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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 05:57

Ce matin, je me réveille comme en forêt avec le lever du jour, j'ai du boulot qui m'attend, je décide de me lever pour commencer alors que mes collègues dorment encore. Je descends et récupère les crânes que j'avais commencé à décharner et mis en hauteur sur les cuves de récupération d'eau de pluie, à l'abri des chiens, pour finir de les nettoyer. Les insectes ont déjà bien travaillé et des asticots grouillent sur les crânes. Je les rince bien à l'eau puis finit de les gratter autant que je peux avant de les mettre à sécher au soleil, je finirais le boulot chez moi. Ils sentent très fort et comme l'an dernier, ils risquent de bien parfumer les valises. Xavier gardera le crâne du gros caïman pour sa collection, "Scarabée" prendra le crâne de son plus gros capibara et moi les 2 autres, je garderai le mien et donnerai l'autre à un ami qui m'a demandé de lui ramener des dents de ce gros rongeur. Le soleil s'est bien levé, je décide d'aller photographier mes caïmans de la veille que je n'ai pas encore pris en photo.

Chroniques Guyanaises, le jour du départ, 23 mars 2015

J'attaque ensuite de les vider. Alors que je termine le dernier, mes collègues se lèvent. Je remets donc les reptiles au frais puis nous partons déjeuner. Le déjeuner pris nous redescendons pour dépecer et débiter les caïmans et mettre de l'eau à bouillir dans une grande bassine en métal posée au-dessus d'un feu de bois. Une fois les caïmans préparés, je décide d'attaquer de préparer mon singe que j'ai vidé hier soir et mis au frais. L'eau bout et je trempe la queue et une patte arrière du singe puis commence à le gratter. Je répète ainsi la manœuvre, partie par partie pour réussir à enlever tout le poil de l'animal et les zones de peau noire épaisse du bout de la queue préhensile, des mains et des pieds et de la tête. Cette opération va me prendre près de 1h30. Le singe est prêt et je le remets au frais, Daniel n'aura malheureusement pas le temps de nous le cuisiner avant notre départ, Xavier l'offrira donc à un ami à lui, un papi amérindien avec qui il a appris à chasser. Le gibier préparé, il est maintenant tant de faire la valise. Je récupère mes affaires mises à sécher hier, rassemble tout mon matériel et mes crânes et boucle mes valises. Cette fois ça sent le départ.

Il va être l'heure de manger et Xavier rallume le feu pour nous faire cuire l'aïmara de "Scarabée". Il l'ouvre sur le dos et le met à cuire. Pendant ce temps nous examinons le moulinet AMS pro que j'ai ramené à Xavier et discutons un peu. Le poisson est cuit, il est temps de passer à table.

Chroniques Guyanaises, le jour du départ, 23 mars 2015

Nous nous servons des morceaux de poisson avec de la semoule de manioc.

Chroniques Guyanaises, le jour du départ, 23 mars 2015

C'est très bon, comme d'habitude et nous nous resservons plusieurs fois et il ne reste vite plus que la peau, les arrêtes et la tête qui semble assez charnue, je décide donc de m'y attaquer.

Chroniques Guyanaises, le jour du départ, 23 mars 2015

Le repas terminé, nous débarrassons la table et j'en profite pour jeter un dernier coup d’œil sur ce paysage de savane guyanaise.

Chroniques Guyanaises, le jour du départ, 23 mars 2015

Nous décidons ensuite de nous organiser une projection de nos photos prises pendant le séjour sur la télé de Xavier avant d'aller finir de ranger nos dernières affaires et de faire une petite sieste. Vers 17 heures, Xavier nous conduit à l'aéroport. Arrivé sur place, nous saluons Xavier et le remercions vivement puis partons enregistrer nos bagages avant de partir nous installer devant notre porte d'embarquement mais alors que nous discutons au bar en buvant un coup, nous sommes accostés par un chasseur qui nous avait remarqué à l'aller avec nos arcs et qui nous demande comment s'est passé notre séjours. Nous discutons un peu puis ses amis le rejoignent et nous échangeons un moment sur nos séjours. Eux sont remontés au-dessus du barrage de petit Saut sur le haut Sinnamary pour chasser au fusil. Ils ne semblent pas avoir fait bien plus de gibier que nous à l'arc.

Alors que la discussion s'essouffle un peu ce sont 2 jeunes qui nous accostent, eux aussi nous avaient remarqués à l'arrivée. Eux sont venus en Guyane pour faire de la photo animalière avec un guide et nous échangeons un moment sur les animaux que nous avons vu. Le temps passe ainsi assez vite et il est déjà 20 heures, l'heure de l'embarquement. La nuit est tombé, nous embarquons, l'avion est peu occupé et nous réussissons à avoir 3 sièges chacun ce qui va me permettre de m'allonger et de dormir. La fatigue accumulée fait que je ne réveillerai que 1 heures avant le départ. Arrivé à Paris, nous partons attendre nos bagages au tapis roulant mais ma valise n'arrive pas et je dois aller déclarer sa perte au guichet spécialisé.

"Scarabée" qui doit prendre un train pour rentrer chez lui part de son côté alors que j'attends mon avion pour Toulouse. Ma valise sera retrouvée le lendemain et me sera livrée chez moi permettant aux 2 crânes de macérer encore un peu. Ainsi se termine mon deuxième périple guyanais.

Un grand merci à Xavier et Daniel pour leur accueil et le mal qu'ils se sont donnés pour nous faire prélever du gibier, organiser le séjours et préparer tous ces excellents repas qui nous ont tant régalés.

 

Alex

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 16:41

Aujourd'hui, c'est notre dernier jour de chasse en Guyane, nous nous réveillons tranquillement alors que le jour se lève, la nuit a été courte. Je prépare un peu mes affaires puis pars faire la vaisselle de la veille au bord de la crique. En arrivant près du fleuve, je dérange des dizaines de petites grenouilles feuilles qui sautent en tous sens devant mes pieds. Les petits poissons se regroupent pour venir manger les derniers grains de riz qui tombent dans l'eau. Nous nous retrouvons ensuite pour déjeuner et discuter de la chasse d'aujourd'hui. Nous allons partir pour une journée de chasse non-stop et nous retrouverons vers 17 heures pour plier le camp avant le retour. "Scarabée" partira chasser, comme hier, de l'autre côté de la crique, Xavier partira en longeant le fleuve et je vais m'enfoncer dans la forêt à 90° de la crique. Le déjeuner terminé, nous préparons nos affaires puis partons en chasse. Xavier est parti devant, en arrivant près du marais évité hier, je tombe sur ses traces dans la boue fraîche ainsi que sur les traces d'une grosse biche rouge.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je n'ai pas dû prendre assez à gauche et longe donc le marais pour m'éloigner des traces de Xavier et ne pas le déranger dans sa chasse.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Vu son allure de marche, il doit de toute façon être déjà loin. Je tombe rapidement sur les traces pas bien vieilles d'un tapir qui a traversé le marais et biaise vers le fleuve.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je longe un moment le marais en partant vers la gauche pour trouver un passage à sec et tombe sur une belle libellule bleue.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

J'avance doucement en chassant mais pas le moindre gibier en vue. Les zones de végétation épaisse alternent avec des zones bien dégagées au bord desquelles je me poste parfois un moment pour observer avant de me remettre en marche. Plus loin, je remonte sur une colline puis redescends doucement vers un nouveau marais où l'eau est moins présente et qui pourra être traversé sans me mouiller les pieds. Je me positionne un moment au bord du marais pour observer les alentours. De nombreux grands palmiers ont colonisé le secteur, le sol est couvert de grandes palmes sèches tombées, l'eau qui ruisselle doucement de flaque en flaque est très peu profonde. Au bout d'un moment, je décide de traverser pour aller jeter un coup d'œil de l'autre côté. J'avance doucement en cherchant les zones sèches et les racines pour poser mes pieds. Au moment où j'arrive sur l'autre rive, un fracas terrible retentit dans mon dos. Je me retourne alors et constate qu'une très grosse branche couverte de plante épiphytes vient de s'abattre au sol à l'endroit même où j'étais posté il y moins de 2 minutes. J'aurais pu être écrasé.

Je reprends ma progression lente et mes pauses d'observation mais le gibier est absent aujourd'hui. J'en profite pour observer la forêt et profiter, pour mon dernier jour, de cette ambiance particulière. Un petit lézard se camouflant parfaitement avec le sol forestier se débine devant moi.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Il fait très beau et chaud aujourd'hui, le sol couvert de feuilles mortes est craquant et bruyant. L'effet de surprise d’une approche est compliqué, je continue tout de même ma technique de chasse en essayant d'éviter les débris végétaux craquants. Un papillon transparent volette à mes pieds et se repose sur les feuilles mortes.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

En continuant, je tombe sur une petite crique étroite qui serpente dans la forêt, je la suis pour tenter de trouver un passage pour la traverser à sec et lève un grand tinamou sur la berge opposée dans une zone de végétation très dense. Je finis par trouver un passage et traverse, je pars dans la direction de fuite du grand tinamou mais il m’aperçoit trop tôt et se relève à quelques mètres sans que je puisse le voir au sol pour disparaître dans la forêt. Plus loin, je tombe sur un motmot houtouc perché à quelques mètres du sol devant moi. J'ai déjà vu ce bel oiseau très coloré lors du premier séjour en forêt mais je n'avais pas remarqué que les 2 plumes centrales de sa queue avaient une forme très particulière car elles sont plus longues que les autres mais possèdent une partie où la tige centrale est à nu. 

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je filme un moment ce motmot houtouc

puis éteins mon appareil photo, c'est alors que j'aperçois un second motmot juste un peu plus haut dans l'arbre. Ces oiseaux peu farouches me laissent passer près d'eux alors que je reprends ma progression. Le temps passe et je décide de faire une pause vers midi, Je m'assoie sur un tronc tombé au sol pour tenter un petit affût. Rapidement une ronde d'oiseau arrive et commence à tourner en piaillant autour de moi. Plusieurs petits oiseaux de différentes espèces s'agitent tout autour de moi quand un trogon à queue blanche vient se poser dans mon dos.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je tente de le filmer un peu et essaie de filmer aussi les autres oiseaux autour de lui.

Le temps passe à observer ces oiseaux mais rien ne vient à part eux. Je décide de quitter mon poste pour tenter de trouver la cascade dont m'a parlé Xavier. J'avance tranquillement quand je tombe sur une petite grenouille feuille dont le camouflage, sur le sol forestier est quasi parfait, je la prends dans ma main mais n'arrive pas à faire la netteté sur elle avec mon appareil photo.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je la relâche et continue. Un bruit d'eau emplit peu à peu la forêt et je finis par arriver à la fameuse cascade qui est en fait plus un petit rapide. Le décor est magnifique, un premier passage rocailleux

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

en précède un second plus court.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

En remontant un peu le long de la crique, je tombe sur une sorte de saignée fraîche bien maquée dans les feuilles mortes et la terre humide. En me rapprochant, je constate qu'il s'agit en fait d'une coulée fraîche de tapir dont les traces descendent de la colline vers la crique. Il a dû passer cette nuit. 

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je remonte un instant en suivant les traces vers le sommet de la colline mais le sol devenant plus sec, je perds vite les empreintes et abandonne cette piste pour continuer ma chasse en progressant tranquillement. Un peu plus loin, un bruit de feuilles me fait lever la tête. J'entre-aperçois alors des singes hurleurs qui se déplacent dans les branchages au-dessus de moi. Je me fige et les observe un moment. L'un d'eux vient alors vers moi et s'arrête dans une trouée des branchages au-dessus de moi à environ 20 mètres de haut. J'hésite, le singe hurleur est chassable en Guyane pour la consommation, plusieurs chasseurs ayant chassé dans le département m'ont dit qu'il fallait avoir chassé et mangé du singe pour avoir fait l'expérience de la Guyane. Le singe n'a toujours pas bougé, je sais qu'en tirant, je vais perdre ma flèche mais je me décide. J'arme mon arc et prends la visée, je ne crois pas trop à la réussite de mon tir. Le singe n'a toujours pas bougé, je décoche. Je vois bien partir ma flèche et entends distinctement l'impact. Elle a traversé le singe mais trop en arrière. Je l'ai bien vu rentrer dans l'abdomen et regrette déjà d'avoir lâché cette flèche. Touché par ma trilame Q.A.D exodus, le singe avance d'à peine 1 mètre sur la branche et s'immobilise en faisant le dos rond. Je l'observe impuissant en maudissant ma décision d'avoir décoché sur cet animal.

Des gouttes tombent sur les feuillages du sol forestier. Ses congénères se mettent alors à pousser les cris de fureur et s'agitent au-dessus de moi sans comprendre ce qui vient de se passer. Le singe se remet à avancer un peu et je le perds de vue dans le feuillage des arbres. Je décide d'enregistrer le cri des autres singes hurleurs qui est vraiment impressionnant.

Je m'en veux vraiment d'avoir décoché mais maintenant, il va me falloir récupérer mon singe hurleur et assumer jusqu'au bout. Je pars vers les gouttes tombées au sol et constate qu'il s'agit de contenu stomacal, pas la moindre goutte de sang. Au bout d'un moment à le chercher du regard, je finis par l'apercevoir. Il est immobile, tête vers le bas, dans la fourche d'un arbre d'environ 30 mètres de haut, à environ 20 mètres du sol. Sa queue s'est enroulée autour du tronc et sa main s'est crispée sur une branche. Il est mort mais est calé de telle façon qu'il ne peut pas tomber. Je décide d'attendre un moment en espérant le voir tout de même chuter. Le vent se lève et agite les arbres et j'ai bon espoir mais il est bien accroché et ne bouge pas d'un millimètre.

Les autres singes finissent par s'éloigner peu à peu et les cris s'estompent. Je regarde l'heure, il est 14 heures passé, le rendez-vous au camp est à 17 heures, je prends le point GPS du pied de l'arbre sur lequel est mort mon singe, jette un coup d’œil autour de moi pour mémoriser les alentours et prends en repère un gros arbre à contrefort puis pars d'un pas rapide vers le camp en me dirigeant avec ma boussole et mon GPS. En route, je fais décoller un gros oiseau et certainement démarrer un cariacou mais sans pouvoir réellement les identifier. Je finis par arriver au camp 750 mètres plus loin. Je suis trempe de sueur, je pose mon arc, enlève ma tenue 3D et attrape le sabre avant de repartir d'un pas rapide vers mon point GPS pris sous le singe. De retour sur la zone du tir, je ne retrouve pas mon singe, mon GPS m'annonce sa présence à quelques mètres, je m'éloigne, reviens, m'éloigne à nouveau et constate peu à peu que tous les arbres se ressemblent. Je finis tout de même par apercevoir mon singe toujours calé dans la fourche de son arbre. Il est 14h45, je commence à attaquer de couper l'arbre de plus de 20 cm de diamètre, au sabre, à environ 1,5 mètre du sol. Les coups de sabre s'enchaînent et je finis par venir à bout de l'arbre qui commence à craquer. Je me méfie pour ne pas qu'il me tombe dessus. Je le secoue et il finit par se rompre et tomber au sol mais il se cale en biais sur d'autres arbres. Malgré l'impact violent, le singe n'est pas tomber au sol et je l'ai perdu de vue dans les feuillages.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je tente de pousser le tronc pour le faire tomber au sol mais il s'est planté dans la terre et est trop lourd. Je décide d'en recouper un morceau et recommence à attaquer le tronc en biais à environ 2,5 mètres de la première coupe mais je tombe sur un nœud dans le bois et peine beaucoup plus que la première fois à en venir à bout. Au bout de 20 minutes environ, l'arbre commence à craquer et je finis de le casser en le secouant, le morceau tombe au sol et l'arbre descend un peu mais il est encore trop lourd pour que je puisse le faire bouger. 

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je recommence donc à couper le tronc incliné à 2,5 mètres du sol. Les coups s'enchaînent et la peau de ma main commence à se détacher, de grosses ampoules qui se sont formées commencent à se percer et à se déchirer et le contact du manche du sabre devient de plus en plus douloureux mais je dois continuer et récupérer mon singe pour revenir au camp à l'heure. La douleur de plus en plus vive m'oblige tout de même à changer parfois de main et à faire de courtes pauses. Je finis par venir à bout du tronc. Cela fait plus d'une heure que je donne des coups de sabre.

Je tente à nouveau de pousser le tronc, je le cale sur mon épaule et pousse de toutes mes forces et cette fois, il bouge. J'arrive ainsi à le pousser sur environ 5 mètres ce qui le fait encore descendre un peu mais les branches de 2 autres arbres plus petits le retiennent. Je ne peux pas le pousser plus. Je reprends donc le sabre pour commencer à couper les arbres qui le retiennent. Je m'attaque au premier, les vibrations provoquées par mes coups dérangent un iule de près de 20 cm de long qui grimpe sur le tronc jusqu'à la zone de coupe.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je l'attrape et le pose au sol alors qu'il s'est roulé en boule pour éviter de le couper puis je reprends mes coups de sabre et finis par tomber ce 2ième arbre qui libère un peu l'autre tronc qui descend encore un peu mais toujours pas de singe en vue. Je m'attaque donc à un troisième arbre qui retient encore mon arbre. A croire que ce singe veut vraiment me faire payer mon tir. Ma main est très douloureuse, la peau est partie à 4 endroits. Le temps passe et je tente de couper le plus vite possible, déjà presque 2 heures que je coupe des arbres. Entre 2 coups, il me semble entendre une voix puis je reconnais la voix de Xavier et lui répond. Il était dans son hamac au camp quand je suis passé chercher le sabre tout à l'heure et m'entendant taper depuis tout à l'heure il a décidé de venir à ma rencontre. Je le guide à la voix tout en finissant de couper le 3ième arbre.

