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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 07:25

Cette après-midi, nous avons décidé d'aller chasser les capibara avec Xavier et Daniel. J'ai ciblé mon arc ce matin et refais quelques flèches car depuis le début de mon séjour toutes mes vannes se décollent en passant mon repose flèche biscuit. J'ai installé ce repose flèche à la place de mon "révolution" car aucun repose flèche mécanique ne survit au climat guyanais mais la colle que j'ai utilisé pour coller mes vannes est cassante et ne résiste pas à l'humidité, du coup mes vannes se décollent en traversant les poils du repose flèche. Mes vannes, recollées avec une colle adaptée, tiennent maintenant beaucoup mieux et résistent au passage du repose flèche. Depuis la casse de mon stop-corde lors de notre retour du premier séjour en forêt mon arc est bruyant mais les capibara ne sautent pas la corde et je tire en général assez prêt. Alors que je me prépare avant de partir un vol d'urubus noirs s'est posé dans l'herbe devant chez Xavier pour grappiller quelques restes de poisson laissé par les chiens de Xavier. Ces oiseaux qui annoncent la mort sont peut être bon signe.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Nous partons avec Xavier et retrouvons Daniel au barrage puis partons vers la ferme. Arrivés sur place, nous nous préparons tranquillement tout en nous distribuant les secteurs de chasse. Je vais partir chasser mon secteur favori, un peu plus loin sur la gauche du chemin de terre alors que mes collègues chasseront de part et d'autre d'un marécage sur la droite du chemin. Une fois prêts, nous prenons le chemin. Daniel bifurque à droite avant le marécage et je continue jusqu’au bout du chemin avec Xavier. Le sol est jonché de traces et de crottes de capibaras, je surveille le marécage sur la gauche du chemin avant le départ des moucoumoucous puis m'avance tout doucement pour tenter d'apercevoir un capibara au travers des arbres du petit bois qui borde la droite du marécage mais rien en vue. Le vent est face à nous pour le moment. En arrivant au bout du chemin de terre nous nous séparons et je pars comme prévu sur la gauche pour rentrer dans le petit bois en suivant le bord du marécage à ma gauche. Les capibaras ont marqué le sol de grosses coulées pour venir manger les fruits oranges des hawaras (sorte de palmier) et le secteur est riche d'indices de présence. J'avance très lentement en observant bien les alentours. Je me rapproche d'un tas de branches derrière lequel j'ai souvent fait démarrer des animaux. Rien ce soir, je contourne l'obstacle par la droite quand un bruit de feuilles sèches accompagné d'un mouvement au ras de mon pied me font stopper net et river les yeux au sol. Je viens de passer à quelques centimètres de poser mon pied sur un gros iguane vert qui démarre et part vers l'eau. Habituellement, ces gros lézards fuient de loin et je ne m'attendais pas à en voir un de si près. Il marque un temps d'arrêt au bord de l'eau à moins de 10 mètres avant d'y entrer pour disparaître.

Je continue à longer tout doucement le marécage en sous-bois. Quelques gros iguanes se laissent tomber bruyamment à l'eau dans les moucoumoucous mais les capibaras semblent absents. La prairie s'avance vers le marécage sur quelques dizaines de mètres puis c'est le bois qui s'avance dans la prairie de plusieurs dizaines de mètres. Je traverse le découvert puis rentre dans la langue de bois par un passage dégagé pour revenir vers le bord de l'eau. Les capibaras ont fait de grosses souilles dans la boue noire du sous-bois et le sol est marqué de très nombreuses traces. Je rejoins la lisière du bois sans voir un capibara, je m'avance tout doucement en sortant du bois pour longer le marais surmonté d'une grande butte. Plusieurs gros iguanes se débinent dans l'herbe hautes et rejoignent l'eau sans hâte, ils prennent même le luxe de s'arrêter plusieurs fois avant de rejoindre la sécurité des moucoumoucous. En m'avançant un peu, j'aperçois une tête de capibara dépassant de l'herbe à environ 60 mètres devant moi, au pied de la butte, à environ 20 mètres de l'eau, à l'aplomb d'une touffe de palmiers qui pousse au-dessus de la butte. Je me baisse pour me camoufler derrière le relief du terrain puis remonte la butte contre le bois pour tenter une approche à couvert par le dessus. Le vent n'est pas bon pour surprendre l'animal, il souffle du sommet de la butte vers l'eau et je vais devoir rester décalé pour ne pas être repéré. J'approche un peu voûté et aperçois un capibara qui nage pour traverser la bande d'eau libre séparant la berge des moucoumoucous. Je finis mon approche à genoux en revenant vers la cassure de la butte. J'aperçois vite quelques capibaras assis au pied de cette dernière à un peu plus de 20 mètres. Je me baisse pour m'approcher encore un peu tout doucement, le vent est un peu changeant et alors que j'arrive à environ 20 mètres des animaux ceux-ci se lèvent et commencent à se débiner vers l'eau. J'arme mon arc et vise le plus proche puis décoche. Ma flèche me semble bonne et tous les capibaras se jettent à l'eau pour rejoindre rapidement les moucoumoucous. Je reste un instant sans bouger, à l'écoute mais le calme revient vite et je n'attends pas mon capibaras se débattre. Je pars contrôler mon tir pour m'apercevoir que ma flèche ne porte aucun indice, elle a juste ricoché sur le poitrail de l'animal. Je la récupère et la remets au carquois avant de repartir en longeant le marais qui bifurque à 90° vers ma droite.

