instant. Très rapidement, un écureuil arrive sur la droite du chablis puis monte sur un tronc couché au sol.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je l'observe un instant puis décide de le prendre en photo mais c'est le moment qu'il choisit pour disparaître en un bon. J'attends encore un peu dans ce puits de lumière mais rien ne vient. Il fait un soleil radieux aujourd'hui et la température est assez chaude.

J'avance ainsi sur un  terrain très vallonné, tout à coup, un bourdonnement se rapproche rapidement dans mon dos. Je m'arrête net, c'est un colibri, il tourne un instant autour de moi puis disparaît aussi vite qu'il est arrivé. C'est incroyable comme ces oiseaux sont curieux, tout changement dans leur territoire est soigneusement examiné.

Un peu plus loin j'entends des piaillements d'un groupe d'oiseaux à 40 ou 50 mètres devant moi, un autre groupe d'oiseaux lui répond à 100 mètres environ. Je pense qu'il s'agit d'agamis d'après ce que m'ont décrit Xavier et Christophe. Je tente de me rapprocher mais les oiseaux se taisent. J'écoute un moment, ils se remettent à piailler mais ils ont avancé. Je tente de me diriger vers eux mais à nouveau, ils se taisent. Au bout d'un moment, ils recommencent à chanter et les autres leur répondent. J'essaie à nouveau d'avancer mais constatant qu'ils gagnent du terrain à chaque fois, je décide de laisser tomber et reprends ma progression en forêt. 

Après un moment passé à marcher tout doucement et après plusieurs arrêts d'observation non fructueux. Un fracas dans les feuillages au-dessus de moi retentit. Je lève les yeux et observe la canopée. Les branchages s'agitent mais impossible de voir les singes. Je monte sur un gros tronc tombé au sol et reste un moment à observer les feuillages qui me dominent à plusieurs dizaines de mètres.

Tout à coup, je perçois du mouvement et finis par apercevoir ce que je pense être un singe blanc et noir avec sa queue préhensile, je pense au macaque blanc (nom local du capucin olive) dont m'a parlé Xavier. L'animal vient droit sur l'arbre à côté de moi. Je finis par voir sa tête très allongée. C'est en fait un fourmilier arboricole qui passe au-dessus de ma tête. J'ai juste le temps de le prendre en photo avant de le perdre de vue.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Je tente de me décaler mais sans arriver à le retrouver. Je n'arriverai pas à y reposer les yeux dessus.

Je reprends ma progression quand une odeur particulière envahit mes narines. J'ai entendu Olivier et Xavier parler de l'odeur des pakiras qui semble se caractériser par "une odeur d'urine qui sent bon", c'est exactement ce à quoi me fait penser cette odeur puissante. Je tente de la suivre et la perds dans un petit marais asséché. Le sol sableux est marqué de traces qui semblent fraîches et faites par des pécaris.

Ils semblent remonter en crête mais la nature du sol change vite et les pieds ne marquent plus. Impossible de les suivre, d'autant que j'ai perdu l'odeur. Ne retrouvant ni l'odeur ne les traces, je tente d'avancer très doucement en remontant vers la crête sans succès. Finalement, je décide de bifurquer et de descendre dans un marais en contrebas pour m'y poster un moment.

Je me cale au pied d'un arbre dans le coin d'une zone de végétation assez basse bordé sur les 2 côtés du coin par une végétation plus dense. Je suis à l'écoute de la forêt toujours aussi chantante, entre les insectes, les batraciens et les oiseaux, les chants plus ou moins mélodieux, plus ou moins puissants ne s'arrêtent jamais.

Je scrute tranquillement le paysage quand un mouvement attire mon regard à environ 15 mètres sur ma droite. Un animal noir d'environ 15 kg surgit du mur de végétation sur la zone dégagée que je surveille, il n'a pas fait un bruit et se déplace en silence. J'examine un instant l'animal sans savoir l'identifier. Il fouille le sol et je finis par comprendre qu'il s'agit d'un pécari mais certainement d'un jeune car il ne semble pas bien épais, je ne vois pas le collier. Il avance doucement dans la végétation basse assez clairsemée. J'arme mon arc et le suis en attendant une fenêtre de tir.

Il passe une première puis un seconde sans s'arrêter en marchant tranquillement. Voulant assurer mon tir, j'espère le voir s'arrêter. Cette fois c'est l'occasion, il s'arrête plein travers à découvert. J'aligne ma visée et appuie sur mon décocheur mais ce dernier s'ouvre mal sans libérer la corde. J'ai légèrement relâché la tension sur ma corde qui m’entraîne en avant. Un mouvement réflexe me fait retirer sur la corde qui se libère du décocheur et ma flèche part très en arrière du pécari pour se ficher bruyamment dans un petit arbuste. L'encoche lumineuse bleue est bien visible.

Le pécari s'arrête un peu plus loin, il n'a rien compris. Xavier m'a dit qu’ils reviennent souvent analyser la situation et je décide de ne pas bouger. Je suis dégoûté et contrôle mon décocheur encrassé par du bois pourri. Je nettoie ma gâchette, qui fonctionne maintenant parfaitement, tout en surveillant le pécari qui finit par se débiner.

Rapidement, un mouvement attire mon attention devant moi. A 20 mètres environ, un pécari se débine et décrit un arc de cercle pour venir vers moi. J'arme mon arc. Il se présente à environ 15 mètres de face entre 2 arbustes, il hume l'air, nez au vent et je crains qu'il ne m'ait éventé.

Il est beaucoup plus gros que le premier et semble très noir, le bout de son nez presque rose s'agite en l'air. Je prends la visée au niveau de sa gorge et décoche mais une branchette, que je n'avais pas vue, dévie ma flèche qui frappe un des arbustes et explose en plusieurs morceaux dans un fracas impressionnant. Le pécari fait volteface et s'éloigne au galop pour s'arrêter à 35 mètres environ pour analyser la situation puis il disparaît dans la végétation. Le morceau de flèche avec mon encoche rouge allumée est retombé à 2 mètres d'où se trouvait le pécari.

J'attends un moment sans bouger, je suis écœuré, je viens certainement de manquer l'occasion du séjour. Au bout d'un moment, ne voyant rien bouger, je pars chercher ma première flèche. La lame a traversé, le tronc est fendu par la moitié, il me faut casser le coté du tronc avec mon poignard pour récupérer ma flèche. J'éteints mon encoche et remets ma flèche au carquois puis pars chercher ce qui reste de ma seconde flèche. Je retrouve la partie portant la lame qui est complètement détruite, les 3 lames ont été expulsées de la férule qui est sérieusement tordue. Je retrouve mon empennage un peu plus loin et récupère mon encoche que j'éteints avant de la mettre à la poche.

Je fais le point sur mon GPS pour retrouver l'endroit demain puis tente de trouver la trajectoire de fuite des animaux. Je tombe rapidement sur une crique, le niveau de l'eau est peu profond mais l'eau est claire, les animaux n'ont donc pas traversé. Je suis donc la crique qui bifurque à 90° quand je perçois un mouvement dans la végétation à environ 35 mètres. Je me fige, c'est un groupe de pécaris. Le vent n'est pas bon, il souffle dans mon dos et les animaux se débinent à la queue le leu, je compte 7 animaux au travers de l'épaisse végétation.

Dès que je les perds de vue, je tente de me rapprocher mais ils ont déjà disparu, sans un bruit. Chez nous le moindre mulot produit un bruit en se déplaçant dans les feuilles. Ici, les animaux se déplacent en silence sur un sol sableux humide, de plus le tapis de feuilles mortes, malgré la quantité d'arbres, est très réduit et vite dégradée par les insectes en particulier les termites dont les termitières sont présentes partout.

Je prends un nouveau point GPS puis décide de quitter le secteur en espérant ne pas trop déranger ces animaux pour tenter de les retrouver demain. Je prends donc mon GPS et ma boussole, je suis à 500 mètres environ du camp. J'essaie de rentrer au plus droit mais je tombe rapidement sur des zones de végétation très épaisse, d'énormes chablis et des criques à traverser. Il me faut donc slalomer un peu entre les obstacles.

 Je lève ainsi 2 belles perdrix que je n'avais pas vues. En arrivant près du camp, je dérange un groupe de capucins clairs (les fameux macaques blancs). Je me fige pour les observer un moment. Les singes curieux viennent à tour de rôle ou 2 par 2 pour m'observer plus ou moins à découvert. 

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

J'aperçois même par moment des femelles avec leur petit sur le dos. Au bout d'un moment, je décide de continuer et les animaux s'éloignent. J'arrive au camp et mange un petit bout, il est près de 13 heures, avant de m’allonger sur mon hamac pour attendre mes collègues. Les colibris en profitent pour venir inspecter le camp. Je fais une petite sieste bercé par les bruits de la forêt.

Au bout d'un moment, un bruit de moteur se fait entendre en amont du fleuve. C'est Christophe qui rentre, la barque cogne contre les troncs et les branches, la diriger ne doit pas être simple quand on est seul. Il finit par arriver et accoste sur le fleuve au niveau du camp pour éviter à manœuvrer en arrivant à la crique. Christophe a vu des agamis et en a fléché 2 qu'il n'a pas retrouvé et a réussi à flécher un pigeon qu'il a tué sur le coup.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Nous discutons un moment, je lui raconte ma rencontre avec les pécaris puis le ronron du moteur du canoë se fait entendre au loin, en aval du fleuve. Quand ils arrivent nous partons à leur rencontre. Olivier a fait 2 pigeons comme celui de Christophe au milieu d'une bande de 15 oiseaux.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014
Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Xavier lui a fait un hocco (les coups de feu entendus ce matin) et un agami à l'arc. C'est Olivier qui débarque le hocco. 