L'arbre à terre, je recommence à pousser le gros tronc et parviens à le descendre encore un peu et recommence à en couper un bout. Quand Xavier arrive je lui explique la situation. Il décide de me remplacer pour terminer de couper le morceau du tronc qui en s'abattant au sol dégage cette fois le singe qui n'est maintenant plus qu'à 5 ou 6 mètres du sol. Xavier décide alors de couper une longue perche et parvient ainsi à dégager le singe qui tombe alors au sol. Je ramasse ma prise et nous rentrons, Xavier avance sans même consulter le GPS. En chemin Xavier entend démarrer un gros animal sans que nous puissions le voir. "Scarabée" tape au loin sur un arbre à contrefort et cri pour nous guider vers le camp. Nous finissons par arriver. Je suis exténué. "Scarabée" est dégoûté de me voir rentrer avec un singe : "tu as tué ton cousin !", "Je préfère être bredouille que d'avoir fléché un singe". Je suis loin d'être fier de ma prise et de ma mauvaise flèche et ces paroles finissent de me conforter dans cette amertume et de me faire encore plus regretter mon tir. Jamais dans ma vie d'archer je n'ai regretté à ce point d'avoir tiré un animal.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

En m'attendant, mes collègues ont déjà plié le camp et nous finissons de charger la barque avant de partir. Je quitte mon T-shirt trempé et enfile un sweet pour le retour. Je mets ensuite mon singe au frais dans la glacière avec les 2 aïmaras. Xavier pensait pouvoir chasser les cochons bois sur le retour mais il est déjà tard et il fera très vite nuit. Sur le chemin du retour, Xavier m'explique que bien que les singes soient chassables, il se bat depuis des années pour que ses amis chasseurs ne les tirent plus et m'explique également que les singes hurleurs ont un faible taux de reproduction et un fort attrait touristique et que leur présence en forêt permet de faire tomber des fruits pour les autres animaux et permet une dissémination des graines contenues dans leurs excréments. Je ne suis pas prêt de recommencer à tirer un singe. Xavier est tombé sur un secteur où les pécaris étaient passés peu de temps avant

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

mais il n'a pas réussi à les recouper, il a également vu beaucoup de traces de biche rouge dont une qui est venue manger des fruits à 50 mètres du camp pendant la nuit dernière. "Scarabée", de son côté a réussi à prendre une très belle photo du même lézard que celui que j'ai photographié sur le premier séjour,

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

il a également trouvé de belles traces de tapir

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

et a pu également photographier une très belle tortue charbonnière.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Cependant, il n'a pas eu d'occasion de tir. La barque file sur le fleuve et j'ai l'impression que j'ai un peu plombé l'ambiance du séjour. "Scarabée" est silencieux à l'avant de la barque alors que le ciel se teinte de couleurs rosées alors que le soleil se couche peu à peu.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

La nuit finit par tomber et un très fin croissant de lune orienté vers le bas et accolé à une grosse étoile se lève. Je n'avais jamais vu un tel croissant de lune et une étoile si brillante et si proche de cet astre.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

La nuit noire s'installe et "Scarabée" doit éclairer l'avant de la barque pour surveiller les rochers. Nous arrivons au débarcadère éclairé par une très forte lumière produite par un éclairage situé sous le pont. Xavier nous explique que ce dispositif est destiné à piéger une sorte de papillon produisant une sorte de poudre très irritante pendant son volet provoquant la papillonite. Nous accostons et déchargeons nos affaires pour charger le pickup que Xavier part chercher. Ce soir "Scarabée" a prévu d'aller voir des amis à lui présents en Guyane et nous le laissons donc ici où ses amis vont venir le chercher. Xavier a décidé que nous allions aller faire une petite virée au caïman avant de rentrer. Nous partons donc tous les 2 pour un coin que Xavier connaît bien. Arrivés sur place, nous mettons la barque à l'eau et embarquons toutes les affaires pour éviter de nous les faire voler puis commençons à remonter le fleuve. Les nuages ont remplacé les étoiles et il tombe quelques gouttes par moment. Nous naviguons un moment sans voir de caïman puis en repérons un, je me prépare et me lève pour le flécher. Je ne vois pas s'il est gros, j'arme, allume ma lampe et commence à viser mais Xavier me parle et je comprends qu'il est trop petit. Je ne décoche donc pas et le caïman plonge, Xavier me demande pourquoi je n'ai pas tiré et je lui explique que j'ai compris qu'il était petit. Il me disait en fait de ne pas tirer s'il était petit mais il était bien plus gros que tous ceux que j'ai fléchés sur ce séjour. Je me rassoie dépité.

Un peu plus loin, Xavier repère un autre caïman posé sur la berge, tête orientée vers l'eau. Nous le dépassons sans qu'il bouge, je me prépare alors que Xavier manœuvre pour faire demi-tour. Il revient doucement sur l'animal qui ne bouge toujours pas. Je me lève, et arme mon arc puis allume ma lampe d'arc et prends la visée sur le saurien. Je laisse la barque se rapprocher doucement en pensant à ce que m'a dit Xavier. Nous ne sommes plus qu'à 2 ou 3 mètres du caïman et une fenêtre large s'ouvre au travers des branchages. Je décoche et touche ma cible qui plonge avec ma flèche. Je rembobine mon câble et décide d'accoster pour l'achever. Xavier avance le nez de la barque sur la petite plage de sable où je descends avec le sabre. Je remonte alors le caïman sur la berge, lui ferme la gueule avec la main, dégage ma flèche en dévissant la pointe puis lui tranche la nuque avec le sabre. Je lui scotche ensuite le museau, revisse ma pointe et remonte sur la barque en vérifiant bien que je n'oublie pas le sabre. Je cale le caïman entre la glacière et la coque de la barque.

Une pluie épaisse commence à tomber et il nous faut nous équiper de nos tenues pluie. Un peu plus loin Xavier repère un œil rouge à l'entrée d'une crique et me l'annonce avant de faire demi-tour. Je me prépare, nous rentrons doucement dans la crique sous une pluie battante en balayant le secteur avec les faisceaux de nos frontales sans voir le caïman quand, tout à coup, je l'aperçois contre la berge de gauche. Il est tourné face à moi et je ne vois que sa tête. J'arme, allume ma lampe d'arc, vise et décoche. Touché, le caïman plonge. Il sera plus facile de le maîtriser sur la rive, je demande donc à Xavier s'il peut me rapprocher du bord mais les troncs bloquent le moteur, je rame donc pour accoster.

Une fois à terre, je rembobine mon câble. Le caïman lute et zigzague sous l'eau avant de refaire surface contre la berge à mes pieds. Le câble est tendu, je l'attrape à la main pour empêcher le caïman de repartir. Xavier qui a vu que le reptile était piqué juste à une patte me dit de faire attention qu'il ne se dégage pas. J'attrape la flèche et la pique dans le sable pour ne pas prendre le risque de la voir se détacher. Le reptile se débat furieusement gueule ouverte et je cherche un bâton pour le lui faire mordre et en profiter pour lui fermer la gueule mais, le bâton trouvé, je n'arrive pas à le lui faire mordre. Xavier veut me faire passer le sabre mais je saisis le museau du caïman et le soulève puis retire ma flèche qui ne le tenais que par l'épaule en dévissant ma pointe.

Je relâche alors un peu ma garde et le caïman en profite pour se débattre et une de ses dents m'enlève un petit bout de peau au bout d'un doigt. Je ne l'ai pas lâché et lui ferme la gueule avec du scotch puis récupère le sabre et l'achève en lui tranchant la nuque. Je rembobine mon câble, revisse ma pointe et remonte dans la barque avec mon arc et le caïman que je pose sur un côté de la barque. M'apercevant que j'ai oublié le sabre, je fais demi-tour pour le récupérer puis nous repartons.

Plus loin Xavier repère un autre caïman, le plus gros de la soirée. Il est contre la berge de gauche et nous laisse passer. Xavier manœuvre alors que je me prépare. Je me lève alors que Xavier revient vers le caïman. Il est plein travers contre la berge. J'arme, allume ma lampe et prends la visée puis décoche sur lui à 3 ou 4 mètres mais je passe dessous. Il n'a même pas bougé, je rembobine mon câble mais ma flèche est plantée dans la rive et j'ai beaucoup de mal à la récupérer. Je décide de flécher le caïman à la flèche chasse mais Xavier m'en dissuade car il craint qu'on perde le reptile qui risque de couler. J'insiste donc pour récupérer ma flèche pêche et finis par faire plonger le caïman. Je lutte encore un instant car ma flèche qui finit par sortir de la berge s'accroche à une branche. Xavier m'annonce que le caïman est ressorti un peu plus loin. Il me rapproche et je dégage ma flèche.

Je me reprépare et nous recommençons une approche sur le caïman à nouveau plein travers. Je me lève, arme, allume ma lampe, vise et décoche de près mais le manque encore. Cette fois, il plonge rapidement et je récupère ma flèche sans comprendre comment j'ai fait pour manquer 2 flèches aussi faciles. Xavier m'annonce que le caïman est à nouveau en surface, je n'en reviens pas, il est complètement inconscient. Nous l'approchons doucement alors qu'il nage en surface pour se caler sur une branche qui descend dans l'eau. Il est calé et se présente de dos, dépassant de l'eau jusqu'aux épaules. Je vise au-dessus des épaules et décoche. Cette fois, ma flèche a touché le caïman qui plonge mais remonte vite en surface. Ma flèche a, pour la première fois, complètement traversé le reptile qui est enfilé sur le câble. Je tente de le ramener mais le câble est emmêlé dans les branches. Je finis par dégager le câble et ma flèche libérant le reptile qui s'avance en pleine eau sur le fleuve tout en restant en surface. Je rembobine mon câble mais il se débat furieusement et vient se caler contre la barque. Je décide de le laisser repartit et de le flécher avec une lame de chasse pour en finir. J'attrape la première flèche de mon carquois, c'est une lame mécanique, je décide de la tirer quand même. Le caïman qui s'est avancé un peu sur le fleuve est un peu loin. Je le ramène un peu en tirant sur le câble. Me redresse, arme allume ma lampe d'arc, vise et décoche le touchant comme je le voulais au cou. Ma flèche remonte en surface avec son encoche lumineuse rouge. Le caïman, qui a plongé, remonte un peu plus loin mais saigne beaucoup. Il tente de se maintenir en surface mais coule à pic.

Je le ramène avec mon câble et le remonte facilement sur la barque car il est mal en point. Il ouvre tout de même la gueule et je la lui ferme avec le rouleau de scotch avant de dégager ma flèche que je dois repasser au travers de l'animal en enlevant la pointe.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Je pose ensuite le caïman dans la barque et l'achève avec mon opinel puis revisse ma pointe et rembobine mon câble. Les 3 caïmans auxquels j'ai droit sont morts, nous rentrons. Sur le retour, nous ne verrons pas d'autre caïman. La barque sur la remorque, nous reprenons la route pour Kourou. Xavier repère un gros pian sur le bord de la route et me le montre. En arrivant chez Xavier nous retrouvons "Scarabée" qui est déjà rentré. Nous déchargeons les affaires et rangeons un peu puis je pars vider mon singe avant de le remettre au frais. Je m'occuperai de le préparer demain ainsi que mes caïmans.

Nous partons manger un bout, de bonnes ailes de poulets préparés par la Doudou de Xavier et le reste du pac du repas avec les chasseurs. La chasse m'avait fait un peu oublier ma main mais alors que, après ce bon repas, je pars me doucher le contact du savon sur la chair a vif est très désagréable.

Chroniques Guyanaises, dernier jour en forêt, 22 mars 2015

Ma douche terminée, je pars me coucher.

 

Alex

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 12:20

Ce matin, nous devons partir pour notre second séjour de chasse en forêt. Nous irons moins loin que pour le premier séjour et sommes moins pressés. Je me réveille tranquillement avec le lever du jour avant la sonnerie du réveil et m'habille. Je remarque alors que l'araignée d'hier a repris son poste au-dessus de mon lit. 

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Un autre beau spécimen est collé sur l'armoire, en face du lit.

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En attendant que mes collègues se réveillent, je lis un peu les bandes dessinées du fils de Xavier. Sur le matin, les chiens ont aboyé, un animal est peut être passé près de chez Xavier. Après la sonnerie du réveil, la maison s'anime et je me lève. Nous nous retrouvons pour déjeuner sur la terrasse avec une belle vision sur la savane. Notre déjeuner terminé, nous partons finir de préparer nos affaires. Nos touques sont déjà prêtes, nous les chargeons et attelons la barque. Nous ne serons que 3 pour ce séjour car Daniel n'a pas pu se libérer. Nous partons pour Kourou pour faire le plein de glace d'une grosse glacière puis prenons la route. Un beau fourmilier est mort sur la route, j'avais eu la chance d'en voir évoluer un à la cime des arbres l'an dernier. Nous nous arrêtons en route pour prendre un sandwich et un jus de fruit local en précisant bien le "sans piment". Je me suis habillé en camo ce matin contrairement à mes collègues qui se sont habillés de façon plus traditionnelle. Ils ne manquent pas de me chambrer en me disant que je vais faire peur à la vendeuse de sandwichs. A notre arrivée au débarcadère, nous commençons à décharger nos affaires quand j'aperçois une grosse abeille de la taille d'un pouce. Elle est étourdie et cherche à sortir de la bassine métallique que nous avons rangée à l'arrière du pickup. Elle tourne en tous sens sans arriver à s'envoler. Sa couleur vert métallisé sur le corps et bleu nuit sur les ailes est incroyable. Je tente de la prendre plusieurs fois en photo sans arriver à faire une belle image car elle bouge tout le temps.

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Le débarcadère est ombragé par de magnifiques arbres aux troncs et aux racines torturés.

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Nous mettons la barque à l'eau et chargeons nos affaires puis Xavier part garer la voiture et la remorque près de la gendarmerie.

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Cette fois, il est l'heure de partir, nous embarquons avec notre casse-croûte.

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Nous partons pour une remontée du fleuve d'environ 1h30, "Scarabée" est devant et moi derrière avec Xavier. Le fleuve est large et sans obstacle, nous avançons à vive allure.

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Assez rapidement, nous apercevons sur notre gauche un balbuzard pêcheur entrain de pêcher près de la berge. Il fond sur l'eau, serres en avant, et tente sans succès d'attraper un poisson puis remonte avant de retenter rapidement sa chance environ 30 mètres plus loin mais il remonte à nouveau bredouille. Il survole ensuite le fleuve un instant puis disparaît par-dessus la cime des arbres qui bordent la cours d'eau.

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Sur plusieurs kilomètres, nous apercevons des habitations sur le bord du fleuve, des constructions situées sur des espaces ouverts dans la végétation de la rive et auxquelles on ne peut accéder que par bateau.

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Le paysage du bord du fleuve est très changeant surtout pour le type de végétation rencontré. Nous passons parfois devant des bandes de moucoumoucous qui s'avancent dans l'eau.

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Sur notre gauche, un peu plus loin, des nids de caciques pendent des branches d'un arbre isolé. Ces oiseaux tissent de longs nids d'herbes sèches au bout des blanches pour protéger leurs jeunes des prédateurs.

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Plus loin encore, une plante ressemblant à un bougainvillier grimpant aux fleurs violettes serpente sur les arbres du bord du fleuve. Les fleurs colorées sont assez rares en forêt et cette touche de couleur sur le vert saute aux yeux.

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Nous croisons régulièrement des arbres dont les fruits en forme de croissants très aplatis de 20 à 45 cm de long pendent au bout de longues tiges fines au-dessus de l'eau. Certains fruits tombent même dans l'eau, ce sont des sortes de gousses dont les 2 moitiés se séparent pour laisser échapper les graines. 

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Beaucoup de bois morts ressortant de l'eau sont colonisés par des hirondelles à ailes blanches ou à ceinture blanche qui décollent sur notre passage et nous accompagnent parfois un moment en volant au ras du fleuve. 

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Tout à coup, sur notre gauche, j'aperçois quelque chose de blanc que je prends d'abord pour un bout de plastique, ce qui me chagrine un peu car ce n'est pas ce qu'on souhaite voir dans une belle nature comme celle-ci mais alors que je fixe cette tâche blanche qui tranche avec le vert ambiant, je finis par me rendre compte qu'il s'agit en fait d'un petit héron blanc et j'ai juste le temps de le prendre en photo derrière moi alors que nous le dépassons à vive allure sans qu'il ne daigne bouger.

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Plus loin encore, un gros massif de bambous penchant sur l'eau tranche avec la végétation habituelle, ce sont les premiers bambous que je vois en Guyane.

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Xavier qui a réussi à tuer ses vers macaques grâce à un médicament prescrit au retour du premier séjour en forêt n'a pas encore réussi à extraire toutes ces sales bestioles et alors qu'il gratte une petite croûte qui recouvre aujourd'hui le trou servant à la respiration du parasite derrière son oreille, il extrait sans vraiment s'en rendre compte un des vers mort et nous le montre. Il est encore petit mais ce vers peut devenir assez gros si on le laisse faire. 

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Xavier prend souvent de grandes inspirations pour tenter de repérer à l'odeur les cochons bois dont l'odeur très forte peut se sentir de loin mais aujourd'hui ils ne semblent pas être près du fleuve. En passant, il nous localise l'endroit où il a fait sa chasse miraculeuse cette année avec ses amis et qu'il nous a déjà raconté :

"J'ai vécu un grand moment de chasse ce dimanche 16 novembre, c'est pour ces moments que je vis en Guyane.

Je suis parti avec Manu un chasseur à l'arc alsacien en mission en Guyane et deux chasseurs locaux Freddie un saramaca du Suriname et Wani un djuka du haut Maroni pour essayer deux chiens de chasse qu'ils avaient troqué à des amérindiens d'Amazonie qui traversent chaque année les monts Tumuc Humacs pour acquérir des fusils, cartouches et sabres en échange de chiens dressés à la chasse au pécari à collier.

On part en barque de la ville de Sinnamary pour une heure de navigation, il fait beau, je suis en pleine forme et les chiens sont impatients d'en découdre.

On stoppe dans une partie basse du fleuve, la forêt est claire, nous progressons rapidement et trouvons une souille importante de la veille. Je regarde la carte du GPS qui m'indique que les montagnes sont proches, les traces des cochons se sont dirigées vers le nord-ouest ou je vois une autre zone basse située à trois kilomètres. On repart donc à la barque, pour se rapprocher de la zone désignée.

On accoste, et s'est repartit. Après, une heure de marche en forêt, un grondement sourd se détache des autres bruits d'insectes et d'oiseaux de la forêt. Je croise les regards de Freddie et Wani qui comprennent que ce sont des cochons bois (pécaris à lèvre blanche), ils courent sur 100 m, chacun de leur côté pour encercler la bande. Les chiens eux ont disparu depuis quelques minutes, je donne la consigne à Manu de ne pas bouger et d'allumer sa go pro. Malheureusement il n'a pas pu amener son arc, je lui ai prêté un fusil un coup. Je m'avance de trente mètres et j'entends les chiens aboyer trois cent mètres devant moi. La tension monte à vitesse grand V. Des hurlements, des claquements de dents, une odeur suffocante, des silhouettes qui fusent à travers la végétation de l'adrénaline à l'état pur !!! J'arme mon arc et je respire un grand coup en me plaçant derrière un arbre à contrefort pour me protéger (J'ai repéré un arbre sur lequel je pourrais monter au cas où). Un premier groupe de trois cochons arrive sur moi en courant, j'arme mon arc et lâche ma flèche qui passe au-dessus du cochon de tête, mince, je réarme et maintenant ce sont 25 cochons qui déboulent en hurlant. Je lâche ma flèche sur un cochon qui est à la traîne du groupe, il se cabre et repars avec la flèche qui traverse le haut du dos pour casser la clavicule. Mon tir est encore trop haut je peste et me rends compte que j'ai tellement eu la pression que j'ai tiré avec mon Hoyt CRX 32 comme avec mon tradi sans utiliser le viseur, comme un indien au milieu d'un troupeau de bisons. Au passage, je me suis arraché l'avant-bras avec la corde de l'arc. Freddie et Wani tirent de part et d'autre de ma position, me rabattant le plus gros de la troupe qui se stoppe à mon niveau et m'encercle, je choisi de ne pas tirer (trop dangereux). Quand ils ont redémarré, j'ai tiré un jeune cochon (en visant) qui est resté cloué sur place. Je guidais Manu dont c'était la première sortie en forêt amazonienne. Il a prélevé son cochon au fusil et je tiens à souligner sa bonne attitude et son sang-froid. Wana et Freddie ont tiré le reste en respectant le quota désormais applicable en Guyane, 2 cochons bois par personne par chasse. Nous retrouverons mon premier cochon à 100 m grâce aux chiens sans ma flèche que je retrouverais au deuxième voyage du portage des cochons."

Vidéo de la chasse réalisée par Manu

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Le fleuve est ponctué de rochers, certains sont affleurants

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Mais d'autres sont juste sous la surface et à peine trahis par un remous plus ou moins marqué à la surface de l'eau. Il faut donc rester prudent et éviter d'en percuter un car il pourrait déchirer notre embarcation. Nous croisons régulièrement des criques et Xavier en passant devant l'une d'elle nous annonce que c'est là que nous irons chasser et pêcher l'aïmara ce soir. Par endroit, des bouts de rubalises sont accrochés à des branches basses sur le bord du fleuve et matérialisent certainement des coins de chasse.