Je progresse maintenant face au vent et aperçois vite une grosse bande de capibaras qui broutent au bord d'une hanse du marais. J'en compte au moins 50. Certains sont dans l'eau, les autres sont éparpillés jusqu'au sommet de la butte. 

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Etant à découvert pour attaquer mon approche, je décide de faire une grande boucle pour les approcher par le sommet de la butte. Je fais donc marche arrière doucement et le plus voûté possible tout en surveillant les capibaras qui ne semblent pas m'avoir repéré. Une fois caché par le relief, je presse le pas pour rejoindre la bordure du bois que je longe en direction du sommet de la butte et des animaux. Je traverse tranquillement le sommet de la butte tout en restant voûté et parcours ainsi une grosse centaine de mètres en direction du marais puis, en me rapprochant de la cassure de la pente qui descend vers l'eau, je finis mon approche à genoux, baissé en me redressant doucement par moment pour tenter de les apercevoir. Je devrais maintenant les voir mais pas un capibara n'est visible, en continuant mon approche, je finis par comprendre en sentant le vent dans mon dos. Ce dernier a tourné et les capibaras m'ont senti, seul un retardataire m'observe à environ 50 mètres, dans l'eau, près de la berge et il finit par s'élancer vers les moucoumoucous. 

Je redescends au bord de l'eau pour continuer ma progression. Je longe un instant le marécage et aperçois un autre troupeau de capibaras sur les pâtures de l'autre côté de l'étendue d'eau. Je me baisse au maximum pour tenter de profiter de la hauteur des moucoumoucous du centre du marécage pour me camoufler et progresse ainsi en surveillant par moment les animaux qui ne semblent pas faire attention à ma présence. Revenu en face de l'arrivée du chemin de terre par lequel nous sommes arrivés toute à l'heure, j'aperçois encore d'autres capibaras au loin de l'autre côté du marécage, je décide de tenter de contourner ce dernier pour les atteindre. Je pars tranquillement vers le chemin de terre en m'éloignant de l'eau tout en surveillant les animaux qui semblent toujours paisibles et rejoins ainsi une grosse coulée, en crête de la butte, parallèle au marécage et marquée par le passage du bétail à environ 100 mètres de l'eau. Les capibaras broutent toujours, ils sont très nombreux. Au loin, 2 animaux isolés broutent près d'un bouquet d'arbre, non loin du marécage qui contourne une langue de prairie, au bord d'une clôture de barbelé. Je décide de me focaliser en premier sur eux. Je passe derrière la butte et avance rapidement vers les clôtures puis passe dessous, rejoins le chemin de terre qui passe au bout de l'avancée du marécage que je suivais tout à l'heure, puis biaise vers la clôture qui se dirige droit vers l'endroit où j'ai repéré les animaux que le relief du terrain me cache maintenant. Je passe sous la clôture et avance voûté pour me cacher derrière la végétation pas très haute mais plus épaisse qui borde la clôture tout en surveillant les troupeaux de capibaras qui broutent toujours entre 200 et 300 mètres sur ma gauche.

