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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 10:54

Ce matin, le réveil sonne vers 4h45, nous préparons et déjeunons avant de charger nos affaires et partir pour chasser les capibaras sur le même secteur qu'hier. Ce matin, le temps est à la pluie et les averses se sont succédées toute la nuit et sur le trajet jusqu'à la ferme. Nous nous garons près des bâtiments et finissons de nous préparer puis partons en chasse. Je décide de jeter un coup d'œil sur une langue de prairie à l'herbe haute entourée par une hanse du marais. Mon ami Christophe y a fléché son premier capibara en 2014. Je longe donc la bande d'arbre qui borde la droite de la zone puis trouve une grosse coulée pour rentrer à couvert sous ces derniers. Le passage répété des animaux a laissé la zone bien dégagée et le sol à nu, j'ai bon espoir mais ne vois rien. Un peu plus loin, je dois remonter vers la prairie car le milieu se ferme et je finis de faire le tour du secteur sans voir un capibara.

Je rejoins le chemin de terre qui me conduira au bosquet où j'ai chassé hier soir.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Des crottes fraîches ponctuent le sentier. Arrivé au bout du sentier, j'ouvre la barrière et la referme derrière moi puis prends à gauche vers le bosquet. Je m'avance tout doucement vers le chablis où je me suis fait surprendre hier. J'aperçois alors un beau capibara mâle couché au bord de l'eau à environ 12 mètres sur ma droite. Il semble me regarder, j'arme doucement mon arc et le monte lentement pour prendre ma visée. Mon pin's calé, je décoche mais ma flèche se plante juste sous l'animal qui se lève d'un bon. D'autres capibaras, que je n'avais pas vu, surgissent plus à ma droite et se jettent à l'eau. Dans la panique, mon capibara est resté debout au bord de l'eau. Je réencoche rapidement, arme vise et décoche. Cette fois ma flèche me semble très bonne, au défaut de l'épaule. Le capibara se jette à l'eau et disparaît rapidement dans les moucoumoucous. Je m'approche assez rapidement de l'eau pour essayer de l'apercevoir.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

L'eau s'agite sur place à environ 20 mètres du bord, c'est très certainement mon capibara qui est en train de mourir. Je décide de le laisser tranquille et pars voir si je vois le veau de la vache morte hier. En arrivant où j'ai trouvé la vache couchée hier soir, je trouve un magnifique veau mâle couché en rond. Je le laisse tranquille et appelle Xavier pour lui signaler ma trouvaille et qu'il puisse appeler le fermier. J'en profite pour lui annoncer mon tir puis je pars chercher mon animal. Je pose mon portable, mon arc, mon décocheur, ma cagoule, mes gants et ma veste au bord de l'eau puis m'avance dans le marais où l'eau m'arrive vite à mi-cuisse. Je slalome entre les moucoumoucous dont les épines me griffent les bras et accrochent mon pantalon 3D. Je finis par apercevoir un capibara sur ma droite mais il est toujours vivant.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Il est à quelques mètres sur ma droite et tente de respirer, il semble prendre de grandes inspirations mais sans y parvenir. Entre 2 prises d'air sa tête tombe dans l'eau, ses mouvements s'espacent de plus en plus et sa tête peine de plus en plus à se lever. Il finit par s'immobiliser.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Je m'approche et le saisis par une patte arrière pour le tirer vers la berge. Le retour au milieu des moucoumoucous est assez pénible car mon capibara ne cesse de se coincer ou de s'accrocher dans les troncs. Une fois mon capibara au sec, je le pose contre un arbre près de l'eau puis par tenter d'en faire un second. Je passe à bonne distance du veau pour ne pas l'inquiéter et rerentre dans le bosquet qui borde une avancée du marais.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Le bosquet se termine un peu plus loin et je ressors dans la prairie qui borde le marais que je longe jusqu'en face du chemin de terre sans voir d'autres capibaras.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Je fais donc demi-tour. Je fais partir les zébus près du chemin de terre, en partant les vaches ont laissé un petit veau qui s'est couché roulé en boule.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Les zébus se sont arrêtés un peu plus loin.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

De nombreux urubus sont posés sur les arbres au-dessus du veau et de mon capibaras, je rappelle Xavier pour lui dire que je préfère ne pas laisser mon capibara sur place le temps de la chasse. Il me dit qu'il arrive et qu'un employé va venir chercher le veau qui a perdu sa mère. Je pars donc chercher mon capibara. Je lui passe la corde autour du cou, il est couvert de centaines de fourmis rouges qui m'assaillent. Je me fais une poignée avec un bout de bois que j'attache à ma corde puis tire le capibara vers le chemin de terre. Xavier arrive avec le pick-up et se gare près du capibara. L'employé de la ferme arrive avec son quad et je lui explique où est le veau. Il part le chercher, nous le rejoignons à pied. Il est déjà en train de ligoter l'animal.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Nous l'aidons à le charger sur ses genoux sur le quad et il repart.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Nous faisons quelques photos avant de charger le capibara dans le pick-up.

Chroniques guyanaises, deuxième sortie au capibara, 11 mars 2016

Nous partons ensuite chasser quelques autres secteurs mais les capibaras ne sont plus de sortie. Ce matin Xavier a à nouveau manqué son approche au même endroit qu'hier à cause du vent changeant. Nous décidons d'aller faire un tour où j'ai vu les groupes de capibaras de l'autre côté du marais. La pluie se met à tomber par moment. Alors que nous passons une barrière et que je lutte pour l'ouvrir, une averse tropicale s'abat sur moi. Xavier en profite pour me filmer en rigolant et prenant son temps pour passer la barrière alors que j'ai enfin réussi à l'ouvrir.

La barrière refermée, je remonte dans le 4x4 complètement trempé. Nous décidons de rentrer.

En arrivant, je m'occupe de conditionner le capibara. Ma flèche est en fait très basse car elle est rentrée au niveau du cœur mais, avec la position haute de mon tir, elle est sortie entre les pattes avant en passant sous le cœur et l'entaillant à peine. C'est l'eau qui est rentrée dans la cage thoracique par la plaie qui a comprimé les poumons et provoqué la mort de l'animal. Je m'atèle ensuite à préparer mes crânes. Cet après-midi, ma compagne arrive par l'avion pour une semaine de tourisme et il est donc temps de ranger un peu mes affaires de chasse.

 

Alex

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 05:48

Ce matin, nous récupérons un peu de notre sortie en forêt et nous nous réveillons sans mettre le réveil. Notre matinée sera calme, après déjeuner, j'en profite pour tirer quelques flèches et préparer mon matériel pour notre chasse de ce soir. Xavier va m'emmener chasser le long d'une piste forestière. En fin de matinée nous partons pour Kourou ou nous achetons des sandwichs et quelques frites avant de partir pour la chasse. Nous mangeons en route et arrivons à destination vers 14h30. Nous nous préparons tranquillement et faisons nos points GPS.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

En plus de mon matériel, je prends une grande bouteille d'eau dans mon sac à dos et 2 barres de céréales. Nous nous sommes donné rendez-vous vers 23 heures au pick-up. Xavier va chasser sur la gauche de la piste et moi sur la droite. Il fait très chaud, le soleil est brûlant. Je pars donc vers la forêt mais dois longer un peu la piste car un talus abrupt, surmonté d'un mur végétal, me barre l'accès à la jungle. Un peu plus loin, je rejoins un petit ruisseau qui rejoint la piste et je profite de cette ouverture relative pour rentrer en forêt en le longeant un moment avant de monter sur le flanc de la colline à sa gauche. La forêt est maintenant assez claire et permet une visibilité à quelques dizaines de mètres. Je progresse très doucement en m'arrêtant souvent pour observer un moment.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Le sol est très sec et couvert de feuilles mortes, ma progression peine à rester silencieuse. Un mouvement furtif attire mon regard dans une petite clairière baignée de soleil. Je me fige et observe, un gros lézard se débine à environ 15 mètres et monte sur un tronc pourri tombé au sol. Il le longe un instant puis saute au sol et s'éloigne tranquillement au milieu des feuilles mortes. Je continue ma progression et tombe sur un champignon parasite poussant sur le tronc d'un arbre à environ 1,5 mètres du sol. Il ressemble beaucoup à notre langue de bœuf métropolitaine mais en version macaron.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Le secteur est très vallonné et j’enchaîne les montées et les descentes. Il fait très chaud, je profite de certaines pauses pour boire un peu de la bouteille d'eau que j'ai prise dans mon sac à dos. Arrivé en haut d'une colline, je tombe sur un fruit étrange de couleur jaune et verte, en forme de larme allongée et légèrement courbée, c'est la première fois que je vois un tel fruit. Il n'est mangé.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Je cherche un peu autour de ce dernier et tombe sur d'autres fruits qui eux ont été en partie mangés de frais. L'un est mâché sur tout un côté.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

L'autre porte des traces de dents d'un rongeur.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Je décide de rester posté un moment à cet endroit mais, ne voyant rien venir, je finis par noter l'endroit sur mon GPS et continuer mon chemin. Je butte très vite sur un énorme chablis. Un énorme arbre est tombé, entraînant d'autres arbres dans sa chute et créant un mur impénétrable de 40 à 50 mètres de long. Je contourne donc cet obstacle et tombe sur un grand tronc tombé au sol en limite de la descente de la colline, au bord de ce grand chablis et décide de me poster un instant, assis sur ce tronc, dos au chablis.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

J'ai une bonne vision de la pente clairsemée devant moi mais pas le moindre mouvement pendant de longues minutes.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Je décide de repartir en descendant la pente de la colline et arrive tranquillement au niveau d'un ruisselet couvert de végétation. L'air est plus frai tout à coup, de nombreuses coulées très marquées serpentent dans la végétation et rallient toutes un terrier d'environ 20 cm de diamètres, à moitié caché par des branchages de l'autre côté du petit cours d'eau. C'est très certainement le terrier d'un tatou et j'hésite à rester posté près de ce dernier mais, le tatou est nocturne et la nuit ne sera pas là avant plusieurs heures et je me décide à poursuivre mon chemin. Je traverse le ru et me fraye un passage au travers d'une végétation très dense tout en remontant la pente très raire pour arriver au sommet de la colline suivante.

Arrivé en haut, je domine une vallée encaissée parcourue de nombreuses coulées. Je descends doucement en faisant des pauses pour observer puis arrive au fond de la vallée ou un petit ruisseau prend naissance dans une gorge encaissée de 3 à 4 mètres. Je descends dans cette gorge où descendent plusieurs coulées bien marquées et cherche un poste pour rester un moment à l'affût. Après plusieurs hésitations, je jette mon dévolu sur un promontoire terreux d'environ 1,5 mètres et surmonté de vieilles souches et troncs pourris. De ce poste, j'ai une bonne vue à ma droite sur le départ du ruisseau.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

et sur les pentes des 2 versants.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

La fraîcheur du ruisseau est agréable mais elle va de pair avec les moustiques qui m'assaillent. Le temps passe et la luminosité commence un peu à baisser, il est 16h30. Malgré la beauté du lieu et toutes ces coulées qui me donnent espoir, je me décide à quitter mon poste et longe le ruisseau qui serpente dans le fond de la combe quand un mouvement rapide attire mon regard sur un crabe de terre rouge qui a perdu ses pinces et une partie de ses pattes très certainement à cause d'un prédateur. Je tente de la prendre en photo mais il me fuit et finit par se réfugier entre les rochers où il s'immobilise un instant

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

avant de se réfugier sous un bloc de pierre. Le lit du ruisseau devenant difficilement praticable, je remonte sur la berge de gauche parcourue par de nombreuses coulées qui se concentrent entre le ruisseau et le pied de la pente raide sur une bande de quelques mètres de large. Je tente de les suivre mais elles rentrent rapidement dans un très gros chablis couvert par la végétation. Je suis contraint de remonter un peu sur le talus abrupt pour contourner ce mur infranchissable. Beaucoup de coulées descendent vers ce refuge. Le chablis contourné, je redescends vers le bord de l'eau ou la terre meuble et humide est marquée de nombreuses empreintes qui ne semblent pas vraiment fraîches. Les petites empreintes sont difficilement reconnaissables mais les traces du gros tapir sont encore bien visibles.