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Sa première flèche lui a entaillé le crâne et malgré cette blessure l'oiseau s'est enfuit et il a dû lui mettre une seconde flèche qui lui a coupé les 2 cuisses et les muscles du poitrail. Je recommence mon récit de ma chasse. Xavier nous raconte qu'il a manqué un gros caïman dans un lac formé par l'assèchement partiel d'une grande crique au milieu de la forêt. Il a pris un point GPS du lac pour le retrouver. 

Nous mangeons un bout quand un grondement dont l'intensité augmente petit à petit se fait entendre. Xavier sursaute : "Quel jour on est ?" "Jeudi" "On a oublié la fusée". C'est le lanceur Soyouz qui décolle, nous avions complètement oublié son lancer, il est parti à l'heure prévue, vers 18 heures. Nous avions prévu de nous poster sur une zone dégagée du fleuve pour voir le lancement mais il est trop tard. Nous courons au bord du fleuve pour avoir un maximum de ciel dégagé mais, nous ne verrons rien. Le grondement puissant s'estompe peu à peu et le calme revient. Nous revenons au camp, plumons et préparons les oiseaux, l'agami est pelé et vidé, les autres oiseaux plumés et vidés, avant de nous poser un peu.  

Après le repas du soir, Olivier va partir chasser le caïman avec Xavier en remontant le fleuve. Je pars me poster avant la tombée de la nuit sous le gros arbre fruitier repéré ce matin, juste de l'autre côté de la crique. La nuit tombe, je suis posté au pied de l'arbre et attends dans le noir un long moment. Seuls les bruits de la forêt animent le secteur. J’allume par moment ma lampe frontale pour essayer d'apercevoir un animal car je sais que je ne les entendrais pas arriver sur le sol meuble. Au bout de 2 heures d'affût environ, je renonce et retourne au camp alors que mes collègues partent en chasse.

Nous nous couchons dans nos hamacs avec Christophe. Dans la nuit les chasseurs reviennent avec 2 beaux caïmans. Un de 22.5 kg fait par Olivier d'une flèche de tête, remonté à l'aide du câble de pêche après 1 heure de lutte et achevé à la machette.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

La mâchoire est impressionnante.

Chronique Guyanaise, les pakiras, 3 avril 2014

Un tué, sur la berge, d'un coup de fusil à la tête par Xavier qui fait 19.5 kg. Nous repartons nous coucher, nous nous occuperons des caïmans demain matin.

 

Alex

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 08:54

Ce matin, le réveil sonne vers 4 heures, nous nous préparons avec Olivier puis partons rejoindre Christophe et Xavier pour déjeuner. Nous finissons ensuite de préparer nos affaires et de les charger sur la barque et le pickup.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Cette fois nous y sommes, nous partons pour 1 heure de route, de nuit, pour arriver juste au lever du jour au bord du fleuve. Nous avions regardé les heures des marées hier soir et cette fois le fleuve est haut et facilite la mise à l'eau des embarcations.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Les affaires déchargées et les moteurs en place, Xavier part garer son pickup et la remorque près du poste de gendarmerie le plus proche. Pendant ce temps Christophe et Olivier partent devant et j'attends au débarcadère le retour de Xavier. J'en profite pour observer les oiseaux, les insectes et la végétation. Une petite plante amusante pousse au milieu des herbes.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Ses feuilles composées se ferment comme les ailes d'un papillon au moindre contact.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Je termine de charger quelques affaires quand je m'aperçois qu'une très grosse araignée a élu domicile dans le creux d'un des renforts d'une valise d'arc juste à la hauteur de mon dos quand je vais m’asseoir. Je débarque donc la valise et tente de la déloger. Très agressive, elle attaque la branche qui me sert à la sortir de son trou mais je finis par l'expulser. Je n'ose pas imaginer si je ne l'avais pas vu et quelle m'avait mordu pendant le trajet.

Au bout d'un moment, Xavier est de retour, nous embarquons et partons sur le fleuve. La lumière du matin est magnifique.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous avançons vite mais Olivier et Christophe dont le moteur est moins puissant ont dû déjà faire pas mal de chemin et il va nous falloir un moment pour les rattraper.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Au bout d'un moment Xavier bifurque et prends un petit bras perpendiculaire au fleuve. Je pense qu'il veut chasser en remontant le fleuve ou observer quelque chose mais c'est en fait un raccourci qui nous permet de couper une grande boucle du fleuve et de rattraper un peu notre retard sur Christophe et Olivier.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Un gros canard de barbarie se lève devant nous pour se reposer plus loin, nous le relevons ainsi plusieurs fois, il a rejoint 2 autres canards plus petits. Nous les perdons de vue dans un virage. Ils se sont en fait posés dans un arbre et passent par-dessus la cime des arbres à notre passage.

Un peu plus loin plusieurs toucans traversent le fleuve, un après l'autre, au niveau de la cime des arbres, leur silhouette est très caractéristique avec leur gros bec et leur vol ressemble à celui des pics. Des anis posés près de l'eau nous laissent passer juste à côté d'eux sans s’envoler.

Nous apercevons par moment quelques perroquets qui nous survolent au niveau de la cime des arbres. Ces oiseaux colorés volent souvent par 2. Un peu plus loin Xavier me montre une sorte d'aigle blanc posé sur la cime d'un arbre mort.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous finissons par rattraper Christophe et Olivier arrêtés contre la berge pour refaire le plein.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous accostons à côté d'eux et attendons un moment que Christophe ait fait son plein et qu'il redémarre le moteur puis nous repartons cette fois nous passons devant et gagnons vite du terrain grâce au moteur puissant.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous devrons ralentir plus loin à cause des obstacles. Olivier et Christophe nous rattrapent. Petit à petit, le fleuve se resserre,

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Xavier est impressionnant, il voit tout et entend tout. Malgré le bruit du moteur, il entend tous les cris de la forêt et m'annonce des singes ou des oiseaux alors que j'ai vraiment du mal à entendre quoi que ce soit à part le ronron du moteur.

Les obstacles commencent à arriver mais pour le moment nous les franchissons sans trop de difficulté. Nous ralentissons, Olivier et Christophe nous rattrapent et nous suivent maintenant de près. Nous finissons par arriver à l'endroit où le fleuve se dédouble, cette fois nous prenons à gauche.

Le niveau est beaucoup plus bas que lors du séjour de Christophe et Xavier en janvier et ils pensent que nous ne pourrons pas remonter aussi haut qu'ils ne l'avaient fait. Les obstacles commencent à s’enchaîner.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Les choses sérieuses commencent, je dois jouer de la pagaie, de la machette et de la hachette pour nous frayer un passage et Xavier doit parfois sortir sa petite tronçonneuse. Mon bras me fait mal et je n'ai pas de force dès que je dois couper une branche sur le côté ou un peu en arrière et je galère souvent pour couper une simple liane.

Nous arrivons sur un grand arbre tombé en travers du fleuve et détectons un passage sur la gauche sous le tronc.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Il me faut jouer un peu du sabre pour couper quelques branches

puis nous nous baissons pour passer sous l'arbre alors que Xavier remet les gaz.

Olivier et Christophe suivent notre sillage. Après plusieurs autres obstacles passés avec plus ou moins de difficulté, nous tombons sur un énorme embâcle. Quelques gouttes de pluie se font sentir. Il nous faut traverser plusieurs mètres de branchages pour le passer.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous cherchons un moment le passage le plus facile puis commençons à couper les branchages et les troncs pour avancer.

Xavier met les gaz

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

mais la barque se cale sur les branchages. Nous sommes complètement enchevêtrés dans la végétation,

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

je coupe les branchages à ma portée au sabre

alors que Xavier a sorti la tronçonneuse,

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

nous devons couper pas mal de branches et descendre de l'embarcation avant de la pousser et réussir à avancer.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous avons fait un véritable couloir dans la végétation et il nous faut maintenant passer sous un gros tronc. Je me baisse et passe dessous alors que Xavier essaye d'avancer avec le moteur mais rapidement les branchages freinent l’hélice et nous devons avancer à la force des bras en tirant et poussant sur les troncs et les branches

Nous finissons par passer le tronc mais je dois descendre de la barque pour la tirer en marchant sur les troncs immergés.

Xavier m'aide en poussant avec ses jambes sur les troncs.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous finissons par nous dégager et Xavier peut se resservir du moteur. Olivier et Christophe n'ont plus qu'à emprunter notre passage pour nous suivre.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Très rapidement un nouvel obstacle se présente.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous pensons pouvoir passer sur la gauche et nous décalons pour prendre le passage, la pagaie à la main, je suis prêt mais malgré mes efforts et l'accélération du moteur la barque vient se caler sur le tronc immergé et je dois descendre de la barque.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Je n'arrive pas à dégager la barque et alors que le canoë nous rejoint,

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Xavier doit sortir, encore une fois, la tronçonneuse pour ouvrir le passage.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Une fois le passage fait, nous repartons. Les obstacles continuent à s’enchaîner  et il faut parfois que Christophe et Olivier viennent nous aider pour que nous arrivions à passer. La barque se remplit peu à peu de feuilles et de bout de bois. Quand je ne suis pas en train de pagayer ou de tirer la barque sur un haut fond, je joue du sabre.    