Je progresse tranquillement et passe plusieurs trous dans la végétation bordant la clôture sans être repéré. La pente du terrain s'accentue vers le marécage et je m'attends à voir les animaux mais ils ne sont plus là. Je m'avance tout doucement en continuant à suivre la bande de végétation qui borde la clôture quand j'aperçois un capibara sur la gauche de cette dernière à environ 50 mètres. Il broute de 3/4 arrière et ne m'a pas vu. Je regarde bien tout autour de moi, les autres capibaras sont loin sur ma gauche. Je commence à me rapprocher en restant baisser. Le capibara commence à avancer en broutant et s'éloigne de la clôture. Un petit bouquet d'arbre poussant près de cette dernière me faisant un petit écran de camouflage, je profite pour presser un peu le pas. Le vent est bon et j'arrive vite à environ 20 mètres du capibara. J'arme mon arc et poursuis mon approche tout en me redressant un peu et en alignant ma visée, les arbres ne me cachent plus et je risque d'être repéré à tout moment. A environ 12 mètres du capibara, je stoppe, cale ma visée en avant sa cuisse et décoche alors qu'il avance d'un pas très lent. Ma flèche est à peine plus en arrière mais le capibara chute lourdement au sol et commence à se débattre. Je passe vite sous la clôture et me précipite vers lui mais le sang coule par ses naseaux et son œil se révulse. C’est fini pour lui, c'est un joli mâle reconnaissable à sa grosse glande sur son museau.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Les autres capibaras au loin n'ont pas bougé. Je décide de laisser mon capibara sur place pour tenter d'aller en flécher un second. Les animaux sont séparés en 2 troupeaux, un en crête et l'autre au bord de l'eau sur la droite. Je m'aligne avec un bouquet d'arbres que je rejoins pour me cacher derrière et observer les animaux. Le groupe en crête semble compliqué à approcher.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Je décide de tenter l'approche sur les capibaras situés au bord du marécage.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Un gros capibara couché plein travers à environ 50 mètres, tourné vers l'eau, à l'ombre de quelques arbres semble se douter de quelque chose. Je rampe sur ma droite, vers la bande de végétation épaisse d'environ 1 mètre de haut et de 1 à 2 mètres de large qui borde l'eau et y entre. Le capibara semble toujours m'observer mais n'a pas bougé. J'observe un instant les capibaras du secteur, un énorme vient vers moi à environ 150 mètres, il marche dans l'eau en longeant la bande de végétation épaisse. Je décide de commencer mon approche. Je progresse à quatre pattes  dans la bande de végétation en poussant mon arc devant moi tout en surveillant le capibara le plus proche qui semble m'avoir repéré mais qui reste immobile. J'avance tranquillement noyé dans la végétation, les mains et les genoux plongés dans la boue noirâtre du marécage et gagne peu à peu du terrain en suivant la bande de végétation sinueuse. Le capibara finit par se lever alors que j'arrive à environ 30 mètres de lui. Je me fige et l'observe un instant puis tente d'avancer encore un peu. Il me laisse gagner quelques mètres puis pousse un cri d'alerte et se débine tranquillement vers l'eau où je le perds du vue dans la végétation. Les autres capibaras n'ont pas réagi. Je laisse le capibara s'éloigner pour ne pas l'affoler plus puis reprends mon approche à 4 pattes. Une vingtaine de gros capibaras sont arrêtés près de l'eau à environ 70 mètres. Je décide de me focaliser sur eux et reprends mon approche dans la végétation épaisse. Le vent soutenu est toujours bon, je progresse tranquillement le plus baissé possible pour me fondre dans la végétation et me redresse tout doucement par moment pour observer les animaux que je ne vois pas en approchant. Ils ne bougent pas et me laissent m'approcher. A 12 mètres, j'hésite à tirer mais je décide de gagner encore quelques mètres. A 8 mètres, j'encoche ma flèche, accroche mon décocheur, jette un coup d'œil aux animaux et décide de tirer le plus proche. Il est assis et semble énorme. J'arme doucement mon arc dans la végétation et me redresse tout doucement en prenant ma visée. Le capibara se lève et se positionne plein travers. Mon pin’s se pose bas sur son coffre et je décoche. Ma flèche le traverse dans la zone du cœur avec un jet de sang. Il se précipite à l'eau avec toute sa bande au milieu des gerbes d'eau et des bruits de plongeons. Je me redresse vite pour tenter de le voir fuir. L'eau se soulève, provoquant un soulèvement des jacinthes d'eau sur le trajet des capibaras jusqu'au moucoumoucous situés à environ 30 mètres de la berge.