Je me pose un moment en observation, à l'écoute de la forêt, mais rien ne vient. Un peu plus loin, le chant puissant d'un grand tinamou se fait entendre et je décide de tenter de m'en rapprocher. Je progresse doucement quand un vrombissement très caractéristique me fait stopper met. Un colibri très sombre avec des reflets violets métallisés passe près de moi puis se stabilise en sur place au-dessus d'un petit trou d'eau et effectue plusieurs plongeons rapides

avant de partir se poser sur une branche en face de moi, à quelques mètres, de l'autre côté du ruisseau avec une rapidité incroyable. Je l'observe un peu, il se secoue bruyamment et lisse ses plumes avant de partir en un éclair.

Ce même bruit se fait entendre un peu plus loin et je finis par apercevoir un autre colibri de la même espèce posé un peu plus loin en aval du ruisseau et aussi occupé à sa toilette. Alors que je l'observe sans bouger, le premier colibri revient se baigner avant de repartir se percher au même endroit que tout à l'heure pour refaire sa toilette. Je reste un petit moment à observer ses 2 petits oiseaux que je réussirai à filmer un peu avant de poursuivre mon chemin alors que le tinamou se refait entendre.

Je continue à longer le ruisseau mais dois passer côté droit pour éviter un petit chablis. J'aperçois alors une magnifique mygale noire avec des rayures dorées aux articulations des pattes, elle est plus grosse que ma main ouverte à l'entrée de son terrier mais le temps d'attraper mon appareil photo, elle rentre à couvert et malgré mes tentatives de la faire ressortir en introduisant une herbes dans son trou, elle restera cachée. Je continue à avancer tout doucement en surveillant bien les 2 côtés du ruisseau où la vallée s'élargie. La luminosité baisse de plus en plus vite. Le tinamou se fait encore entendre sur ma gauche mais il est encore à 50 mètres environ. Je progresse encore un peu le long du cours d'eau quand je l'aperçois sur ma gauche à environ 30 mètres. Je me fige et accroche mon décocheur mais le temps de calculer comment l'approcher, il se débine et je tente de le suivre mais il disparaît très rapidement. Je le cherche un moment mais le fait décoller et le perds définitivement. Je quitte le ruisseau pour une zone clairsemée où la visibilité est bonne à plusieurs dizaines de mètres. Je tombe sur une magnifique coulée large qui doit être celle d'un tapir. Je décide de me poster là en attendant la nuit. Je me bats avec les moustiques qui m'assaillent alors que des chants de tinamous se font entendre un peu partout dans la forêt, ils doivent être près d'une dizaine.

La nuit tombe vite, je sors mon sifflet à tapir et commence à appeler de façon espacée de plusieurs minutes en tendant l'oreille. Après quelques appels, je reste immobile à l'écoute pendant environ 15 minutes puis reprends les appels avant d'attendre encore un moment. Rien ne venant je décide de me remettre en mouvement dans la nuit noire. Je mets ma frontale et l'allume. Je jette un coup d'œil à mon GPS qui m'indique que je suis à presque un kilomètre de la voiture. Il me reste un peu moins d'un demi-litre d'eau. Je décide de commencer à rentrer en contournant, par la droite, la montagne à ma gauche. Je commence à avancer mais la forêt qui semblait claire de jour ne me permet qu'une visibilité très réduite dans le faisceau de ma frontale renvoyé par les troncs. J'essaie de trouver un passage le plus facile possible mais la forêt devient très dense et progresser silencieusement devient très compliqué, les obstacles s'enchaînent et je m'énerve vite. Je décide de rentrer vers la piste pour tenter de chasser en la longeant. Je progresse en consultant mon GPS, les montées et descentes très raides se succèdent ainsi que les arbres au sol et les passages impénétrables. Je dois régulièrement éteindre ma frontale pour que les guêpes qui attaquent ma frontale se calment et ne me piquent pas. Petit à petit, je me rapproche de la voiture et décide de boire mon reste d'eau. Alors que je descends dans une zone encombrée, je glisse et tente de me rattraper à un petit arbuste. Immédiatement une très vive douleur au niveau de l'articulation du majeur de ma main droite me fait lâcher l'arbuste. Mon doigt me fait énormément souffrir et j'éclaire l'arbuste pour comprendre ce qui m'a piqué. J'aperçois alors d'énormes fourmis noires, environ 3 cm de long, sortant d'une petite fourmilière au pied de l'arbuste, montant et descendant frénétiquement sur le tronc.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Je viens de me faire piquer par une fourmi "coup de fusil" dont la piqûre de son dard est réputée pour infliger la même douleur qu'une blessure par balle.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

La chasse prend maintenant une mauvaise tournure, j'ai très mal et je galère pour avancer mais petit à petit mon GPS m'indique que la voiture se rapproche. En chemin, je croise de nombreuses petites bêtes nocturnes sur la végétation.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Petit à petit, j'arrive à environ 25 mètres de la voiture et, me pensant sorti d'affaire, je range mon GPS après avoir contrôlé ma direction. Je marche un moment sans tomber sur la piste et contrôle alors mon GPS. Horreur, je suis reparti en arrière, je suis maintenant à 200 mètres de la voiture. J'essaie de faire demi-tour mais la distance s'amenuise puis réaugmente, je monte et descends dans des gorges profondes, les pentes raides se succèdes, je trébuche régulièrement et chute même plusieurs fois, galérant à passer les chablis, à traverser les ruisseaux et m'épuisant à tourner en rond. L'énervement montant, je commence à perde mon sang froid à tourner en rond. Je n'ai plus d'eau et la fatigue se fait sentir, les pentes successives et les obstacles ont raison de mon endurance et alors que je trébuche, je chute lourdement au sol, ma flèche rabat de force mon repose flèche révolution avec un craquement anormal. Je me relève, contrôle mon repose flèche, il semble fonctionner. Je remets ma flèche au carquois et me remets en marche avec mon GPS à la main mais dès que je le quitte des yeux, je m'éloigne de la voiture, c'est un vrai cauchemar. Je suis pris dans une sorte de grand creux et que je descende, remonte, quoi que je fasse mon GPS semble devenir fou. La direction qui me rapproche de la voiture m'en éloigne après quelques mètres.

A force de tourner, je rejoins un ruisseau qui semble se diriger vers la piste, la pente et descendante et j'en déduis qu'il s'agit de celui suivi en entrant dans la forêt. Je décide de le suivre mais, rapidement, la distance se remet à croître. Je me dis que c'est parce que la sortie sur la piste est plus à gauche que la voiture et que le cours d'eau dois serpenter mais la pente se met maintenant à remonter et mon GPS affiche plus de 300 mètres de la voiture. De plus, je ne cesse de franchir des chablis que j'escalade pour ne pas trop dévier de mon cap et la fatigue physique comme le manque d'eau se font de plus en plus sentir. C'est alors que je constate que j'ai perdu 2 de mes flèches sur mon carquois qui ont dues tomber en s'accrochant dans la végétation, lors du passage des obstacles. Les chutes se multiplient et je finis par décider de me poser un moment. Je pose mon sac à dos au sol, me déshabille un peu en enlevant ma tenue 3D qui me tient très chaud et la range dans mon sac à dos puis m'assois un moment pour me calmer et reprendre mon souffle. Je suis trempé de sueur, mes chaussures sont pleines d'eau à cause d'une chute dans le ruisseau. J'essaie de réfléchir un peu en pensant à ceux que m'attendent chez moi et en me disant que je ne peux pas rester ici, mon doigt me fait encore très mal.

Je mange une barre de céréale et après 15 minutes de pause, je reprends mon GPS en main et contrôle la direction à suivre puis cale ma boussole. Cette fois, je vais avancer pas à pas, le nez rivé sur ma boussole pour tenter de garder mon cap. Je me relève, remets mon sac à dos, attrape mon arc et me remets en marche tout en contrôlant mon cap tous les 3 à 5 mètres et m'aperçois très rapidement que, dans cette forêt très dense, il est impossible de garder un cap à cause des obstacles et que ce qui semble être une ligne droite n'en est pas une mais, en recalant très régulièrement mon cap, je commence à revenir vers la voiture. Non sans mal, j'arrive enfin à 15 mètres de la piste mais me retrouve face à un mur de végétation infranchissable. Je décide de tenter de le longer vers ma gauche espérant retomber sur le ruisseau et je finis effectivement par le trouver 40 mètres plus loin. Je commence à le suivre pour enfin déboucher sur la piste où je retrouve la voiture.

Je suis exténué après plus de 3 heures à chercher mon chemin dans un relief de collines abruptes parsemées d'obstacles. Je pose mes affaires dans le pick-up pour m'apercevoir que je n'ai plus qu'une flèche à mon carquois. Je bois et mange un peu avant de me poser dans le véhicule pour attendre Xavier. Au bout d'un moment, une lampe frontale débouche sur la piste à 50 mètres devant la voiture, je sors pour l'attendre. Xavier arrive, il n'a rien pu flécher non plus mais a vu plus d'animaux que moi, il a notamment tenté d'approcher un beau caïman dans un trou d'eau mais ce dernier a disparu avant son arrivée et fait décollé un hocco. Il me montre les quelques photos qu'il a prises. Il est tombé sur des traces de pécaris sur une souille où il avait chassé deux pécaris trois ans plus tôt lorsqu'il chassait encore au fusil et a pu photographier un petit pian "quatre yeux".

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016
Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

En posant son arc, il remarque que la fibre optique de son viseur est sortie de son logement. Je lui dis que ce n'est rien de grave et que je peux lui réparer ça.

Chronique guyanaise, Une chasse en forêt difficile, 9 mars 2016

Nous discutons un peu de notre chasse, la douleur de la piqûre s'estompe peu à peu. Sur le retour, nous surveillons les bordures de la piste à la recherche de gibier. A part quelques lucioles qui me font parfois croire voir un œil et un engoulevent au gros yeux rouges, rien en vue quand nous apercevons un très gros tatou au milieu de la piste. Xavier s'arrête brusquement à environ 15 mètres de m'animal qui semble fouiller le sol avec son museau. Le temps de sortir de la voiture, d'encocher, d'allumer le pin's de mon viseur et d'armer, le tatou démarre et trottine vers la bordure de gauche. Je tente d'aligner ma visée mais n'arrive à caler mon viseur qu'au moment où il rentre dans les hautes herbes. Je décoche au juger mais je ne pense pas l'avoir touché. Je m'approche doucement, n'ayant pas d'autre flèche, je ne peux pas réencocher et alors que j'arrive à l'endroit du tir pour chercher ma flèche, suivi par Xavier, je fais démarrer le tatou juste devant nous, dans les hautes herbes. Il fonce vers la forêt et disparaît en un éclair. Nous cherchons un moment ma flèche et c'est Xavier qui finit par la retrouver sans manquer de me taquiner sur mon tir manqué.

Je tente de réencocher mais mon repose flèche révolution ne veut plus rester en position de maintien de la flèche et il me faut de nombreuses tentatives pour le bloquer. Il semble que ma chute de ce soir l'ait bien endommagé. Nous repartons, après un bon moment, un autre tatou est repéré sur la piste, il est plus petit que le premier. Je parviens à me préparer un peu plus vite que pour le premier mais le tatou démarre et part vers la gauche de la piste. Je lui jette une flèche alors qu'il arrive à la végétation. Il disparaît dans les herbes et en ressort immédiatement pour retraverser la piste et rentre dans la forêt en gravissant avec peine un petit talus. Son demi-tour et sa démarche bizarre me font penser que je l'ai touché et je pars à sa recherche mais ne trouve pas une seule goutte de sang ni sur la trajectoire de sa fuite ni sur ma flèche. C'est encore manqué. J'ai à nouveau toutes les peines à caler mon repose flèche qui risque de me lâcher avant la fin du séjour. Nous ne verrons ensuite qu'un gros pian avant de rejoindre la route goudronnée où je quitte mon poste pour rejoindre Xavier dans la cabine. Nous finissons de rentrer pour aller nous coucher. En route nous verrons un autre gros pian sur le bord de la route.