Alors que je suis dans l'eau au milieu des branchages, j'aperçois un piranha de 20 cm de long environ qui passe près de moi sans me prêter attention. Xavier nous a affirmé qu'en Guyane il ne s'attaque jamais à l'homme mais bon, ça fait tout de même bizarre surtout quand on sait que ces poissons se déplacent en bande. De nombreux insectes et araignées nous tombent dessus. Une curieuse mante religieuse blanche et toute fine se promène sur ma cuisse.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Un peu plus loin, une jeune mante fleur très trapue tombe sur la housse de mon arc posé à côté de moi mais impossible de la prendre en photo. Dès que le fleuve se dégage nous avançons plus vite que le canoë et l'attendons dès que nous le perdons de vue.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous profitons d'une de ces pauses pour manger un bout tous ensemble puis nous repartons devant avec Xavier pour ouvrir la voie.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Le temps passe et les obstacles s’enchaînant, Xavier et Christophe décident de chercher une zone pour établir un camp bien que nous soyons encore loin de leur camp de janvier. Nous avons été arrosé par quelques petites averses mais il fait un soleil radieux cette après-midi. Les traces de maïpouri semblent moins nombreuses que sur l'autre secteur que nous avons chassé la semaine dernière. Ici le relief est plus prononcé dès le bord du fleuve. Nous nous arrêtons au départ d'une première crique, le secteur est magnifique mais le sol de la forêt est trop bas et c'est un gros risque en cas de crue du fleuve, Xavier décide de continuer.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Un peu plus loin nous nous arrêtons sur un nouveau secteur lui aussi magnifique mais La présence de grands arbres morts qui risquent de nous tomber dessus dissuade Xavier et Christophe d'établir notre campement ici. Nous repartons et nous arrêtons un peu plus loin dans une magnifique crique mais encore une fois le secteur ne convient pas à Xavier pour le camp.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous repartons. Le fleuve se sépare en 2 bras nous prenons à gauche sans trouver d'emplacement puis nous nous arrêterons finalement sur le bras de droite, au départ d'une belle crique vers 15 heures.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

A peine descendu, Xavier attrape son fusil et fonce dans la forêt sans que nous comprenions ce qu'il a vu. Nous attendons son retour en discutant quand, alors que Xavier est à 15 mètres environ, une grosse perdrix démarre juste à 5 mètres de nous, Xavier la pensait partie en forêt alors qu'elle était venue se caler au pied d'un arbre juste à côté de nous. Le relief plat de la plage enherbée de la crique remonte brusquement au niveau d'un talus pour s’aplanir à nouveau.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous déchargeons nos affaires. Alors que nous déposons une glacière avec Olivier, 2 basilics se coursant nous passent dans les pieds et s'éloignent dans le sous-bois dans un grand bruit de feuilles sèches. Un  beau papillon vient se poser sur des feuilles sèches dans les branchages au-dessus de nous.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Il s’envole et se repose rapidement sur un arbuste alors qu’Olivier le prend en photo.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous finissons de débarquer nos affaires puis cherchons un emplacement pour le carbé. Une zone assez dégagée loin des arbres morts possédant 3 arbres pouvant constituer 3 piliers sur 4 est choisie pour sa construction.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Je commence à couper un arbre gênant, à la hachette car la tronçonneuse a pris l'eau et ne démarre plus, alors que mes collègues coupent les petits arbustes bien au ras, sur l'emplacement du carbé, pour éviter de buter dans les racines en marchant et de se faire mal.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Mon arbre abattu va être recoupé pour constituer le pilier manquant. Nous l'enfonçons dans le sol par à-coups successifs puis coupons 2 arbustes fourchus pour le maintenir. D’autres arbres fourchus sont coupés pour tenir les barres horizontales du carbé plaquées contre les piliers.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

2 barres horizontales parallèles posées les 2 autres peuvent être posées, calées sur les 2 premières et attachées par des liens. Le carré du carbé fait, je pars chercher la barre qui maintiendra la bâche en son centre pour faire 2 bonnes pentes pour évacuer la pluie. Ma première barre est trop courte, je pars en chercher une autre. Nous posons cette barre au milieu du carré du carbé

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

puis passons la bâche par dessus.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Cette barre est ensuite remontée à l'aide de branches fourchues pour former les pentes. La bâche est ensuite attachée et tendue grâce aux petits arbustes du tour du carbé.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Notre carbé est presque terminé.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous nous apercevons que des zones de la bâche ne sont pas bien tendues et risquent de provoquer une accumulation d'eau pouvant écrouler le carbé à cause du poids. Nous tendons donc la bâche à l'aide de d'autres longues barres dont le bout est couvert d'une chaussette mouillée lors de notre voyage pour éviter de percer la bâche.

Nous nous occupons ensuite de l'abri de Xavier qui dormira à nouveau seul. Nous tentons une sangle entre 2 arbres et tendons une bâche dessus puis faisons le même abri entre notre carbé et l'abri de Xavier pour abriter le feu et notre lieu de repas. Nous tendons nos hamacs et rassemblons nos affaires.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Notre camp et terminé.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous coupons un arbre mort près du carbé qui pourrait être dangereux, débarrassons le tour du carbé des morceaux de troncs pourris qui pourraient abriter des habitants dangereux puis ramassons une réserve de bois pour le feu. Un magnifique colibri vert métallique en profite pour venir inspecter le carbé, il tourne autour des piliers, inspecte les hamacs puis repart aussi vite qu'il est arrivé. Un peu plus tard un autre, plus petit et de couleur brune vient à son tour inspecter le carbé. Ces oiseaux sont très curieux, ils viennent souvent nous tourner autour quand nous sommes immobiles en forêt.

Nous nous posons ensuite un peu avant de manger. Xavier aperçoit un petit singe, une sorte de tamarin noir avec le bout des pattes orange.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Olivier en profite pour le filmer.

Je pars ensuite pour aller voir la crique de plus près et constate qu'elle est peuplée de nombreux poissons dont certains de taille suffisante pour être péchés à l'arc.

Je pars donc chercher mon arc et tente d'en attraper quelques-uns ce qui me permet de tester correctement ma flèche pêche avant une prochaine sortie au caïman. Je n'attraperai pas le moindre poisson, ils sont trop rapides et pas très gros, mais ma flèche pêche semble bien sortir. Nous allons chasser à tour de rôle avec Olivier un soir sur 2 pour tenter de flécher un gros caïman. Ce soir c'est moi qui vais partir chasser avec Christophe en canoë.

Après le repas, nous nous reposons un moment alors que la nuit est tombée. Vers 21 heures, nous partons avec Christophe pour descendre le fleuve à la pagaie. Je m'aperçois alors que l'éclairage de mon viseur ne marche plus, je change mes piles mais rien n'y fait. Il va être très difficile de viser avec un pin's non lumineux car ma fibre optique est très fine.

Je fabrique donc un éclairage de mon pin's avec ma frontale dont j'entoure la sangle autour de la poignée de mon arc et la bloque, braquée sur le pin's, avec un gros élastique prêté par Christophe. Je compte sur l'éclairage de la frontale très puissante de Christophe pour nous éclairer mais c'est sans compté que ma présence au bout du canoë coupe le faisceau. Je n'y vois rien et Christophe non plus du même coup. Nous percutons tous les obstacles du fleuve et la situation devient dangereuse, nous risquons de chavirer. Je dois remettre ma frontale à sa place sur mon front et garder mon pin's éteint. Ça commence mal.

Nous passons près d'un caïman repéré de loin grâce à son œil rouge, il est posé sur un amas de branches calé contre une branche qui tombe dans l'eau, je suis armé mais Christophe le trouve trop petit et ne dit de ne pas tirer. Les autres caïmans ne se font pas attendre mais ils plongent très vite et ne se laissent pas approcher à part certains trop petits pour être tirés.

Il faut éviter de heurter le canoë avec l'arc ou la pagaie car l'onde sonore est très audible sous l'eau. Mais il m'est difficile de ne pas faire de bruit en jonglant entre la pagaie et l'arc posé sur mes genoux. De plus, quand les caïmans se laissent approcher, c'est le courant trop fort qui nous entraîne trop vite et m'empêche d'aligner ma visée. Je m'aperçois également que ma frontale de 70 lumens n'est pas assez puissante, je n'y vois pas grand-chose, et que ma lampe d'arc n'éclaire pas très bien. Elle est pleine de buée et je dois la démonter pour essuyer la vitre.

C'est la galère, rien ne va. Un gros caïman finit par se laisser approcher, j'arme mon arc mais j'ai beaucoup de mal à prendre ma visée alors que le canoë dérive trop vite. Juste au moment où ma visée est prise, il plonge. Christophe râle et me dit d'être plus rapide et je lui explique que j'ai beaucoup de mal avec mon matos qui n'est pas au top. Nous passons près d'un couple de grands phasmes en pleine action. Un peu plus loin, en passant sous un arbre penché au-dessus de nous, une énorme fiente d'oiseau tombe dans l'eau juste à côté de moi, je viens d’échapper à un bon shampoing. Les obstacles, jusque-là assez faciles à passer, commencent à se compliquer et nous décidons de faire demi-tour.

