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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 21:42

Lundi matin, comme convenu avec Patrick la veille, je me lève pour aller chasser à Sarrancolin. Je rassemble mes affaires mais je me rends compte que je n’ai pas préparé mes lames neuves, la chasse au ragondin de la veille a mis à rude épreuve le tranchant de mes Cabela’s Lazer Suprème.

Je me mets donc à préparer en vitesse deux lames neuves, ça devrait suffire. Et là, arrive ce qui doit arriver quand on est pressé, en serrant la bague de maintien des lames de ma seconde trilame, elle m’échappe et une des lames vient se planter profondément dans mon pouce. Aïe ! Je termine mon doigt enroulé dans de l’essuie tout et finis de me préparer en vitesse. J’ai une heure et dix minutes de route et il est déjà 6h45. Ca y est, tout est prêt, je pars.

La luminosité croit petit à petit alors que je me rapproche de Sarrancolin. Patrick m’a averti, le chemin de la Soule qui monte chez lui est totalement verglacé, je vais en profiter pour chasser en montant. Je gare ma voiture au pied de la côte et commence à monter arc à la main. Je traverse une zone d’habitations puis commence à regarder les traces dans la neige, rien de frai à part un renard. Je monte doucement pour tenter de surprendre un animal au gagnage sur le bord de la route mais les bouts de glaces et la neige sont très craquants et j’ai beaucoup de mal à monter sans bruit. La haie de laurines de la dernière maison du village a totalement perdu ses feuilles, broutées par les grands cervidés mais toujours pas de traces fraîches. J’avance toujours lentement mais le sol est de plus en plus craquant et glissant. Pas un animal, toutes les traces sont vieilles. Je passe les lacets un à un. Je fais une petite pause pour prendre en photo la pleine lune qui se couche entre les montagnes.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Le paysage enneigé est splendide.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

A 100 mètres de chez Patrick, la neige sur la route est souillée par de petites particules de terre, je m’approche et me rends compte qu’une harde de grandes pattes est passée là cette nuit ou ce matin. Les animaux, dont au moins un beau cerf, descendent vers notre zone de chasse, c’est bon signe. Je descends le chemin de terre qui arrive chez Patrick, les griffons nivernais m’accueillent avec de joyeux aboiements.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010
Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Arrivé devant chez Patrick, Pilou vient à ma rencontre. Il inspecte minutieusement mon pantalon qui doit sentir un peu le ragondin.

Nous discutons un moment avec Patrick en déjeunant, nous attendons que le soleil se lève un peu et réchauffe un l’air. Nous sommes sur le départ, le thermomètre dans la cabane devant la maison annonce -2°C. Je pars chercher Ulie que j’ai toutes les peines du monde à sortir du parc par l’échelle car les 4 griffons veulent venir chasser et me sautent dessus. Je lui mets son collier en attendant Patrick puis nous partons.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010
Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Patrick est tout en blanc, moi je suis tout en camouflage Delfwood.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Nous descendons par les pistes qu’il a tracées avec la mini pelle ces dernières années.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010
Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Rapidement nous tombons sur une couche de cerf, en plein milieu du chemin, certainement le 10 cors coutumier des lieux. Plus nous avançons et plus les traces fraîches se font nombreuses.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Patrick décide de commencer par chasser au bout du bois.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Je pars me poster pratiquement au bout du bois et lui va pousser vers moi avec sa chienne.

Je suis de nombreuses traces de la veille qui vont toutes vers mon poste. J’avance rapidement d’abord puis ralenti l’allure à 100 mètres du poste. Je descends, comme à mon habitude, par une coulée presque verticale qui s’enroule autour d’un arbre qui me sert d’appui. Je me méfie car, plusieurs fois déjà en allant me poster, j’ai levé des animaux gîtés juste en dessous dans un gros bouquet de buissons noirs.

Je descends jusqu’à une zone de replat qui me permet de voir les coulées au-dessus et au-dessous de moi. Le vent léger souffle face à moi, tout va bien. Je décide d’aller tout de même jeter un œil aux gîtes dans mon dos. Rien. Je fais demi-tour pour avancer sur le replat jusqu’à un écran d’arbustes qui me camoufleront quand, tout à coup, au travers des branchages, j’aperçois une masse inhabituelle.

Je stoppe net. C’est un grand cervidé, il broute paisiblement face à moi. Que faire, Patrick va arriver. Je l’observe un instant et m’aperçois que ce n’est pas un mais 2 puis 3 animaux qui broutent en venant vers moi. Je décide de tenter l’approche. J’avance pas à pas, calculant chaque reposée de mes pieds, marquant une courte pause à chaque pas. J’écrase doucement la neige qui craque légèrement à chaque pas.