Nous finissons par arriver au départ d'une grande crique sur la droite du fleuve devant laquelle Xavier bifurque pour quitter le fleuve et s'y engager. Nous nous avançons un peu entre les troncs tombés en travers de la crique puis accostons un peu plus loin. "Scarabée" descend pour attacher la barque et alors qu'il s'approche de l'arbre autour duquel il veut passer la corde, il aperçoit un gros lézard ressemblant un peu à un iguane et nous le montre. Le reptile lui laisse attacher la barque à quelques centimètres de lui sans bouger. Nous déchargeons ensuite la barque en nous faisant passer les affaires pour les remonter vers notre futur camp à 30 ou 40 mètres dans la forêt. Une fois tout le matériel descendu, je rejoins mes collègues sur la berge. Le lézard n'a pas bougé et se laisse photographier plusieurs fois avant de se jeter au sol et de filer comme l'éclair. 

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Alors que nous entreposons nos affaires sur le site qui sera notre lieu de campement, nous nous rendons compte que nous avons pris un coup de soleil, pour moi il est minime car mon T-shirt à manches longues et mon pantalon m'ont assez bien protégé. Xavier lui aussi n'a pas trop pris mais "Scarabée" qui était allongé tranquillement à l'avant du bateau en bermuda et T-shirt a les bras et les jambes rouges écrevisse surtout sur un côté. Xavier décide que nous allons aller chasser tout de suite et que nous monterons notre campement en rentrant pour éviter de déranger trop les animaux du secteur. Nous nous préparons donc pour la chasse. Xavier distribue les secteurs. "Scarabée" va traverser la crique avec la barque et chasser en face alors que je vais partir en longeant plus ou moins la crique pour m'enfoncer dans la forêt. Je fais le point du campement sur mon GPS avant de l'éteindre à nouveau. Xavier me dit que je vais trouver un layon plus ou moins marqué que je peux suivre pour chasser sans faire trop de bruit et que je tomberai plus en amont sur une cascade. Je quitte donc le futur camp et commence à m'enfoncer un peu dans la forêt avant de bifurquer à gauche pour progresser en parallèle de la crique. Comme d'habitude, j'avance tout doucement en m'arrêtant régulièrement pour observer. Effectivement, je trouve le layon matérialisé par des végétaux coupés et le suis plus ou moins.

Je dévie petit à petit à droite et commence à voir une sorte de marécage noyé. De nombreuses grenouilles coassent dans cette zone très humide, je décide de ne pas tenter de m'aventurer par là pour me retrouver les pieds dans l'eau. Près de cette zone humide, je tombe sur des traces de biche rouge mais elles ne semblent pas toutes fraîches.

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Je dévie donc cette fois plus à gauche et me rends compte que je me suis plus éloigné du fleuve que je ne le pensais. Je décide de continuer à chasser à l'instinct sans chercher à suivre une direction particulière. De belles broméliacées épiphytes en fleur colonisent le tronc des arbres. Ces plantes que nous avons plus l'habitude de voir chez le fleuriste dans des vases sont ici partout à l'état sauvage.

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Pas de gibier pour l'instant, j'arrive maintenant sur une zone chaotique ponctuée de gros blocs de granite. Je descends entre deux blocs pour atteindre une sorte de vallée qui délimite le chaos. Certains rochers sont énormes. Le décor est magnifique.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015
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En progressant doucement au milieu de ces gros rochers, je me rends compte que certains forment des abris naturels qu'ils protègent de la pluie. Ces cavités, situées au niveau du sol, rentrent plus ou moins profondément sous ces énormes blocs et communiquent parfois entre elles par des petits passages dans ou entre les rochers. Le sol très sec est dépourvu de végétation, la terre friable est marquées de nombreuses traces d'animaux se recouvrant et qui sont donc difficiles à identifier.

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Il me semble reconnaître une trace d'un gros félin dans le sol meuble, le coussinet central est bien visible ainsi qu'un des doigts mais ne rendent pas bien sur ma photo.

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J'examine donc tous ces recoins mais aucun n'est habité. Au détour d'un gros rocher, un mouvement attire mon regard dans un arbre à quelques mètres du sol, un oiseau brun se déplaçant comme un pic remonte contre tronc. Je m'attarde un instant pour le filmer.

Je quitte cette vallée pour remonter doucement, au plus raide, sur une grande colline. En arrivant au sommet, je tombe sur une colonne de fourmis légionnaires entrain de déménager leur fourmilière. Certaines transportent des larves et des nymphes, d'autres transportent des bouts d'insectes, notamment des pattes dont certaines sont énormes par rapport à la taille des fourmis. Les ouvrières se distinguent des soldats par leur taille plus réduite et leur tête moins volumineuse. Certaines fourmis s'accrochent de toute leur force pour former des ponts entre 2 feuilles mortes qu'elles tiennent d'un côté avec leurs pattes et de l'autre avec leurs mandibules. De grosses fourmis noires sont postées en bordure de la procession mais ne semblent pas avoir de mauvaises intentions envers l'autre espèce.

Je suis cette colonne sur plusieurs dizaines de mètres en essayant de ne pas y poser les pieds dessus et éviter d'être attaqué. En arrivant près d'un petit tronc creux calé dans la fourche basse d'un gros arbre, j'ai juste le temps d'y voir rentrer un petit animal qui semblait être un rongeur plus gros qu'un gros rat. Je tente de regarder dans le tronc sur lequel passe la colonne de fourmis sans arriver à voir quoi que ce soit. Je continue ma progression mais le sol couvert de feuilles mortes est très bruyant et je décide de redescendre de la colline pour revenir dans les bas-fonds plus frais et plus humides où le sol est moins craquant.

En revenant au milieu des gros rochers, je déclenche des cris d'alerte d'un couple de caracaras (appelés can-can en Guyane). Ces rapaces noirs au ventre blanc peuvent faire un peu penser au hocco mais leurs cris sont caractéristiques et très bruyants.

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Je tente un instant de les apercevoir dans les feuillages mais n'arrive qu'à les entrevoir à peine. Je décide de tenter de faire un petit film pour enregistrer leurs cris mais ils se taisent alors que je suis derrière un gros rocher. Je tente de me décaler un peu pour être vu mais les cris se sont calmés et je n'arriverai à enregistrer que quelques cris très espacés.

Je décide de reprendre ma marche, c'est alors que les "can can" se remettent à donner de la voix pendant que je m'éloigne rapidement. Je continue à descendre vers la crique et tombe sur un fruit qui ressemble beaucoup à une fleur, j'ai déjà vu beaucoup de ces fruits lors du premier séjour en forêt mais il ne restait que le cœur, les pétales étaient tombés. Certains plus anciens que d'autres ont bruni

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alors que d'autres, tombés récemment, ont encore une couleur rosée.

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Je quitte peu à peu le sol sec et les feuilles mortes pour rejoindre un beau marais asséché dont le sol plus humide et frais est moins bruyant. Le terrain semble assez fréquenté, j'aperçois plusieurs empreintes plus ou moins fraîches dans le sol meuble. Un cariacou semble être passé par là.

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Ces traces me remotivent un peu et je me remets à avancer doucement en observant bien les alentours. Tout à coup, un mouvement attire mon regard à mes pieds mais il me faut un moment pour identifier l'animal qui vient de bouger. C'est un petit lézard de 10 à 12 cm qui se confond à la perfection avec les feuilles mortes. Mon appareil photo aura d'ailleurs beaucoup de mal a faire la netteté sur lui.

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Je tente un petit affût dans une zone encaissée, ne voyant rien venir je décide de tenter d'imiter des cris de souris en apposant ma bouche sur le dos de ma main pour voir si cet appel fait venir quelque chose en Guyane. Immédiatement, dès les premiers appels, des oiseaux de la taille d'un merle, d'un brun clair, se mettent à tourner autour de moi en émettant des cris semblables aux cris d'un merle inquiet. Je joue un peu avec ces oiseaux, en insistant, en continuant mes appels puis décide de repartir en chasse. Un peu plus loin, je tombe sur des traces de pac mais qui ont déjà plusieurs jours. Ces traces ressemblent un peu à des traces d'oiseaux.

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Je regarde mon GPS, il va être l'heure de rentrer, nous nous sommes donnés rendez-vous au camp vers 17 heures pour monter les bâches et nos hamacs avant la nuit. Je programme mon GPS pour le retour au camp et commence à rentrer doucement. Je tombe vite sur 2 termitières jumelles. Les termites ont fabriqué leurs abris à l'aide de terre et ont construit de petits tunnels en terre également qui partent du sol et arrivent aux termitières pour pourvoir y parvenir à couvert. Ces structures sont très dures.

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Je progresse maintenant à environ 30 ou 40 mètres de la crique quand il me semble reconnaître le chant d'un hocco. Je me fige et observe les environs quand j'aperçois un agami posé au sol à environ 25 mètres devant moi. Il est un peu loin pour tenter une flèche, de plus, une feuille de palmier retombant au sol me le masque en partie et pourrait dévier ma flèche. Je tente de l'appeler comme me l'a montré Xavier mais il se contente de rester sur place en se balançant de droite à gauche pour tenter de m'identifier car il a dû me voir arriver. Il continue à chanter, j'essaie alors la technique que m'a enseigné Joël du forum "la vie dans la jungle" mais je n'ai pas plus de réussite. J'hésite à tenter une flèche mais finalement l'agami commence à se dérober dans la végétation. Je tente de le recouper mais il s'envole en poussant des cris d'alerte et rejoint un second agami que je n'avais pas vu dans les branches basses d'un grand arbre. Les oiseaux montent petit à petit dans les étages de la forêt. Je reste immobile à les observer mais finis par les perdre de vue. J'attends un peu alors qu'ils poussent toujours leurs cris.

Tout à coup, ils s'envolent pour aller se poser au sol près de la crique. Je tente une nouvelle approche mais ils me repèrent de loin et s'envolent en poussant leurs cris pour aller se reposer au sol plus loin en forêt. Ils crient toujours et je me dirige vers eux en me calant sur ce bruit assourdissant mais ils se taisent petit à petit et je décide de renoncer car je suis repéré et ce petit jeu risque de durer longtemps. Je reprends ma progression vers le camp. Alors que je suis à environ 150 mètres d'arriver, je tombe sur une fleur étrange.

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Xavier m'a parlé d'une jolie petite cascade et je décide de revenir en longeant la crique pour tenter de la voir, je biaise donc à droite et rejoins le bord de l'eau.

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J'arrive au camp un peu plus loin sans avoir trouvé la cascade qui doit être plus en amont. Je retrouve "Scarabée" qui lui aussi a joué sans succès avec les agamis. Il a également repéré des traces de tapir assez fraîches. Nous commençons à monter notre camp. Nous tendons des cordes à environ 3 mètres de haut sur lesquelles nous tendons nos bâches en les attachant, avec des liens tendus aux 4 coins, à de petits arbustes environnant puis nous installons nos hamacs entre 2 arbres. Des gros clous à charpente sont plantés dans les arbres depuis un campement précédent et ne les ayant pas vus assez tôt, je me cogne la tête à l'un d'eux. La douleur vive tarde à passer et je me frotte la tête pour l'atténuer. L'un d'entre eux est idéalement placé pour pendre mon arc et je le lui accroche. Le camp monté nous nous posons un peu et préparons nos affaires pour ce soir car nous allons partir pêcher l'aïmara à l'arc sur un secteur que Xavier a repéré lors d'un séjour précédent.

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Un peu avant la tombée de la nuit, Xavier attaque d'allumer le feu et de nous préparer une bonne gamelle de crevettes qu'il a emportées ce matin dans la glacière.

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La gamelle prête est mise à cuire sur le feu ainsi qu'une gamelle de riz alors que nous prenons un petit apéritif en plaisantant. La cuisson est terminée, il fait nuit et nous servons les assiettes avant d'attaquer ce bon repas. La bonne humeur règne sur le camp comme d'habitude et si nous ne pouvons pas dire que notre tableau de chasse soit pour l'instant exceptionnel nous aurons au moins super bien mangé pendant tout le séjour, heureusement pour les kilos que la chasse en forêt est assez physique.

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Notre repas terminé, il est temps de partir pour la sortie du soir. Nous chargeons la barque, je m'installe avec Xavier à l'arrière alors que "Scarabée" détache la barque avant de s'installer à l'avant.

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Le moteur de la barque peine un peu à démarrer mais finit par se lancer après avoir calé plusieurs fois. "Scarabée" éclaire l'eau devant la barque avec sa frontale pour nous éviter une collision avec un rocher immergé. Sa position peu académique ne manque pas d'inspirer quelques blagues.

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Nous descendons un petit moment le fleuve. En arrivant près de la crique que nous devons remonter, nous apercevons des faisceaux de lumière dans la forêt provenant de frontales. Nous croisons les doigts pour que ces chasseurs ne prospectent pas le même coin que nous et que nous ne nous gênions pas mutuellement. Nous nous engageons dans la crique et accostons. La barque attachée, nous faisons notre point GPS. Nous allons remonter la crique sur 1 à 2 kilomètre pour atteindre le coin à aïmara enregistré sur le GPS de Xavier. J'ai pris mon carquois de flèches de chasse dans lequel je range ma flèche pêche, je mets ensuite ce carquois dans mon sac à dos et prends mon arc à la main en rembobinant au maximum le câble de pêche qui me relie au sac à dos. Il va me falloir le tenir pour ne pas le voir se dérouler en s'accrochant à la végétation.

Nous commençons donc à avancer en forêt en nous suivant à environ 30 mètres les uns des autres pour nous permettre de chasser un peu en avançant. Nous suivons un layon ouvert par les passages répétés des chasseurs dans le secteur. Nous nous rendons vite compte que nous faisons trop de bruit en avançant ainsi et décidons de nous regrouper pour avancer plus vite. Xavier pensait que nous rentrerions séparément pour chasser mais je ne le sens pas du tout car nous traversons plusieurs fois des bras de la crique sur des troncs et se retrouver de nuit même avec un GPS n'est pas chose facile. Xavier avance d'un pas très rapide et nous peinons parfois à le suivre dans cette végétation qui accroche nos arcs et mes flèches qui dépassent dans mon dos. Je regrette très vite d'avoir pris mon carquois car je comprends rapidement qu'il ne me servira à rien et qu'il sera une gêne permanente pour progresser en forêt. Nous finissons non sans mal à atteindre la petite crique annoncée par Xavier. Nous avançons en cherchant les yeux rouges des aïmaras dans les trous d'eau. Xavier repère un premier aïmara mais il le juge trop petit pour être fléché. Il nous demande de ne pas flécher les petits poissons de mois de 2 ou 3 kilos.

Xavier voulant multiplier nos chances de repérer des poissons me demande de traverser la crique mais les troncs sont pourris et je ne le sens pas du tout, un peu plus loin, je finis par trouver un tronc à peu près correct et commence à traverser. La berge opposée est très abrupte car située au pied d'une grande colline. Je quitte le tronc et commence à avancer tant bien que mal en longeant la crique sur un tapis épais de feuilles mortes. Je regarde bien mes pieds pour ne pas marcher sur un serpent et arrive rapidement dans une zone de végétation très dense constituée de sortes de petits arbustes à grandes feuilles montant à ma hauteur. En arrivant contre les premières grosses feuilles et alors que je regarde toujours le sol, j'ai une impression bizarre et me fige. Je lève doucement les yeux et aperçois, à 50 cm de mon visage, un fer de lance enroulé dans la végétation. En gardant mon calme, je fais 2 pas en arrière et l'annonce à mes collègues, Xavier me dit qu'il ne s'agit certainement pas d'un fer de lance car ce serpent ne grimpe normalement pas aux arbres. Je suis sûr de moi, la forme de la tête et la pupille fendue sont des caractéristiques de la famille des vipères et l'allure générale du serpent vue et revue en photo et dans les reportages animaliers. Le serpent regarde fixement vers moi en tirant sa langue mais semble calme. Xavier qui veut en avoir le cœur net, me demande de le prendre en photo, je m'exécute donc à à peine plus d'un mètre du serpent et réalise 2 clichés du reptile.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015
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c'est alors que je me rends compte qu'un scorpion est posé tranquillement sur une autre grande feuille sur la gauche du serpent un peu plus près de moi. Heureusement que je n'ai pas eu un geste malheureux en voyant le serpent car, en voulant éviter le reptile, j'aurais pu être piqué par le scorpion.

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Je fais ensuite demi-tour et rejoins mes collègues pour montrer la photo à Xavier. Ce dernier me confirme mon impression, il s'agit bien fer de lance et lui qui connaît bien la Guyane n'en avait jamais vu un dans les arbres, comme quoi on peut en apprendre tous les jours. Nous décidons donc de rester groupés sur la gauche de la crique plus praticable. Xavier nous a annoncé qu'il avait vu de très gros poissons et nous sommes impatients de voir ça. Xavier repère vite un premier aïmara tirable et décide que ce sera à "Scarabée" de le flécher. Ce dernier se prépare pour le tir mais galère un moment avec sa lampe d'arc qui refuse de s'allumer correctement et le poisson finira par s'éclipser. Il repère ensuite un autre aïmara un peu plus en amont. Il est contre la berge dans un virage de la crique. La berge est abrupte et la crique encaissée à 2 mètres sous mes pieds. Je m'avance doucement et repère le poisson. Je me recule ensuite pour me préparer rapidement et m'avancer à nouveau, arc armé, le poisson a juste un peu avancé et se présente de cul. J'allume ma lampe d'arc et prends ma visée derrière sa tête et décoche. L'agitation de l'eau provoquée par l'impact de ma flèche à la surface me cache le poisson. Je ne l'ai pas vu partir et mes collègues qui n'ont rien vu ne pense pas que je l'ai eu, c'est alors que je l'aperçois. Il est inerte au fond de l'eau. Je n'y crois pas moi-même, je dis à mes collègues que j'ai fléché l'aïmara et qu'il est mort sur le coup. Xavier vient voir et n'en revient pas. Je remonte mon poisson grâce à mon câble et le pose sur la berge. Il paraissait plus gros sous l'eau.

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Je dégage ma prise en dévissant ma lame pour réaliser quelques photos de ce poisson

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puis Xavier joue les photographes pour immortaliser cette belle prise qui n'est pas énorme mais c'est mon premier aïmara et avec une magnifique flèche idéalement placée.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je mets mon aïmara dans mon sac à dos avec mon carquois. Je repère vite un autre aïmara dans le même trou d'eau, il est à peine un peu plus loin et le mien. Je le montre à "Scarabée", ce dernier se prépare et arrive. Il décoche sur le poisson  qui est allé se caler entre 2 branches à 10 mètres environ mais le manque. Il commence à ramener sa flèche en rembobinant son câble mais la lame de pêche se prend dans des branches au fond de l'eau. Il bataille un moment pour la dégager mais rien à faire, il se décale alors sur la berge sans plus de succès et finit même par casser le câble au niveau de l'attache et doit se résoudre à aller chercher sa flèche en rentrant dans l'eau. Une fois sa flèche récupérée et revenu au sec, il la rattache à son câble. Il retente sa chance sur l'aïmara revenu se caler près du bord. "Scarabée" enchaîne les tirs manqués sur l'aïmara qui a l'insolence de ne presque pas bouger. Il remarque vite que sa flèche dévie brutalement à 45° en rentrant dans l'eau pour se poser à biais à environ 60 cm du poisson. Il examine sa lame, elle est sérieusement tordue. Elle a dû heurter un caillou. Nous tentons un moment de la redresser mais n'arrivons qu’à le redresser en partie.