Les capibaras à couvert, le calme revient vite et je tente de tendre l'oreille pour essayer d'entendre mon capibara se débattre mais avec le vent soutenu, impossible de l'entendre. J'attends un peu puis pars chercher ma flèche. Un groupe de capibaras arrêté au bord de l'eau, sous quelques arbres à environ 45 mètres, me regarde me rapprocher sans bouger. Je retrouve ma flèche couverte de sang posé sur le sol et me dis que mon capibara n'a pas dû aller très loin.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Les capibaras ne bougent toujours pas et tenter une nouvelle approche est très tentant mais j'ai atteint mon quota de 2 capibaras pour aujourd'hui. Je cherche donc des traces de sang pour tenter de m'aider dans ma recherche mais sans succès. Xavier a essayé de m'appeler, je tente de le rappeler sans succès puis lui laisse un message pour lui dire que j'ai tiré 2 capibaras et que je pars chercher le second. Je quitte ma veste de tenue 3D, ma cagoule, mes gants, mon décocheur et laisse mon arc et mon appareil photo puis m'avance dans l'eau noire et mal odorante du marécage qui monte vite jusqu'à ma taille en poussant une masse impressionnante de jacinthes d'eau devant moi, mon portable à la main. Pas la moindre trace de sang. J'arrive au ras des moucoumoucous à l'endroit où il me semble voir rentrer mon capibara mais la "forêt" de moucoumoucou est très dense et je peine à trouver un passage pour y rentrer au milieu des troncs épineux. Je dois me battre contre les racines et les troncs pour me frayer un chemin dans cette jungle aquatique. Je surveille les alentours en avançant mais impossible de voir à plus de 5 mètres et mon capibaras est introuvable. Le temps passe et ma progression est toujours aussi compliquée avec de l'eau souvent jusqu'à la taille et parfois plus haut. Je décide d'aller poser mon portable sur la berge et envoie un massage à Xavier toujours injoignable car il a laissé son portable sur le bord du marécage avec son sac à dos pour approcher, avec de l'eau jusqu'au cou, un groupe de capibaras. Mon portable au sec, je retourne à ma recherche et tente de rentrer plus à gauche dans les moucoumoucous. Après plusieurs dizaines de mètres la végétation très dense fait place à une zone plus claire et je tente de rejoindre cette zone quand de terribles brûlures m'enflamment les dos. C'est alors que je reconnais ce bourdonnement caractéristique et que je me jette en avant pour échapper à cette douleur très vive tout en m'agitant pour me débarrasser des guêpes qui m'assaillent. Heureusement, elles ne me suivent pas sur plus de 10 mètres et rejoignent leur nid que j'aperçois en me retournant. Ce sont des petites guêpes, elles sont très nombreuses sur leur nid de la taille d'un melon.

La douleur vive m'accompagne un moment dans ma recherche qui s'éternise. Je comprends que c'est très mal engagé mais persiste, tourne et tourne encore dans ces moucoumoucos qui griffent mes bras et cette eau pourrie et puante. La luminosité commençant à baisser dans l'épaisse végétation, je dois me rendre à l'évidence que mon capibara est perdu. Je tente de revenir vers la berge et récupère mon portable. Xavier a essayé de me joindre et je le rappelle, il n'a pas compris mon message où j'essayé de me localiser et me cherche avec Daniel depuis un bon moment. Je lui réexplique ou je suis. Ils viennent à ma rencontre avec le 4x4 de Daniel pendant que je vais chercher mon premier capibara. Alors que je dégage ma flèche restée plantée dans mon capibara, je vois arriver mes amis. Je me signale et tire le capibara pour le mettre dans une zone où Daniel pourra l'atteindre en 4x4. Nous chargeons mon capibara dans la benne avec la grosse femelle qu'a fléché Xavier puis partons récupérer mes affaires et avant de partir à 3 pour chercher mon capibara jusqu'à la nuit noire sans plus de succès. Je suis dégoûté surtout sachant que ma flèche était très bonne et que mon capibara ne doit pas être bien loin. Il est peut être mort sous l'eau ou je suis passé tout près sans le voir. Il fait maintenant nuit, je prends tout de même quelques photos de mon capibara avant de le recharger dans le pickup puis nous rentrons.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Sur le chemin du retour nous dérangeons un beau caïman qui plonge dans le marécage au passage de la voiture. Arrivé à la ferme nous prenons quelques photos de nos capibaras avant de rentrer pour préparer la viande.

Une sortie au capibara qui aurait dû être exeptionnelle, 25 mars 2017

Malgré ma belle prise, je suis très amer d'avoir perdu ce second capibara que je sais mort. Cette chasse n'est pas la plus difficile en Guyane mais retrouver son animal après le tir dans ce biotope est parfois très difficile.

 

Alex

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 21:33

Ce matin, le réveil sonne vers 5h30, j'allume la lumière et me rends compte que je dormais sous une grosse araignée postée sur le montant de la fenêtre au-dessus de la tête de lit.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Cette nuit les chiens de Xavier ont aboyé plusieurs fois et m'ont réveillé. Le jaguar, qui chasse régulièrement les chiens dans les jardins du secteur, est peut-être passé dans le quartier. Nous devons aller chasser le capibara dans une zone de savane marécageuse. En descendant pour préparer mes affaires, j'aperçois un gros cafard sur la terrasse couverte de Xavier, ces charmantes bêtes sortent souvent la nuit pour venir se noyer dans les restes de verres ou chercher quelques miettes.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous partons, en route Xavier nous donne quelques conseils de tir en nous encourageant à tirer de la lame mécanique et de viser le cœur en évitant surtout de percer l'estomac et les intestins. Nous avons un peu traîné ce matin et arrivons sur place un peu en retard, le jour s'est déjà levé. Nous nous préparons pour la chasse, je décide de ne pas mettre mon pantalon de ma tenue 3D et n'enfile que la veste, ma cagoule et mes gants. Nous distribuons les secteurs de chasse, nous allons suivre un chemin de terre au bout duquel je partirai à gauche et mes collègues à droite.