 

Alex

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 15:47

Après quelques heures de sommeil, une vive douleur envahit mes bras pendant un moment, une sensation très bizarre comme si un liquide avait du mal à couler dans mes veines. Cette douleur va durer un long moment puis s'estomper comme elle était venue. Xavier se réveille doucement, nous ressortons de nos hamacs alors que Lauro revient bredouille de sa chasse. Nous rangeons nos affaires et plions le camp avant de charger la barque. Nous ramassons nos déchets et ceux des autres puis embarquons. Le canoë est attaché derrière la barque, nous partons avec la marée descendante car Xavier veut essayer de récupérer son fusil et son sabre là où nous avons chaviré cette nuit. La barque file sur l'eau, Lauro à l'avant nous dirige, je suis au milieu et Xavier à la manœuvre, je m'aperçois alors que j'ai oublié de prendre mon appareil photo que j'ai rangé dans une des touques. N'ayant rien d'autre à faire qu'admirer le paysage, j'observe les berges et les arbres à l'affût des animaux. J'aperçois ainsi un anhinga qui s'envole à notre arrivée.

cet oiseau ressemble un peu à un cormoran mais son bec est plus long et pointu et son cou très long. Il se nourrit de poissons et sur l'eau, seul son cou dépasse généralement de la surface. Nous croisons quelques gros martins-pêcheurs qui volent devant nous, se posent en nous attendant puis repartent. Le trajet jusqu'à la zone de l'accident me semble durer une éternité alors que nous avançons vite poussés par le moteur de la barque. En tournant la tête à gauche, il me semble apercevoir un anaconda posé sur la berge dans les moucoumoucous à environ 15 ou 20 mètres. J'en averti Xavier qui stoppe et fait demi-tour pour aller le voir. Il se cale sur le ban de vase à quelques mètres du grand serpent. J'ai eu beaucoup de chance de le voir à cette distance et à la vitesse où nous allions, ce sont ses taches vertes foncées qui lui servent généralement de camouflage qui l'ont trahi.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Nous ne voyons que son corps, la tête est cachée derrière les moucoumoucous et je tente de l'apercevoir sans succès.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Au bout d'un moment, je finis par la voir alors qu'il bouge un peu. Sa tête est derrière des moucoumoucous dans un filet de boue et d'eau qui descend du ban de vase vers le fleuve. Petit à petit, le serpent sort de sa torpeur et commence à bouger vraiment, tournant sa tête couverte de boue vers nous comme pour nous observer. Lauro ne semble pas rassuré et agite la pagaie et lui jette un peu de boue pour le dissuader de venir vers nous à chaque fois qu'il semble se diriger vers la barque.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Après quelques hésitations, l'anaconda se décide et commence à s'avancer à découvert sur la vase en direction du fleuve.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Il se déplie alors totalement et rampe vers l'eau. Il est immense et doit bien faire 5 mètres de long. Je suis aux anges. Ce séjour en forêt, même s'il n'a pas été riche en prélèvements aura été mon meilleur séjour de tous ce que j'ai pu faire en Guyane car il m'a permis de voir nombre d'animaux que je n'avais pas encore pu voir et que je rêvais d'apercevoir. Xavier filme le grand serpent qui s'avance tranquillement vers notre canoë en plaisantant car nous avons chaviré très près de cet endroit cette nuit et nous sommes tous les 2 contents de ne pas avoir eu affaire à lui. Alors qu'il arrive près de l'eau, je me réveille de mon rêve et demande à Xavier s'il n'est pas possible de l'attraper. J'adore les serpents et ce serait plus qu'un rêve pour moi de pouvoir manipuler une telle bête avant de la relâcher mais Xavier, fatigué par notre périple d'hier m'en dissuade et nous le regardons s'enfoncer dans l'eau avant qu'il ne disparaisse. Cette image est vraiment impressionnante, il plonge et malgré sa taille disparaît totalement dans l'eau vaseuse.

Nous repartons et arrivons assez vite à l'endroit de l'accident. La marée plus basse qu'hier a dégagée 30 cm du tronc que nous avons percuté et l'impact plus clair est bien visible dans le bois noir. Xavier se met à l'eau pour sonder le fond avec ses pieds mais l'eau est encore trop haute et, après quelques tentatives, il renonce et remonte sur la barque. Lauro se propose de revenir chercher le fusil dès qu'il reviendra dans le secteur. Nous reprenons notre route vers Régina, les berges découvertes par la marée portent les traces des habitants du secteur qui sont remontés en forêt ou descendus dans l'eau. Des ruisselets dessinés par les arrivés d'eau de la forêt creusent également la vase. Un peu plus loin, un clapotis anormal attire mon regard sur la gauche contre la berge du fleuve, quelque chose s'agite au bord de l'eau. Xavier qui m'a vu regarder me dit qu'il s'agit d'une raie, ces poissons plats sont munis d'un ou 2 dards au niveau de la queue et leur piqûre peut être très dangereuse voire mortelle et nous nous sommes baignés avec elles hier soir.

Nous commençons ensuite à voir des ibis rouges sur les berges mais ce sont des jeunes qui n'ont pas encore leur plumage rouge vif mais plutôt marron avec quelques pointes de rouge. Ils fouillent la vase à la recherche d'invertébrés qui constituent leur alimentation. Certains volent au-dessus de nous et semble nous accompagner.

En continuant, nous commençons à apercevoir des vidons blancs qui font du surplace en bordure du fleuve, Xavier m'explique que ce sont des flotteurs pour des lignes de pêche. Les pêcheurs du coin attache un ligne solide avec un très gros hameçon appâté avec un bout de poisson pour attraper un poisson localement appelé "torche", c'est un gros poisson chat (Brachyplatystoma filamentosum​) du nom de bagre laulao, il peut atteindre une taille impressionnante et a fait l'objet de plusieurs reportages dans "River Monsters"

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Un des bidons semble s'agiter et faire des mouvements verticaux. Lauro me fait signe que quelque chose tire sur la ligne en me faisant comprendre qu'un poisson a mordu. Plus loin nous croisons les pêcheurs qui viennent relever leurs lignes et nous les saluons alors que Lauro leur fait signe qu'un poisson est pris. Ils nous saluent également. Nous débouchons ensuite sur le fleuve principal, le mythique Approuague et je n'en crois pas mes yeux, la largeur de ce fleuve est incroyable, on a du mal à voir la berge opposée. Je n'avais pas vu ça à l'aller car nous avons navigué de nuit.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

L'eau est plus agitée et Lauro devient alors nos yeux car sous la surface de l'eau se cachent de nombreux pièges. Les courants et certains rochers presque affleurant pourraient nous faire chavirer. Il nous guide donc de signes de la main pour nous faire éviter ses obstacles invisibles juste trahis par un remous en surface du fleuve.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Xavier comme à son habitude plaisante à l'arrière malgré la fatigue.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Le paysage défile pendant plusieurs heures. Nous croisons des îlots densément boisés plus ou moins grands disposés au milieu du fleuve.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016
Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Les berges sont couvertes d'un épais ban de moucoumoucous ou de végétation épaisse et impénétrable ou de long bans de mangrove dont les racines entremêlées des palétuviers (arbres supportant l'eau salée) rendent souvent difficile l'accès à la forêt plus en arrière.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Nous coupons ensuite un virage du fleuve par un chenal sur la droite.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

L'ampleur des marées est bien visible sur les feuillages au bord du fleuve.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

En ressortant du raccourci, nous apercevons un énorme rocher qui refait surface au milieu du fleuve. C'est ce type d'obstacle qui une fois recouvert par la marée ou une crue du fleuve peut devenir un piège pour les embarcations.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Après plusieurs heures de navigation, mes fesses meurtries par la position assise, nous arrivons enfin à Régina dont quelques maisons et la grande antenne se dessinent au loin.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016
Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Arrivés au débarcadère, nous déchargeons nos affaires et Xavier part chercher le pick-up que nous chargeons avant de partir manger un bout chez Lauro. Arès cette collation nous prenons la route pour revenir sur Kourou. En route nous discutons avec Xavier quand il freine et me dit regarde les coatis. Je tourne la tête et aperçois un coati brun adulte entrain de traverser. Xavier s'est arrêté pour ne pas l'écraser quand 4 petits coatis surgissent de la végétation du talus au bord de la gauche de la route. Ils nous regardent un instant puis commence à remonter dans la végétation. Je me précipite vers eux pour essayer de les voir de plus près mais ils ont disparu et leur mère s'est déjà avancée dans la jungle en contrebas de la route à droite de la voiture. Je retourne à la voiture et nous repartons.

L'après-midi sera consacrée à la logistique et au repos, il nous faut amener le moteur du canoé qui a pris l'eau à la révision, faire un machine pour laver nos affaires de chasse et faire le point sur le matériel et ranger un peu. J'en profite pour cibler mon arc sur les cibles de pécari en mousse dans le terrain de Xavier. Mon arc ne semble pas avoir souffert ne notre mésaventure, mes flèches volent toujours aussi bien.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Après le repas du soir, je descends vers la terrasse couverte de Xavier pour tenter d'apercevoir un matoutou (mygale arboricole) dont plusieurs spécimens vivent chez Xavier. J'en aperçois justement une sur la rambarde de la terrasse et m'approche pour l'observer. L'amie de Xavier qui est descendue pour voir si j'avais réussi à en trouver une me propose de me prendre en photo avec la mygale sur mon bras en m'affirmant que cette espèce et pacifique et inoffensive. Je prends mon courage à deux mains et attrape l'arachnide pour la poser sur mon bras pour une petite séance photo. Elle avance doucement sur moi sans faire attention à moi.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016
Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Je la fais ainsi passer d'un bras à l'autre pendant un petit moment avant qu'elle en ait assez et saute pour rejoindre le sol où je la laisse reprendre ses activités nocturnes.

Chroniques guyanaises, rencontre avec le roi des serpents, 8 mars 2016

Cette nuit, une fusée doit être lancée de la base spatiale de Kourou vers 2 heures, je n'ai jamais pu assister à cet événement en 3 ans, je programme donc mon réveil et pars me coucher. Vers 2 heures, je me lève donc pour me poster sur la terrasse de Xavier en fixant l'horizon. Xavier m'avait expliqué où regarder mais le temps passe et rien ne vient. Je somnole un peu sur ma chaise quand un grand éclair de lumière surgit plus à gauche que ce que je l'attendais, j'ai mal compris les explications de mon hôte. La boule de feu s'élève dans le ciel et un terrible vrombissement emplit l'air. La maison de Xavier se met alors à trembler de partout puis la forme de la fusée se dessine derrière les nuages et je finis par la perdre de vue au-dessus de la toiture de la terrasse. C'est un spectacle vraiment impressionnant malgré la grande distance.

Alex

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 17:27

Ce matin, nous nous réveillons juste avant le lever du jour et préparons nos affaires puis allons déjeuner alors que Lauro, déjà affairé depuis un moment, nous quitte pour sa journée de pêche. Une fois le déjeuner pris nous finissons de nous préparer et embarquons. Xavier veut revenir chasser au bout du secteur qu'il a prospecté hier car il pense y trouver les pécaris. En chemin nous apercevons les habitués du coin, les caciques, les anis et quelques hoazins moins farouches que les jours précédents. Ils nous laissent passer sans s'enfuir. Plus loin j'aperçois, sur les moucoumoucous des caurales soleil mais le temps de les montrer à Xavier elles ont fui dans la forêt.

Au milieu du fleuve un poisson mort est agité de secousses régulières. Je pense immédiatement à un ou des piranhas et effectivement en passant à côté nous apercevons un éclair rouge et gris qui tape dans le cadavre et redescend pour remonter aussi vite. C'est bien un piranha rouge qui chasse souvent en bande et dont la voracité est légendaire

Xavier bifurque brusquement pour accoster. Il a retrouvé l'endroit où il s'est arrêté hier grâce à son GPS​. Nous attachons le canoë et débarquons avec nos affaires puis faisons nos points GPS. Xavier va partir vers la droite et moi vers la gauche. Le secteur est montagneux, le relief s'élève vite. Nous nous séparons donc et partons chacun de notre côté, je progresse doucement tout en surveillant bien le secteur, et marque des pauses fréquentes.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Le secteur est calme pour le moment. Je rejoins une grande vallée perpendiculaire au fleuve qui remonte entre 2 grandes collines. Je décide de bifurquer et de prendre cette vallée. Je fais des pauses tous les 10 mètres et surveille le secteur. Une perdrix (tinamou) se débine sur la colline à ma gauche, ce n'est pas la peine de la suivre, elle m'a repéré. Le paysage s'aplanit à gauche sur un petit ruisseau alors que ma droite est barrée par une haute colline très pentue. Tout à coup, il me semble voir du mouvement dans la végétation basse à environ 45 ou 50 mètres devant moi. Mes yeux cherchant à identifier l'animal se posent alors sur 8 ou 10 pécaris (pakiras) qui dévalent la colline pour descendre vers le ruisseau au trot. J'accroche vite mon décocheur et tente d'élaborer rapidement une stratégie d'approche mais alors que les animaux arrivent au ruisseau ils éclatent brusquement et partent au galop en tous sens. Je pense qu'ils m'ont senti mais le vent est face à moi, je ne comprends pas ce qu'il se passe. Je tente de les rappeler en imitant le son soufflé qu'ils font quand ils sont inquiets ou curieux. Le pakira le plus près de moi, ralentit, s'arrête, fait demi-tour puis commence à venir droit sur moi au pas en cherchant jusqu'à environ 20 mètres, hésite puis bifurque et part au petit trot se placer plein travers derrière un tronc d'arbre alors que continue à l'appeler. Seul son nez dépasse.