Christophe allume le moteur et nous remontons doucement vers le camp. Les petits poissons commencent à sauter en tous sens et il me faut régulièrement en remettre à l'eau alors qu'ils tombent dans le canoë.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Les caïmans plongent toujours aussi vite. Je galère toujours pour viser et décide de tenter d'enlever la réduction interchangeable de ma visette truglo ce qui va considérablement améliorer ma visibilité à la visée. Je mets ma réduction à la poche et ferme la fermeture pour ne pas la perdre.

Alors que nous longeons la rive un gros poisson chien d'environ 30 cm saute par-dessus le canoë. Et alors Christophe est entrain de dire qu'on aurait pu le prendre dans la figure, il bondit à nouveau pour ressauter par-dessus l'embarcation en sens inverse mais cette fois il me percute au passage en plein visage pour retomber lourdement au fond du canoë. Pensant que nous pourrons le manger, je l'achève avec le talon de ma chaussure.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Au bout d'un moment, nous retrouvons le caïman du début posé sur son tas de branches, je suis armé mais le reconnais et dit à Christophe : "C'est le petit" mais, cette fois, il le trouve plus gros et me dit de tirer. Je vise et décoche. Je pense ma flèche bonne mais, en ramenant mon câble, je constate que mon caïman n'est pas au bout de ma flèche. Il est calé contre la berge, il est remonté de suite après le tir et nous pensons que je l'ai blessé.

Nous faisons donc demi-tour pour nous repositionner. J'arme alors que nous passons à 7 ou 8 mètres du caïman qui nous tourne le dos et craignant de le voir plonger, je décoche en visant sous sa tête qui dépasse de l'eau. A l'impact, le caïman disparaît et Christophe qui pense que je l'ai manqué me dit que j'aurais dû attendre. Je lui réponds que la dernière fois il trouvait que j'avais trop attendu alors cette fois j'ai décoché.

En ramenant mon câble, je sens une résistance. Je l'ai eu. Je lutte un peu pour le remonter puis lui passe quelques tours de câble autour de la gueule pour lui fermer la bouche avant de l'attraper et de le hisser sur le canoë. Je constate alors que ma première flèche lui a entaillé le dos. Je lui tiens la gueule fermée à la main, détoure mon câble et entoure son museau avec du scotch puis l'achève d'un coup de machette derrière la tête.

Nous repartons mais de nuit, nous nous trompons de bras du fleuve. Nos collègues nous rappellent à l'ordre et nous éclairent. Nous faisons demi-tour et reprenons le bon chemin avant d'arriver à la crique. Xavier ne manque pas de me charrier sur la taille de mon caïman. Il nous dit que le poisson que nous avons ramené n'est pas mangeable car plein d'arrête. Il est donc mort pour rien, je m'en veux un peu.

Une petite photo souvenir avant d'aller dormir.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Olivier prend également une photo magnifique, de près, de l'œil de l'animal.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Nous prendrons une autre photo demain matin avant de vider l'animal. Il est effectivement loin du gros caïman que j'espérais flécher, c'est même le plus petit fait sur notre séjour.

Chronique guyanaise, La seconde remontée du fleuve, 2 avril 2014

Alex

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 15:23

Ce matin, nous nous levons un peu plus tard pour récupérer de la soirée de la veille qui s'est terminée vers 2 heures ce matin. Nous avons tout de même mis le réveil car ce matin nous allons visiter le centre de lancement spatial de Kourou. Nous partons rejoindre Xavier et Christophe pour déjeuner.

Pendant que nous prenons notre déjeuner un oiseau un peu plus gros qu'un merle de couleur gris vert vient picorer les dernières bananes du régime que Christophe a pendu au pilier en bois de la terrasse. Depuis plusieurs jours, je l'entre-apercevais furtivement et nous retrouvions souvent des bananes piquées tombées au sol. Au moment où je me décide à le prendre en photo, il s’envole.  

Xavier nous amène ensuite sur le site du centre spatial pour une visite en bus de cet immense cite de 700 hectares qui s'étend de Kourou à Sinamari. Une maquette grandeur nature de la fusée Ariane 5 trône à quelques dizaines de mètres de l’accueil des visiteurs.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Après les inscriptions et la distribution des badges nous regagnons le bus pour cette visite. La visite guidée est assez inintéressante et instructive. Nos accompagnateurs nous expliquerons le fonctionnement du site et la technique associé aux différents lanceurs du site avec beaucoup de pédagogie. Nous verrons de loin les sites de lancement des lanceurs Véga

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

et Soyouz, ce dernier doit d'ailleurs être lancé cette semaine pendant que nous serons en forêt. Nous verrons de près le site de lancement d'Ariane 5.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Ces sites sont entourés de parafoudre. Les lanceurs sont acheminés des hangars de montage vers le site de lancement par un énorme camion tractant une immense remorque guidée par 2 lignes de rails.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Nous verrons de loin les différents sites d'assemblage des lanceurs et les hangars dédiés aux satellites ainsi que les centres de lancement d'Ariane 5. 

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014
Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Ce site est immergé dans un site naturel modifié qui accueille encore une faune très varié et où la chasse est interdite. Nous verrons de nombreux oiseaux durant la visite. A la fin de la visite, nous attendons un peu Xavier. Un oiseau au ventre jaune vient se poser près de nous sur la rambarde de l'accueil.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Xavier arrive au bout d'un petit moment, il est passé chez le coiffeur et j'ai failli ne pas le reconnaître. Nous partons avec lui pour aller chercher le moteur du canoë qui était chez le réparateur puis pour le marché de Kourou où nous allons acheter quelques spécialités régionales pour midi : du poulet boucané, des boudins créoles et des acras de morue. Nous rentrons ensuite pour manger. Une jeune tourterelle nous accueille accolée à un de ses parents sur une barre près du massif de fleur où butinent les colibris.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Ces oiseaux sont très communs autour de chez Xavier et décollent souvent quand nous passons sur la piste en voiture ou des herbes hautes. Avant de manger Xavier et Christophe teste le moteur du canoë dans un bidon d'eau mais après un démarrage correct le moteur cale et ne redémarrera pas. Après le repas, je repère à nouveau l'iguane sur l'arbre près de la terrasse de Xavier.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Xavier a dû s'absenter un moment pour rapporter le moteur du canoë chez le réparateur, je pars chercher mon caméscope pour le filmer mais je n'arrive pas à trouver une bonne position pour mon caméscope et mon film est trop tremblant, j'abandonne.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Au retour de Xavier, je lui demande la permission de flécher l'iguane.

Cette espèce est classée dans les gibiers tirables ici et j'aimerais bien savoir quel goût a cet animal. J'attrape donc mon arc et m'approche de la rambarde après avoir vérifié que personne ne se promenait derrière l'arbre.

L'iguane habituellement calé au soleil sur une branche haute vient de descendre et se trouve sur une branche plus basse, juste où il faut pour que mon tir soit parfaitement fichant. J'arme mon arc et prends la visée au niveau de l'épaule alors que l'iguane vient se présenter plein travers. Ma visée calée, je décoche alors que Xavier et Christophe observe la scène. Ma flèche très rapide a frappé l'iguane à environ 7 mètres. Je n'ai pas vu mon atteinte mais Christophe me dit qu'il a vu gicler le sang à l'impact.

L'iguane est tombé après l'impact en heurtant les grandes feuilles dans un grand bruit mais je l'ai perdu de vue et n'ai vu que les feuilles bouger. Je descends contrôler mon tir. Des traînées de sang sont bien visibles et ont marqué les feuilles.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

De grosses gouttes et des morceaux de foie sont tombés au sol.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Je cherche mon iguane un moment au sol dans l'épaisse végétation  tout autour de l'arbre puis dans les branches sans le trouver. Je constate en cherchant que des traces de sang ont marqué le tronc de l'arbre.

Pendant ce temps, Christophe qui est parti chercher ma flèche l'a trouvé plantée au sol et me la ramène. Je pars chercher une échelle et monte dans l'arbre. Je cherche un moment quand j'aperçois la queue de mon iguane. Je la suis du regard et aperçois mon iguane encore vivant accroché dans une fourche de l'arbre. Je parviens à le saisir en approchant doucement ma main.

Il n'est pas en forme mais a trouvé la force de remonter à l'arbre malgré ma flèche rentrée derrière l'épaule qui lui a cassé la patte avant opposée. Je redescends rapidement pour l'achever. Je suis vraiment impressionné par la résistance des reptiles et des oiseaux. Après une petite séance photo,

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Xavier m'explique comment le préparer pour le manger ce soir. Il faut l'ébouillanter pour le peler. Je pars donc faire chauffer de l'eau puis trempe l'iguane dans la casserole d'eau bouillante et retire sa peau qui s'enlève très bien et sans effort.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Je découpe ensuite l'animal en petits morceaux puis y ajoute de la sauce soja et du citron pour le laisser mariner au frais.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Je le ferai cuire ce soir pour l’apéro. Je rejoins ensuite mes collègues qui ont commencé à préparer nos affaires pour notre expédition de chasse de demain. Nous préparons nos touques et notre matériel que nous rassemblons sur la barque posée sur sa remorque. Cette fois, je prends tous mes vêtements camo pour avoir assez de change.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Grâce à une chute de tuyau PVC de diamètre 100 et un plastique scotché à une extrémité, je bricole un tube pour remplacer mon tube en carton qui me servira pour transporter mes flèches lors de notre trajet en barque mais aussi lors de notre retour en métropole.