Je suis prêt avant mes collègues et décide d'aller prospecter un petit secteur derrière les bâtiments où nous avons chassé l'an dernier. Je pars donc devant par le chemin de terre et tombe sur le propriétaire que je salue. Nous discutons un peu puis je prends à gauche sur une langue d'herbes hautes, de 20 à 40 mètres de large en environ 150 mètres de long, surélevée de quelques mètres au-dessus des marécages en U, couvert de moucoumoucous qui la borde. Les herbes hautes sont marquées par de nombreuses coulées très marquées de capibaras. Je zigzague pour surveiller alternativement les 2 penchants de la langue enherbée qui donnent sur les marais pour tenter d'apercevoir un animal mais sans succès. Le vent souffle fort et face à moi, il commence à pleuvoir mais l'averse s'arrête rapidement. Le temps est idéal pour l'approche. Une odeur de cadavre me parvient et je tombe un peu plus loin sur un grand trou où pourrissent des carcasses de zébus. J'arrive au bout de la langue et aperçois à environ 200 mètres, de l'autre côté du marais, 1 puis 2, 3, 4, 5 capibaras qui broutent sous un gros arbre. Ils sont hors de portée pour le moment, nous verrons plus tard. Je fais demi-tour et reviens vers le chemin de terre où mes collègues sont en train de passer. Je presse le pas, arrive sur le chemin de terre et accélère encore pour les rattraper. De nombreuses traces de capibaras plus ou moins anciennes ponctuent ce chemin marqué de profondes ornières remplies d'eau boueuse.

Je rattrape mes collègues alors qu'ils passent une barrière qui barre le chemin de terre, nous l'ouvrons, la passons puis la refermons. Nous arrivons ensuite au bout du chemin. Un morceau de réacteur de fusée est posé sur le sol à notre gauche près d'une mare semi-asséchée au départ d'une bande boisée qui borde l'autre côté du marécage que je longeais tout à l'heure par la langue d'herbes hautes, de l'autre côté du chemin un petit lac creuse le terrain. Nous nous séparons, je pars donc comme prévu à gauche avec le vent de face qui souffle de façon soutenu. Je rentre dans la bande boisée assez claire. Le sol piétiné par le bétail est souvent dépourvu de végétation. Je tombe rapidement sur des traces de capibaras plus ou moins fraîches.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je suis tout doucement ces traces en observant les alentours et tombe sur quelques fruits de palmier à moitié mangé de frais. Je continue et tombe un peu plus loin sur un gros rond de ces fruits oranges tombés devant un buisson. J'avance doucement et me rends compte que certains sont mangés de frais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

En me décalant doucement sur la droite du buisson, j'aperçois 2 gros capibaras assis de dos, à environ 8 mètres, au bord du marais. Je me fige, les animaux m'ont vu mais n'ont pas compris ce que j'étais. Ils se lèvent et s'avance un peu vers l'eau, j'arme mon arc, le plus proche, s'arrête de 3/4 arrière à environ 10 mètres. Je vise et décoche, touché, l'animal démarre avec ma flèche, équipée d'un Rage Hypodermic, plantée au 3/4 dans le cuissot. Les 2 capibaras disparaissent à grands bons dans le marécage boisé.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Les conseils de Xavier n'ont pas été trop respectés, avec cette flèche, je suis sûr d'avoir touché les intestins et l'estomac. Je m'avance au bord de l'eau pour tenter d'apercevoir mon capibara au travers des arbres. Plusieurs iguanes se laissent tomber dans l'eau de la cime des arbres. Je l'aperçois rapidement qui finit de mourir à environ 15 mètres dans le marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