J'arme mon arc. Il s'avance un peu et dégage se tête et son épaule avant de se figer. Il est à 20 mètres environ. Je cale ma visée au défaut de l'épaule. Ma flèche part bien et je m'attends à la voir traverser le pécari mais au dernier moment ce dernier amorce un demi-tour derrière l'arbre et évite ainsi de justesse ma flèche qui touche le sol avec un bruit caractéristique. Ma flèche doit être fichée dans une branche. Je réencoche doucement alors que le pécari a disparu dans la végétation en remontant la colline au galop. Je recommence à appeler un moment mais rien ne vient. Parfois les pécaris n'ayant pas vu l'agresseur reviennent pour l'identifier. J'attends donc encore un instant sans bouger mais, ne voyant rien venir, je pars dégager ma flèche qui s'est en fait fichée sous terre dans une racine. Je creuse jusqu'à la racine puis attaque le bois avec mon couteau mais dérape et entame ma flèche. Elle sera inutilisable mais je finis tout de même de la dégager pour récupérer ma lame mécanique et remets ma flèche au carquois après avoir éteint mon encoche lumineuse.

Je regarde bien autour de moi mais plus rien bouge, occupé à surveillé un des pécaris, je n'ai pas vraiment vu où partaient les autres. La végétation devient beaucoup plus dense devant moi et je décide d'aller jeter un coup d'œil dans ce secteur en espérant y retrouver les animaux. Je m'avance donc doucement dans la végétation basse en remontant vers le sommet de la colline. Un énorme tronc barre le passage et alors que je remonte pour le contourner, un animal démarre au plus dense de la végétation. Je l'entre-aperçois se débinant rapidement à moins de 10 mètres au-dessus de moi sur environ 15 mètres. C'est un très gros pakira. J'accroche vite mon décocheur et commence à l'appeler. Il a stoppé derrière un palmier et je l'ai perdu de vu, je continue à appeler. Il repart et se débine sur 5 ou 6 mètres pour disparaître derrière un autre palmier. J'appelle un moment sans que rien ne bouge, je finis par me pencher un peu pour essayer de le voir mais il n'attendais qu'un mouvement de ma part et démarre en trombe en grognant pour disparaître dans la jungle. Je viens encore de me faire avoir. J'attends un peu puis recommence à chercher mais plus un pécari en vue. Le sommet de la colline et ponctué de nombreux terriers de pac ou de tatous.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je redescends vers le ruisseau pour tenter de trouver des traces mais rien. J'avance d'un pas quand un grand tinamou décolle presque sous mon pied et disparaît dans la végétation. Je remonte au sommet de la colline puis descends doucement sur l'autre versant pour tenter de recouper les animaux. Alors que je regarde au sol, je percute avec la tête quelque chose dans la végétation et un vrombissement commence à se faire entendre. Je connais ce bruit et fuis immédiatement droit devant moi et me retourne un peu plus loin. Je viens de percuter un gros nid de guêpes oranges et noires. Elles ne semblent pas très agressives car elles ne m'ont même pas suivi et je m'approche à quelques mètres pour les prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je reprends ma progression et rentre dans un palmier hérissé de très nombreux longs piquants qui traversent mes vêtements. L'un d'eux se plate profondément dans mon cuir chevelu. Je dois enlever mes gants pour l'extraire et galère un moment à m'arracher des cheveux avant de l'extraire. Je passe ensuite plusieurs minutes à extraire les autres piquants de mes vêtements avant qu'ils ne me rentrent dans la chair. Je me rends alors compte que l'un d'eux est entré profondément dans mon genou et que je ne peux pas l'extraire. Je remets mes gants et repars en chasse en descendant tout au fond de la vallée où coule un autre petit ruisselet. En traversant ce dernier, je me rends compte qu'un trou du ruisseau est régulièrement fréquenté par les pécaris qui s'y baignent et s'abritent sous les berges où se trouvent des cavités. De nombreuses traces de pécaris plus ou moins fraîches ont marqué la boue des berges.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Les pécaris étaient certainement dans le secteur ce matin où quelque chose a dû les déranger. Je continue ma progression en forêt. Au pied d'un arbre à contreforts, une mygale a fait son nid, ses pattes dépassent de son trou de toile mais le temps de prendre mon appareil photo, elle recule et disparaît.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Un peu plus loin, quelque chose démarre à mes pieds. Je me fige en reconnaissant un serpent qui s'est arrêté à 2 mètres devant moi, il est à peine visible dans la végétation et les feuilles mortes. Je ne vois pas sa tête et ne sais donc pas de quelle espèce il s'agit.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je m'approche prudemment pour tenter de le prendre en photo et d'essayer de voir la tête.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Effrayé par les vibrations du sol provoquées par mes pas le serpent s'avance un peu dégage sa tête, je reconnais alors une couleuvre reconnaissable à sa pupille ronde et sa tête non anguleuse.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je laisse ce serpent à sa promenade et repars en chasse. Un peu plus loin, je dérange un couple de caracara à gorge rouge (cancan) qui se met à pousser des cris puissant tout en voletant d'arbres en arbre pour venir se poser au-dessus de moi. Je les observe un moment, à part leur tête rouge, ils ressemblent beaucoup à des hoccos. Je finis par me déplacer mais ils me suivent et je presse un peu le pas pour les distancer. Ils finissent par me lâcher et le calme revient.

Plus loin, je tombe sur un arbre creux servant de tanière aux pécaris et le reconnais. C'est celui pris en photo par Xavier hier. J'examine l'intérieur, il est vide.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je continue en suivant le bas de la montagne qui borde un grand marécage, c'est un passage très fréquenté par les animaux, le sol est jonché d'empreintes diverses. Un peu plus loin, je trouve un beau terrier de pécari qui semble régulièrement fréquenté aux vus des empreintes qui marquent son entrée dans les 2 sens. Une branche a été coupée de frai et introduite dans le terrier, est ce Xavier hier ou est-il repassé par là ce matin. Vu l'heure, il doit de toute façon être loin et les animaux peuvent être sortis. Je décide de continuer à chasser dans le secteur, je tombe rapidement sur les laissés de pakira que Xavier m'a montré en photo hier. Des traces de pécaris assez fraîches remontent un peu sur la colline et je les suis un peu jusqu'à les perdre, je décide de poursuivre à mi pente, je tombe sur une fourmilière de fourmis manioc grattée à plusieurs endroits et des traces présentant 2 très grosses griffes. Je pense qu'il s'agit d'une trace de tatou géant quand un son familier me parvient. Je crois reconnaître le chant d'un hocco mais il est bien plus puissant que d'habitude. J'hésite un peu pensant que c'est peut être Xavier qui me fait une blague mais ne voyant rien autour de moi, je décide de tenter une approche. Le chant vient de plus haut dans la colline, je remonte tout doucement d'un arbre à l'autre en ouvrant grand les yeux. Après quelques dizaines de mètres d'approche j'aperçois un très gros hocco entrain de chanter à environ 20 mètres. Il ne semble pas m'avoir vu et tourne sur 10 à 20 m². Je commence à imiter son chant : "hummm hummmm hummmm". J'accroche mon décocheur et attends une occasion de tir. Le hocco remonte doucement vers le sommet de la colline et passe derrière un gros arbre, j'arme mon arc, et me prépare. Le hocco ressort au-dessus de l'arbre et s'immobilise. Je cale ma visée et décoche. Ma flèche lui passe juste dans les plumes blanches du poitrail et il décolle comme 2 autres hoccos tout proches de lui et que je n'avais pas vu.

Ils se perchent sur des branchages bas en se dispersant et je tente de les approcher pour tenter une flèche mais ils remontent peu à peu dans les cimes et s'éloignent. Je décide de les surveiller de loin sans bouger et en imitant leur chant. Les "pic pic pic" retentissent dans les cimes mais l'un d'eux redescend vers le sol. Je le perds de vu un moment et décide de retenter une approche mais, cette fois, il s'envole au loin et je renonce à le suivre. Je tourne un peu dans le secteur sans voir d'autres animaux et jette un coup d'œil à l'heure. Il va être temps de rentrer, je redescends donc vers le grand marécage en suivant le GPS. Je tombe sur un tinamou varié ou rubigineux plus petit que le grand tinamou et de couleur rousse. Ma flèche est équipée d'une lame mécanique et ne voulant pas le tiré avec, je change ma flèche pour une équipée d'une trilame mais l'oiseau se débine, je le perds de vu et n'arrive pas à le retrouver. Je repars vers le marécage et commence à le traverser pour rejoindre le canoë. Je tombe sur une bosse ressemblant à une carapace de tortue, je tente de la saisir mais elle semble collée au sol, je force un peu et la casse, c'était bien une carapace de tortue que les radicelles des palmiers ont traversé et cramponné au sol. Je trouve de nombreuses traces de biches et de pacs dans la boue mais pas le moindre animal en vue. Je perds vite mon cap dès que je quitte mon GPS des yeux et renonce à chasser pour traverser au plus vite ce marécage où la progression est assez compliquée entre les trous d'eau, les troncs et divers débris végétaux.

J'arrive enfin près du rendez-vous après avoir escaladé un talus marqué par des vielles traces de tapir. Xavier est déjà arrivé et ne manque pas de me faire un petit cri d'animal en restant caché pour me faire marcher. Il n'a pas retrouvé les pécaris et m'explique sa chasse, c'est alors que je comprends et lui explique que c'est lui qui me les a envoyé ce matin. Nous discutons un peu de la chasse puis dégageons le canoë pris dans les branchages découverts par la forte descente de la marée. Nous chargeons nos affaires puis repartons vers le camp. En chemin nous réapercevons les caurales soleil dans la végétation de la berge. Nous apercevons de loin quelques urubus noirs et milans à queue fourchue tournoyant au-dessus de camp attirés par les viscères de poissons que Lauro a jeté au fleuve.

En arrivant au camp, mon genou où l'épine de palmier s'est plantée me fait mal et les piqûres de moustiques de la veille se réveillent. Je suis pris de fortes démangeaisons. Xavier me demande de lui montrer mon dos et, vu l'ampleur des dégâts, il me conseille de désinfecter tout ça à la Bétadine.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je pars donc me laver dans le fleuve en rejoignant un tronc immergé grâce au canoë. Xavier en profite pour me prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Ma toilette terminée, Xavier me tague le dos pour me badigeonner avec la Bétadine qui m'évitera une infection des plaies cutanées.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je frotte ensuite mes jambes attaquées par les poux d'agouti des chevilles jusqu'à mi-mollet.