L'agriculteur du coin a allumé un feu en plusieurs points de la prairie pour brûler l'une de ses parcelle d'herbe pour supprimer l'herbe sèche et favoriser la repousse de jeunes pousses.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Ses vaches ont été parquées plus loin dans une autre parcelle de prairie. 

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Ce feu allumé au loin en ligne progresse tranquillement et provoque une épaisse fumée flanche qui envahit le secteur. Alors que je pars me changer dans ma chambre, j'aperçois un très gros crapaud aplati dans une flaque d'eau.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Alors que je le prends en photo, il se redresse mais ne bouge pas de la flaque.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

En arrivant à ma chambre, je constate que le feu attisé par le vent, assez fort aujourd'hui, redouble d'intensité.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Une fois changé, je reviens vers chez Xavier et m'aperçois que le crapaud s'est à nouveau aplati dans la flaque, il a certainement flairé le danger dû au feu et s'est mis à l'abri, une belle adaptation de la nature. La majorité de nos affaires sont prêtes, nous partons avec Olivier et Xavier pour Kourou pour aller acheter de la glace pour remplir 3 grandes glacières, récupérer le moteur du canoë et faire quelques courses.

Xavier nous ramène ensuite chez lui puis repars Pour Kourou. Le feu brûle toujours, une personne semble d'éteindre le feu près d'une clôture sans y parvenir. Un peu plus tard, alors que le jour commence à décliner, un foyer s'allume curieusement à plus de 200 mètres du front de flamme qui progresse toujours vers la forêt. Le vent qui a bifurqué à 90 ° depuis cet après-midi va rapidement attiser ce foyer derrière chez Xavier et le feu va rapidement gagner un grand parc de panneaux solaires puis s'étendre vers nous. Nous surveillons ce feu de la fenêtre alors que nous préparons le repas du soir, sans trop savoir quoi faire.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

La nuit tombe peu à peu et le vent pousse le feu vers les maisons voisines de celle de Xavier, il gagne tout de même doucement du terrain vers chez Xavier. Un chemin de terre nous protège. Il y a peu de chance que le feu le saute mais nous commençons à nous inquiéter pour les voisins. Nous surveillons le feu du bord de la clôture qui ferme la propriété.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Les pompiers finissent par arriver mais restent près des panneaux solaires. Alors que Xavier arrive le feu arrive près de la maison voisine. Les flammes sont impressionnantes et dépassent parfois 3 mètres de haut. Elles progressent au rythme des bourrasques de vent avec un crépitement constant.

Nous partons tous dans la nuit noire, avec un locataire de Xavier, armés de pelles et de feuilles de palmier pour tenter de contenir le feu car les voisins de Xavier ne sont pas là. Dans la précipitation, je n'ai pas pris ma frontale, comptant sur celles de mes collègues. Nous sautons par-dessus le portail et nous avançons de 50 ou 60 mètres vers le feu quand Christophe crie : "Attention pitt bull !" tout le monde fait demi-tour en courant et plus personne n'éclaire vers les chiens qui arrivent en aboyant. Je me retrouve derrière sans lumière, un bon coup d'adrénaline.

Nous sautons rapidement par-dessus la barrière puis décidons d'aller voir plus loin si des voisins ont besoin d'aide. Le vent a tourné et le feu se rabat rapidement vers le chemin nous sommes rapidement entouré par la fumée et devons courir pour retrouver de l'air frais. La fumée pique les yeux. Les voisines de Xavier vont bien. Un pompier finit par arriver dans une voiture avec le gestionnaire du parc des panneaux photovoltaïque qui a en fait détourné les secours pour sauver son gagne-pain au mépris de la vie et des biens des gens qui vivent ici.

Une petite altercation entre lui et Xavier s'en suit. Le pompier appelle ses collègues qui arrivent peu après mais le feu va en fait s'arrêter seul au bord du chemin. Les flammes très hautes projettent des braises rougeoyantes de l'autre côté de chemin mais le feu ne prend pas. Les pelouses entretenues des propriétés ont évité le pire. Nous laissons faire les pompiers et rentrons manger. Nous commençons par l'iguane qui est moins bon que le caïman main bon tout de même. La mygale du coin

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

se poste pour tenter d'attraper les geckos dont un, tout proche d'elle, a déjà perdu sa queue, peut être lors d'une attaque de l'araignée, qui commence tout juste à repousser.

Chronique guyanaise, dernière journée avant le retour en forêt, 1 avril 2014

Ces lézards nocturnes tournent autour de la lampe ronde qui éclaire la terrasse à la recherche des insectes attirés par l'éclairage. Après le repas nous partons nous coucher car nous nous levons à 4 heures demain matin.

 

Alex

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 10:05

Ce matin, nous avons rendez-vous à 6 heures sur une grande propriété agricole qui élève des bovins pour chasser le capibara. Cet animal est visible surtout le matin au lever du jour et le soir et la nuit dans les zones chassées. Le réveil sonne vers 5 heures, nous nous préparons puis nous nous retrouvons devant un petit déjeuner avant de partir pour la zone de chasse. Nous arrivons sur place alors que le jour commence tout juste à se lever. Nous passons le portail d'entrée puis faisons le tour des bâtiments à la recherche du propriétaire sans le trouver. Nous tombons sur un de ses employés et discutons un peu avec lui. Nous nous garons près des bâtiments puis décidons de partir chasser sans attendre plus car le jour se lève de plus en plus.

Nous formons 2 binômes, je pars avec Christophe. J'ai pris ma caméra GOPRO que j'ai fixée sur le côté gauche de ma tête. Nous nous avançons derrière les bâtiments dans une prairie vallonnée. De chaque côté de la bute un petit marais couvert de moucoumoucous délimite le bas de la pente. Xavier et Olivier prennent un côté et nous l'autre. Il fait beaucoup de vent ce matin, il facilitera nos approches. Le ciel est couvert et je pense voir tomber rapidement la pluie. Je m'approche doucement du marais sans rien voir.

En arrivant juste au ras du marais, j'entends quelques cris caractéristiques du capibara et entends quelques animaux plonger sans pouvoir les voir dans la végétation très épaisse. Christophe reste derrière en observateur. Je suis tout doucement le bord du marais, Un gros oiseau ressemblant à un faisan décolle du sommet de la butte pour disparaître dans les moucoumoucous. Christophe me suit à distance mais j'arrive au bout du marais sans voir de capibara.

Nous retrouvons Olivier et Xavier au bout de la bute. Il ont vu un gros caïman mais pas de capibara. Nous n'avons l'autorisation de tir que sur les capibaras. Nous partons tous un peu plus loin pour retenter l'approche. Nous rejoignons un chemin de terre sur lequel de très grosses empreintes de capibaras sont imprimées dans la boue.

Nous longeons le chemin un moment puis nous nous séparons pour aller prospecter deux secteurs bien distincts. Avec Christophe nous prenons à gauche le long d'un petit bois qui surplombe un marais. Nous sommes pour le moment à mauvais vent. Nous avançons ainsi doucement jusqu'à rattraper le bout d'un très grand marais couvert de moucoumoucous et commençons à le longer tout doucement.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Cette fois, le vent est bon, il souffle face à nous. Le léger relief du terrain presque plat suffit à cacher parfois les capibaras. Nous avançons donc prudemment en arrivant en haut des petites buttes. Nous voyons pas mal d'indice de présences, des traces dans la boue du bord du marais et des tas de crottes. Des jacanas se débinent dans les moucoumoucous. Le secteur est parfois chassé à la carabine par Daniel, un ami de Xavier et au fusil par les employés du domaine.

Au bout d'un moment Christophe m'arrête et me montre un grand groupe de capibaras entrain de brouter, à une centaine de mètres, de l'autre côté du marais dans la prairie. Ils sont un peu plus de 15, il me semble.

Il nous faut faire un grand détour de plusieurs centaines de mètres autour du marais pour tenter une approche. Nous nous serrons au maximum contre le marais pour être au point le plus bas et tenter d'avancer cachés par les moucoumoucous qui poussent à 5 ou 10 mètres de la berge. Les capibaras eux sont à mi-pente d'une petite butte et dominent donc le secteur. Ils risquent de nous voir d'un moment à l'autre surtout que certains assis montent la garde pendant que d'autres mangent.

Nous progressons plus ou moins voûtés en fonction de la hauteur des moucoumoucous. Nous surveillons de temps en temps le groupe d'animaux qui est en train de passer derrière la bute. Un peu plus loin, alors que regardons à nouveau nous n'apercevons plus que le dos d'un capibara qui broute en crête. Il relève brusquement la tête. Nous nous baissons mais il ne nous a pas vus. Alors qu'il se remet à brouter nous reprenons notre marche rapide et perdons peu à peu l'animal de vue.

Arrivés au bout du marais Christophe qui a déjà analysé la trajectoire du vent me dit qu'il est dans notre dos mais qu'il souffle en biais vers le marais. Il souffle toujours aussi fort. Il va nous falloir serrer au maximum le bord de l'eau pour ne pas être senti. Christophe me dit d'allumer ma GOPRO pour ne pas oublier de l'allumer le moment voulu.