Xavier qui a décidé d'aller chasser en forêt plus en amont, nous a quitté. Nous longeons la berge à la recherche des gros poissons. L'un d'eux ne se laissera pas tiré dans une zone de courant plus fort. En remontant encore un peu nous tombons sur une sorte de plage de sable. "Scarabée" repère un aïmara de taille moyenne, il le tire et le manque. Le poisson vient se caler devant moi pendant que mon collègue récupère sa flèche. Je détourne un instant le faisceau de ma frontale mais il en profite pour fuir et disparaître. Xavier revient de sa chasse et nous fait remarquer qu'un tapir est passé de frais dans le sable de la berge, il pense que nous l'avons fait partir pendant la pêche. Nous cherchons un moment sans succès l'aïmara, il est près de 2 heures du matin et Xavier décide de rentrer. Sur le retour nous cherchons les aïmaras mais ces derniers se sont cachés. Quelques yeux rouges s'illuminent dans l'eau mais ce sont des petits poissons.

Je finis par apercevoir un piranha d'environ 20 cm de long dans un trou d'eau à environ 6 ou 7 mètres de bord. Je décide de tenter de le flécher mais alors que j'arme, il descend se cacher au fond dans des branchages. Je désarme, il sort de sa cachette, je réarme mais il repart se cacher. Je désarme et il ressort, le manège va durer quelques minutes. Ce poisson semble deviner mes intentions et se cache à chaque fois juste avant mon tir mais je finis par réussir à décocher mais je le manque. Je récupère ma flèche et nous nous remettons en marche. Le retour sera très éprouvant et interminable, nous peinons à nous frayer un chemin dans la végétation et au milieu des arbres tombés au sol. Mes flèches, qui dépassent dans mon dos, s'accrochent partout et je perds patience de plus ma lampe frontale me lâche et je dois m'éclairer à l'aide de ma lampe d'arc. Nos câbles de pêche s'accrochent parfois dans la végétation et se déroulent nous faisant perdre du temps à les rembobiner. Je ferme la marche et galère de plus en plus car mon éclairage est compliqué avec ma lampe d'arc. Je chute plusieurs fois dont une fois de tout mon poids sur mon épaule et me fais assez mal. Mes collègues rigolent bien en m'entendant jurer. "Scarabée" qui a pitié de moi me prête finalement sa lampe frontale de secours. J'arrive à rallumer par moment ma frontale mais elle s'éteint assez rapidement. Nous finissons enfin par arriver à la barque et nous repartons vers le camp.

En accostant près du camp, "Scarabée" aperçois un bel aïmara juste contre la berge, à moins d'un mètre du nez de la barque. C'est incroyable, nous arrivons d'une expédition mémorable en forêt pour trouver un aïmara à 30 mètres du camp. "Scarabée" met un moment à se préparer et le poisson ne bouge pas. Alors qu'il est enfin prêt, le poisson se décale un peu puis se repose au fond où une belle flèche vient le transpercer. "Scarabée" le remonte mais le poisson lutte et il tente de l'assommer avec la pagaie mais le sonne à peine en le gratifiant d'une belle balafre sur le dessus de la gueule. L'aïmara maîtrisé nous rentrons au camp avec nos affaires. Nous prenons quelques photos souvenir de cet aïmara suicidaire

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

puis rangeons nos affaires et partons mettre les poissons au frais avant d'aller nous coucher. L'aïmara de "Scarabée" est un peu plus gros que le mien.

 

Alex

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 21:33

Ce matin, le réveil sonne vers 5h30, j'allume la lumière et me rends compte que je dormais sous une grosse araignée postée sur le montant de la fenêtre au-dessus de la tête de lit.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Cette nuit les chiens de Xavier ont aboyé plusieurs fois et m'ont réveillé. Le jaguar, qui chasse régulièrement les chiens dans les jardins du secteur, est peut-être passé dans le quartier. Nous devons aller chasser le capibara dans une zone de savane marécageuse. En descendant pour préparer mes affaires, j'aperçois un gros cafard sur la terrasse couverte de Xavier, ces charmantes bêtes sortent souvent la nuit pour venir se noyer dans les restes de verres ou chercher quelques miettes.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous partons, en route Xavier nous donne quelques conseils de tir en nous encourageant à tirer de la lame mécanique et de viser le cœur en évitant surtout de percer l'estomac et les intestins. Nous avons un peu traîné ce matin et arrivons sur place un peu en retard, le jour s'est déjà levé. Nous nous préparons pour la chasse, je décide de ne pas mettre mon pantalon de ma tenue 3D et n'enfile que la veste, ma cagoule et mes gants. Nous distribuons les secteurs de chasse, nous allons suivre un chemin de terre au bout duquel je partirai à gauche et mes collègues à droite.

Je suis prêt avant mes collègues et décide d'aller prospecter un petit secteur derrière les bâtiments où nous avons chassé l'an dernier. Je pars donc devant par le chemin de terre et tombe sur le propriétaire que je salue. Nous discutons un peu puis je prends à gauche sur une langue d'herbes hautes, de 20 à 40 mètres de large en environ 150 mètres de long, surélevée de quelques mètres au-dessus des marécages en U, couvert de moucoumoucous qui la borde. Les herbes hautes sont marquées par de nombreuses coulées très marquées de capibaras. Je zigzague pour surveiller alternativement les 2 penchants de la langue enherbée qui donnent sur les marais pour tenter d'apercevoir un animal mais sans succès. Le vent souffle fort et face à moi, il commence à pleuvoir mais l'averse s'arrête rapidement. Le temps est idéal pour l'approche. Une odeur de cadavre me parvient et je tombe un peu plus loin sur un grand trou où pourrissent des carcasses de zébus. J'arrive au bout de la langue et aperçois à environ 200 mètres, de l'autre côté du marais, 1 puis 2, 3, 4, 5 capibaras qui broutent sous un gros arbre. Ils sont hors de portée pour le moment, nous verrons plus tard. Je fais demi-tour et reviens vers le chemin de terre où mes collègues sont en train de passer. Je presse le pas, arrive sur le chemin de terre et accélère encore pour les rattraper. De nombreuses traces de capibaras plus ou moins anciennes ponctuent ce chemin marqué de profondes ornières remplies d'eau boueuse.

Je rattrape mes collègues alors qu'ils passent une barrière qui barre le chemin de terre, nous l'ouvrons, la passons puis la refermons. Nous arrivons ensuite au bout du chemin. Un morceau de réacteur de fusée est posé sur le sol à notre gauche près d'une mare semi-asséchée au départ d'une bande boisée qui borde l'autre côté du marécage que je longeais tout à l'heure par la langue d'herbes hautes, de l'autre côté du chemin un petit lac creuse le terrain. Nous nous séparons, je pars donc comme prévu à gauche avec le vent de face qui souffle de façon soutenu. Je rentre dans la bande boisée assez claire. Le sol piétiné par le bétail est souvent dépourvu de végétation. Je tombe rapidement sur des traces de capibaras plus ou moins fraîches.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je suis tout doucement ces traces en observant les alentours et tombe sur quelques fruits de palmier à moitié mangé de frais. Je continue et tombe un peu plus loin sur un gros rond de ces fruits oranges tombés devant un buisson. J'avance doucement et me rends compte que certains sont mangés de frais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

En me décalant doucement sur la droite du buisson, j'aperçois 2 gros capibaras assis de dos, à environ 8 mètres, au bord du marais. Je me fige, les animaux m'ont vu mais n'ont pas compris ce que j'étais. Ils se lèvent et s'avance un peu vers l'eau, j'arme mon arc, le plus proche, s'arrête de 3/4 arrière à environ 10 mètres. Je vise et décoche, touché, l'animal démarre avec ma flèche, équipée d'un Rage Hypodermic, plantée au 3/4 dans le cuissot. Les 2 capibaras disparaissent à grands bons dans le marécage boisé.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Les conseils de Xavier n'ont pas été trop respectés, avec cette flèche, je suis sûr d'avoir touché les intestins et l'estomac. Je m'avance au bord de l'eau pour tenter d'apercevoir mon capibara au travers des arbres. Plusieurs iguanes se laissent tomber dans l'eau de la cime des arbres. Je l'aperçois rapidement qui finit de mourir à environ 15 mètres dans le marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

La chasse aura à peine duré 10 minutes, j'appelle Xavier pour lui annoncer mon capibara. Il me dit que je peux continuer à chasser pour tenter de flécher un autre animal. Je décide de laisser mon capibara dans le marais pour ne pas me mouiller tout de suite. Je reprends donc ma progression en suivant le marais dans la bande boisée mais plusieurs iguanes se laissent tomber dans l'eau en m'apercevant et font un bruit incroyable. Je décide donc de me décaler un peu plus à droite pour longer plus loin de l'eau. J'avance tranquillement quand j'aperçois un gros mâle capibara, reconnaissable à la grosse glande sombre sur son museau, il est à moins de 70 mètres de l'endroit où j'ai fléché mon capibara. Je me fige et l'observe à couvert de quelques branchages feuillus. Il s'avance doucement, en broutant, vers la prairie au-dessus de la bande boisée puis s'assoie à environ 10 mètres du marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je décide de tenter l'approche en redescendant un peu vers le marais pour essayer d'avancer en me cachant derrière les quelques arbres clairsemés. Je me décale donc sur la gauche des branchages mais me rends alors compte qu'il n'y a pas 1 mais 6 capibaras. Ils sont couchés, repartis sur quelques mètres entre le bord de l'eau et les derniers arbres.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je commence mon approche très très lente en surveillant tous les animaux. Petit à petit, je gagne du terrain, les animaux commencent à se douter de quelque chose, j'essaie de mettre les arbres entre eux et moi pour parfaire mon camouflage mais les troncs sont minces contrairement à moi. 2 capibaras reviennent doucement vers l'eau et s'arrêtent au bord du marais de 3/4 arrière à environ 30 mètres. Les autres sont plus près et commencent se lever. Je continue mon approche très lente. Le plus proche des animaux, une femelle de belle taille, s'est assise et commence à pousser des cris d'alerte mais me laisse approcher sans bouger. Petit à petit la distance diminue et, en me décalant, j'ai placé sa tête derrière un tronc. Sa zone vitale est dégagée dans le V dessiné par 2 petits troncs. Je ne suis plus qu'à 8 mètres. Le capibara donne toujours l'alerte sans bouger et certains de ses congénères lui répondent. J'arme doucement, vise le cœur en pensant à ce que m'a dit Xavier et décoche mais ma flèche part trop basse et semble taper les pattes avant de l'animal juste sous le poitrail. L'animal démarre, emportant ma flèche en travers de ses pattes. C'est la débandade, tous les capibaras se jettent à l'eau et disparaissent en un éclair dans le marécage.

Je ne suis pas du tout confiant sur l'issue de ma flèche, je m'en veux, j'aurais dû n'écouter que mon instinct habituel et viser le défaut de l'épaule comme à mon habitude. Je m'avance doucement. Le sol est jonché de crottes de capibaras toutes fraîches.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je trouve une petite goutte de sang au bord de l'eau sur une feuille morte. Plusieurs iguanes se jettent à l'eau à mon approche. Je scrute la surface de l'eau à la recherche d'un indice ou d'un mouvement. J'aperçois alors la moitié de ma flèche, côté empennage, cassée à 3 mètres de bord dans les moucoumoucous. Pas de capibara en vue, je pars chercher une longue branche pour récupérer ma flèche que je ramène facilement. Elle a été lavée et ne comporte pas le moindre indice. Je décide de laisser le secteur tranquille et de revenir chercher plus tard. Je laisse la branche pour marquer la direction de fuite. Mon téléphone vibre, c'est Xavier, je décroche, il m'annonce qu'un très gros groupe de capibaras est de l'autre côté du marécage et me demande de ne pas aller les chasser car, de leur côté, ils sont à mauvais vent et peinent à approcher les animaux.

Je continue à longer le marais. Le bois s'épaissit et je décide de contourner cette zone sale en longeant par la prairie. En arrivant doucement au bord du marécage, je me fais surprendre par un gros capibara qui surgit du bourrelet de végétation qui borde l'eau et plonge rapidement pour disparaître sous l'eau et la végétation de surface. Un peu plus loin, je peux suivre un instant son trajet car il heurte sous l'eau les moucoumoucous en faisant une courbe vers ma gauche. Le calme revient et je reprends mes esprits. Cet animal solitaire m'intrigue, ces rongeurs sont habituellement en groupe et je pense qu'il s'agit peut-être du capibara que j'ai blessé, de plus sa fuite semblait se rabattre vers la berge sur ma gauche. Je m'avance donc pour chercher son gîte et d'éventuelles traces de sang mais je ne trouve pas le moindre indice pouvant confirmer mon hypothèse. Je regarde vers la gauche mais la végétation est trop épaisse et je ne vois rien. Je laisse tomber en me disant que cet animal était très vif et ne semblait pas blessé.

Je repars donc en longeant le marécage,

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

de nombreux jacanas volettent au-dessus des zones de végétation basse du marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

J'avance tout doucement en suivant la berge qui fait une boucle très fermée à droite. La pluie se met à tomber très fort, j'aperçois un gros capibara par-dessus les moucoumoucous de l'autre côté du marais, exactement où Christophe en avait repéré un l'an dernier avant que nous fassions notre approche qui s'était concrétisée par le prélèvement de mon premier capibara. Je comprends alors que c'est peut être une sentinelle du groupe repéré par Xavier.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je ne pensais pas être déjà si près de la bande et décide de m'éloigner voûté en suivant ce côté du marécage. Xavier m'a vu de loin et m'appelle au téléphone pour me dire de ne pas continuer à chasser dans le secteur car il pense que je vais effrayer les animaux. Je décide donc d'aller chercher mes capibaras. Les zébus, intrigués par ce buisson qui marche, arrivent à ma rencontre et j'aperçois un beau taureau gascon dans le troupeau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Les vaches et les veaux viennent se planter et m'observent à environ 25 mètres.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je les contourne pour revenir vers la bande boisée.

Pendant ce temps, mes collègues ont repéré une bande de capibaras.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" tente une approche

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

qui se termine à 4 pattes avec son arc sur le dos (la dite technique de la tortue)

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Il réussit ainsi à approcher un capibara et à le flécher à 16 mètres. L'animal mortellement touché part dans le marécage et meurt à environ 30 mètres de la zone du tir. Xavier qui observait la scène en retrait l'a vu se débattre dans l'eau avant de s'immobiliser et guide donc "Scarabée" pour sa recherche. Il part donc pour faire le tour du marais pour aller chercher son capibara puis s'avance dans l'eau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Le capibara ayant coulé, il le retrouve à tâtons avec les pieds, puis le ramène au bord.

Xavier prend quelques photos souvenir.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" attache ensuite sa prise par les pattes avant et le traîne pour revenir à la voiture alors que Xavier porte les arcs.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

De mon côté, revenu au bord du marais, je pose mon arc, quitte ma veste de la tenue 3D et sors tout le petit matériel de mes poches quand Xavier m'appelle pour m'annoncer que finalement ils ont réussi à flécher un animal, il me demande où j'en suis et je lui dis que je m'apprête à aller chercher mon premier capibara. Xavier n'est pas content, il pensait que je l'avais déjà ramené au bord et a peur que mon animal soit perdu. Il me dit qu'il faut toujours s'occuper du premier avant de continuer à chasser mais je lui dis que je sais exactement où il est et que je ne voulais pas me tremper tout de suite. Nous convenons de nous retrouver avec nos prises au départ du chemin de terre où nous nous sommes séparés tout à l'heure pour y laisser les capibaras avant de repartir chasser. Nous raccrochons et je pars chercher ma bête. Je m'avance doucement dans cette eau croupie noirâtre. Mes pieds qui s'enfoncent, sous l'eau, dans la vase font remonter une odeur de putréfaction. Je progresse lentement en cherchant mon capibara du regard mais je ne le vois pas. 2 gros iguanes tombent dans l'eau près de moi. L'eau monte peu à peu jusqu'à mes fesses et je slalome entre les moucoumoucous pour progresser en contournant parfois un trou d'eau plus profond. J'essaie de poser mes pieds près des troncs d'arbre ou de moucoumoucous où les racines raffermissent le sol vaseux. J'aperçois vite mon animal qui flotte en surface entre les moucoumoucous. Son dos dépasse à peine de l'eau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

J'attrape l'animal par une patte arrière et le soulève un peu. J'aperçois ainsi ma flèche plantée dans l'animal, je la retire facilement en tirant dessus puis ramène ma prise sur la berge en la tirant derrière moi par la patte avec ma flèche dans l'autre main. Arrivé au bord, je remets ma flèche au carquois, laisse mon capibara sur place avec mon matériel et pars vite vers l'autre zone de tir quand je tombe sur un gros iguane engourdi par un séjour dans l'eau. Il vient de remonter sur la berge et commence doucement à revenir dans l'eau en m'apercevant. Je tente d'attraper mon appareil photo mais il plonge et s'éloigne sous la surface en se dandinant avant que je puisse le photographier. Il remonte quelques mètres plus loin, ne laissant dépasser que sa tête pour prendre sa respiration, le temps de zoomer, il plonge à nouveau et cette fois ne remontera plus dans mon champ de vision. Je poursuis jusqu'à la branche laissée en repère, regarde autour de moi si des indices ne m'auraient pas échappés mais, ne trouvant rien, je m'avance dans le marais, ici couvert de lentilles d'eau, pour tenter d'apercevoir mon animal. Des iguanes pleuvent des moucoumoucous et des arbres, j'avance doucement en scrutant les alentours pendant un moment mais sans rien voir. Je remarque qu'un chenal profond part en biais dans les moucoumoucous, les lentilles d'eau ont été déplacées sur sa trajectoire et je comprends que des animaux sont passés par là mais, malgré mes recherches, je ne trouve pas mon capibara. Je décide de laisser tomber pour le moment et de revenir à mon premier animal pour faire quelques photos.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je prends ensuite ma cordelette et attache mon capibara par les dents de devant puis récupère un gros bout de branche au centre duquel j'enroule la cordelette pour m'en faire une poignée de traction. Je ramasse toutes mes affaires puis commence à tracter mon animal. Le terrain monte tout d'abord sur environ 40 mètres, jusqu'à ce que j'arrive sur la prairie, et je peine un peu à avancer. Le relief s'aplanit ensuite et j'avance un peu plus vite quand j'aperçois un vautour urubu qui décrit des cercles au-dessus de moi.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je rappelle Xavier car je ne sens pas de laisser les capibaras sans surveillance avec ses charognards dans le secteur. Xavier me donne raison et me dis de continuer jusqu'à la voiture avec mon rongeur. Je prends donc le chemin, ouvre et passe le portail puis le referme derrière moi et commence à tracter mon capibara au milieu du chemin de terre mais il roule sur le côté et tombe dans une ornière remplie d'eau. Je constate alors que la traction est beaucoup plus facile et j'accélère le pas. En avançant le capibara pousse l'eau devant lui et me permet ainsi de le tracter sans trop d'effort sur plusieurs mètres après l'interruption de la flaque. Il passe ainsi de flaque en flaque jusqu'à ce que le terrain remonte. Je recommence alors à peiner pour remonter jusqu'au bâtiment, de plus le chemin n'est presque pas ombragé et le soleil plombe. Je finis par arriver en haut de la côte et fais une pause en regardant derrière moi. Les zébus regardent tous vers la droite et je comprends vite que quelqu'un arrive. J'aperçois rapidement mes collègues qui se rapprochent de la barrière. Je pars poser mes affaires au pickup et passe le coin des bâtiment en passant devant une employée du domaine qui prépare un tracteur pour partir travailler. Je la salue alors qu'elle me regarde passer amusée.