Lauro est parti chasser dans le secteur en canoë et nous entendons 2 coups de feu espacés avant de le voir rentrer. Il a manqué 2 caïmans. Nous discutons un peu en préparant le repas. Xavier a beaucoup marché cette après-midi et a vu beaucoup d'indices de passage de pécaris sans arriver à les localiser précisément.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
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Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
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Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Il aussi vu une belle mygale de la même espèce que celle que j'ai vu hier,

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
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Un nid de tinamou visité par un prédateur

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

et a réussi un superbe cliché d'un crapaud feuille.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Il a aussi vu des champignons blancs qui poussent sur les troncs pourris et que j'ai vus lors de ma première chasse en forêt le 5 mars.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Tout en discutant, je repère une grosse chenille verte avec des sortes de poils urticants sur son dos. Elle est sur le tronc d'un des 2 arbres portant le camp, Lauro nous déconseille de la toucher car il semble qu'elle puisse piquer, je me contente donc de la prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

C'est notre dernière nuit en forêt et Xavier décide de partir chasser le caïman de nuit. Nous partons essayer de dormir un peu alors que la pénombre envahit la forêt car nous ne partirons que vers 22 heures pour attendre la marée descendante qui découvrira les plages de vase où se posent les caïmans sortis des épais bans de moucoumoucous protecteurs. Une fois dans nos hamacs nous commençons à discuter et le temps passe sans que nous puissions nous endormir. L'heure de la chasse arrive vite et nous nous levons pour préparer le matériel, j'équipe mon arc avec mon moulinet, ma flèche de pêche et ma lampe d'arc. Une grosse larve de cigale monte sur mon sac à dos et je la pose sur un tronc pour la prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Depuis notre arrivée des dizaines de larves sortent de terre pour éclore et les mues accrochées à la végétation sont très nombreuses. Nous embarquons et hésitons à remonter où descendre le fleuve. Comme nous avons vu pas mal de caïmans en venant de nuit vendredi, nous décidons de descendre le fleuve. Je suis à l'avant avec mon arc et Xavier pilote à l'arrière, je dois repérer les yeux rouges des caïmans dans le faisceau de ma frontale et signaler à Xavier les éventuels obstacles sur le fleuve. Xavier scrute la berge de gauche et moi celle de droite en plus de la surface de l'eau. Assez rapidement, Xavier repère un premier caïman et me l'indique avant de manœuvrer pour s'en approcher. Je me prépare en allumant ma fibre optique de mon viseur, en attrapant, sous ma main d'arc, l'interrupteur déporté de ma lampe d'arc et en vérifiant le câble de ma flèche pêche encochée. En arrivant près du saurien qui est calé au bord des moucoumoucous, dans l'eau, je me positionne à genoux et arme mon arc mais Xavier trouve le caïman petit et le temps de me rendre compte qu'il est de taille correcte la barque a dérivée. Je décoche en lui jetant ma flèche mais le manque. Il se décale tranquillement dans les moucoumoucous. Je récupère ma flèche et rembobine mon câble puis me reprépare. Xavier remanoeuvre pour me positionner. Cette fois seule la tête dépasse de l'eau à 3 mètres de moi. J'estime la position du corps sous l'eau et décoche. Ma flèche le traverse et il part, sur environ 2 mètres, retenu par mon câble. Il se cale en surface dans les moucoumoucous.

Je dois me frayer un passage au sabre dans les moucoumoucous très épais pour arriver à l'atteindre. Je lutte en suite un moment pour dégager ma flèche et mon câble tout emmêlé avant d'attraper mon caïman par le museau d'un mouvement rapide pour éviter d'être mordu. Il est encore bien vivace et je l'achève d'un coup de couteau derrière le crâne avant de dégager ma flèche et mon câble. J'entoure ensuite son museau avec du scotch pour éviter une morsure et le dépose dans le canoë derrière moi. Je rembobine mon câble puis réencoche ma flèche et nous repartons en chasse. Nous repérons vite un œil rouge et tentons de nous approcher. Alors que je tente de me mettre à genoux dans le canoë, ce dernier se met à tanguer dangereusement et Xavier me demande de ne plus me mettre à genoux avant l'arrêt du canoë. Le caïman tout proche, nous constatons qu'il est trop petit pour être tiré. Nous repartons et repérons plusieurs autres caïmans qui s'avèrent tous trop petits quand 2 yeux blanc très lumineux s'illuminent dans le faisceau de ma frontale. J'en averti Xavier et attrape une flèche de chasse, nous nous rapprochons de la berge alors que l'animal semble descendre au bord de l'eau en nous observant mais en arrivant près de la berge nous perdons les yeux de vue et impossible de localiser l'animal. Xavier pense qu'il s'agit d'un raton crabier mais nous n'aurons jamais la confirmation.

Nous repartons en chasse, les caïmans se suivent avec plus ou moins de régularité. Nous apercevons parfois d'autre yeux, en nous rapprochons nous faisons décoller un engoulevent ou tombons sur une grosse grenouille ou un petit pian mais toujours pas de gros caïman. Les kilomètres de navigation s’enchaînent et après 22 petits caïmans nous décidons de faire demi-tour à environ 30 km du camp. La marée a beaucoup baissée et a découvert des grands bancs de vase sur lesquels se sont avancés les petits caïmans. Nous longeons la bordure gauche du fleuve que Xavier me demande de surveiller ainsi que l'avant du bateau car je lui bouche la vue alors qu'il surveille l'autre côté. Sachant qu'il n'y a pas de gros caïman dans le secteur, il met les gaz et je pose mon arc derrière moi, nous filons sur l'eau quand j'aperçois un œil rouge et le fixe un court instant avant de regarder devant nous. J'aperçois alors quelque chose en surface pas plus gros que mon point et ne réagit pas immédiatement car la surface de l'eau est couverte de débris végétaux mais le canoë percute alors violemment ce petit débris qui est en fait la cime d'un tronc immergé planté dans le fond du fleuve et se penche dangereusement à droite. Xavier a le réflexe de sauter à l'eau pour stabiliser le canoë alors que mon premier réflexe est de me tourner sans vraiment m'en rendre compte pour attraper mon arc posé dans mon dos. J'ai juste le temps de l'attraper avant que le canoë ne chavire. Je frappe l'eau de face et me retrouve sous l'eau en un éclair. Je refais vite surface, le souffle coupé, je suis désorienté et aperçois la lampe de Xavier qui est en train de nager pour récupérer une pagaie qui partait dans le courant.

Je tente de rester en surface en nageant sur place avec mon arc à la main tout en essayant de me calmer et de reprendre ma respiration. Xavier de son côté a agrippé le canoë pour éviter qu'il ne coule et la pagaie. Nous n'avons pas perdu nos frontales dans l'accident et Xavier me demande si je suis blessé. Je lui réponds que non, il me dit de partir vers la berge mais je ne sais pas où je suis et suis incapable de savoir vers où nager. Il m'indique la direction en donnant un bloc de mousse servant de siège dans le canoë et je pars donc à la nage mais alors que j'avance péniblement à cause de mon arc en poussant le bloc de mousse devant moi, je sens mon câble de pêche qui s'enroule autour de ma cuisse et commence à me serrer. Alors que j'arrive à quelques mètres de la berge, il se tend derrière moi. Ma flèche prise au fond du fleuve me retient prisonnier et je ne peux plus avancer. Je lutte et me débat pour me dégager, Xavier qui ne comprend pas ce que je fais me presse d'arriver à la berge. Je lui dis que je suis pris par mon câble s'est alors que Xavier le trouve sous l'eau et parvient à libérer ma flèche. Je parviens enfin à rejoindre la berge. Je pose mon arc dans la vase et tente de me libérer du câble alors que Xavier a rapproché le canoë de la berge et a planté la pagaie dans la vase pour lui éviter de dériver. Dès que j'essaie de me redresser, je m'enfonce profondément dans la vase et Xavier vient m'aider, j'arrive enfin à me dégager en enlevant la chaussure et en faisant glisser le câble enroulé d'une dizaine de fois autour de ma cuisse vers mon pied.

Xavier a aussi récupéré ma housse d'arc et ma seconde flèche pêche qui s'y est accrochée par la lame mais le fusil, le sabre, mon couteau, mes sécateurs, mon caïman ont coulé et le reste de nos affaires : la touque avec l'appareil photo de Xavier, la seconde pagaie, ma flèche de chasse... sont partis dans le courant. Nous retournons vite le canoë et essayons de le vider au plus vite avec le capot du moteur qui a bu la tasse et la vase et ne redémarrera plus. Nous n'avons qu'une pagaie, il nous faut vite récupérer la seconde pour pouvoir rentrer et les autres affaires avant qu'elles ne soient trop loin. Le canoë vidé nous ramassons toutes nos affaires puis remontons. Je remonte le premier mais galère un moment à cause de la vase dans laquelle je m'enfonce. Une fois à bord, je fais contre poids pour que Xavier puisse monter puis je pars en ramant le plus vite possible en descendant le fleuve. Nous retrouvons facilement la touque rouge et blanche un peu plus loin alors qu'elle dérive dans le courant, nous cherchons ensuite un moment la pagaie. Xavier aperçois ma flèche mais le plus urgent est la pagaie, je rame un moment sans la trouver et nous décidons de faire demi-tour, nous la retrouvons alors calée contre la berge et la récupérons. Ma flèche a dérivé et nous ne le reverrons pas. Nous repartons maintenant vers le camp à contre-courant. Très rapidement les forces m'abandonnent et mes bras me font de plus en plus mal. Je n'arrive pas à bien respirer et ramer est de plus en plus dur. Nous alternons en changeant de côté pour reposer nos bras.

Petit à petit, je prends le rythme et la douleur s'estompe, la volonté de s'en sortir est la plus forte et nous plaisantons sur notre mésaventure, Xavier me dit que je vais battre le record du Gers en canoë. Grâce à mon appareil photo étanche, je peux regarder l'heure, en enlevant les 4 heures de décalage avec la métropole, je calcule qu'il est 2 heures. Nous ramons comme des galériens de toutes nos fonces malgré la douleur et la fatigue mais notre façon de ramer bien coordonnée propulse le canoë qui file sur le fleuve. Heureusement la marée s'inverse et le courant ralentit petit à petit avant de s'inverser doucement. Les heures passent. Xavier qui n'en peut plus décide de faire une petite sieste de 15 minutes et je pagaie un moment seul. Je souris en regardant les caïmans sur les berges qui nous regardent passer sans bouger et doivent bien rigoler. Après plusieurs heures, nous finissons par reconnaître la crique où nous avons chassé le premier jour et cela nous donne un peu de courage alors que le jour se lève tout doucement accompagné du cri des Kwatas (atèles) et des singes hurleurs.

Encore un long moment d'effort et nous finissons par apercevoir le camp alors que le jour et déjà levé. Lauro, pas inquiet, se prépare pour partir chasser. Nous avons ramé environ 5h30 et sommes exténués. Nous accostons enfin et nous changeons avant de manger un bout et de nous coucher dans nos hamacs alors que le soleil monte sur la jungle. Nous allons dormir un peu pendant que Lauro part chasser avant de plier le camp pour rentrer. Venir chasser en Guyane c'est une sacrée aventure et faut accepter ce genre de situation. Le cumul de fatigue de ces derniers jours est en grande partie responsable de notre accident. En tous cas, ce sera un sacré souvenir pour moi et Xavier, qui a encore une fois vraiment assuré dans ce moment difficile, et cette vraie épreuve aura encore consolidé notre amitié.

 

Alex

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 06:10

Ce matin, je me réveille alors que le jour n'est pas encore tout à fait levé, je m'extirpe de mon hamac. Xavier dort encore mais Lauro s'affaire déjà. J'en profite pour préparer mes affaires et m'habiller. J'enfile le T-shirt que mon ami Laurent m'a confectionné pour notre chasse au chamois dans le Doubs en espérant qu'il me portera chance. Xavier finit par se lever un peu après alors que Lauro part déjà pour sa journée de pêche. Nous déjeunons et finissons de nous préparer puis chargeons nos affaires dans le canoë et partons pour un nouveau secteur de chasse. Ce matin nous remontons le fleuve pour rejoindre un secteur que Xavier connaît pour y avoir déjà chassé.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Ce matin, je regarde mieux les berges pour tenter d'apercevoir des animaux et Xavier m'interpelle pour me montrer des hoazins. Ils semblent inadaptés au vol et peinent à voleter sur les moucoumoucous qui forment un mur vert au bord du fleuve avant de rejoindre la forêt où ils se cachent pour nous laisser passer. Nous apercevrons par 3 fois ces oiseaux mais aussi quelques gros martins pêcheurs dont les diverses espèces d'apparence très proche sont difficiles à différencier en vol ou de loin,

des caciques cul-rouge près de leurs longs nids tissés qui pendent au dessus du fleuve

et quelques anis.