Nous commençons à avancer tranquillement en suivant le bord du marais en surveillant par moment la butte sur ma droite. Au bout d'un moment, j'aperçois un capibara pas très gros et en averti Christophe. Il est près du bord de l'eau et risque de nous voir car nous sommes à découvert. Je décide donc de continuer mon approche dans les hautes herbes qui borde l'eau. J'avance un petit moment ainsi puis regarde à nouveau. Cette fois c'est un très gros capibara qui est plein travers au bord de l'eau.

Je reprends ma progression mais le perds de vue à cause des herbes hautes.  Le téléphone vibre dans ma poche. Quand je regarde à nouveau, il n'est plus là. Je continue à avancer et ralentis en me rapprochant de la zone où étaient les capibaras. Je regarde la butte sur ma droite en espérant voir arriver des animaux au sommet. Je me suis décalé sur la droite des herbes et avance tout doucement quand j'aperçois un gros capibara assis au bord de l'eau derrière les herbes hautes à moins de 10 mètres.

Je stoppe net et me baisse, arme mon arc, me redresse et prends la visée sur le coffre de l'animal. Je n'ai jamais tiré un animal aussi gros dans cette position.

Je décoche, mon encoche lumineuse éprouvée par le séjour en forêt ne s'est pas allumée mais il me semble voir rentrer ma flèche au niveau du coffre. Mon capibara pousse un grognement et démarre en trombe pour foncer droit devant lui dans les moucoumoucous. Un autre capibara plus gros que je n'avais pas vu démarre juste derrière et fonce à 90° du premier pour rentrer lui aussi dans les moucoumoucous.

Je réencoche alors que Christophe me rejoint. Il me félicite pour mon tir mais, au fond de moi, je ne suis pas trop confiant, l'animal est parti dans l'eau et en plus dans les moucoumoucous qui sont très denses. Il n'a pas vraiment vu mon atteinte et me demande des précisions, je lui dis que je pense ma flèche bonne. Alors que nous nous approchons de la zone du tir, il me semble entendre un animal se débattre un très court instant dans l'eau. Je repère la provenance du bruit près d’une petite excroissance dans les moucoumoucous et en parle à Christophe qui pense qu'il s'agit du bruit d'un animal en fuite. 

Je reste un moment à écouter puis remonte sur la butte pour voir si un autre capibara ne serait pas derrière puis rejoints Christophe parti voir la zone du tir. Tout à coup, un mouvement se dessine sous la surface de l'eau couverte d'une espèce de végétation épaisse. J'arme mon arc et suis le mouvement quand une tête de petit capibara gros comme un beau ragondin refait surface au travers de la végétation. Christophe qui a armé lui aussi me dit de ne pas tirer. Je pense alors avoir fléché la mère de ce petit et veut le flécher mais Christophe insiste et je laisse ce petit rentrer dans les moucoumoucous et désarme.

Je pars ensuite vérifier mon tir, aucune trace de sang à l'endroit du tir

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

mais l'empennage de ma flèche dépasse des algues à 3 mètres du bord.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Il ne semble pas y avoir de sang sur les moucoumoucous un peu plus loin.  Il me semble voir mon capibara filer droit devant lui, je pense donc qu'il est passé par une ou l’autre des coulées qui se dessinent dans les moucoumoucous en face de moi.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Je demande à Christophe comment faire pour aller le chercher, je pense à une embarcation mais il me dit qu'il va aller le chercher à pied. Je suis très réticent à l'idée de rentrer dans ce marais sans voir où je mets les pieds. Je ne suis vraiment pas fan des eaux troubles dont on ne voit pas le fond mais Christophe se lance et me dit qu'il va se débrouiller seul.

Lâchement, je le laisse rentrer dans l'eau et s'enfoncer doucement dans le marais jusqu'à la taille. Il me fait passer ma flèche cassée juste après les empennages mais encore attenante à l'autre morceau. Une petite trace de sang est présente dans l'encoche lumineuse mais le reste de la flèche a été totalement lavé dans l'eau du marais. 

Christophe me dit d'appeler Xavier, c'est ce que je fais, je m'aperçois que c'est lui qui a essayé de me joindre pendant mon approche et apprends qu'Oliver a lui aussi fléché et qu'ils sont en train de chercher le capibara mais la flèche leur semble trop haute, peut être au-dessus de la colonne, et il ne trouve pas une seule trace de sang malgré une fuite sur terre de l'animal. La flèche est graisseuse. J'en averti Christophe qui rentre dans les moucoumoucous et commence à suivre les coulées.

Je l'observe de la berge sans oser me mettre à l'eau. La surface grouille de vie sous les algues, des poissons (je pense) viennent soulever les algues ou faire des remous en surface. Tout à coup, Christophe me crie qu'un jeune capibara de la même taille que celui vu tout à l'heure, lui tourne autour comme s'il était perdu, cette nouvelle augmente mes craintes d'avoir fléché la mère des jeunes.

Christophe cherche depuis un moment quand je l'entends crier et se débattre avec un bruit d'eau. Il vient de se faire attaquer par un nid de guêpes et revient rapidement vers la berge. Il a tenté de les faire fuir en s'aspergeant d'eau. Il souffre beaucoup et se sent mal, il met un moment à revenir à lui et à faire passer la douleur. Je me sens encore plus coupable de le laisser chercher à ma place. Un petit oiseau à tête blanche se pose sur un moucoumoucou coupé par Christophe.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Au bout d'un moment Christophe repart avec mon poignard pour se frayer un chemin. Il décide de chercher plus à droite vers où est parti le second capibara. Xavier me rappelle, ils renoncent à chercher le capibara qui ne semble pas bien touché et viennent nous rejoindre. Je leur explique un peu notre position par rapport aux repères du terrain.

Au bout d'un moment, je les vois passer de l'autre côté du marais et les appelle. Ils m'ont vu et arrivent. Je leur explique la situation et ils partent rejoindre Christophe. Cette fois, j'ai trop honte et prends mon courage à 2 mains et me mets à l'eau. En avançant dans les moucoumoucous, je trouve une sorte d'île enherbée et monte dessus. C'est en fait un sol meuble qui flotte sur l'eau qui bouge sous mes pas, c'est une sensation très étrange. Nous cherchons un moment sans succès et arrêtons les recherches.

Je n'y croyais pas trop de toute façon avant de commencer mais je suis abattu, les doutes sur mon tir m'envahissent. Je viens de perdre mon capibara. Nous vidons nos bottes alors que Daniel, un ami de Xavier qui chasse le capibara à la carabine sur le secteur, arrive avec son pickup sur la butte où j'ai vu passer Xavier et Olivier tout à l'heure.

Nous partons le rejoindre et nous lui expliquons la situation. Nous nous disons que nous reviendrons plus tard pour chercher mon capibara que les urubus trouveront peut-être et nous indiquerons sa position de leur vol tournoyant. Certains volent d’ailleurs au-dessus de la zone du tir mais ne font que passer. Nous partons à nouveau en chasse et formons deux groupes. Un soleil brûlant s'est levé. De nombreux passereaux peuplent cette propriété, l'un d'eux est particulièrement reconnaissable, c'est la sturnelle militaire dont le poitrail rouge métallique flache dans la végétation.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

D'autres oiseaux tout noirs, ressemblant à des pies unicolores, volent également dans le secteur, ce sont des anis. Cette fois Christophe a décidé de chasser et, refroidi par ma mauvaise expérience, je me mets plus en retrait. Alors que nous longeons un marais, Christophe repère 2 taches brunes à environ 80 mètres. Nous les observons et concluons qu'il s'agit de zones terreuses mais alors que nous avons fait environ 15 mètres, une tête de capibara se redresse puis une autre.

Nous nous figeons mais sommes à découvert. Les 2 capibaras se lèvent et se tournent vers l'eau. Christophe me dit de ne pas bouger. Nous les observons un moment alors qu’ils partent doucement vers le marais puis tentons de nous approcher alors qu'ils se sont mis à l'eau mais ils sont déjà à couvert.

Nous reprenons notre progression le long du marais. Pas d'autre capibara en vue. Nous retrouvons l'autre groupe et prospectons d'autres coins tous ensemble mais sans succès alors qu'Olivier repars vérifier son tir. Les zébus croisés de gasconnes nous observent. Il est assez amusant de voir que c'est une race de chez nous qui se croise avec les zébus.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Le secteur est très fréquenté, herbe broutée, traces, crottes et îlots mis à nu pars le passage des animaux mais pas de capibara en vue. Après le retour d'Olivier nous reprenons le pickup et partons prospecter plusieurs secteurs sans succès. Nous croisons le propriétaire qui nous indique quelques coins mais nous n'y auront pas plus de réussite. Nous voyons beaucoup d'oiseaux : passereaux, perroquets, hérons, jacanas, urubus... Nous finissons par une zone de marais plantée de grands arbres puis de grands palmiers, sur la rive opposée où Olivier a fléché son capibara. Une bande boisée borde l'eau.