La chasse aura à peine duré 10 minutes, j'appelle Xavier pour lui annoncer mon capibara. Il me dit que je peux continuer à chasser pour tenter de flécher un autre animal. Je décide de laisser mon capibara dans le marais pour ne pas me mouiller tout de suite. Je reprends donc ma progression en suivant le marais dans la bande boisée mais plusieurs iguanes se laissent tomber dans l'eau en m'apercevant et font un bruit incroyable. Je décide donc de me décaler un peu plus à droite pour longer plus loin de l'eau. J'avance tranquillement quand j'aperçois un gros mâle capibara, reconnaissable à la grosse glande sombre sur son museau, il est à moins de 70 mètres de l'endroit où j'ai fléché mon capibara. Je me fige et l'observe à couvert de quelques branchages feuillus. Il s'avance doucement, en broutant, vers la prairie au-dessus de la bande boisée puis s'assoie à environ 10 mètres du marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je décide de tenter l'approche en redescendant un peu vers le marais pour essayer d'avancer en me cachant derrière les quelques arbres clairsemés. Je me décale donc sur la gauche des branchages mais me rends alors compte qu'il n'y a pas 1 mais 6 capibaras. Ils sont couchés, repartis sur quelques mètres entre le bord de l'eau et les derniers arbres.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je commence mon approche très très lente en surveillant tous les animaux. Petit à petit, je gagne du terrain, les animaux commencent à se douter de quelque chose, j'essaie de mettre les arbres entre eux et moi pour parfaire mon camouflage mais les troncs sont minces contrairement à moi. 2 capibaras reviennent doucement vers l'eau et s'arrêtent au bord du marais de 3/4 arrière à environ 30 mètres. Les autres sont plus près et commencent se lever. Je continue mon approche très lente. Le plus proche des animaux, une femelle de belle taille, s'est assise et commence à pousser des cris d'alerte mais me laisse approcher sans bouger. Petit à petit la distance diminue et, en me décalant, j'ai placé sa tête derrière un tronc. Sa zone vitale est dégagée dans le V dessiné par 2 petits troncs. Je ne suis plus qu'à 8 mètres. Le capibara donne toujours l'alerte sans bouger et certains de ses congénères lui répondent. J'arme doucement, vise le cœur en pensant à ce que m'a dit Xavier et décoche mais ma flèche part trop basse et semble taper les pattes avant de l'animal juste sous le poitrail. L'animal démarre, emportant ma flèche en travers de ses pattes. C'est la débandade, tous les capibaras se jettent à l'eau et disparaissent en un éclair dans le marécage.

Je ne suis pas du tout confiant sur l'issue de ma flèche, je m'en veux, j'aurais dû n'écouter que mon instinct habituel et viser le défaut de l'épaule comme à mon habitude. Je m'avance doucement. Le sol est jonché de crottes de capibaras toutes fraîches.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je trouve une petite goutte de sang au bord de l'eau sur une feuille morte. Plusieurs iguanes se jettent à l'eau à mon approche. Je scrute la surface de l'eau à la recherche d'un indice ou d'un mouvement. J'aperçois alors la moitié de ma flèche, côté empennage, cassée à 3 mètres de bord dans les moucoumoucous. Pas de capibara en vue, je pars chercher une longue branche pour récupérer ma flèche que je ramène facilement. Elle a été lavée et ne comporte pas le moindre indice. Je décide de laisser le secteur tranquille et de revenir chercher plus tard. Je laisse la branche pour marquer la direction de fuite. Mon téléphone vibre, c'est Xavier, je décroche, il m'annonce qu'un très gros groupe de capibaras est de l'autre côté du marécage et me demande de ne pas aller les chasser car, de leur côté, ils sont à mauvais vent et peinent à approcher les animaux.

Je continue à longer le marais. Le bois s'épaissit et je décide de contourner cette zone sale en longeant par la prairie. En arrivant doucement au bord du marécage, je me fais surprendre par un gros capibara qui surgit du bourrelet de végétation qui borde l'eau et plonge rapidement pour disparaître sous l'eau et la végétation de surface. Un peu plus loin, je peux suivre un instant son trajet car il heurte sous l'eau les moucoumoucous en faisant une courbe vers ma gauche. Le calme revient et je reprends mes esprits. Cet animal solitaire m'intrigue, ces rongeurs sont habituellement en groupe et je pense qu'il s'agit peut-être du capibara que j'ai blessé, de plus sa fuite semblait se rabattre vers la berge sur ma gauche. Je m'avance donc pour chercher son gîte et d'éventuelles traces de sang mais je ne trouve pas le moindre indice pouvant confirmer mon hypothèse. Je regarde vers la gauche mais la végétation est trop épaisse et je ne vois rien. Je laisse tomber en me disant que cet animal était très vif et ne semblait pas blessé.

Je repars donc en longeant le marécage,

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

de nombreux jacanas volettent au-dessus des zones de végétation basse du marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

J'avance tout doucement en suivant la berge qui fait une boucle très fermée à droite. La pluie se met à tomber très fort, j'aperçois un gros capibara par-dessus les moucoumoucous de l'autre côté du marais, exactement où Christophe en avait repéré un l'an dernier avant que nous fassions notre approche qui s'était concrétisée par le prélèvement de mon premier capibara. Je comprends alors que c'est peut être une sentinelle du groupe repéré par Xavier.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je ne pensais pas être déjà si près de la bande et décide de m'éloigner voûté en suivant ce côté du marécage. Xavier m'a vu de loin et m'appelle au téléphone pour me dire de ne pas continuer à chasser dans le secteur car il pense que je vais effrayer les animaux. Je décide donc d'aller chercher mes capibaras. Les zébus, intrigués par ce buisson qui marche, arrivent à ma rencontre et j'aperçois un beau taureau gascon dans le troupeau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Les vaches et les veaux viennent se planter et m'observent à environ 25 mètres.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je les contourne pour revenir vers la bande boisée.