Je reviens ensuite à mon animal et finis de le tracter jusqu'à la voiture et le laisse là. Je décide d'aller aider mes collègues et pars donc à leur rencontre. Xavier est déjà arrivé au coin du bâtiment et discute avec l'employée. Ils parlent des abeilles sauvages qui font leurs nids dans le secteur et qui sont, semble t-il, très agressives. L'employée annonce que c'est la première cause d'accident sur le domaine et que les employés sont régulièrement attaqués, Xavier lui raconte qu'il a été attaqué lors de sa dernière chasse au capibara dans le secteur et que ces insectes l'ont poursuivi sur environ 300 mètres. Je pars à la rencontre de "Scarabée". Il s'est arrêté essoufflé au pied de la côte, son capibara d'environ 35 kg gît à ses pieds et je vois vite qu'il est plus petit que le mien. Vu que j'ai dû subir les petites moqueries de mes camarades en forêt au sujet de la taille de mes "lézards", je fais mine de chercher son capibara sans le voir puis de l'apercevoir enfin. "Ha, mais ce n’est pas un capibara que tu as fléché, c'est une marmotte !"

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous rigolons un peu, Xavier lui a, semble t-il, déjà dit qu'il détenait le record du plus petit capibara fléché sur le secteur. Je le félicite tout de même pour son premier capibara et pour sa belle flèche. "Scarabée" me dit que Xavier est allé chercher la voiture, nous l'attendons donc.

Il finit par arriver et je charge le capibara pendant que "Scarabée" charge et range les arcs. Je remonte à pied le temps que mes collègues finissent de se préparer et remontent avec la voiture. Xavier se gare devant les bâtiments, "Scarabée" vide son animal puis nous le pendons sur le côté du pickup pour le rincer avant que j'attaque de vider le mien. C'est un véritable carnage à l'intérieur, ma flèche est rentrée en traversant le cuissot, a traversé les intestins, l'estomac, le foie, les poumons et s'est arrêtée dans l'épaule opposée au côté de l'entrée.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Une fois le gros rongeur vidé, je passe donc un moment à le nettoyer puis nous mettons nos prises dans la glacière avant d'aller prendre un petit déjeuner sur la table réservée aux employés alors qu'un déluge s'abat sur le domaine. Nous repartons ensuite chasser, la pluie a cessé et un soleil de plomb brûle la savane. Nous partons vers l'endroit où j'ai fléché mon capibara l'an dernier. Nous longeons doucement le marécage quand une tâche brune, dans l'herbe rase, proche de l'eau, nous interpelle à environ 100 mètres. Nous nous immobilisons et identifions un cabibara. Comme "Scarabée" n'a eu qu'une occasion de tir ce matin, Xavier lui dit de se tenter l'approche. Nous le laissons donc partir en longeant le marais et nous nous décalons à droite sur le sommet d'une bute pour observer la scène à distance.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" avance doucement en longeant l'eau et gagne petit à petit du terrain. Arrivant dans une zone trop dégagée, il descend doucement dans l'eau pour longer la berge à l'intérieur des moucoumoucous. Le vent soutenu lui est favorable et agite la végétation, masquant ainsi encore un peu sa progression. Nous avons parfois du mal à le voir. Nous observons également le capibara et nous apercevons qu'ils sont en fait plusieurs. D'autres animaux sont couchés en bordure du marais dans la végétation. "Scarabée" s'arrête alors que les moucoumoucous laissent place à une zone dégagée. Le capibara est maintenant assis à un peu plus de 15 mètres, de dos par rapport à lui, il arme son arc, le capibara se lève et s'avance un peu pour s'arrêter plein travers. "Scarabée" décoche et atteint le capibara qui se précipite vers l'eau, entraînant dans sa fuite les autres animaux qui se lèvent et foncent dans les moucoumoucous. J'ai bien suivi des yeux sa trajectoire dans les moucoumoucous grâce à leur agitation et pense savoir à peu près où est mort l'animal.

Nous partons retrouver notre collègue puis commençons à chercher des indices. Rapidement, nous trouvons du sang sur la trajectoire de fuite. Pas mal de gouttes ont été projetées quand l'animal a traversé la végétation du bord de la berge.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

La végétation aquatique de surface porte également des gouttes de sang mais la piste s'interrompt vite, l'animal a dû plonger. "Scarabée" s'engage dans le marais, je quitte ma veste 3D et pose mes affaires et mon arc au sec puis le suis. J'essaie de partir dans la direction de fuite du rongeur mais à mesure que je m'enfonce, doucement, en regardant bien autour de moi dans les moucoumoucous, je perds vite mes repères par rapport à la berge. Il me semble que je suis trop à gauche et je biaise à droite, alors que je m'arrête un instant pour regarder les coulées dans la végétation, j'aperçois le capibara mort sur ma droite. Il flotte, coincé dans les moucoumoucous. J'annonce ma trouvaille à mes collègues. J'attrape ensuite l'animal par une patte arrière et commence à revenir vers la berge. "Scarabée" vient à ma rencontre alors que j'ai fait environ 5 mètres. Il demande à Xavier, resté sur la berge, de télémétré la distance et se montre en levant la main au-dessus des moucoumoucous. L'appareil affiche 25 mètres, il a donc fait 30 mètres environ avec une belle flèche au défaut de l'épaule. Ce capibara est légèrement plus gros que le premier mais un peu plus petit que le mien.

Nous regagnons la berge, contents d'avoir si vite retrouvé ce capibara car au même endroit l'an dernier, malgré une fuite moins longue, nous avions mis à 4 plusieurs heures pour le retrouver. Pour ma part, je suis content pour mon collègue mais ne digère pas le fait d'avoir blessé mon second capibara.

Pendant que "Scarabée" cherche sa flèche dans le marais, nous partons avec Xavier un peu plus loin pour voir si d'autres animaux seraient dans le secteur. Ne voyant rien d'autre que des jacanas, nous faisons demi-tour. Nous rejoignons notre collègue qui n'a pas retrouvé sa flèche puis faisons quelques photos souvenir avant le retour.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

De l'autre côté du marais, un employé à cheval vient s'occuper des zébus.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scrarabée" attache avec ma cordelette son capibara par les pattes avant malgré mes recommandations de l'attacher par les dents. Il le traîne un moment mais les dents de l'animal accrochent la végétation et le freine. Il finit par m'écouter et change sa façon d'attacher le capibara. Avec Xavier, nous l'aidons à tirer l'animal en tenant la cordelette les uns derrière les autres. Un peu plus loin "Scrarabée" trouve une grosse branche courte et en fait une poignée, Xavier prend alors les arcs et nous tirons tous les 2 l'animal. Nous sommes loin de la voiture et le soleil est brûlant, les gouttes de sueurs tombent de nos fronts. En passant près des zébus, je dis à mes collègues de se méfier car les bovins n'aiment pas trop l'odeur du sang et 2 gros taureaux gascons sont parmi les vaches zébus. Je les surveille en avançant.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Constatant que les animaux restent tranquilles, je les quitte des yeux.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous finissons par arriver au départ du chemin de terre où nous sommes séparés ce matin. Je demande à mes collègues s'il est possible d'aller chercher un peu mon second capibara. Nous laissons donc le capibara en bordure du bosquet puis partons vers l'endroit du tir. En arrivant près de l’eau, nous faisons plonger des iguanes et Xavier aperçois un beau caïman qui plonge près de lui. Il nous annonce le reptile juste avant que nous rentrions dans l'eau, histoire de nous mettre en confiance. Xavier n'est pas très en forme et je m'enfonce dans le marais avec "Scarabée", nous nous séparons pour couvrir plus de terrain mais malgré nos recherches le capibara reste introuvable. L'eau est couverte de lentilles d'eau mais la végétation est claire et permet de voir relativement loin. Le temps passe et nous décidons de laisser tomber. "Scarabée" revient au bord, je décide de prendre à gauche pour suivre la berge à 20 mètres dans l'eau. Des iguanes tombent près de moi et ne voyant rien, je finis par laisser tomber et rejoins mes collègues. Je suis dégoûté, Nous revenons à la voiture puis décidons de rentrer. C'est alors que "Scarabée" s'aperçoit qu'une sangsue s'est accrochée à sa cheville.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Après qu'il a décroché, nous laissons les viscères des 2 premiers animaux plus loin dans un fourré reculé où les charognards auront vite fait de les faire disparaître puis reprenons la route.

En route, j'aperçois une masse sombre dans la savane. Je la fixe intrigué et me rends compte qu'il s'agit d'un tamanoir. Je l'annonce à mes collègues, c'est un rêve d'en voir un de près. Xavier fait demi-tour un peu plus loin et se gare au bord de la route à la hauteur de l'animal qui est à 60 ou 70 mètres de la chaussée. Je pars pour l'approcher mais il a disparu, j'avance assez rapidement vers une petite zone de végétation épaisse où j'aperçois l'animal.

Il est à peine visible dans les hautes herbes.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je mets mon appareil photo en fonction caméra, je suis juste à quelques mètres de lui et appuis sur le bouton pour commencer à filmer. L'animal sort à découvert et passe devant moi puis s'arrête pour gratter, dans une touffe d'herbe, une petite fourmilière dont il extrait les fourmis avec sa longue langue. Il progresse ainsi en faisant des pauses. Il ne fait pas du tout attention à moi, le vent est soutenu. Il progresse ainsi en se nourrissant et s'éloigne peu à peu de moi.

Je profite d'une de ses pauses alimentaire pour me rapprocher à nouveau tout en filmant. Il finit par repartir et s'éloigner. Je coupe mon film et décide de tenter une nouvelle approche.

Cette fois je l'approche à juste 2 mètres et me fais repérer. L'animal surpris s'éloigne un peu d'un pas décidé puis fait une boucle pour venir se présenter à 6 mètres environ, plein travers et ébouriffé, une patte avant levé. C'est une posture d'intimidation. Je recommence à le filmer. Il reste figé un moment puis repars et s'éloigne de cul. Je coupe mon film et décide de le laisser partir.

Je suis trop content et reviens vers mes collègue en leur faisant des signes comme quoi j'ai fait un super film mais alors que j'arrive à la voiture et que je décide de leur montrer mon film, je me rends compte que je n'ai que le second film très court. Le premier film n'a pas marché, je suis dégoûté, je n'arrive pas à y croire. Nous repartons, heureusement "Scarabée" a assuré et a filmé mon approche.

De retour chez Xavier, nous nous attelons à la préparation de la venaison de nos prises. Daniel nous rejoint pour s'occuper du 3ième capibara qu'il va récupérer pour le cuisiner. Les capibaras sont prêts, en partant vers son appartement, "Scrarabée" aperçois un serpent : "C'est quoi ce serpent ?". Nous nous dirigeons vers lui avec Daniel qui tente d'attraper le serpent vert par la queue et le manque. Il nous annonce qu'il s'agit d'une couleuvre, le serpent commence à monter dans un arbre. Je l'attrape alors par la queue et le dégage des branchages puis lui saisis la tête. Je pars chercher mon appareil photo pour le photographier avant de le relâcher. J'apprendrais plus tard qu'il s'agit d'une espèce de couleuvre venimeuse et dangereuse pour l'homme.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous partons ensuite manger puis je décide d'aller préparer les crânes des capibaras et du gros caïman de "Scarabée". Je prépare avant ma touque pour notre sortie de demain où nous repartons pour 2 jours de forêt. Je fais donc bouillir les têtes dans une bassine métallique sur un feu de bois et décharne peu à peu les têtes ce qui me prendra une bonne partie de l'après-midi. Les têtes presque prêtes, je les mets hors de portée des chiens qui se sont régalés des morceaux de viande bouillis. Je pars ensuite et me doucher faire une petite sieste. La soirée sera animée par un repas très sympathique avec des amis de Xavier dont José et Marcel qui lui ont appris à chasser en Guyane. Nous dégusterons ainsi un des 2 pacs tué par Xavier et que la femme de José nous a préparé. C'est vraiment très bon. La soirée se termine tranquillement et il nous faut maintenant aller dormir car demain nous repartons en forêt.

 

Alex

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 06:14

Ce matin, je me réveille encore amer de ma mauvaise flèche d'hier soir. Nous nous retrouvons pour déjeuner comme tous les matins sous la bâche "cuisine" et discutons de notre journée à venir. Mon doigt va mieux mais je prends encore un cachet d'antibiotique. Nous allons tous partir avec la barque pour tenter de recouper les pécaris que Xavier n'a pas pu intercepter hier. Le repas terminé, nous partons préparer nos affaires, je rééquipe mon arc pour la chasse. Xavier ne retrouve pas son décocheur et nous comprenons qu'il a dû le perdre pendant la chasse d'hier soir certainement en plongeant pour aller chercher mon pac blessé puisqu'il venait juste de l'enlever avant de plonger. Je décide de lui prêter mon décocheur de rechange que j'avais pris au cas où. Nous finissons de nous préparer, le pantalon de ma tenue 3D ne ressemble plus à rien, je tente de le maintenir un peu en fermant mes guêtres par-dessus. Vérification du petit matériel, les piles de mon GPS sont faibles, je décide les changer avant de tomber en panne. Je garnis mes poches : caméscope entouré de sa poche plastique, GPS, boussole, opinel, cordelette puis c'est le départ. Le fleuve a bien baissé depuis ces derniers jours car il n'a pas vraiment plu. Xavier me donne les coordonnées GPS du coin où il a repéré les bassines de pécaris hier et j'enregistre ce point. Nous embarquons tous dans la barque. Nous partons en aval sur un peu plus d'un kilomètre. En chemin nous dérangeons des ibis posés au bord du fleuve. Des perroquets survolent le fleuve. Nous accostons un peu plus loin au départ d'une belle crique. J'allume mon GPS et fait le point sur la barque. Nous allons partir 2 par 2, "Scarabée" et Xavier partent en biaisant à gauche.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Nous devons traverser la crique avec Daniel pour aller retrouver le secteur des pécaris. Nous nous servons de la barque pour traverser puis partons en nous suivant à 20 ou 30 mètres d'intervalle. Le temps est incertain et la pluie menace. Je cale mon GPS sur mon but et pars devant en longeant la crique. J'avance doucement en faisant des pauses observatoire pour tenter d'apercevoir un gibier. Je me retourne régulièrement pour voir si Daniel me suit. Rapidement, la végétation s'épaissit et je me décale un peu sur la droite de la crique pour trouver un passage plus facile. Il commence à pleuvoir un peu. Je perds vite Daniel de vue mais ne m'inquiète pas et continue ma progression. Au bout d'un moment, il me semble que je me rapproche du fleuve, je contrôle mon GPS et comprends que j'ai fait une boucle sans m'en rendre compte. J'ai perdu du temps et décide donc de partir GPS en main vers le point indiqué par Xavier.

Je prends le cap avec ma boussole puis avance d'un pas rapide en contrôlant souvent ma direction et finis par retrouver Daniel un peu plus loin. Il a continué à avancer tranquillement en chassant et a vu des singes. Je me rends alors compte que j'ai cassé mon décocheur, la pince est tombée, ne reste que la tige filetée accrochée à mon brassard. Ma journée commence bien, Daniel me propose de me prêter le sien mais ne voulant pas le priver d'un jour de chasse, je refuse son offre. Si j'ai une occasion de très près je pourrais essayer de tirer sans décocheur. Nous décidons de continuer à progresser ensemble, son GPS est équipé de la carte topographique et hydrographique de la Guyane contrairement au mien. Cette carte lui facilite la navigation en forêt. Nous arrivons au pied d'une colline que nous longeons pour rejoindre notre destination. Nous passons ensuite un sommet puis redescendons pour tomber dans un marais où nous trouvons, comme indiqué par Xavier, des coups de nez dans une zone sableuse puis des bassines de pécaris et des coulées marquées de traces. Nous décidons de nous poster sur le secteur en nous éloignant un peu l'un de l'autre.

Daniel, repart en arrière vers la colline alors que je m'enfonce doucement dans la végétation en suivant la coulée très marquée par les traces des pécaris. Des gouttes de boue ont été projetées sur la végétation mais ne semblent pas fraîches bien que l'eau des bassines soit encore très boueuse. Les traces non plus ne semblent pas très fraîches. La pluie se met à tomber très fort. Je trouve une zone un peu dégagée au milieu d'une végétation épaisse, un tronc tombé au sol me servira de siège. Je me poste là un moment mais rien ne vient. La pluie s'est calmée mais le temps passe et je perds patience. Je décide de reprendre ma progression lente et prospecte dans le secteur sans plus de succès avant de tenter sans succès de retrouver Daniel. Nous ne nous sommes pas entendu sur le retour et me dis donc qu'il a dû partir de son côté. Je programme mon GPS pour un retour vers la barque et commence à suivre le cap indiqué. Je suis le bas de la colline mais dois parfois remonter pour éviter des zones trop fourrées. Tout à coup, alors que je longe un marais, un grand tinamou se débine tout doucement à quelques mètres devant moi. J'hésite à armer mon arc mais me dis que, sans décocheur, j'ai peu de chance de toucher cette cible en mouvement et ne veux pas prendre le risque de le blesser. Il disparaît un peu plus loin dans la végétation épaisse du marais. Je tente de le suivre mais n'arrive pas à le retrouver. Prenant conscience que, sans décocheur, je n'ai pas la moindre chance de faire un tir propre, je décide de rentrer sans chasser.

Je suis mon cap qui me fait suivre plus ou moins des vallées de criques mais je tombe sur une zone impénétrable barrée par les arbres tombés au sol et enchevêtrés de végétation épaisse. Je passe un long moment à chercher à contourner cet obstacle d'environ 30 mètres de long puis parviens, non sans mal, à le franchir. Je commence à ressentir un picotement au niveau de mon genou droit, le frottement répété de mon pantalon mouillé est en train d'entamer la peau. Je passe maintenant une grande colline. Je ne reconnais pas vraiment le paysage mais fais confiance à mon GPS sur lequel la distance à parcourir décroit. Je dois parfois vérifier mon cap avec ma boussole mais la progression est pour le moment facile. Le terrain s'aplanit. Je tombe un peu plus loin sur une crique, il semble qu'il me faille la traverser, je trouve donc un gros tronc tombé en travers et joue les équilibristes pour arriver sur l'autre rive. Un peu plus loin, il me faut traverser une nouvelle crique, je retrouve donc un gros tronc et traverse mais un peu plus loin, une autre crique se présente et je commence à me demander où je suis car je n'ai pas dû traverser tous ces obstacles au départ. Je finis par rejoindre le fleuve mais alors que mon GPS m'indique la barque toute proche, je ne la trouve pas. Je tourne et retourne sur le secteur et traverse et retraverse les criques qui serpentent dans le secteur. Levant au passage plusieurs grands tinamous et un beau héron agami, magnifique oiseau, 

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

qui se lèvera plusieurs fois dont une fois à juste 3 mètres alors que j'arrive au bord d'une crique en contournant une zone de végétation épaisse. Je ne comprends plus rien. Je ne peux pas toujours arriver au bord du fleuve à cause de la végétation très épaisse de certains secteurs et en cherchant un passage pour le rejoindre, je longe une pointe de végétation très épaisse. Je trouve enfin un passage en franchissant un gros tronc puis me fraye un chemin dans la végétation en tentant de longer le fleuve mais me retrouve vite dans une impasse. Des piqûres m'irritent la peau des bras et je constate que je suis attaqué par des termites que j'ai dû déranger en franchissant le tronc. Je m'en débarrasse puis me pose un moment pour faire le point et réfléchir.