Pas à pas, je me rapproche, 2 des animaux sont maintenant plein travers à 15 mètres, le troisième, plus haut est toujours face à moi et je ne suis toujours pas repéré. Les branchages m’empêchent de tenter une flèche propre, il me faut avancer encore pour profiter d’une belle trouée au milieu des arbustes. Je ne respire plus, je me déplace avec une lenteur extrême, chaque pas est calculé. Le temps qui passe, l’arrivée prochaine de Patrick et du chien, le léger bruissement de la neige et des fougères couchées dessous me stressent de plus en plus.

Je finis par à arriver à 10 mètres alors que les 2 animaux sont maintenant de cul, côte à côte, et le troisième est masqué par la végétation. J’identifie ces animaux comme étant 3 faons, les mères ne sont certainement pas loin, il me faut redoubler de prudence. Une branche m’empêche de tirer et la position des animaux me pose problème.

Je me décale doucement sur ma droite et parvient à m’ouvrir une fenêtre de tir. Un bref calcul, ce sera l’animal de droite, pas de bois, nous avons un bracelet biche et bracelet faon, aucun risque. J’arme et me focalise sur mon animal, sa position est ¾ arrière, bien détaché du second animal, plus rien n’existe au tour.

Je vise l’arrière de la cage thoracique, c’est la première fois que je fais un tel tir. Ma flèche part sans que je puisse la voir. Je n’ai pas entendu l’impact. Mon animal s’éloigne de son congénère au petit trop en prenant la descente rapidement suivi de son acolyte. Le troisième n’a pas bougé.

Un craquement de bois mort se fait entendre par en bas, je ne vois plus les animaux masqués par la végétation. Peu de temps s’écoule alors que 2 animaux ne semblant pas touchés remontent et sont rejoints par le troisième beaucoup plus petit avant de s’éloigner au petit trop. Je l’ai manqué, ce n’est pas possible ! Il était à peine à 8 mètres.

 J’attends un peu que les animaux s’éloignent en me refaisant le film du tir dans ma tête. Je suis fou de rage, « ce n’est pas possible d’être aussi mauvais ». Je descends vers l’endroit du tir, pas de flèche, pas de sang mes craintes se confirment. Je tourne et retourne, analyse mon tir, estime la trajectoire quand, tout à coup, une touffe de poils attire mon attention. Oui, du poil coupé jonche le sol

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

et je trouve également un petit bout de venaison.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

J’ai bien touché mais pas de sang ! Je cherche tout autour et sur la trajectoire de fuite des animaux quand, tout à coup, un mouvement, 50 mètres plus bas, attire mon regard. C’est Ulie. « Patrick ». « Ouai ». « Monte ». « Tu as fléché ? »  « Oui mais je ne trouve pas de sang ! ». En montant Patrick me demande si j’ai fléché un blaireau, je lui réponds que non, que j’ai fléché un cervidé, un faon me semble t-il et je lui explique l’histoire. Un blaireau est semble t-il passé plus bas et a marqué sa fuite d’une goutte de sang. En montant Patrick m’annonce une grande traînée de sang avec ma flèche plantée au sol. Ce n’est pas possible vu mon angle de tir. Je descends et tombe effectivement sur une belle piste de sang très abondante et bien visible dans la neige.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Il ne reste qu’un ¼ de ma flèche côté empennage, le morceau est couvert de sang et de poils. En fait la piste ne suit pas du tout la direction de fuite des animaux que j’ai vu partir. Il s’agissait d’un quatrième animal qui a donné le change.

 La piste très abondante remonte au plus raide, nous la suivons, plus de 15 minutes se sont écoulées depuis le tir. Nous arrivons à la piste en dessous des chênes américains. La piste remonte vers la route. Patrick décide de rentrer chez lui avec la chienne et de revenir avec le 4x4. Je continue seul. Je traverse la route, monte le talus et passe au coin d’une grange en ruine, le sang est toujours très abondant. Je le suis depuis bien 1 km déjà. Maintenant l’animal perd des caillots de sang coagulés de temps à autre et par endroit une tache de mousse rose (c’est signe d’une atteinte de poumon). La piste monte toujours et le sang reste très abondant. Tout à coup, l’animal se met à suivre la courbe de niveau un moment, le sang devient alors moins abondant bien que très facile à suivre.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