Nous nous avançons doucement vers ces arbres quand des masses commencent à tomber au sol. Ce sont de très gros iguanes, certains tombent juste à côté de Christophe. J'aperçois l'un d'eux se jeter du haut d'un très grand arbre et s'écraser au sol avant de partir à toute pattes, courir sur l'eau pour s'agripper à un autre grand arbre qui pousse au milieu de l'eau et y monter en un éclair pour disparaître derrière le tronc. Nous nous dispersons un peu et longeons le marais quand, alors que Christophe me rejoint, un gros capibara démarre de son gîte sous des branches basses au bord de l'eau et rejoint les moucoumoucous de la berge opposée en quelques bons. Les jacanas se débinent par moment. Les arbres font place à de grands palmiers.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Arrivé au bout du marais, je reviens par la prairie vers la zone des iguanes.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Une buse blanche survole la cime des arbres et provoque le plongeon d'un gros iguane dans le marais. Je retrouve Christophe et nous partons rejoindre Daniel qui nous attend au Pickup. Xavier est parti se reposer un peu et Olivier est à la traîne, je l'appelle et lui dit que nous l'attendons au départ mais nous nous comprenons mal et Olivier pars à l'opposé.

Nous décidons de partir rechercher mon capibara en l'attendant. Les urubus ne semblent pas plus actifs que tout à l'heure. Nous nous approchons un peu avec le pickup puis partons à pied. Christophe qui a trouvé que j'avais tiré très vite me culpabilise un peu en me disant que j'aurais dû m'appliquer plus pour tirer. Son capibara fléché plein cœur en janvier n'avait pas fait 5 mètres. J'étais pourtant sûr que ma flèche était bonne mais les doutes m'envahissent de plus en plus. Daniel et Christophe repartent à l'eau et me dise de les attendre. Je m'assois dans l'herbe sous un soleil brûlant. Mes collègues ont disparu dans la végétation.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Une libellule avec une raie dorée sur le dos me tient compagnie et tourne autour de moi.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Le temps passe et je n'y crois pas du tout quand Daniel nous lance : "Je l'ai trouvé". Il lance un gros crâne de capibara en l'air et je pense à une plaisanterie mais il nous confirme qu'il l'a bien trouvé tout près des restes d'un autre capibara. Nous sommes passés à côté tout à l'heure.

Il est mort où je l'ai entendu se débattre tout à l'heure. Nous cherchions trop à droite. Christophe part l'aider pour le sortir du marais et je finis par les voir arriver avec le capibara gonflé par la fermentation. Il est énorme, il fait environ 65 kg. Je le dégonfle un peu en appuyant dessus et admire cette magnifique bête. Ma flèche était bonne, elle rentre au défaut de l'épaule et ressort un peu plus en arrière du côté opposé. Un pli d'intestin sort par la sortie de flèche. Nous constaterons au dépeçage que la zone vitale (cœur poumon) est très petite par rapport à la taille de l'animal et très avancée derrière l'épaule, le foie lui est assez gros.

Ma flèche passe les poumons et la mort est survenue sur environ 25 mètres. Nous testons les allaites de cette grosse femelle, elle n'a pas de laie, ce n'est donc pas la mère des petits vus tout à l'heure, je suis rassuré, bien que Daniel m'ait affirmé que les femelles s'occupent indifféremment de leurs petits et de ceux des autres. Je remercie vivement Daniel et Christophe sans qui je n'aurais jamais revu mon capibara.

Daniel habitué à chasser cet animal est équipé, il nous passe une sangle possédant une petite boucle pour passer aux dents de devant de l'animal et 2 bandes, de longueurs différentes pour éviter de se gêner en tirant, terminées chacune par une boucle à passer autour du torse en diagonale.

Nous attachons le capibara par les dents et passons les boucles avec Christophe pour tirer la bête jusqu'au pickup. Il nous faudra faire plusieurs pauses car il fait vraiment très chaud et le capibara pèse lourd.

Une fois l'animal chargé, nous partons chercher Olivier qui est revenu aux bâtiments et Xavier qui regarde la télévision avec des ouvriers occupés à leur pause repas. Il est près de midi nous rentrons pour dépecer la bête avant de manger.

Nous commençons par une petite séance photo.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014
Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

J'ai bien choisi mon endroit au milieu des fourmis rouges et je tente de garder le sourire alors qu'elles me piquent de toutes parts. De vives brûlures s'étalent sur mon corps et je suis obligé d'aller me doucher avant d'attaquer le dépeçage. A mon retour de la douche, je m'occupe de peler mon capibara avec Daniel qui me donne un cours pour peler et vider cet animal que je ne connais pas encore.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Une fois peler, vidé, nettoyé, découpé et mis en sac le capibara est mis au frais et nous partons manger un bout. Alors que nous allons passer à table, j'aperçois à nouveau l'iguane, vu hier, lové sur la même branche qu'hier.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Je le montre à mes collègues qui prennent à le voir. Il faut dire que j'y ai posé les yeux dessus alors qu'il bougeait un peu. Olivier n'est pas en forme. Après un bon repas façon Xavier nous partons nous reposer un peu. Daniel repart avec l'arrière du capibara qu'il a promis de nous cuisiner en confit et en blanquette car il n'est pas seulement un excellent chasseur de capibara mais il est aussi très fort pour le cuisiner. Olivier part se coucher, il a dû faire une petite insolation. La fin de journée sera consacrée à la détente, je vais en profiter pour faire une bonne sieste après avoir préparé le crâne de mon capibara.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

En arrivant en bas de chez Xavier, une belle araignée nous attend sur le mur.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Le soir venu, Xavier a invité des amis chasseurs pour manger un bon repas préparé par la femme d'un de ses amis brésilien. La soirée se passera dans une bonne ambiance détendue à écouter les histoires de chasse des uns et des autres. Pendant le repas la mygale du secteur se promène sur le mur puis part se caler sur une poutre à l’affût d'une proie. 

 

Alex

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 19:36

Ce matin, après une bonne nuit de sommeil, nous nous levons et partons rejoindre Xavier et Christophe qui ont déjà attaqué de déjeuner sur la terrasse de Xavier d'où nous avons une vue magnifique sur la savane aux alentours et la forêt au loin.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Alors que je m'installe à table, j'aperçois une magnifique mygale (la fameuse matoutou) sur le mur en bois de l'habitation.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je m'approche pour la photographier, elle reste immobile et semble ne pas faire attention à moi. Un petit nid est calé sous le toit devant la fenêtre de la cuisine, c'est une petite tourterelle qui couve. 

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Après le déjeuner, nous descendons pour ranger un peu nos affaires et donner à Xavier notre linge sale pour qu'il puisse aller le laver en ville au lavomatique en allant amener le moteur du canoë à réparer pour que nous puissions l'avoir pour le prochain séjour en forêt. Xavier n'est pas branché au réseau d'eau potable, il tire son eau de grosses réserves d'eau de pluie. L'eau de boisson est achetée en bouteille. Xavier parti nous nettoyons un peu les glacières, le canoë et la barque.

Sous la terrasse de nombreux nids de guêpes maçonnes sont collés aux poutres et des nids de guêpes sont collés sous les feuillages qui bordent l'habitation. C'est ce style de nid qu'il faut éviter de déranger en poussant les grandes feuilles en forêt.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Une fois tout en ordre, nous prenons un peu de temps pour vérifier nos arcs et pour nous entraîner un peu sur un bloc de mousse. Mes tirs sont bons, j'ai encore passé de la pommade sur mon épaule ce matin et l'armement ne me pose pas de problème. Alors qu'Oliver règle l'arc de Xavier que ce dernier vient de récupérer récemment, je pars explorer la propriété de Xavier que je n'ai pas encore bien pu voir.

Christophe m'a dit qu'un petit caïman logeait dans un bassin près de la terrasse. Je m'approche donc du bassin et cherche un moment du regard avant d'apercevoir le petit caïman au milieu de la végétation qui retombe dans le bassin. Je l'attrape derrière la tête et constate qu'il est assez maigre.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je le relâche puis pars donc chercher un peu de chair de poisson, de l'acoupa que nous allons manger à midi, pour lui en donner un peu. Je le capture à nouveau, il ouvre grand la gueule.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je lui mets le poisson dans la gueule mais il la referme rapidement et son repas reste collé au palais alors qu'il ouvre à nouveau la gueule. Je tente de décoller le poisson en passant rapidement avec mon doigt mais c'était sans compter sur la rapidité de fermeture de ses mâchoires qui se referment sur le bout de mon doigt. Ses petites dents très pointues sont bien rentrées dans la pulpe du doigt et l'une d'elles a traversé mon ongle.

Je saigne pas mal alors que j’essaie de dégager mon doigt mais en tirant d'un côté, les dents rentrent plus de l'autre et inversement. Je finis par me dégager au bout d'un moment et entoure mon doigt dans du sopalin pour arrêter le saignement puis revient à la charge. J'ai trouvé un bouchon en liège et le fais mordre du bout de la mâchoire au petit caïman puis pousse le poisson à l'aide d'un bâton au fond de sa gorge et lui fais avaler par le vide laissé à l'arrière de la gueule avant de le relâcher dans son bassin après avoir retiré le bouchon.