Pendant ce temps, mes collègues ont repéré une bande de capibaras.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" tente une approche

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

qui se termine à 4 pattes avec son arc sur le dos (la dite technique de la tortue)

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Il réussit ainsi à approcher un capibara et à le flécher à 16 mètres. L'animal mortellement touché part dans le marécage et meurt à environ 30 mètres de la zone du tir. Xavier qui observait la scène en retrait l'a vu se débattre dans l'eau avant de s'immobiliser et guide donc "Scarabée" pour sa recherche. Il part donc pour faire le tour du marais pour aller chercher son capibara puis s'avance dans l'eau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Le capibara ayant coulé, il le retrouve à tâtons avec les pieds, puis le ramène au bord.

Xavier prend quelques photos souvenir.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" attache ensuite sa prise par les pattes avant et le traîne pour revenir à la voiture alors que Xavier porte les arcs.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

De mon côté, revenu au bord du marais, je pose mon arc, quitte ma veste de la tenue 3D et sors tout le petit matériel de mes poches quand Xavier m'appelle pour m'annoncer que finalement ils ont réussi à flécher un animal, il me demande où j'en suis et je lui dis que je m'apprête à aller chercher mon premier capibara. Xavier n'est pas content, il pensait que je l'avais déjà ramené au bord et a peur que mon animal soit perdu. Il me dit qu'il faut toujours s'occuper du premier avant de continuer à chasser mais je lui dis que je sais exactement où il est et que je ne voulais pas me tremper tout de suite. Nous convenons de nous retrouver avec nos prises au départ du chemin de terre où nous nous sommes séparés tout à l'heure pour y laisser les capibaras avant de repartir chasser. Nous raccrochons et je pars chercher ma bête. Je m'avance doucement dans cette eau croupie noirâtre. Mes pieds qui s'enfoncent, sous l'eau, dans la vase font remonter une odeur de putréfaction. Je progresse lentement en cherchant mon capibara du regard mais je ne le vois pas. 2 gros iguanes tombent dans l'eau près de moi. L'eau monte peu à peu jusqu'à mes fesses et je slalome entre les moucoumoucous pour progresser en contournant parfois un trou d'eau plus profond. J'essaie de poser mes pieds près des troncs d'arbre ou de moucoumoucous où les racines raffermissent le sol vaseux. J'aperçois vite mon animal qui flotte en surface entre les moucoumoucous. Son dos dépasse à peine de l'eau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

J'attrape l'animal par une patte arrière et le soulève un peu. J'aperçois ainsi ma flèche plantée dans l'animal, je la retire facilement en tirant dessus puis ramène ma prise sur la berge en la tirant derrière moi par la patte avec ma flèche dans l'autre main. Arrivé au bord, je remets ma flèche au carquois, laisse mon capibara sur place avec mon matériel et pars vite vers l'autre zone de tir quand je tombe sur un gros iguane engourdi par un séjour dans l'eau. Il vient de remonter sur la berge et commence doucement à revenir dans l'eau en m'apercevant. Je tente d'attraper mon appareil photo mais il plonge et s'éloigne sous la surface en se dandinant avant que je puisse le photographier. Il remonte quelques mètres plus loin, ne laissant dépasser que sa tête pour prendre sa respiration, le temps de zoomer, il plonge à nouveau et cette fois ne remontera plus dans mon champ de vision. Je poursuis jusqu'à la branche laissée en repère, regarde autour de moi si des indices ne m'auraient pas échappés mais, ne trouvant rien, je m'avance dans le marais, ici couvert de lentilles d'eau, pour tenter d'apercevoir mon animal. Des iguanes pleuvent des moucoumoucous et des arbres, j'avance doucement en scrutant les alentours pendant un moment mais sans rien voir. Je remarque qu'un chenal profond part en biais dans les moucoumoucous, les lentilles d'eau ont été déplacées sur sa trajectoire et je comprends que des animaux sont passés par là mais, malgré mes recherches, je ne trouve pas mon capibara. Je décide de laisser tomber pour le moment et de revenir à mon premier animal pour faire quelques photos.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je prends ensuite ma cordelette et attache mon capibara par les dents de devant puis récupère un gros bout de branche au centre duquel j'enroule la cordelette pour m'en faire une poignée de traction. Je ramasse toutes mes affaires puis commence à tracter mon animal. Le terrain monte tout d'abord sur environ 40 mètres, jusqu'à ce que j'arrive sur la prairie, et je peine un peu à avancer. Le relief s'aplanit ensuite et j'avance un peu plus vite quand j'aperçois un vautour urubu qui décrit des cercles au-dessus de moi.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je rappelle Xavier car je ne sens pas de laisser les capibaras sans surveillance avec ses charognards dans le secteur. Xavier me donne raison et me dis de continuer jusqu'à la voiture avec mon rongeur. Je prends donc le chemin, ouvre et passe le portail puis le referme derrière moi et commence à tracter mon capibara au milieu du chemin de terre mais il roule sur le côté et tombe dans une ornière remplie d'eau. Je constate alors que la traction est beaucoup plus facile et j'accélère le pas. En avançant le capibara pousse l'eau devant lui et me permet ainsi de le tracter sans trop d'effort sur plusieurs mètres après l'interruption de la flaque. Il passe ainsi de flaque en flaque jusqu'à ce que le terrain remonte. Je recommence alors à peiner pour remonter jusqu'au bâtiment, de plus le chemin n'est presque pas ombragé et le soleil plombe. Je finis par arriver en haut de la côte et fais une pause en regardant derrière moi. Les zébus regardent tous vers la droite et je comprends vite que quelqu'un arrive. J'aperçois rapidement mes collègues qui se rapprochent de la barrière. Je pars poser mes affaires au pickup et passe le coin des bâtiment en passant devant une employée du domaine qui prépare un tracteur pour partir travailler. Je la salue alors qu'elle me regarde passer amusée.