C'est alors que de l'autre côté du fleuve, j'aperçois, au travers des branchages, des bâches bleues. Ne s'agirait-il pas du camp ? Je prends mon GPS et change le point de destination pour celui du camp. Le GPS affiche 40 mètres environ en face de moi, c'est donc bien notre campement. Tout s'éclaire, je n'ai certainement pas assez attendu après avoir allumé mon GPS pour faire le point de la barque et le satellite ne devait pas encore avoir été repéré, il a donc fait un point proche du dernier point où je l'avais allumé : le camp. Nous nous étions donné rendez-vous à 15 heures à la barque et il est 15 heures. Mes collègues doivent être arrivés à la barque.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Que faire ? Mes collègues vont commencer à s'inquiéter. En longeant le fleuve sur plus d'un kilomètre, je retrouverai mes camarades mais il me faut traverser de nombreuses criques dont certaines très larges et très profondes sans avoir l'assurance de trouver des troncs pour passer à sec de plus, il va me falloir un moment pour les rejoindre. Je décide de traverser le fleuve pour rejoindre le camp et tenter de rejoindre mes camarades en empruntant le canoë. J'enlève donc ma tenue 3D que je pose au bord de l'eau avec mon arc et mon petit matériel pour éviter de le mouiller puis cherche un passage peu profond en longeant le fleuve. Je finis par repérer 2 gros troncs immergés en travers du fleuve. Je prends mon courage à 2 mains et m'avance donc sur l'un d'eux en luttant contre le courant assez fort à cet endroit. J'ai vite de l'eau jusqu'à mi-torse. Je m'aide un peu en me tenant au 2ième tronc plus haut sur la seconde moitié du fleuve en m'y accrochant et finis par rejoindre la rive opposée et remonter le talus abrupt en me cramponnant à la végétation.

Je pars vite vers le canoë, le détache, relève le moteur puis pars à la rame en descendant le courant. Je me suis positionné à l'avant pour bien voir les troncs mais, du coup, je n'ai pas choisi la facilité pour manœuvrer l'embarcation dont je perds souvent le contrôle et dois alors pagayer de toutes mes forces pour me remettre dans le sens du courant et éviter les troncs. Rapidement, j'entends le ronron du moteur de la barque qui vient vers moi. Mes collègues reviennent à ma rencontre. Xavier a eu l'intuition que je m'étais perdu et que j'avais eu l'idée de revenir au camp. 

Xavier me taquine un peu et m'annonce sur le ton de la plaisanterie que mes collègues s'étaient déjà partagés mon matériel, me pensant perdu. Daniel monte ensuite avec moi et nous partons chercher mon matériel alors que Xavier et "Scarabée" rentrent au camp. Le bras principal du fleuve est barré par plusieurs barrages végétaux. Nous passons le premier assez clair facilement mais le second est plein de sorte de lianes acérées de petits piquants crochus les recouvrant totalement et capables de déchirer la peau. Nous luttons un peu pour passer au travers, j'y laisse la peau du haut de mon oreille droite. Le barrage suivant est infranchissable et Nous accostons pour que je parte chercher mes affaires à pied. J'ai tellement tourné sur le secteur que je me retrouve même sans mon GPS malgré les détours à faire pour trouver les troncs nécessaires pour traverser les 3 criques qui me séparent de mes affaires. Une fois mes affaires récupérées, je me dirige à la voix en communiquant avec Daniel. Une fois le canoë retrouvé nous repartons vers le camp. J'apprends alors que Xavier, qui souffre beaucoup de ses vers macques, a décidé de partir ce soir de nuit pour aller voir le médecin demain matin.

Nous commençons donc à ranger nos affaires en gardant juste nos hamacs et nos bâches que nous plierons au dernier moment. Xavier lui essaie de dormir un peu. La nuit tombera vite. Ce soir c'est Xavier qui est à la cuisine pour nous préparer son fameux caïman. Nous prenons un petit apéro pendant la cuisson en discutant. Daniel me dit que j'ai assuré cet après-midi et qu'il ne connait pas grand monde qui aurait eu la présence d'esprit de revenir au camp. Cela m'étonne car je ne pense pas avoir fait quelque chose d'extraordinaire mais me fait tout de même plaisir. J'aurais tout de même droit à quelques gentilles plaisanteries qui alimenteront la bonne humeur de la soirée. Mes pieds très flétris me font souffrir de plus en plus et j'ai du mal à marcher. De plus mon genou est entamé et le contact du pantalon est très désagréable, je remonte donc le côté droit au-dessus de mon genou bien brûlé qui suinte. Je prends un dernier cachet d'antibiotique car mon doigt semble bien guéri. Le caïman est prêt et nous servons les assiettes.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Xavier avait raison, son caïman est excellent et nous nous régalons tout en discutant. Le repas terminé, nous nous reposons un peu puis finissons de plier le camp et de tout nettoyer pour laisser les lieux le plus propres possible. Il est nécessaire de respecter cette forêt et de ne pas laisser derrière soit des détritus non biodégradables comme on le voit souvent près d'autres carbés sur le bord du fleuve. Lors des crues ses déchets sont parfois entraînés vers l'océan où polluent l'eau et les sols. Nos affaires rangées, nous les rapprochons des embarcations puis les chargeons. Je vais partir avec Xavier en tête, nos collègues nous suivront avec 30 minutes de décalage pour que nous puissions tous chasser en descendant le fleuve. Je suis assis à l'avant, avec la pagaie, sur une glacière glissante, au-dessus des rebords de la barque et comprends vite que je ne vais pas finir le voyage sans tomber à l'eau. Nous réorganisons donc un peu le rangement pour que je puisse m’asseoir dans la barque. Xavier a pris le fusil pour tirer les pacs car il m'a rendu mon décocheur et n'a donc plus de décocheur, moi j'ai pris mon arc équipé du moulinet de pêche et mon carquois de flèches de chasse. Il m'annonce que, s'il voit un tapir, il le tire. Je suis un peu dégoûté car c'est un rêve d'en tirer un à l'arc.

Sur le secteur chassé tous les soirs, les caïmans plongent tous loin devant nous sans nous laisser approcher sauf le petit caïman d'environ 60 cm qui, comme hier, nous laisse passer sans bouger. Les obstacles sont faciles à passer et nous progressons relativement vite. Xavier repère et me montre une caurale soleil posée sur une branche au-dessus du fleuve. Elle s'envole à notre passage. Comme chaque soir, les gros yeux des grenouilles brillent sur les berges et ceux des rainettes sur les branchages au-dessus du fleuve. Xavier me montre un gros héron agami posé au bord du fleuve et je lui dis que j'en ai vu un ce matin d'aussi près en cherchant mon chemin. L'oiseau ébloui nous laisse passer sans bouger, nous aurions presque pu l'attraper à la main. Un peu plus loin, ce sont deux autres caurales soleil posées juste au-dessus du fleuve sur une branche basse. Xavier décide les prendre en photo mais le temps de prendre son appareil elles s'envolent. Nous dérangeons aussi régulièrement de gros matins pêcheurs qui décollent dans les faisceaux de nos lampes frontales.

Quelques caïmans nous laissent passer sans plonger, nos collègues auront peut-être la chance de les voir. Un peu plus loin, Xavier repère un pac et nous accostons. Il part à sa poursuite alors que je tiens la barque. Il va le retrouver sur ma gauche, caché dans des branchages et le tuer d'un seul coup de fusil. Le temps qu'il revienne nos collègues nous rattrapent. Nous discutons un peu, ils n’ont pas eu d'occasion de tir, puis ils décident de partir devant. Xavier finit par revenir avec son gros pac, c'est un beau mâle plus gros que la femelle fléchée la veille. Nous repartons et rattrapons assez rapidement nos collègues entrain de manœuvrer pour que "Scarabée puisse flécher un caïman. Je dis à Xavier de s'arrêter pour ne pas les déranger et nous les observons un instant à environ 10 mètres. "Scrarabée" galère pour trouver une fenêtre de tir au travers des branches. Son caïman est très coopératif, il reste un long moment sans plonger et "Scarabée" finit par trouver une fenêtre de tir mais le manque. Le caïman n'a même pas plongé mais alors qu'il tente de dégager sa flèche prise dans les branches, le reptile finit par sonder et remonte vite derrière le canoë.

Nous décidons de poursuivre et de laisser nos collègues à leur chasse. La pluie se met à tomber assez fort. Nous enfilons nos tenues de pluie. Nous repérons un ou 2 boas de Cook pendus dans les branches au-dessus du fleuve. Nous passons de temps en temps devant un caïman mais ils sont bien moins nombreux que l'an dernier. Plus loin, Xavier repère un pac qui se jette vite à l'eau. Il remonte vite à la surface pour nager en ne laissant dépasser que le haut de sa tête et ses gros yeux rouges. Le temps d'attraper mon arc et d'armer, il plonge. Nous attendons un peu mais il ne refera pas surface. Nous repartons. Nous arrivons plus loin au niveau de l'énorme arbre qui barre le fleuve qui nous a posé des problèmes à l'allée. Nous nous dirigeons donc vers le petit passage à droite. Xavier n'y croit pas trop, je lui dis que je pense que ça va passer, il se lance mais la barque passe à moitié et se cale sur un autre tronc de l'autre côté. Je descends à l'eau et pousse la barque vers le milieu du fleuve et réussi à dégager la barque alors que nos collègues nous rattrapent. Nous finissons de passer l'obstacle et repartons. Un peu plus loin nous nous retrouvons bloque sur un tronc juste sous la surface, la barque s'est posée dessus. Nos collègues en profitent pour prendre la tête. Nous nous dégageons et retrouvons nos collègues coincés dans des branchages, ils ont essayé de passer à gauche nous prenons à droite, ils n'ont pas besoin de nous pour se dégager, nous reprenons la tête à nouveau.

Je rejette à l'eau les petits poissons qui effrayés par le moteur sautent en tous sens et tombent souvent dans la barque. Xavier m'annonce qu'un gros lézard est tombé dans la barque. Dans un virage, je repère les yeux d'un pac qui disparaissent avant que Xavier n'ait pu les voir. Je lui annonce le pac, nous accostons et il part pour tenter de l'intercepter mais la forêt est claire et le rongeur est déjà loin. Il revient sans l'avoir vu. Nous repartons, la navigation est toujours assez facile et les martins pêcheurs dérangés par notre passage s'envolent en suivant le fleuve. Par moment, de nombreux poissons sautent autour et dans la barque. Ayant pitié d'eux qui se débattent sur le fond de la barque je les remets à l'eau. Alors que nous approchons d'un petit obstacle, je sens quelque chose qui remonte dans la jambe droite de mon pantalon et je tente de stopper cet intrus et de le déloger en secouant ma jambe. Xavier qui voit arriver l'obstacle et croyant que je m'occupe des poissons me dit : "laisse ces poissons !". Je lui dis qu'un animal me monte dans le pantalon, il comprend alors et ralentit alors que je parviens à me débarrasser de l'animal. Je réalise alors qu'il s'agissait peut être du gros lézard que Xavier a vu tomber dans la barque. Je reprends ma pagaie et aide Xavier à passer l'obstacle.

Nous continuons sans trop de difficulté. Plus loin, nous faisons le tour d'une sorte de lac donnant sur un virage du fleuve et ponctué d'un îlot de verdure en son centre. Des dizaines de poissons jaillissent de l'eau et je dois en remettre quelques-uns à l'eau. Plus loin Xavier accoste pour attendre nos collègues qui mettent un instant à arriver. Il ne pleut plus et j'en profite pour enlever ma tenue de pluie qui me fait transpirer. Nos collègues arrivent, nous discutons un peu et leur montrons notre prise. "Scarabée" a manqué 3 fois son caïman et a fini par renoncer à le flécher le trouvant finalement trop petit. Ils n'ont rien vu d'autre, les caïmans vus ont dû plonger derrière nous.

Nous intervertissons les équipes pour que "Scarabée" ait plus de chance de flécher quelque chose. Je quitte donc la barque avec mon arc et monte avec Daniel dans le canoë. J'ai toujours aussi mal aux pieds.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Xavier me conseille d'attacher mon arc au canoë en cas de chavirage et trouvant l'idée bonne, je m'exécute.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Nous sommes prêts à partir, "Scarabée" est super motivé.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

La barque part devant et prend de l'avance. Nous partons ensuite. Le fleuve bien dégagé s'élargit peu à peu et nous filons sans encombre mais la barque est déjà loin. Au bout d'un moment, la voix de Xavier nous interpelle. Nos collègues nous attendent au bout du raccourci qu'ils n'ont pas pu prendre à cause du niveau d'eau trop bas. Xavier nous dit de passer par ce passage peu profond car il pense que le canoë peut passer. Nous prenons notre élan et je pagaie aussi fort que je peux mais le canoë part trop à gauche et se plante sur le fond dans quelques centimètres d'eau. Nos collègues sont morts de rire. Il nous faut faire marche arrière après nous être dégagé du fond sur lequel nous sommes plantés. La seconde tentative sera la bonne.

Nous repartons, la barque prends très vite de l'avance. Plus loin Daniel retrouve, malgré la nuit noire, le second raccourci et nous le prenons, vers la fin du passage nos collègues ont dû couper un arbre pour passer. Le fleuve étant maintenant bien dégagé, je n'ai plus besoin de prendre la pagaie et la range. Je quitte ensuite mes chaussures et mes chaussettes pour soulager mes pieds qui me font vraiment souffrir. J'ai de plus en plus mal aux fesses sans bouger sur l'assise métallique du canoë et essaie de bouger souvent pour soulager cette douleur insupportable. Je finis par mettre ma housse d'arc sous mes fesses pour essayer d'arranger ça mais j'ai encore très mal et je dois décoller régulièrement mon postérieur de l'assise pour faire circuler le sang. Le retour me semble interminable, de plus je suis trempé et l'air est frais, j'ai presque froid. Nous finissons par arriver au débarcadère mais il nous faut encore continuer sur le fleuve jusqu'au village où Daniel a laissé la voiture. Daniel m'avait dit que nous risquions de voir de gros caïmans à lunettes dans cette zone brassée par la marée mais ce soir la marée est haute et les reptiles sont restés dans les marais de part et d'autre du fleuve. Ils viennent, à marais basse, se nourrir des poissons et des crabes refoulés par les chenaux alimentés par la baisse des marais.

Nous finissons par arriver au village vers 7 heures du matin alors que le jour se lève et que les oiseaux se réveillent et s'envolent en sortant des arbustes qui couvrent les berges. C'est avec un immense soulagement que je quitte le canoë après avoir remis mes chaussures trempées. Nos collègues ont déjà chargé le pickup et mis la barque sur la remorque et nous aident à ranger les affaires du canoë et le charger sur le toit du pickup. Nous sommes prêts à rentrer. "Scrarabée" n'a pas eu plus de chance, il n'a pas eu d'occasion de tir. Nous faisons une halte pour prendre des sandwichs et des cafés au village. Nous demandons avec "Scarabée" une garniture sans piment mais alors que nous commençons à manger nous nous apercevons que le cuistot n'a pas dû comprendre car nos sandwichs sont très relevés. "Scrarabée" va renverser son café entre les sièges avant du pickup.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Je dis à mes collègues que mes pieds me font vraiment souffrir et il me demande de les leur montrer. Ils sont tout fripés et gorgés d'eau.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Je reste donc pieds nus pour le retour. Quand nous arrivons chez Xavier, ses chiens nous accueillent gaiement. Nous partons nous reposer un peu avant de nous occuper de nos affaires. J'en profite pour appeler mon amie et lui donner des nouvelles car il n'y a pas de réseau en forêt. Daniel nous quitte pour rentrer chez lui. Après une bonne douche durant laquelle je me retire une tique de l'épaule gauche et une autre de la cheville droite, je pars me coucher. Je me réveille quelques heures plus tard, il fait un beau soleil. Je commence à trier mes affaires salles pour que Xavier puisse aller faire une lessive en ville tout à l'heure. Je sors mon arc de sa housse pour le faire sécher un peu et prends mes chaussures en sortant leurs semelles pour les faire sécher. Quand mes collègues se lèvent nous finissons de ranger nos affaires puis nous allons peler les caïmans et gratter les pacs (cet animal s'ébouillante pour retirer le poil car la peau se mange). Alors que je vide les pacs, Xavier me demande de récupérer les cœurs et les langues pour des analyses car il participe à un programme d'étude sur ce gibier. Il part ensuite pour Kourou pour aller voir le médecin avec qui il a pris rendez-vous ce matin et faire notre lessive. N'ayant plus rien à faire, je décide de partir faire une petite sieste. Xavier en rentrant en profite pour immortaliser l'instant.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Quand je me lève, la lessive est étendue. Mes pieds et mon genou ont bien séchés et ne me font plus mal. Xavier est revenu de chez le médecin avec 4 cachets qui auront raison des vers macaques en 3 heures. Les douleurs vives sont terminées, il ne restera plus qu'à les extraire dans les prochains jours. Après une fin d'après-midi à nous reposer nous partons manger en soirée sur Kourou avec l'amie de Xavier et son fils dans une petite paillote.  Avant de partir, nous devons nous enduire de produit anti-moustique car en ville règne le chikungunya véhiculé par le moustique tigre. Nous laissons au passage un des 2 pacs à un ami brésilien de Xavier, sa femme va le préparer pour un repas entre chasseurs que nous devons faire demain soir. Ce repas sympathique termine cette journée. Nous partons nous coucher chez Xavier pour une bonne nuit de sommeil dans un vrai lit.

 

Alex

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 06:05

Cette nuit, je n'ai pas trop mal dormi, le jour se lève tranquillement et avec lui les animaux, le cri des flamants bois (ibis) emplit la forêt, les cigales aux stridulations éraillés commencent à lancer leurs chants qui accompagnent ceux déjà lancés des autres oiseaux et grenouilles. J'émerge doucement alors que Xavier déjà debout en profite pour s'approcher de mon hamac pour me prendre en photo au réveil.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Son approche silencieuse est trahie par de gros éclats de rire alors que j'ouvre la fermeture de ma moustiquaire.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Alors que je me lève, il me demande un cachet d'antibiotique pour éviter que ces vers macaques lui provoque une infection. Pendant ce temps, "Scarabée", qui a entendu Xavier répéter depuis 3 jours que sur le camp, celui qui ne flèche pas fait la "femme", entendons par là que c'est lui qui prépare à manger et fait la vaisselle (belle image de la femme non ?), a préparé le déjeuner et lancé le café sur le réchaud à gaz.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Nous nous retrouvons donc sous la bâche cuisine pour déjeuner tous ensemble et distribuer les zones de chasse. Je prends mon cachet d'antibiotique, mon doigt va un peu mieux mais il faut au moins 3 jours de traitement pour être tranquille.  Ce matin, je vais partir chasser avec Xavier, un peu en aval, de l'autre côté du fleuve. Daniel et "Scarabée" partirons à pied du camp. Le déjeuner terminé, nous partons préparer nos affaires et nous habiller. J'en profite pour aller chercher mon petit caïman pour le montrer à mes collègues avant d'aller le relâcher au bord de la crique.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Mon pantalon de la tenue 3D ne ressemble plus à grand-chose, il est troué de partout et déchiré sur tout un côté. Mon pantalon a séché sur moi cette nuit, je garde donc celui-là et enfile un T-shirt propre mais je m'aperçois alors qu'une tique est accrochée au bas de mon dos et une autre sur mon ventre, je les extrais rapidement et les écrase. J'enfile ensuite ma tenue 3D et mes guêtres et remets mes chaussures mouillées, la plus grosse corvée du matin.