Je pars maintenant faire un tour de la propriété de Xavier avec mon arc au cas où car je peux tomber sur des petites tourterelles ou un iguane. La maison de Xavier

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

est entourée de plusieurs petites habitations louées pour les vacances ou en permanence à des personnes travaillant dans le secteur. Celle que nous occupons vient juste d'être terminée par Xavier avant notre arrivée et se trouve au bout de la propriété.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Elle possède une petite terrasse qui donne sur la savane. Les petites tourterelles s’envolent parfois des hautes herbes sans que je puisse les voir posées et tenter une flèche par contre une fois posées dans un arbre, elles se laissent approcher à moins de 10 mètres comme si elles savaient qu'avec une lame mon tir doit être fichant.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Xavier a planté de nombreux arbres fruitiers sur son terrain : des papayes,

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

des bananiers

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

actuellement en fleur

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

et sur lesquels nous avons coupé un régime hier soir, des citronniers, des pamplemoussiers,

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

mais aussi des ananas

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

et toutes sortes de fleurs naturelles comme les oiseaux de paradis qui poussent ici à l'état sauvage

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

ou plantées.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014
Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014
Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Sur un côté de la maison, pousse un magnifique cocotier, j'observe les noix de coco qui me semblent énormes quand j'aperçois un gros lézard vert logé dans l'arbre.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je m'approche un peu pour le photographier, il n'est pas trop effrayé et se laisse tirer le portrait.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je pars à la recherche des iguanes sur tous les arbres du terrain mais impossible d'en voir un. Celui vu hier n'est plus là. Sur une grosse feuille j'aperçois une magnifique grenouille tigrée qui reste parfaitement immobile.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Xavier est de retour, je récupère la lessive pour l'étendre puis nous montons pour préparer le repas. Xavier nous cuisine de l'acoupa pêché par ses soins. Une averse incroyable s'abat sur le secteur.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Le bruit de l'eau sur le toit est incroyable. En entrée, Xavier nous a rappé une papaye verte de son jardin. Son acoupa est vraiment délicieux. Alors que le soleil est revenu, un bel iguane vient se caler sur une branche d'un arbre proche de la terrasse de Xavier. Je le montre à mes collègues qui auront beaucoup de mal à le voir. Alors que nous nous sommes rapprochés de la rambarde de la terrasse et que nous l'observons, il finit par partir se cacher au cœur de l'arbre.

Le repas terminé, nous partons nous reposer un peu puis préparons notre matériel. Ce soir nous allons chasser le capibara sur un petit fleuve à environ 30 minutes de chez Xavier. Xavier m'ayant dit qu'il était possible de tomber sur du caïman à lunette plus gros que les caïmans rouges que nous avons fléchés en forêt, je décide de monter mon moulinet de pêche sur mon arc.

Nous partons en fin d'après-midi avec Olivier et Christophe, avec le pickup de Xavier sur le toit duquel nous avons fixé le canoë. Arrivé au débarcadère, Christophe se gare dans l'herbe et nous descendons le canoë au bord de l'eau.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Une boîte avec des têtes coupées de poissons-chats qui bougent encore est posée au sol. Un fourgon ouvert semble abandonné mais j'aperçois rapidement un pêcheur au bord du fleuve. Nous le saluons en nous lançant sur le fleuve et essayons d'éviter sa ligne.

Un peu plus loin nous passons sous un pont, des dizaines de grosses chauves-souris volent sous l'ouvrage et se posent entre les poutres de soutènement du pont. L'odeur de leurs excréments et de leur urine est très forte. Des lignes de pêche pendent du pont et nous les évitons. De jeunes guyanais nous saluent alors que nous passons et nous échangeons quelques mots courtois en nous éloignant. Le fleuve est assez étroit et bordé de végétation dense qui avance dans l'eau.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Il s'agit en majorité de moucoumoucous, des plantes possédant un tronc avec de grosses épines émoussées et dont les racines s'encrent sous l'eau. De grosses feuilles terminent la plante à 1 à 1.5 mètres au-dessus de l'eau.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

D'autres plantes se mêlent à ces troncs épineux et forment parfois un véritable mur vert. Olivier et Christophe ont eu pitié de mon bras. Olivier est devant et Christophe est derrière et ce sont eux qui pagaient le plus. Ils sont assis alors que je suis à genoux sur le font du canoë et cette position est vite inconfortable. Je bouge souvent pour soulager mes douleurs de dos et de jambes. J'aide un peu en pagayant moi aussi de temps en temps.

Certains passages du fleuve se ferment plus ou moins à cause de la végétation et avancer est parfois difficile.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

A d'autres endroits le fleuve s'ouvre sur la savane inondée ou sur des zones couvertes de grands nénuphars.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

2 passages vont être particulièrement difficiles, un premier passage au travers d'une végétation complètement fermée que nous peinons à traverser et un autre passage très étroit où nous naviguons dans un amas très compact de débris végétaux en tous genres agglomérés sur une dizaine de mètres de long et environ 30 centimètres d'épaisseur. Nous débouchons enfin sur une zone ouverte, sur un grand marécage couvert d'herbes hautes ou le fleuve se ferme totalement sur plus de 10 mètres.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Nous décidons d'accoster au pied d'un grand arbre mort aménagé en affût, des laissés de capibaras flottent en surface du fleuve contre la berge. Déplier mes jambes fait un bien fou. Nous attachons le canoë puis jetons un coup d’œil au secteur. Le terrain ferme sous nos pied est pour le moment hors d'eau et l'herbe broutée est parsemée de laissés de capibaras.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Sur la droite, le marais est bordé par la forêt et devant nous s'étend une immense surface de marais constituée de hautes herbes poussant dans 20 centimètres à un mètres d'eau et parsemée de trous d'eau, de petites butes hors d'eau et de zone de buissons ou d'arbustes, sous l'eau le sol est un peu mouvant et constitué de l'accumulation des végétaux pourris, il fait beaucoup de vent ce soir.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je démonte ma flèche pêche et rembobine le câble dans mon moulinet, Christophe me confectionne un carquois de dos avec mon carquois d'arc et une corde. Il me laisse partir devant par une grosse coulée au milieu des herbes hautes avec de l'eau jusqu'à mi-mollets. J'avance doucement en surveillant bien les alentours mais pas le moindre capibara. J'avance ainsi sur environ 100 mètres sans voir autre chose que des jacanas noirs qui s’envolent par moment des hautes herbes pour aller se poser un peu plus loin.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Je fais demi-tour et retourne vers mes collègues. Nous décidons de continuer à avancer doucement dans les marais. Nous progressons dans l'eau, je suis devant à 30 ou 50 mètres de mes collègues et explore le secteur. Par moment, je retourne sur la terre ferme et tombe sur des zones broutées avec de nombreux laissés. Les coulées de capibaras sont bien marquées, les zones arbustives semblent très fréquentées mais pas le moindre capibara en vue. J'attends de temps en temps mes collègues pour discuter un peu du plan de chasse puis repars devant.

Sur notre gauche, un grand trou d'eau couvert de nénuphars, pas de caïman en vue, je poursuis quand, au loin, des taches sombres se détachent de la végétation. Je pars voir mes collègues qui les ont vu également puis tente une approche mais il s'agit en fait de touffes de végétation. Nous attendons un moment dans le marais que la nuit tombe. Les moustiques commencent à nous tomber dessus. Une fois la nuit tombée nous repartons vers le canoë à la lumière des frontales en espérant voir des yeux briller. Des jacanas s’envolent régulièrement mais pas le moindre capibara en vue. Tout à coup, un œil attire mon attention, je m'approche doucement mais il s'agit d'un très gros crapaud buffle.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

En m'approchant, je dérange un jacana qui se débine devant moi en abandonnant son poussin complètement perdu dans le faisceau de ma lampe frontale. Il finit par disparaître dans la végétation. Les assauts des moustiques se calment un peu avec la nuit noire. Nous rejoignons le canoë en nous arrêtant régulièrement pour éclairer le marais mais sans voir de capibara Je ne crois d'ailleurs pas trop faisable d'en voir un dans l'épaisseur de la végétation mais Christophe semble penser que cela est faisable. Nous reprenons le fleuve, je remonte ma flèche pêche.

Nous descendons doucement, un œil rouge s'allume sur ma gauche dans les moucoumoucous, c'est un boa de Cook qui est sorti pour chasser en profitant de la fraîcheur de la nuit. Nous nous arrêtons dans les zones ou le fleuve s'ouvre sur le marais mais toujours rien. Christophe descend parfois pour s'avancer dans le marais mais sans rien voir. Nous nous battons un peu avec les moustiques et parfois une guêpe attirés par nos frontales.

Un très gros papillon possédant des ocelles ressemblant fortement à des yeux vient taper plusieurs fois sur nous avant de se mettre à l'eau sans que je puisse l'en sortir. Les passages difficiles de jours prennent une autre dimension de nuit. Arrivés dans le secteur ou le fleuve est fermé par 2 murs de végétation nous attendons un peu puis faisons demi-tour pour revenir vers l'endroit où nous avons accosté de jour.

Avancer sans bruit sur l'eau est très difficile car les pagaies tapent parfois contre le canoë et nous nous accrochons dans la végétation au niveau des passages difficiles. Nous ne verrons pas le moindre caïman ni le moindre capibara.

Cette fois, nous rentrons tranquillement vers le débarcadère. Les chauves-souris ne sont plus sous le pont, elle sont certainement parties en chasse mais leur odeur nauséabonde est toujours là. De retour chez Xavier les gros crapauds buffles sont à leur repas sous les néons. J'en attrape un avant de le relâcher.

Chronique guyanaise, Une journée chez Xavier, 30 mars 2014

Nous rangeons nos affaires et déchargeons le canoë avant d'aller nous coucher. 

 

Alex

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  • : Le blog de Alex.bowhunter
  • Le blog de Alex.bowhunter
  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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