Nous accostons un peu plus loin au départ d'une crique. Xavier me dépose avec mes affaires en m'expliquant comment je dois chasser sur ce secteur. Il m'a prêté son GPS où sont enregistrés des points indiquant des bassines à pakira (non local du pécari à collier)

ou des terriers. Il repart ensuite avec le canoë, un peu plus loin pour aller chasser de son côté. Le départ en forêt est facile car un vieux layon permet d'y entrer.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je dois partir plein ouest pour rejoindre le pied d'une colline pour chasser ensuite vers la droite entre cette colline et la crique. Je vérifie mon cap sur le GPS après avoir fait le point du retour puis commence à m'avancer en forêt. Je progresse très lentement en essayant de suivre des zones un peu dégagées. Rapidement un mouvement à mes pieds m'interpelle et je peine un instant à retrouver le petit crapaud feuille au milieu des feuilles mortes.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je fais régulièrement des pauses pour observer les alentours et m'enfonce peu à peu dans la jungle. Je finis par arriver près d'un grand marécage asséché, les arbres font place à d'immenses palmiers dont les palmes mortes jonchent le sol. Au milieu de ces débris végétaux, je dérange un gros crapaud feuille et m'attarde un instant pour l'observer.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

C'est alors que j'aperçois, à environ 15 mètres, un petit animal brun qui se déplace au sol, je reconnais vite cette démarche et m'approche rapidement. C'est une magnifique mygale (téraphosa blondi), la plus gosse araignée du monde qui peut atteindre 25 cm de diamètre. Celle-ci n'atteint pas cette taille mais son envergure est déjà impressionnante. Elle se fige à mes pieds et se prête à une petite séance photo.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016
Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016
Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je laisse la mygale à sa promenade matinale et reprends ma progression. Un peu plus loin, je tombe sur un champignon bizarre, il semble sortir d'une boule et est drapé d'un filet blanc. J'ai remarqué chaque année qu'on voyait peu de champignons en Guyane malgré le climat humide et mis à part les champignons plats qui poussent sur quelques troncs pourris, c'est un des premiers que je vois poussant au sol.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je progresse un petit moment avant de contrôler mon GPS, je pensais avoir bifurqué à droite et progressé entre la crique et la montagne mais je me rends vite compte que je reviens vers mon point de départ et cherche à reprendre ma progression dans le bon sens. Une fois mon cap repris je range mon GPS et poursuis ma progression lente en direction d'un point indiqué par Xavier pour être une bassine à pakira. Je progresse tranquillement quand je me rends compte que je suis en train de revenir vers le bord de la crique. Je me dis que la suivre un moment me permettra de ne pas faire demi-tour. Je contrôle donc mon cap et continue à avancer. En arrivant dans une zone marécageuse encombrée de troncs pourris enchevêtrés où la crique a creusée des avancées en forêt aujourd'hui asséchées, je slalome entre les obstacles quand le bruit d'un animal se jetant à l'eau retentit. Au bruit, je pense immédiatement à un tapir et tente de m'approcher de la crique pour mieux voir au travers des troncs et des arbres qui la bordent. J'aperçois ainsi une tête ronde en surface, ce n'est pas un tapir, l'animal plus petit semble avoir la taille d'un chien. Je le perds de vue derrière les arbres. J'attrape mon appareil photo et le mets en mode caméra, c'est alors que j'aperçois au moins 6 têtes dans l'eau, les animaux étirent leurs cous au-dessus de l'eau pour me voir et me flairer. Leurs poitrines sont marbrées de taches blanches et je reconnais alors des loutres géantes, c'est la première fois que j'en vois des vivantes à l'état sauvage mais j'en avais déjà vu au zoo d'Agelès Gazos dans les Pyrénées. Elles se déplacent tranquillement en regardant vers moi et en humant l'air sans que je n'arrive à faire la netteté avec mon appareil photo. Je les perds régulièrement de vue derrière les arbres quand elles se mettent à pousser des cris puissants assez graves. Elles s'éloignent vers en descendant la crique et finissent par disparaître d'un coup.

Je reprends ma progression en consultant mon GPS pour me diriger vers la bassine. La zone est assez dense et ma progression se complique, je cherche à contourner ce secteur et tombe sur un tas de branches couvert par la végétation en forme de tipi aplati. De gros trous permettent de voir l'intérieur où le sol a été dégagé et mis à nu, c'est une tanière de pakira et elle semble bien fréquentée, j'ai bon espoir d'en voir dans le secteur.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

j'examine bien tous les recoins de cet immeuble à pécari avec ma frontale mais ils ne sont pas dans le secteur, je continue donc ma progression. J'ai beaucoup de mal à garder un cap en marchant et je dois régulièrement consulter mon GPS, j'essaie de rester dans les zones pas trop denses pour limiter le bruit de ma progression et à chaque fois que je consulte mon GPS, je constate que j'ai beaucoup dévié et peu avancé. Je débouche sur une petite clairière barrée par un énorme enchevêtrement de troncs tombés au sol et stoppe pour consulter mon GPS face aux troncs quand un léger craquement sur ma gauche me fait tourner la tête. Un mouvement dans la végétation attire mon regard sur une grosse patte noire qui s'avance perpendiculairement aux troncs. Le temps semble suspendu, je suis comme hypnotisé, une seconde patte s'avance puis une petite trompe se dégage de la végétation. "Un tapir", je n'arrive pas à y croire car il est assez rare de les voir en plein jour. Je lute pour remettre mon GPS dans ma poche de ma veste 3D sans quitter le tapir des yeux alors qu'il s'avance toujours au ralenti. Il est énorme et doit faire au moins 200 kg, son poil ras très foncé, presque noir semble mouillé. Le vent souffle le long du tas de tronc et va vite me trahir. Le tapir est maintenant bien dégagé et alors que mon GPS rentre enfin dans ma poche, il me sent et démarre en trombe sans me laisser le temps d'armer mon arc. Le bruit de son galop résonne dans la forêt au rythme de ses pattes qui martèlent le sol à la manière d'un cheval au galop. Les branches craquent sur son passage et je le perds de vue après quelques dizaines de mètres de course.

Cette rencontre n'aura duré que quelques dizaines de secondes mais elle m'a semblé beaucoup plus longue et ses images tournent en boucle dans ma tête. Je viens de manquer l'occasion magique de flécher un magnifique tapir mais rien ne peut altérer le bonheur d'avoir pu en voir un dans son milieu naturel, c'était un de mes rêves guyanais. Mes esprits revenus, je tente de retrouver sa trace mais malgré sa taille impressionnante, il n'a pas laissé la moindre empreinte sur sa trajectoire de fuite que je tente de suivre tout de même un moment en essayant de me la remémorer. Je reviens ainsi vers la crique mais le tapir est très certainement loin.

Je décide de reprendre mon GPS pour me diriger vers les points qu'il indique (terriers et bassines de pakira). Je progresse donc GPS à la main et finis pour trouver une des bassines au milieu d'une zone de végétation très dense. L'eau est boueuse mais les traces ne sont pas d'aujourd'hui.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je tourne un moment dans le secteur et trouve des terriers d'où sont rentrés et sortis des pécaris il y a quelques jours. Les traces ne sont pas fraîches, j'examine tout de même, avec ma frontale, l'intérieur des terriers situés près d'une fourmilière de fourmis champignonnistes (ou fourmis manioc), au pied d'une petites butes. Ces insectes de couleur orange terne découpent le feuillage pour l’entraîner sous terre dans de longues processions et le stockent ensuite pour s'en servir de support pour la culture d'un champignon dont elles se nourrissent. Je tourne et retourne sur ce secteur sans trouver les pécaris et retombe sans le vouloir sur la première bassine. L'heure avance et je décide de retourner tranquillement vers le point de rendez-vous où Xavier doit revenir me chercher. Je longe plus la crique qu'à l'aller et traverse plusieurs petits bras morts quand, alors que je cherche un passage pour traverser, j'aperçois une belle tortue d'eau (Rhinoclemmys punctularia) fouillant le fond vaseux au milieu des feuilles mortes.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je l'attrape facilement pour l'examiner un instant avant de la relâcher.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Une fois remise à l'eau elle ressort doucement de sa carapace puis s'avance avant de commencer à s'enfouir dans la vase.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Petit à petit, GPS à la main et en contrôlant régulièrement ma boussole, je reviens au point de rendez-vous où assis sur un vieux congélateur laissé là à pourrir en forêt depuis des années par des chasseurs professionnels, je vide ma bouteille d'eau et ma boite de maquereaux en sauce en attendant Xavier. Des singes s'agitent un peu plus loin au bord du fleuve en poussant des cris. Un morpho barré passe et repasse sans me laisser le temps de le filmer. C'est un grand papillon bleu et noir côté dos et brun foncé avec des ocelles côté ventre. Xavier finit par arriver, nous discutons de notre chasse, il a vu de nombreuses traces et indices de présence de pakiras mais n'a pas pu les voir.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016
Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016
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Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016
Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Nous rentrons au camp où nous retrouvons Lauro qui a fait pêche. Il a attrapé des aymaras, des acoupas et des poissons-chats. Nous nous posons un peu et en profitons pour faire un brin de toilette avant de préparer le repas. Ce soir ce sera filet mignon de tapir (maïpouri) avec des pâtes à la façon Xavier. Pendant que Xavier prépare le repas, je prépare mes affaires pour ce soir car je vais partir chasser à l'affût sous le mobin repéré la veille. Xavier m'envoie en suite chercher du bois pour le feu, puis, le bois trouvé et le feu allumé, j'en profite pour ramasser une bonne partie des nombreux déchets laissés sur le camp par d'autres chasseurs avant nous, je ramasse ainsi des piles usagées, des plastiques, des bouteilles en verre et plastique et autres déchets que je rassemble pour les emporter à notre départ. Je n'arrive pas à comprendre que des gens puissent être aussi salles et polluent ainsi la forêt et le fleuve. Des perroquets se posent en poussant des cris sur les arbres derrière le camp, certains de leurs camarades ont fait les frais de cette proximité car des plumes de perroquets jonchent le sol près du coin feu. Les chasseurs avant nous ont dû les tirer.

Le repas prêt nous dégustons en discutant de notre journée les filets de maïpouri. Comme toujours c'est délicieux, Xavier est un as de la cuisine. Le repas terminé, je finis de me préparer pour aller chasser puis nous partons avec Xavier après 17h30 pour le secteur du mobin ou il va me déposer pour venir me rechercher vers 22h. Une fois sur place, je laisse Xavier qui repart au camp pour dormir un peu et m'enfonce dans la jungle par le layon boueux en prenant pour cap le point "mobin" enregistré sur le GPS. J'avance tout doucement, espérant surprendre un animal en chemin. Il n'y a pas de nouvelles traces de tapir mais le carapa rongé a disparu, un pac a dû venir le finir. Je suis ainsi le layon sans voir d'animaux puis le quitte sur la droite pour retrouver rapidement le mobin dont les fruits qui pourrissent au sol embaument l'air. Arrivé sur la zone couverte de fruits, je constate qu'il ne semble pas avoir été touché depuis l'autre jour et cela ne me donne pas grand espoir de voir un animal. Je cherche une zone un peu dégagée avec 2 arbres assez proches puis attache un hamac de corde prêté par Xavier pour me poser et attendre. J'accroche mon sac à dos à une branche proche de mon hamac. Avec la nuit qui vient doucement, arrivent les moustiques en grand nombre. Je tente de me protéger en me badigeonnant de produit sur la figure, les mains et en aspergeant mes vêtements avec le produit spécial textile ce qui me vaut d'en respirer une bonne dose qui me brule la gorge. Je tente de ne pas tousser. L'attente commence avec la nuit qui arrive tranquillement. Malgré le produit, les moustiques m'assaillent de toute part et je passe mon temps à les écraser assis sur mon hamac.