Je prépare ensuite mon matériel, mon appareil photo n'étant plus opérationnel, je décide de prendre mon caméscope qui peut prendre des photos en l'enveloppant dans une dans poche plastique pour le protéger en cas de pluie. Une fois prêt nous partons. En arrivant sur la zone de chasse nous constatons qu'un tapir est venu se mettre à l'eau hier soir, ou ce matin tôt, à l'endroit où nous avons accosté. Nos collègues auraient pu tomber sur lui en chassant hier soir. Ses traces fraîches ont marqué la petite plage qui vient mourir dans le fleuve.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015
Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Xavier décide de partir à gauche pour traverser une crique et essayer de retrouver les pécaris, je partirai plus à droite, en longeant plus ou moins une autre crique. J'allume mon GPS et fais le point sur la barque puis commence à partir en forêt. J'avance tout doucement en faisant des pauses régulières mais pas de gibier pour le moment. Au gré de ma progression, je finis par tomber sur un grand marais dégagé où je me poste un moment mais ne voyant rien arriver, je finis par reprendre ma progression. Plus loin, je tombe sur un autre marais mais cette fois très encombré, des branchages sont tombés au milieu des grands palmiers et la progression est difficile. Je tombe sur 2 gros fruits oranges mangés de frais par des pacs et décide de me poster un instant sur le secteur bien que j'ai fait beaucoup de bruit pour arriver jusque-là.

Rien, je repars, je progresse en consultant mon GPS, suivant un cap approximatif donné par Xavier mais déviant pour éviter les différents obstacles. Tout à coup, du mouvement attire mon attention, un oiseau ressemblant un peu à une tourterelle brune avec un casque roux piète à moins de 10 mètres, queue relevée. Je me fige pour l'observer un instant. Je n'avais jamais vu cet oiseau et ne sais pas ce que c'est. Je décide de le filmer, j'attrape mon caméscope dans la poche de ma veste 3D et le déballe faisant ainsi beaucoup de bruit avec le sachet plastique. Je n'ai pas d'autre moyen de le protéger en cas de pluie mais cette technique n'est vraiment pas discrète. Je filme un instant cet oiseau qui ne semble pas du tout avoir peur de moi malgré la faible distance qui nous sépare.

J'en aperçois alors un second juste un peu plus loin. Je finis par les laisser et reprendre ma chasse, le sol de la forêt est jonché de terriers qui semblent plus ou moins fréquentés. Je m'arrête devant l'un d'eux, il a été creusé à l'horizontale, près de la surface dans une sorte de petite butte de terre d'environ 3 mètres de long et un peu plus d'un mètre de large. L'entrée semble avoir été fréquentée de très frais. Je décide de tenter de sonder cette galerie avec une branche. Je coupe un peu plus loin un petit arbuste fin et droit d'environ 2 mètres de haut, enlève les branches puis l'introduis dans le terrier quand je sens quelque chose de mou. Le temps de réaliser et de me dire que je dois toucher l'occupant, un gros pac surgit de sous les feuilles mortes du haut de la butte avec un bon vertical de 30 ou 40 cm puis fonce droite, disparaît quelques mètres plus loin sous des branchages, réapparaît puis file à travers la forêt en décrivant une boucle. Il ralentit à environ 30 mètres dans la pente en dessous de moi puis disparaît derrière un gros arbre sans que j’aie eu le temps de réagir. Je me redresse, attrape mon arc et pars à sa recherche mais le secteur est truffé de terriers et je tente de les sonder mais la plupart ne sont pas droit et ma branche butte contre la terre. Je ne retrouverai pas mon pac. Je retourne au terrier de tout à l'heure et constate qu'il possédait une sortie de secours sur le dessus, cette dernière était camouflée, recouverte par des feuilles mortes.

Je repars en chasse mais, cette fois, je sonde les terriers à chaque fois que j'en vois un, tout en essayant de repérer préalablement les sorties de secours mais cette prospection systématique ne donnera rien. Je fais par moment quelques pauses observatoires, assis sur des troncs tombés au sol mais tout est calme. Alors que je commence à descendre dans un creux entre 2 collines, en direction d'une zone sableuse complètement dégagée de sa végétation, le son d'un envol lourd retentit dans le bas fond à environ 40 mètres. Je me fige et entends rapidement un "pic pic pic" puis un second plus discret un peu plus loin. J'identifie rapidement sans les voir des hoccos. Je scrute les branchages et finis par repérer le premier grâce à ses petits mouvements et commence à le filmer.

Je repère ensuite le second plus en retrait et plus haut, il semble un peu plus petit, peut-être la femelle de ce couple. Je les regarde un moment s'éloigner doucement en remontant vers la cime des arbres. Une fois les oiseaux partis et les cris d'alerte tus. Je descends vers cette zone sableuse qui m'intrigue. 

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Je constate rapidement qu'il s'agit en fait d'une fourmilière de fourmis champignonnistes qui semble s'étendre sur 30 à 40 m². Un hocco semble avoir gratté le sable avant de s'envoler. Tous les arbustes présents sur la fourmilière sont dépourvus de leurs feuilles. Le long d'un tronc mort tombé au sol, se trouvent des petits bouts de feuilles découpés par les mandibules des insectes, une fourmi isolée transporte d'ailleurs un morceau de feuille en essayant sans succès de franchir le tronc. Ces bouts de feuilles servent, après stockage souterrain et putréfaction, aux fourmis pour cultiver un champignon qui leur sert de nourriture. Des cheminées d'accès aux galeries souterraines sont bien visibles.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Je reprends ma route et constate que les fourmis ont découpé la végétation jusqu’à 15 à 20 mètres de la fourmilière.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

L'après-midi commence à bien avancer dans l'heure, je décide de revenir tranquillement vers la barque. Malgré quelques très petites averses, il fait très chaud et le soleil brille. J'active la fonction retour de mon GPS et commence à rentrer doucement. Un papillon aux ailes transparentes se pose près de moi, je l'ai déjà vu plusieurs fois en forêt mais n'arrive jamais à faire une photo nette. Je m'approche doucement et tente encore une fois, cette fois la photo n'est pas terrible mais presque nette.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

L'insecte ne se laissera pas reprendre en photo et je continue à rentrer tout en sondant les terriers sur ma route mais toujours sans succès. Pas de gibier vu sur le retour. Alors que je suis à moins de 200 mètres de la barque dans un marais asséché, un bruit de feuille au-dessus de moi se fait entendre. Je me fige et lève les yeux pour apercevoir un saki satan, singe reconnaissable à sa robe sombre, sa queue touffu et sa pilosité particulière formant des sortes de cornes sur les côté du sommet de la tête. Cette espèce est intégralement protégée en Guyane. Pas le temps de sortir mon caméscope qu'il a déjà disparu dans les feuillages. Impossible de le revoir. Je reprends ma progression, le fleuve commence à se dessiner au travers des arbres et je finis par distinguer la barque. Je m'avance vers l'embarcation sans voir une caurale soleil posée juste à côté. Elle s'envole et part de poser sur une branche à 10 mètres du sol à environ 30 mètres de moi. J'essaie de la filmer sans succès et alors que je tente de me décaler pour avoir un meilleur angle elle s'envole et s'éloigne en suivant le fleuve.

Je me débarrasse de ma tenue 3D, bois une partie de la bouteille d'eau que nous avons laissé dans la barque puis m'assoie dans le bateau pour attendre Xavier. J'en profite pour retirer mes chaussures et laisser respirer mes pieds qui macèrent dans l'eau depuis ce matin. Un morpho passe et repasse près de moi, je décide de filmer un peu le fleuve en espérant le revoir passer mais il ne revient pas. J'éteins alors mon caméscope et bien sûr, la caurale et le morpho en profitent pour repasser devant moi.

Je remarque qu'un bon nombre de petits poissons se déplace dans les eaux basses du bord de la berge au-dessus d'un fond couvert de feuilles mortes.

Au bout d'un moment, il me semble entendre le chant d'un hocco un peu plus en aval au bord du fleuve. Cela me semble bizarre et je pense vite à Xavier qui doit me faire une blague mais je ne le vois pas. Je détourne mon regard quand le bruit reprend : "hhmmm, hhmmm,...". Cette fois mes yeux se posent sur Xavier qui éclate de rire. Il s'avance ensuite vers moi et me raconte sa chasse. Il a trouvé une zone où les pécaris se trouvaient ce matin mais il pense qu’ils l’ont devancé de quelques heures et n'a pas pu les recouper.

Nous retournons au camp où nous retrouvons nos collègues qui n'ont pas eu plus de réussite que nous. "Scrarabée" a retrouvé ma flèche que j'avais perdu l'autre jour et me l'a ramené, j'ai vraiment de la chance car la probabilité de la retrouver était vraiment très mince, je l'avais perdu beaucoup plus loin du camp que ce que je pensais. Xavier pars se laver, ses vers macaques le font souffrir de plus en plus. Je me change tranquillement. Daniel nous a préparé mon hocco pour ce soir, il est entrain de mijoter sur le réchaud. Nous prenons un petit apéro, cacahuètes et "jungle juice" pour mes collègues, jus de fruit pour moi. Nous partons ensuite nous reposer un peu avant notre repas du soir qui cuit tranquillement. La nuit est tombée, notre hocco semble cuit, il est temps de manger. Je commence, comme hier, par prendre mon cachet d'antibiotique et en donne un à Xavier. Nous prenons de bonnes assiettes de riz avec du hocco et commençons à déguster. C'est vraiment très bon, un vrai repas gastronomique, nos hôtes sont de vrais cuistots.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Pendant le repas, Xavier semble souffrir de ses vers macaques. Les genoux de "Scarabée" sont presque fluorescents tellement ils sont entamés. A la fin du repas, il ne restera que les 2 ailes du volatile que nous mangerons plus tard. Ce soir nous reformons les équipes habituelles pour la chasse du soir sur le fleuve. Je vais partir avec Xavier, je ne suis pas très motivé pour chasser ce soir, j'ai fini mon quota de caïman pour cette sortie car il est de 3 par chasseur et par sortie. J'ai tout de même équipé mon arc avec mon moulinet et pris mon carquois avec moi avec des flèches de chasse.

Nous partons pour la chasse, il fait quelques gouttes. Ce soir les grenouilles sont de sortie. De grosses grenouilles comme celle présente dans le terrier au bord de la crique du camp sont ponctuellement présentes sur les berges du fleuve. Nous en voyons tous les soirs une ou 2 mais ce soir elles sont plus nombreuses et leurs gros yeux rouges ou blancs font penser à des pacs de loin. De grosses rainettes sont aussi perchées sur les branches et les bois qui tombent sur le fleuve. Nous prospectons les entrées de criques en nous engageant jusqu'aux premiers obstacles avant de faire demi-tour. Dans l'une de ces criques nous apercevons un serpent brun tout fin qui traverse devant nous. Les caïmans sont toujours aussi méfiants et plongent au loin. Tout à coup, un œil rouge se laisse approcher. Il semble gros mais en nous rapprochant nous constatons qu'il s'agit d'un jeune de 60 cm environ. Il nous laisse passer tout près sans sourciller.

Xavier finit par repérer un pac et accoste pour le poursuivre mais le manque. En passant près de la zone où il a perdu sa flèche l'autre jour nous tentons sans succès de l'apercevoir. Nous finissons par faire demi-tour sans avoir rien fléché. Sur le retour, Xavier repère un beau caïman sur la droite et nous fait approcher doucement. Seule la tête du caïman, qui semble de belle taille, dépasse de l'eau sous des branchages. Il se laisse approcher à environ 5 mètres puis plonge. Nous repartons, un peu plus  loin, j'annonce un pac, il longe la berge opposée d'une petite crique en direction du fleuve sur notre gauche. Xavier accoste à environ 40 mètres de la crique, j'éteins ma lampe et tiens la barque. Je suis la progression de Xavier grâce à sa frontale et l'entends décocher alors qu'il est au bord de la crique. L'impact d'une flèche qui touche un animal retentit. Rapidement Xavier décoche à nouveau et retouche le pac avant de revenir vers la barque. Nous partons rapidement vers l'endroit où il a perdu le pac de vue au bord du fleuve. Je tente de l'apercevoir sans succès quand Xavier m'annonce qu'il le voit. Je finis par l'apercevoir. Il est mal en point et tente de se cacher, les pattes dans l'eau, entre 2 contreforts d'un arbre qui pousse au bord du fleuve à moitié dans l'eau. Je prépare mon arc mais Xavier me dit que c'est à lui d'en finir. Il se prépare mais le pac se tourne au moment où il décoche et il le manque. Le gros rongeur sur ses fins se jette à l'eau et plonge pour passer sous la barque. Sans réfléchir, Xavier pose son arc et se penche pour attraper le pac au passage en s'immergeant jusqu'au torse. Il remonte le pac et l'achève, sa première flèche juste un peu haute au niveau de l'épaule effleure la colonne sans toucher les organes vitaux et la seconde en plein milieu de l'animal touche les viscères faisant ressortir un peu les intestins. 

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Je tente de récupérer sa dernière flèche alors qu'il part à pied chercher sa première. La lame est rentrée dans un contrefort et je dois la dévisser, avec l'accord de Xavier, pour dégager la flèche. La seconde flèche à juste un mètre se sort facilement de la vase. Xavier revient avec sa flèche.

Nous repartons, voir Xavier chasser les pacs m'a donné envie d'en faire autant et le dit à Xavier. Il me dit que le prochain est pour moi. Justement, un peu plus loin, nous apercevons les gros yeux rouges d'un gros pac tourné face à nous sur la berge du fleuve. Je me prépare rapidement alors que nous nous approchons et décoche en visant les yeux. Un impact cassant retentit et le pac se laisse lourdement tomber à l'eau. Nous attendons un moment en scrutant l'eau espérant le voir remonter mais rien. Je récupère ma flèche et vois un peu de sang sur une vanne, j'ai donc bien touché le pac. Il me semble être un poil bas, je lui ai peut être cassé le nez. Je sonde le fond du fleuve avec ma pagaie sans arriver à le toucher.

Xavier décide de plonger pour tenter de le retrouver s'il est mort car un pac, contrairement à un ragondin coule à pic. Je n'ai pas le courage de Xavier et ne peux pas me résoudre à plonger de nuit dans le fleuve. Xavier palpe, en apnée, le fond de ses pieds en se tenant, complètement sous l'eau, à bout de bras sous la barque. Après plusieurs tentatives et de longues minutes de recherche, il décide d'arrêter. Mon pac est perdu, pas forcément mort mais au minimum blessé. J'enrage intérieurement et pense que j'aurais dû essayer le game-tracker dans cette situation mais je l'ai oublié chez Xavier. Ce petit réservoir, qui se fixe à la place du stabilisateur et contient un fil assez costaud, permet de retrouver son gibier qui l'entraîne avec lui jusqu'à sa mort après avoir été traversé par la flèche.

Nous rentrons au camp où nous retrouvons nos collègues encore une fois bredouilles. Xavier finira le hocco avant d'aller se coucher, il l'a bien mérité.

 

Alex

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 22:36

La nuit en hamac n'a pas été si mauvaise, la fatigue aidant, j'ai assez bien dormi. Il a encore plu cette nuit et les gouttes tombent encore des arbres alors que le jour se lève. Des singes hurleurs poussent leurs cris caractéristiques au loin de l'autre côté du fleuve. En me levant, je constate que mon petit doigt blessé hier est tout gonflé et me fait mal surtout au niveau de l'articulation, près de la paume de ma main. J'ai beaucoup perdu en mobilité. Je pars poser mon caméscope sur son trépied près du fleuve pour tenter d'enregistrer le chant des singes hurleurs.

Je commence ensuite à rééquiper mon arc comme hier pour la chasse de ce matin avant de rejoindre mes collègues pour aller déjeuner. Je décide de prendre un comprimé d'antibiotique que j'ai pris avec moi au cas où pour ne pas prendre le risque de voir ma blessure s'aggraver. Nous déjeunons tranquillement en discutant de la journée à venir. Xavier et "Scarabée" vont repartir ensemble pour aller chasser de l'autre côté du fleuve un peu plus en amont alors qu'avec Daniel, nous partirons, comme hier, du camp pour chasser dans le secteur. En ce qui me concerne, je vais chasser en partant le long du fleuve de l'autre côté de la crique. Le déjeuner terminé, je pars faire quelques photos de mon caïman de la veille avant de le mettre au frais.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je pars me préparer comme hier matin. Mes affaires mouillées d'hier matin n'ont bien sûr pas séché, je garde donc mon pantalon d'hier soir qui a séché sur moi cette nuit et un nouveau T-shirt avant d'enfiler ma tenue 3D qui est encore un peu humide. Mes chaussures sont encore bien humides. Je reprends mon petit matériel : GPS, boussole, opinel, cordelette, appeau, frontale et vérifie l'état des piles de mon GPS avant de partir en enclenchant la fonction de retour au camp. J'éteins à nouveau mon GPS pour économiser mes piles. Une fois prêt, je salue mes collègues et leur souhaite bonne chasse avant de partir vers la crique. L'eau a baissé depuis hier mais le tronc est toujours immergé, je dois donc, comme hier, manœuvrer la barque pour la positionner et l'attacher pour m'en servir de passerelle. Je traverse la crique et pars pour la chasse en biaisant à droite vers le fleuve, je suis le bas des collines et perds doucement de vu le fleuve. Je fais régulièrement des pauses pour observer les alentours. Les moustiques en profitent pour m'assaillir et je dois les écraser pour avoir la paix.

Assez rapidement, je ressens 2 brûlures distinctes sur mon flanc gauche et relève mon T-shirt et ma tenue 3D pour en déterminer la provenance. J'aperçois alors 2 petites fourmis rouges espacées de 30 cm qui sont accrochées à ma peau, elles me mordent avec leurs mandibules et forment un petit C pour me piquer en même temps avec leur dard près de l'endroit où elles me mordent. Je m'empresse de les écraser entre mes doigts pour m'en débarrasser. Je repars ensuite en chasse mais rapidement une nouvelle brûlure touche ma cuisse et je dois à nouveau m'arrêter, défaire ma ceinture et baisser mon pantalon pour écraser une autre fourmi rouge qui s'acharne sur le devant de ma cuisse. Je me demande bien comment elle a pu arriver là. La chasse reprend, toujours avec la même technique, et je finis pour arriver sur une magnifique crique encaissée entre 2 collines. 