J’arrive au-dessus de la résidence secondaire de Tahouens, mon téléphone sonne, c’est Patrick « tu es où ?», je lui explique et il part plus loin m’attendre. Je poursuis, l’animal descend légèrement et entre dans une zone fourrée de buis. La neige obstrue mon viseur et me tombe dans le cou. Mon arc ressemble plus à un bonhomme de neige qu’à un compound. Je suis toujours aussi facilement le sang. Au bout d’un moment, je tombe sur une couche maculée de sang.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

L’animal se débine devant moi. Je tente d’avancer sans faire trop de bruit pour pouvoir le surprendre et le flécher. Je me bats pour garder mon viseur et ma visette sans neige, au cas où. J’encoche et désencoche ma flèche au gré des zones dégagées ou fourrées. La piste remonte de nouveau beaucoup de sang. Tout à coup, un mouvement dans les buis, un animal se débine au-dessus de moi, c'est un grand cervidé mais il ne semble pas blessé. Effectivement le sang ne suit pas cette direction. A nouveau une couche, que faire ? Je suis déjà depuis plus de 2 ou 3 km. Faire appel à un chien de sang ou continuer jusqu’au bout ? Il y a vraiment beaucoup de sang, je tente le coup, je vais suivre encore, il n’est pas encore midi. J’essaie tout de même de passer le moins possible sur la piste pour ne pas anéantir une possible recherche au sang. Toujours du sang mais la piste commence à redescendre, c’est peut être bon signe d’autant plus que je trouve des caillots et des taches de mousse rose assez régulièrement. Tout à coup je la perds sous un buis maculé de sang. Je tourne et retourne pour finir par me, rendre compte que l’animal est revenu en arrière avant de se mettre à descendre de plus en plus raide. Les frottés sur les buis sont de plus en plus fréquents et marqués.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Le sang marque goutte à goutte mais se suit bien sauf de brèves interruptions de quelques mètres. Une autre couche. Je suis un moment puis tombe à nouveau sur une couche puis en arrivant dans une zone très fourrée j’entends un animal démarrer dans un éboulis de pierres. L’animal s’était couché là, les pierres sont couvertes de sang et de mousse rose.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Il fatigue, ses couches sont de plus en plus rapprochées. Tout à coup, je stoppe net, une masse vient d’attirer mon regard. J’identifie le dos d’un animal dont la tête est cachée par un gros arbre. Un cervidé oui, mais lequel ? Mon animal ? Je tente tant bien que mal de dégager mon viseur et ma visette puis arme mon arc et m’approche à pas de loup. Ma visée est prise mais impossible d’identifier. L’animal fait un pas, c’est une chevrette, je suis à 8 mètre, elle a eu chaud. Je désarme. Je continue doucement quand, tout à coup, posant le pied sur une pierre glissante, je chute lourdement sur le dos. Un mouvement devant moi. Mon animal passe à quelques mètres de moi en se faufilant dans les branchages, son flanc est rouge de sang et couvert de mousse rose. Je me relève et suis le sang qui va jusqu’à sa couche avant de partir en sens inverse. Les branchages sont couverts de sang. J’avance maintenant à pas de loup quand, au milieu d’une zone dégagée, je tombe sur mon animal couché, exténué à moins de 10 mètres. Il me tourne le dos, puis me regarde un instant sans pouvoir se lever, je dégage mon viseur et la visette de cette neige collante, arme et décoche. L’animal se redresse d’un bon, vacille, prend la pente puis s’écroule pour rouler et se caler contre un bouquet de noisetiers.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Ouf, ça y est après plusieurs kilomètres de traque j’y suis enfin arrivé. Je suis trempé, gelé mais il faut maintenant redescendre.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

J'appelle Patrick qui met un moment à répondre, il me monte le bracelet et nous redescendons par un petit sentier

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

qui aboutit sur la place de Sarrancolin.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Une fois la bête attachée au 4x4 nous remontons chez Patrick pour manger un bout, faire quelques photos et dépouiller la bichette.

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010
Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

Ma flèche rentre en fait où je visais mais l'angle très fermé de la position de l'animal fait qu'elle ressort à la base du cou ne transperçant qu'un poumon.

Alex

 

Atteinte :

Une biche sarrancolinoise,1 février 2010

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commentaires

L

Belle chasse
Superbe les photos


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P

Jolie action et joli récit !!!! bravo à toi !!!

Y a encore de la neige chez Patrick ?


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  • : Le blog de Alex.bowhunter
  • Le blog de Alex.bowhunter
  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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