La nuit noire s'installe et je me pose sur le hamac à l'affût du moindre bruit car je suis maintenant aveugle. Ma frontale sur mon front est éteinte et ne doit être allumé qu'au dernier moment. Le chant des insectes et des tinamous se mélangent au vrombissement des moustiques et le temps passe. C'est une expérience un peu déroutante à laquelle je ne suis pas habitué en métropole. Se retrouver ainsi seul, de nuit, en pleine jungle amazonienne peuplée d'animaux dont certains peuvent être assez dangereux et que je ne peux pas voir venir. Je sais que nombre de prédateurs comme les serpents, les araignées, les scorpions, les scolopendres, les félins... chassent souvent de nuit et j'ouvre donc grand mes oreilles. Les piqûres de moustiques s'enchaînent, surtout au niveau de mon dos car couché sur le hamac, mes vêtements sont plaqués à ma peau. Après plus de 2 heures de cette torture et n'entendant rien venir, je décide d'allumer ma frontale pour jeter un coup d'œil autour de moi, les arbres qui semblaient pourtant espacés de jour, font un écran à quelques mètres et renvoie la lumière ce qui m'empêche de voir plus loin. Je décide de renoncer et de rentrer vers le bord de la crique en suivant le layon doucement, espérant voir un animal. Je rassemble donc mes affaires et quitte mon poste puis rejoints le layon et le suis doucement.

Rien en vue pendant un moment quand des yeux rouges s'illuminent à 15 mètres sur la gauche du chemin. J'accroche mon décocher et prends en main l'interrupteur de ma lampe d'arc puis commence une approche très lente. Je pense d'abord à un pac, l'animal ne bouge pas et je me rends vite compte qu'il ne s'agit pas de cet animal, c'est un pian (opossum), une espèce chassable, à moitié caché dans une palme sèche.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Il me laisse approcher à 1 mètre sans bouger et c'est alors que je constate qu'il est blessé. Une plaie béante ouvre son épaule, j'hésite à le flécher mais y renonce, préférant laisser faire la nature et espérant qu'il s'en sorte.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je m'éclipse doucement sans que le pian ne bouge. Je continue à suivre le layon et arrive au point de rendez-vous un peu plus loin sans voir le moindre gibier. Un autre pian se débine dans la végétation et disparaît dans un tas de troncs pourris. En regardant autour de moi, j'aperçois des yeux dans la végétation. Une rainette arboricole est perchée sur une tige et regarde vers moi.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

En me rapprochant, je constate qu’elle est de couleur camouflé, des grosses tâches vertes plus ou moins foncées ponctuent sa peau.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016
Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

De nombreux petits yeux brillent dans le sous-bois, en me rapprochant, je constate qu'il s'agit de criquets ou d'araignées. Ici tous les insectes et arachnides ont des yeux brillants dans le faisceau de la frontale.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

Je fais donc un petit tour en attendant Xavier et repère une autre rainette

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

et plusieurs autres arthropodes dont une drôle d'araignée blanche en boule au bout d'une feuille.

Chroniques guyanaises, un rêve éveillé, 6 mars 2016

J'attends en suite un moment dans le noir à l'affût du moindre bruit mais toujours rien. Le ronron du moteur du canoë se rapproche enfin. Xavier arrive, j'embarque avec mes affaires, nous rentrons au camp pour dormir un peu avant la prochaine journée de chasse.

 

Alex

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 19:02

Ce matin, après une courte nuit, nous nous réveillons tranquillement alors que le jour se lève. Lauro est le premier debout et s'affaire déjà. Je sors de mon hamac et commence à préparer mon arc et mes flèches pour ma première chasse en forêt. Je dévisse mon moulinet de pêche et sors ma lampe d'arc avant de monter mon nouveau carquois 2 points confectionné par Fred de "Le Barbare Archerie" puis j'équipe 4 flèches de chasse, 2 avec des lames mécaniques (Rage Hypodermic) et 2 avec des trilames fixes (Cabela's lazer suprème). Notre campement est adossé à un grand marécage très dense et la végétation semble former un mur à quelques mètres derrière notre carbé. Le soleil rentre sur le camp par la trouée sur le fleuve.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Alors que je termine de préparer mes affaires en essayant de ne rien oublier pour le premier jour (boussole, GPS, couteau, lames de rechange), un ban de ce que je pense être des petits poissons-chats se rapproche de la berge en agitant l'eau. La grosse boule se déplace en surface et vient buter contre la berge devant le camp. Je me rapproche pour les voir de plus près et constate qu'il s'agit en fait de gros têtards. Ils se séparent alors que je tente de les prendre en photo et plongent vers le fond de l'eau peu profonde, au bout d'un court instant ils remontent petit à petit en surface et s'accrochent dispersés à la végétation.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Xavier étant levé, nous nous rassemblons pour déjeuner avant de finir de nous préparer. Pendant que nous déjeunons le soleil, qui monte doucement, rentre sur le camp et de petits lézards grimpent sur les troncs qui tiennent les bâches pour prendre un bain de lumière.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Je ne résiste pas à l'envie d'en attraper un pour le voir de plus près avant de le relâcher.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Le déjeuner terminé nous nous équipons pour la chasse. Je mets une bouteille d'eau dans mon sac à dos, 4 barres de céréale, ma tenue 3D puis termine de me préparer, un pantalon camo et un T-shirt camo de chez Décathlon, mes chaussures de marche montantes en toile, mes guêtres en matière silencieuse. Je mets mon GPS et ma boite de lames de rechange dans ma poche de pantalon, ma boussole autour du cou, mon couteau à la ceinture... ça y est, je suis prêt, il est temps de partir. Nous partons tous les 3 en descendant le fleuve. Un peu plus loin Lauro nous arrête et nous demande de nous rapprocher de la berge, il descend pied nu, seulement vêtu d'un petit short et d'un T-shirt à manches courtes. Il se fraye un chemin au travers de la végétation, les pieds dans l'eau puis remonte sur la berge et s'avance dans une jungle épaisse où nous le perdons vite de vue. Rapidement, nous entendons du bruit puis nous l'apercevons au travers des branches, il revient vers nous en traînant un vieux canoë jaune qu'il laisse sur place pour se déplacer sans utiliser l'essence du moteur. Il le met à l'eau puis part de son côté. Il va aller pêcher ce matin. Nous avions décidé de remonter le fleuve ce matin mais vu l'heure, nous décidons de partir chasser juste un peu plus en aval.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

En chemin, Xavier m'interpelle pour me montrer des oiseaux mais, ne sachant pas où regarder, je ne les vois pas. C'étaient des hoazins, gros oiseaux colorés se nourrissant de végétaux et possédant comme les ruminants une panse, les jeunes ont des griffes à la pliure des ailes, vestiges reptiliens, dont ils se servent pour grimper dans les arbres. Je suis un peu déçu de ne pas les avoir vus.

Nous accostons plus loin à l'entrée d'une crique et débarquons sur un ancien campement d'où part un beau layon. Nous nous préparons en discutant quand j'aperçois un animal noir de la grosseur d'un jeune renard qui vient juste de sortir d'un trou au pied d'un arbre. J'identifie vite une tayra, gros mustélidé guyanais, je la montre vite à Xavier et nous la regardons quelque peu incrédules se débiner, à à peine 10 mètres, entre les arbres puis disparaître. Je suis ravi, c'est la première tayra que je vois de ma vie.

Je bois, laisse mon sac à dos et ma housse d'arc dans la végétation puis nous partons en suivant le layon. Le départ du sentier est très boueux et nous tombons sur un grand nombre de traces d'animaux, 3 tapirs ont suivi un moment le chemin avant de bifurquer à droite sur une grosse coulée qui rentre dans le fourré. Il s'agit très certainement d'un mâle, d'une femelle et de son jeune dont les traces sont plus petites. Des traces de biche et de pacs traversent le chemin, un gros carapa (fruit à coque dure, de la taille d'une grosse orange et contenant des grosses graines de la taille de marrons) a été rongé de frai au milieu du layon et des fruits de mobin jonchent le sol. Le secteur semble prometteur, nous nous suivons un moment sur le layon avant de nous séparer mais nous n'avons pas fait 100 mètres que Xavier stoppe net et m'interpelle alors que le chemin amorce un virage à 90° à gauche. "Hoccos", mon oreille ne s'est pas encore habituée au dissocier les bruits de la forêt. Je stoppe et tends l'oreille, un pic pic pic léger se fait entendre, c'est le cri d'alerte de cet oiseau.

Les hoccos sont au-dessus de nous dans la pente de la colline, je décide de laisser Xavier s'en occuper et m'avance doucement en suivant le chemin. Xavier tente une approche directe, je m'arrête juste un peu plus loin pour le regarder faire et aperçois les 3 hoccos qui s'envolent pour se percher dans les arbres. En levant la tête vers une trouée dans le feuillage, je vois passer, comme dans un rêve, une magnifique harpie, c'est également la première fois que j'en vois une, c'est immense aigle chasseur de singes et de paresseux chasse surtout à la cime des arbres et on n’a pas souvent la chance de l'apercevoir.

Xavier s'avance à la poursuite des hoccos qui se débinent devant lui, je poursuis ma route en suivant le chemin qui bifurque maintenant à droite pour remonter en suivant la pente de la colline. Au sommet de ce relief, je décide de quitter le chemin pour rentrer dans la forêt et tombe rapidement sur un parterre de fruit de mobin, ces fruits jonchent le sol sur plusieurs dizaines de mètres, je décide de marquer cet endroit sur mon GPS pour pouvoir y revenir car ces fruits sont très appréciés par les animaux de la forêt.

Ma chasse commence, je progresse très lentement au milieu de la végétation en faisant de nombreuses pauses pour observer autour de moi. En marchant, je dérange quelque chose de jaune à mes pieds qui fait un bon puis se fige. C'est un dendrobate à tapirer. Je tente de réaliser une belle photo de cette petite grenouille d'environ 5 cm de long mais elle commence à fuir en bondissant et en cherchant le couvert. Je la suis et finis par réussir un cliché potable alors qu'elle stoppe au pied d'un arbre.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Elle redémarre rapidement puis commence à grimper sur le tronc avant d'entamer de faire le tour de l'arbre en sautant latéralement pour se cacher à ma vue comme le ferait un écureuil en métropole. Je tente de la reprendre en photo mais je renonce car elle va trop vite et je n'arrive pas à faire la netteté en tournant autour de l'arbre.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Je reprends ma chasse et alors que je viens de m'arrêter, des bruits de feuillages attirent mon attention. Des singes se déplacent à la cime des arbres à environ 50 mètres à la recherche de fruits. Je finis par distinguer des capucins bruns et tente de les siffler pour les faire venir. J'aperçois alors quelques curieux descendre un peu plus à découvert pour regarder vers moi tout en restant à bonne distance avant de remonter d'un étage. Ils semblent méfiants et continuent leur progression. Je finis par reprendre ma progression lente. Je lève par 2 fois des bandes de 2 ou 3 hoccos sans pourvoir tenter une flèche car ces derniers volent rapidement vers les premières branches des arbres et même s'ils sont parfois bien dégagés, je décide de ne pas risquer un tir aérien. Le temps passe, un grand tinamou surgit de la végétation et vole un instant pour disparaître dans la jungle.

Je tente un instant de le retrouver, sachant qu'il ne s'est pas posé bien loin mais je finis par renoncer et poursuis ma chasse. Le paysage est assez vallonné et je progresse en enchainant les montées et les descentes en faisant des pauses observatoires régulières plus ou moins longues. Un moment passe sans que je voie d'animaux, j'en profite pour faire une pause et manger une barre de céréale puis en début d'après-midi alors que je monte au sommet d'une petite colline des hoccos décollent dans la pente sur ma droite et se branchent. Je me fige pour tenter de les apercevoir, le pic pic pic d'alerte se fait entendre mais les feuillages me les masquent, je tente alors de me décaler doucement quand un bruit me fait tourner la tête. A à peine 15 mètres de moi, un animal gris de taille moyenne se lève et par de cul tête basse puis il se tourne plein profil, en partie masqué par la végétation basse, et redresse la tête. Je ne vois pas sa tête mais aperçois ses oreilles tournant pour capter un bruit avant qu'il ne redémarre et disparaisse. C'était un cariacou, le plus petit cervidé guyanais. J'ai lu sur le guide du vrai broussard que sa curiosité le faisait parfois revenir pour identifier ce qui l'avait fait fuir. Je reste donc un moment sans bouger alors que les hoccos se sont éloignés.