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je décide de suivre un moment cette crique tout en continuant à chasser pour trouver un passage et la traverser mais la crique est assez large et souvent bien en eau. Plus loin, je finis par tomber sur un grand barrage formé par un gros arbre tombé au sol et des amas de bois et de branches. Je remonte vers le sommet de la colline en suivant ce barrage pour trouver un passage. En arrivant au bout du gros tronc, je constate qu'il est creux. J'éclaire l'intérieur avec ma frontal mais rien en vue. Je me poste un instant dans le secteur mais, rien ne venant, je commence à redescendre vers le fond de la vallée quand je constate que le sol est parsemé de fruits oranges ressemblant à de gros abricots mais assez fermes. Certains sont rongés ou mangés. L'endroit me semble bon pour un affût et commence à chercher le poste idéal. Plus bas se trouve un grand marais où la végétation est très épaisse, il est parsemé de grands palmiers. Un gros tronc me barre la vue mais laisse un passage à son bout, je m'avance et découvre, derrière ce gros tronc, une petite clairière dégagée d'environ 15 mètres sur 15 mètres. Le sol est parsemé de fruits oranges, l'endroit me plait beaucoup et décide de m'y poster.

Le vent descend vers le marais. Je regarde les alentours et décide de partir me poster dans l'angle opposé de la clairière, je suis donc le gros tronc puis pars à 90° vers l'angle bas de la clairière. Je me poste avec le marais dans le dos, entre 2 arbres à contrefort de petit diamètre. Je dégage quelques grosses feuilles de palmier qui me bouche un peu la vue mais en laisse suffisamment pour me camoufler un peu puis l'attente commence. Le vent souffle face à moi.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il commence à pleuvoir, le bruit des gouttes sur la végétation étouffe les bruits de la forêt. Au bout d'environ 20 minutes d'affût, un mouvement attire mon regard au bout du gros tronc, dans le passage que j'ai emprunté pour rentrer dans la clairière. Un petit animal gris cendré foncé s'avance d'un ou 2 mètres, tourne un peu sur place et s'assied en me tournant le dos. Il semble ne produire aucun bruit, ou si léger que la pluie le masque. Il me faut un petit moment pour le reconnaître, c'est un jaguarondi, je n'en reviens pas, je n'aurais jamais pensé en voir un. Ce petit félin de la forêt amazonienne plus grand et plus élancé qu'un gros chat domestique est très élancé, sa petite tête, sa longue queue et son pelage uniforme sont caractéristique, il ressemble un peu à un puma miniature. Il est très discret habituellement et c'est une chance incroyable d'en voir un d'aussi près. Je décide de le prendre en photo, j'attrape mon appareil et tente un premier cliché de l'animal assis de dos mais la photo est floue.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je tente à nouveau mais impossible de faire la netteté. Il finit par humer l'air et se remettre debout, il continue à flairer les alentours et commence à devenir inquiet, il a peut-être flairé mon odeur. Il commence alors à repartir mais à ma grande surprise et ne sachant pas où je me trouve, il vient droit sur moi d'un pas soutenu mais sans un bruit, j'essaie toujours de le prendre en photo sans arriver à le cadrer ou à faire la netteté. Il vient me passer à 1,5 mètre devant les pieds en biaisant vers le marais. Je le suis dans mon appareil photo et le siffle pour tenter de l'arrêter alors qu'il arrive dans une petite zone dégagée mais il accélère alors et disparaît en quelques bons dans le marais. C'est alors que je me dis que j'aurais dû le filmer au lieu d'essayer de faire une photo. Je suis blasé mais tellement heureux d'avoir pu voir ce magnifique animal dans son milieu naturel.

La pluie continue à tomber de façon peu abondante. Cette apparition est-elle un bon ou un mauvais signe, si un jaguarondi se promène au sol dans le secteur c'est certainement signe que ces proies passent par ici mais son passage n'aura t-il pas laissé une odeur qui va décourager un potentiel gibier. Je décide de rester à mon poste. Au bout d'environ 15 minutes, un petit mouvement d'une plante attire mon attention au milieu de la clairière et mes yeux se posent sur une grosse tortue de terre qui descend de la colline. Je pose mon arc et m'avance vers elle pour la capturer et la ramener à mon poste. Son bec est couvert de pulpe de fruit qu'elle vient certainement de manger. Elle doit peser 4 ou 5 kg. Elle rentre dans sa carapace alors que je la saisis. Sa carapace rentrante au niveau du ventre m'indique qu'il s'agit d'un mâle. C'est une tortue charbonnière,  reconnaissable à ses taches orangées sur la tête, espèce qui peut être consommée légalement en Guyane mais pas commercialisée. Xavier a eu la chance d'assister à un accouplement de 2 beaux spécimens avant notre arrivée.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015
Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015
Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015
Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015
Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je la ramène à mon poste pour une séance photo. Je la pose à mes pieds et fais une première photo alors qu'elle est encore dans sa carapace. Puis elle commence à sortir son museau avec des mouvements d'avant en arrière comme si elle hésitait.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Elle finit par ressortir sa tête mais ne sort pas encore ses pattes.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

C'est alors que je remarque 2 grosses tiques, de la taille de l'ongle du petit doigt, accrochées sur sa carapace. Je n'en reviens pas, ces arachnides suceurs de sang ont réussi à perforer sa peau entre les écailles de sa carapace pour s'abreuver de son sang. Alors que je les prends en photo, la batterie de mon appareil photo me lâche.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je suis un peu blasé car le séjour n'est pas terminé, habituellement ma batterie tient plus longtemps. Je repose la tortue dans la clairière, tournée face à la colline. Petit à petit, elle se tranquillise et se remet en marche, elle s'éloigne doucement en longeant le bas de la clairière puis je la perds de vue alors qu'elle arrive près du gros tronc. Je pense alors à une histoire que m'avait racontée Xavier, il parait que certains amérindiens, quand ils trouvent une tortue, la prennent avec eux en lui promettant de la relâcher s’il tue un gibier et de la manger dans le cas contraire. Je viens peut être de laisser partir ma chance d'attraper quelque chose aujourd'hui. De toute façon j'aime trop les tortues pour en manger une. La tortue disparue, je me reconcentre sur mon affût.

Au bout d'un moment, une sorte de grognement ressemblant à celui d'un sanglier se fait entendre sur ma droite. Je pense à des pécaris et me prépare. Je scrute les alentours sans voir d'animaux alors que le bruit se rapproche. Je n'ai encore jamais entendu ça. Mais un bruit de feuillage finit par me faire lever les yeux, se sont en fait des singes hurleurs qui passent à environ 40 mètres au-dessus de moi dans les arbres et produisent cette espèce de grognement. Je les regarde passer puis ils finissent par disparaître et s'éloigner. La pluie cesse, quelques gouttes tombent encore des arbres. Le temps passe et rien ne vient. J'hésite, rester où partir de ce poste. Je consulte l'heure sur mon GPS et décide de rester encore un peu mais le temps passe et rien ne bouge, je craque et décide de quitter mon poste vers 13 heures.

Je reprends ma chasse mobile et commence par traverser le marais où je tombe sur une empreinte de tapir vieille de quelques jours puis sur une trace de cariacou qui semble plus récente. J'avance doucement en regardant bien autour de moi mais les feuilles des jeunes palmiers font un bruit d'une feuille cartonnée qu'on agite dès qu'on les touche et le sol est jonché de grandes feuilles de palmier sèches et de brindilles très craquantes et bruyantes. Mon approche est loin d'être silencieuse. Plus loin, je passe une colline et redescends dans une zone dégagée au sol mais très sombre car les feuillages ne laissent presque pas passer la lumière. Je tente quelques coups d'appeau à pécari mais très vite ce sont des toucans qui arrivent et tournent en criant à moins de 10 mètres au-dessus de ma tête. Après avoir soufflé dans mon appeau un moment sans plus de résultat, je décide de reprendre ma progression lente tout en faisant régulièrement des pauses d'observation. J'avance ainsi un moment en forêt sans voir autre chose que des papillons, insectes, petits oiseaux et autres lézards ou grenouilles.

Vers 14h heures, je décide de rentrer et consulte mon GPS pour commencer à prendre la direction du camp. Quelque chose se déplace sur mon bras quand la douleur d'une piqûre me fait relever ma manche. Une tique se balade sur mon bras, je la saisis et l'écrase entre mes ongles. Je commence à regretter de ne pas être resté à mon poste de tout à l'heure, la patiente aurait peut être payée. Alors que je me rapproche du camp, je tombe sur la crique, je n'ai plus qu'à la longer pour trouver le camp, ce que je commence à faire mais la végétation devient peu à peu inextricable, des amas de bois morts et de lianes impénétrables me barrent la route et je dois bifurquer pour les contourner. Je galère de plus en plus pour revenir vers le camp et en sautant par-dessus un gros tronc le sur-pantalon de ma tenue 3D s'accroche à une sorte de liane couverte de petits piquants très acérés et avec l'élan je déchire le tissu de ma hanche jusqu'à ma cheville. Je pousse un cri de colère, je suis dégoûté. Daniel qui est déjà au camp m'a entendu tellement j'ai crié fort.

Je finis par me dépêtrer de cette végétation et le terrain se dégage un peu. De gros fruits à coque dure jonche le sol, ce sont des carapas, certains sont rongés et mangés de plus ou moins frais très certainement par des pacs ou des agoutis, le coin serait peut être bon pour un affût de nuit. De plus, de nombreux terriers sont présents dans les environs. Je finis d'arriver au camp en traversant sur la barque. Notre fée des carbés s'active déjà depuis un moment. Daniel a fabriqué une "salle de bain", il a mis en place des marches pour descendre à la crique pour se laver et des marches pour accoster par le bras du fleuve avec le canoë. Je discute un peu de la chasse avec lui, il n'a pas eu d'occasion de tir, je lui raconte mon affût magique puis pars me changer près de mon hamac. En posant mon arc, je constate que j'ai perdu ma flèche munie de ma blunt. Elle a dû s'accrocher dans la végétation et tombée du carquois. Je retire ma tenue 3D et la mets à sécher sur ma corde à linge avec le reste de mes affaires qui tentent déjà de sécher.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je repars ensuite sans mon arc pour tenter de retrouver ma flèche que je pense avoir perdu sur les 100 derniers mètres. Je tente de reprendre ma trace en sens inverse en m'aidant de mon GPS mais c'est loin d'être chose facile. Au bout de 15 minutes de recherche, je laisse tomber et retourne au camp. Alors que je saute de la barque sur la berge, je marche sur quelque chose qui traverse ma semelle et s'arrête juste sous mon pied, je pense à un bout de bois avec un clou mais je constate qu'il s'agit en fait d'un bout de carapace de tortue, un morceau du bord du plastron avec une épine acérée de 4 cm environ formée par la cassure de la partie qui relie le plastron au haut de la carapace. Je retire cet os de ma semelle et le montre à Daniel avant de le jeter dans la crique. J'ai eu beaucoup de chance de ne pas me traverser le pied. Nos collègues ne sont pas encore rentrés et Daniel décide de nous préparer un petit sandwich à basse d'une fricassée d'abats de hocco mijotée avec des oignons. Je lui amène donc les abats du hocco qui étaient au frais dans la glacière puis par me laver dans notre nouvelle salle de bain. Je reviens un moment après lavé et changé, mets mes affaires du jour à sécher puis pars rejoindre Daniel sous la bâche "cuisine".

En attendant la fin de la cuisson, je mange quelques fruits en discutant avec Daniel. Je retire mes pieds flétris de mes chaussures mouillées pour essayer de les faire un peu sécher. Un vrombissement arrive dans mon dos. Je me retourne et aperçois un scarabée rouge métallisé qui vient voir notre bassine métallique, qui nous sert à la vaisselle et à la récupération d'eau, avant de repartir d'où il vient. Le sandwich prêt, nous le dégustons, c'est encore un délice. La pluie commence à tomber puis c'est un véritable déluge qui s'abat sur le camp, je ne suis pas mécontent d'être à l’abri. Daniel positionne la bassine métallique sous le bord de la bâche pour récupérer de l'eau claire. Les averses se succèdent ainsi alors que nous attendons nos collègues. Ils finissent par arriver, le bruit d'une pagaie heurtant le canoë trahit leur arrivée silencieuse. Nous partons à leur rencontre et les aidons à accoster et débarquer le matériel. Ils ont vu des animaux mais n'ont pas pu flécher de gibier. Xavier a repéré un endroit, presque en face du camp, où les pécaris sont passés peu avant son arrivée mais n'a pas pu les recouper. Il nous montre les photos des bassines boueuses,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

des traces fraîches,

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des coups de nez,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

mais aussi des empreintes de jaguar qui semblent suivre les pécaris et sont peut être la cause de leur départ,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Et d'un nid de tinamou d'où a décollé l'oiseau qui lui a frôlé le visage au passage.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il a aussi photographié une graine que j'ai moi aussi vu durant ma chasse, cette dernière ressemble étrangement à la graine de l'arbre sacré (Eywa) dans le film Avatar.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il a également manqué une biche rouge, surpris par une décoche intempestive. Il souffre de plus en plus de ses vers macaques et n'arrive pas bien à dormir la nuit. Il demande à Daniel de tenter de les lui extraire après le bain. Ils partent avec "Scarabée" se laver dans le fleuve et étrenner la salle de bain de Daniel.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Une fois lavé, Daniel commence à lui couper les cheveux au-dessus des boutons qu'il a derrière la tête puis lui applique une pommade sur tous les boutons avant de les couvrir avec des bandages pour tenter d'étouffer et tuer les vers qui doivent garder un orifice ouvert dans la peau pour respirer ponctuellement.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Les premiers effets de l'humidité ambiante se font sentir, les genoux de "Scarabée" sont entamés par le frottement du pantalon humide lors de la marche. Il doit désinfecter après le bain et laisser sécher en se mettant en bermuda. Daniel décide d'attaquer la préparation d'un blaf d'acoupa, poisson carnassier argenté de rivière pêché par Xavier avant notre arrivée.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il récupère le poisson que Xavier a amené dans la glacière et déjà écaillé, enlève les nageoires puis le découpe en darnes épaisses et le met dans la gamelle avant de préparer le blaf et de le mettre à cuire sur le réchaud à gaz. En tranchant la tête, il a ouvert le crâne d'où sont sortis de sortes de pierres très dures, ils nous les montrent et nous explique qu'elles servent à la localisation dans l'espace pour le poisson. C'est la première fois que je vois de telle "pierres". Pendant que le blaf mijote nous partons nous reposer un peu. La nuit tombe doucement. La cuisson terminée nous passons à table, Je prends mon cachet d'antibiotique pour mon doigt, le poisson sera agrémenté de riz. Les assiettes sont bien remplies, nous attaquons notre repas du soir. C'est vraiment délicieux et nous nous régalons, ce poisson légèrement citronné est fondant en bouche. La bonne humeur règne sur le camp. Les fruits amèneront une petite touche sucrée à la fin du repas.

"Scarabée" et Daniel vont partir chasser en canoë sur le secteur que je chasse depuis 2 jours avec Xavier. Xavier, lui, fatigué par ses mauvaises nuits décide de rester dormir pour se réserver pour demain matin. Pour ma part, je décide de tenter de partir chasse autour du camp. Je me prépare puis pars vers la crique. La grosse grenouille dont les yeux brillent en rouge dans la lumière, s'échappe à mon arrivée en rentrant dans son terrier. L’œil du petit caïman brille dans le faisceau de ma frontale sur le bras du fleuve en aval de l'entrée de la crique. Un petit œil rouge bille à l'entrée de la crique sur la berge opposée. Je traverse la crique en passant sur la barque puis pars vers ce petit œil rouge et constate qu'il s'agit d'un tout petit caïman. Je me baisse et approche doucement ma main pour le saisir mais je le manque en l'effleurant à peine. Il se laisse tomber dans l'eau et disparaît. Je décide de tenter d'approcher le petit caïman en longeant la berge mais ce dernier, comme à son habitude plonge. Je continue à longer un peu le fleuve et tombe sur une grosse flaque enherbée. Un œil rouge brille en son centre. Je m'approche doucement et aperçois un second petit caïman. Je le laisse tranquille pour le moment et m'approche du fleuve, le caïman est remonté mais il plonge rapidement. Je pars ensuite sur mes traces de ce matin mais n'arrive pas à trouver un passage dégagé et renonce. Je reviens vers la flaque et attrape le petit caïman en m'approchant tout doucement et en l'éblouissant avec ma frontale.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il pousse de petits cris pour appeler sa mère.

Je décide de le ramener au camp pour le montrer à mes collègues. Je retraverse la crique sur la barque et jette un coup d'œil dans l'eau. Un poisson dont les yeux brillent en rouge dans le faisceau de ma frontale est calé sur le fond près de la berge. Il fait environ 25 cm, c'est un patagaye, poisson carnassier,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

cousin de l'aïmara que nous devons aller pêcher à l'arc durant notre second séjour en forêt. J'hésite à le flécher mais ne sachant pas si ce poisson est bon, je le laisse et pars mettre le petit caïman dans mon sac à dos.

Je pars ensuite en traversant le camp pour aller chasser dans la bande de terre coincée entre le fleuve et la crique. J'essaie de rester à moins de 10 mètres du fleuve et avance tout doucement en éclairant autour de moi, rapidement la végétation s'épaissit et ma progression commence à être plus aléatoire et j'avance en suivant les zones les plus dégagées pour essayer de ne pas faire trop de bruit bien que, de nuit, la progression est toujours plus bruyante. Je dois m'éloigner du fleuve, tout à coup, dans une zone très salle, j'aperçois les yeux rouges d'un pac mais le temps de me préparer à armer, il a disparu en se débinant sur 1 ou 2 mètres. Je m'avance doucement pour tenter de le retrouver mais impossible, il a disparu. J'ai beau tourner et retourner dans le secteur, il s'est volatilisé. Je continue donc ma route. Un peu plus loin, un œil blanc s'illumine dans ma frontale, c'est un petit pian (opossum).

Un peu plus loin encore, j'arrive sur une crique asséchée et la traverse mais de l'autre côté la végétation est trop dense et je décide de faire demi-tour et de rentrer au camp. Je prends mon GPS et active le retour au camp mais me rends compte que j'ai oublié ma boussole. De nuit, la navigation avec seulement le GPS n'est pas évidente. Je commence mon retour mais tombe sur une zone très salle et tente de la contourner mais me rends compte que je m'éloigne anormalement du camp et essaie de reprendre mon cap mais ne trouve plus de passage dans la végétation épaisse, je tente de forcer au travers des lianes. Une perdrix décolle dans le faisceau de ma frontale, je la suis avec mon faisceau, éblouie, elle heurte plusieurs fois les branchages avant d'arriver à s'éloigner et disparaître. Des guêpes m'attaquent en visant ma frontale et je dois l'éteindre en attendant qu'elles s'éloignent. Je reste un moment dans le noir, planté dans les lianes, puis rallume ma frontale et commence à me dégager mais les guêpes reviennent à la charge. Je dois à nouveau éteindre et rester un long moment sans lumière.

Je galère un bon moment à tourner dans cette végétation impénétrable puis finis par retraverser la crique asséchée, cette fois mon GPS semble indiquer une distance décroissante, j'avance avec peine dans une végétation épaisse mais finis par retrouver le camp. Les collègues ne sont pas encore rentrés, je pars me coucher en les attendant. Ils finissent par arriver. Nous nous levons avec Xavier pour les accueillir. "Scrarabée" qui avait équipé son tradi avec la flèche pêche a réussi à flécher un gros caïman mais le manque de puissance lui a joué des tours car le caïman juste piqué dans la chair a réussi à se dégager et lui échapper. Nous discutons un peu puis repartons nous coucher.

 

Alex

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  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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