Rien ne venant, je décide de continuer mais le temps passe et le gibier n'est plus de sortie. Je contrôle l'heure sur mon GPS et constate que le rendez-vous est dans environ 2 heures. Je commence donc à revenir vers la barque mais comme d'habitude, voulant essayer de chasser en rentrant, je n'arrive pas à avancer droit et tourne en rond en forêt. Je dois laisser tomber la chasse et me focaliser sur la navigation mais la distance diminue puis augmente alors qu'il me semble aller tout droit. Je décide de changer de point d'arrivée et mets le mobin en espérant retomber sur le layon. Cette fois la navigation est plus facile car la végétation est moins dense. Je retombe sur les capucins bruns qui s'agitent dans les feuillages et les observe un moment avant de continuer. Je finis par récupérer un layon et commence à le suivre, mon GPS indique que la distance diminue. Je continue donc à suivre ce layon levant un tinamou de couleur rouille puis plusieurs autres de part et d'autre du chemin avant que le layon ne se termine dans un amas de troncs. Il me semble voir un autre layon plus à droite, au travers de la végétation et m'avance vers lui. Je retombe ainsi sur le layon par lequel nous sommes arrivés et le suis pour arriver à la barque, je lève encore 2 perdrix avant d'arriver près du fleuve. Je récupère mes affaires et me pose. Je profite de ce moment de calme pour observer en vidant ma bouteille d'eau.

Xavier finit par arriver et nous discutons de notre chasse, c'est amusant car il a vu quasiment les même choses que moi, il a pu photographier un dendrobate à tapirer.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016
Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016
Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Les photos prises par son appareil photo plus récent que le mien sont plus nettes. Il a également vu tourner autour d'un arbre pour se cacher. Il a vu également des hoccos, les singes et un cariacou mais n'a pas pu flécher de gibier.

Nous rentrons, en chemin nous décidons de nous aventurer dans une belle crique pour faire du repérage pour une éventuelle sortie aux caïmans de nuit et nous nous arrêtons au bout d'un moment car elle est barrée par un arbre mort.

Nous faisons demi-tour, arrivé au camp

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

nous nous changeons et préparons le repas, ce sera pâtes et poulet boucané. Nous décidons de ne pas chasser ce soir car nous sommes fatigués et de nous coucher tôt pour bien nous reposer et être en forme pour la chasse de demain. Nous discutons donc de notre journée en mangeant.

Chroniques guyanaises, première chasse en forêt, 5 mars 2016

Ma première journée aura été riche en nouvelles rencontres.

 

Alex

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 06:55

Ça y est, c'est le grand jour, je pars ce matin pour la Guyane. Avec le stress du départ, je me réveille vers 3h30 et impossible de me rendormir jusqu'à la sonnerie du réveil vers 5h30. C'est ma compagne qui doit m'amener à l'aéroport, nous nous levons, nous préparons rapidement et chargeons la voiture, direction l'aéroport de Blagnac pour prendre un premier vol avec Easy jet vers 8 heures. Un petit déjeuner pris avec ma compagne à l'aéroport puis mon bagage en soute enregistré, nous nous dirigeons vers la douane. Elle viendra me rejoindre dans une semaine pour une semaine de tourisme. Nous nous séparons donc à la douane puis je pars vers la porte d'embarquement pour attendre mon vol. Mon avion est à l'heure et le premier vol se passe bien, arrivé à Orly vers 10 heures, je presse le pas pour aller récupérer mon bagage puis pour aller le réenregistrer avant de repasser les douanes pour aller attendre mon second vol prévu vers 13 heures. Vers midi, je suis à la porte d'embarquement, tout va bien mais mon vol va avoir un peu de retard. Mon avion décolle vers 13h30.

Alors que je regarde un premier film, je commence à m'endormir mais c'est alors qu'on nous sert le repars. Il me faut donc remettre à plus tard ce petit somme réparateur. Le repas pris, impossible de me rendormir et je vais enchaîner les films pour passer le temps. J'arrive à Cayenne vers 18h30 (heure locale) soit à 22h30 (heure métropolitaine). Passage de la douane puis attente interminable de ma valise au tapis roulant. J'en profite pour appeler Xavier, il m'attend en dehors de l'aéroport avec son pickup chargé car nous partons directement pour notre séjour en forêt.

Chroniques guyanaises, une journée interminable, 4 mars 2016

Une fois ma valise récupérée, je pars donc à sa rencontre. La nuit est arrivée sur la Guyane en même temps que moi, le sol est détrempé car il a pas mal plu cette après-midi, il fait très chaud et le chant des oiseaux, venus se poser dans les palmiers et autres arbres de l'aéroport, emplit l'air moite accompagné de quelques chants d'insectes. Je retrouve mon ami Xavier. Nous chargeons mes affaires et partons pour Régina, en route j'ouvre la vitre pour m'imprégner de cette ambiance guyanaise nocturne faite de sons et d'odeurs. Nous arrivons environ une heure plus tard chez un ami de Xavier, un ancien chasseur professionnel brésilien dénommé Lauro avec qui nous allons partir en forêt. Je prépare vite mes affaires que je réparti dans une grande touque et mon sac à dos puis nous discutons un peu devant un bon jus de fruit local et une ou 2 cochignes (sorte de baignet conique local à la viande). Je demande à Xavier s'il pense que je dois préparer mon arc mais il me dit qu'il y a peu de chance que nous chassions en remontant le fleuve cette nuit et je décide de ne pas monter mon moulinet de pêche. Lauro parle peu français et utilise principalement le créole et le portugais, j'appréhende un peu la communication sur le camp.

Nous partons ensuite pour le débarcadère où nous chargeons la barque de Lauro que nous équipons avec un moteur de Xavier. Un bec en ciseaux

et des chauves-souris pêcheuses rasent la surface de l'eau, dans la faible lueur de l'éclairage public, à la recherche d'une proie. Les cris puissants d'oiseaux de mer résonnent du haut d'une immense antenne rouge et blanche. La barque chargée, nous équipons le canoë de son moteur et l'attachons derrière la barque puis Xavier par garer son pick up chez Lauro et nous embarquons à son retour. Nous allons remonter l'Approuague vers notre camp de chasse. Lauro s'installe à l'avant et Xavier pilote la barque. Ce dernier me dit de m'installer sur les sacs contenant les filets au milieu de l'embarcation et de m'y coucher pour essayer de dormir un peu. Je m'exécute mais j'ai du mal à dormir, régulièrement des gouttes d'eau viennent mouiller mon visage, je somnole tout de même un peu. Au bout d'un moment Xavier annonce "caïman", je sursaute et attrape ma housse d'arc, cherche mes affaires éparpillées dans la barque puis commence à monter mon moulinet de pêche. Lauro a déjà attrapé son fusil et tire sur le caïman que je n'ai même pas regardé, trop occupé avec la visserie de mon arc. Le caïman n'a même pas bougé, les plombs ont touché les moucoumoucous au milieu desquels il se trouve. Mon moulinet monté, j'attache ma flèche pêche au câble, monte ma lame de pêche, ma lampe d'arc... ça y est après de longue minutes de préparation, je suis prêt. Nous manœuvrons la barque pour nous approcher du caïman qui ne bouge toujours pas et nous laisse approcher à quelques mètres.

Chroniques guyanaises, une journée interminable, 4 mars 2016

C'est un gros caïman rouge, le premier que je vois en Guyane où je n'ai vu que des caïmans gris pour le moment. Seule sa tête dépasse de l'eau et j'essaie d'imaginer la position de son corps. J'attrape mon arc, allume la led de mon viseur, attrape interrupteur déporté de ma lampe d'arc et arme. Je prends la visée en estimant la position du caïman et décoche mais je passe juste au ras et le saurien bouge à peine. Je rembobine mon câble pour tenter une seconde flèche mais ma lame s'est prise dans un moucoumoucou et je ne peux pas la récupérer malgré mes efforts. Je décide de tenter une flèche de tête avec une lame de chasse. Je sors donc une flèche de chasse de mon tube de transport, cherche une lame dans mes affaires puis la visse avant d'armer mon arc et de prendre la visée. Je décoche, touché le caïman plonge et remonte rapidement contre la berge, dans la vase, au milieu des moucoumoucous poussant assez serrés. Ma flèche a disparu. Nous luttons un moment avec Lauro pour extirper ma flèche pêche du moucoumoucou puis je réencoche et réarme en essayant de trouver une fenêtre de tir avant de décocher. Je manque encore le caïman mais cette fois j'arrive à récupérer ma flèche, le tir suivant est le bon. Le caïman est harponné et se cale contre les moucoumoucous.

Lauro décide d'aller le chercher, je tends mon câble pour maintenir le saurien d'environ 1,5 mètre à sa place. Lauro se met à l'eau pieds nus. L'eau n'est pas très profonde mais la progression dans la vase et les moucoumoucous est difficile. Il se fraye un chemin avec son sabre et rejoins le caïman qu'il frappe de son sabre à la nuque pour le tuer mais le coup n'est pas assez fort et énerve l'animal qui réussit à se dégager de ma flèche pêche, ce que je n'aurais jamais pensé possible. Lauro nous fait comprendre que ma flèche de chasse est encore dans le caïman. Le reptile blessé se recale un peu plus loin et Lauro le suit. Son coup de sabre suivant tranche la nuque du caïman dans un bruit cassant mais l'animal à la force de replonger dans le fleuve au milieu des moucoumoucous. Lauro sonde l'eau peu profonde avec son sabre et fait démarrer plusieurs fois le caïman qui se recale rapidement dans la vase. Xavier décide d'aller l'aider et part lui aussi dans les moucoumoucous. Ils sondent l'eau, le caïman refait surface par moment et lutte pour rester en surface en cherchant son air, sa tête pointée vers le ciel à la verticale avant de replonger. Xavier et Lauro le perde un moment avant qu'il ne ressorte en pleine eau, près du moteur de la barque. Il se débat un instant en surface puis coule. Xavier tente de le retrouver et sonde le fond avec ses pieds mais l'eau est plus profonde à cet endroit et le caïman reste introuvable. Lauro et Xavier finissent par remonter sur la barque, nous attendons un moment que le caïman refasse surface mais plus rien ne bouge et nous devons renoncer. Nous repartons donc pour remonter le fleuve en regardant un moment derrière nous.

Le séjour commence mal, c'est la première fois que je perds un caïman et, vu son état, ses chances de survie sont nulles. En chemin nous apercevons régulièrement des yeux rouges de part est d'autre du fleuve et annonçons "caïman". Xavier m'approche des sauriens alors que je me prépare mais ce sont généralement de très jeunes individus, trop petits pour être tirés et nous continuons. Un peu plus loin, nous repérons un autre caïman et réussissons à nous approcher très près. Je suis armé et attends de voir sa taille. C'est un caïman à lunette, sa taille est correcte mais il est caché dans les moucoumoucous et je ne vois que sa tête de face. J'hésite à décocher, quelque peu refroidit par ma première aventure et l'animal en profite pour se débiner plus profondément dans sa forteresse végétale. Nous laissons tomber et continuons. Les caïmans deviennent peu à peu moins nombreux et sont toujours aussi petits. Nous finissons par rejoindre le camp et accoster après plusieurs heures de navigation. Lauro descend pour attacher la barque puis nous lui faisons passer les affaires avant de descendre. Il nous faut maintenant tendre les bâches sur la structure du carbé déjà existante. Le camp est envahi par des grosses cigales, nous sommes en plein milieu d'une éclosion, de nombreuses mues de larves sont accrochées aux arbres et quelques jeunes cigales encore vertes font sécher leurs ailes sur les branches.

Chroniques guyanaises, une journée interminable, 4 mars 2016

Nous sommes assaillis par les cigales qui foncent sur les faisceaux de nos frontales pendant que nous posons les bâches et se coincent sous ses dernières où elles se débattent dans un terrible vrombissement. Le camp monté, les affaires rassemblées, il est temps de monter les hamacs équipés de moustiquaire et d'aller dormir un peu pour nous reposer avant la chasse de demain matin.

Chroniques guyanaises, une journée interminable, 4 mars 2016

Alex

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  • : Le blog de Alex.bowhunter
  • Le blog de Alex.bowhunter
  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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Ce blog est adressé à un public de chasseurs ou de curieux intéressés par la chasse. Il comporte des photos d'animaux morts ou de pistes au sang qui peuvent choquer certaines personnes sensibles.

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Pour les messages injurieux et autres, j'ai créé, à la demande des pauvres auteurs brimés, une rubrique à laquelle vous pouvez accéder en cliquant sur le lien suivant :

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