Je reviens ensuite à mon animal et finis de le tracter jusqu'à la voiture et le laisse là. Je décide d'aller aider mes collègues et pars donc à leur rencontre. Xavier est déjà arrivé au coin du bâtiment et discute avec l'employée. Ils parlent des abeilles sauvages qui font leurs nids dans le secteur et qui sont, semble t-il, très agressives. L'employée annonce que c'est la première cause d'accident sur le domaine et que les employés sont régulièrement attaqués, Xavier lui raconte qu'il a été attaqué lors de sa dernière chasse au capibara dans le secteur et que ces insectes l'ont poursuivi sur environ 300 mètres. Je pars à la rencontre de "Scarabée". Il s'est arrêté essoufflé au pied de la côte, son capibara d'environ 35 kg gît à ses pieds et je vois vite qu'il est plus petit que le mien. Vu que j'ai dû subir les petites moqueries de mes camarades en forêt au sujet de la taille de mes "lézards", je fais mine de chercher son capibara sans le voir puis de l'apercevoir enfin. "Ha, mais ce n’est pas un capibara que tu as fléché, c'est une marmotte !"

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous rigolons un peu, Xavier lui a, semble t-il, déjà dit qu'il détenait le record du plus petit capibara fléché sur le secteur. Je le félicite tout de même pour son premier capibara et pour sa belle flèche. "Scarabée" me dit que Xavier est allé chercher la voiture, nous l'attendons donc.

Il finit par arriver et je charge le capibara pendant que "Scarabée" charge et range les arcs. Je remonte à pied le temps que mes collègues finissent de se préparer et remontent avec la voiture. Xavier se gare devant les bâtiments, "Scarabée" vide son animal puis nous le pendons sur le côté du pickup pour le rincer avant que j'attaque de vider le mien. C'est un véritable carnage à l'intérieur, ma flèche est rentrée en traversant le cuissot, a traversé les intestins, l'estomac, le foie, les poumons et s'est arrêtée dans l'épaule opposée au côté de l'entrée.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Une fois le gros rongeur vidé, je passe donc un moment à le nettoyer puis nous mettons nos prises dans la glacière avant d'aller prendre un petit déjeuner sur la table réservée aux employés alors qu'un déluge s'abat sur le domaine. Nous repartons ensuite chasser, la pluie a cessé et un soleil de plomb brûle la savane. Nous partons vers l'endroit où j'ai fléché mon capibara l'an dernier. Nous longeons doucement le marécage quand une tâche brune, dans l'herbe rase, proche de l'eau, nous interpelle à environ 100 mètres. Nous nous immobilisons et identifions un cabibara. Comme "Scarabée" n'a eu qu'une occasion de tir ce matin, Xavier lui dit de se tenter l'approche. Nous le laissons donc partir en longeant le marais et nous nous décalons à droite sur le sommet d'une bute pour observer la scène à distance.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" avance doucement en longeant l'eau et gagne petit à petit du terrain. Arrivant dans une zone trop dégagée, il descend doucement dans l'eau pour longer la berge à l'intérieur des moucoumoucous. Le vent soutenu lui est favorable et agite la végétation, masquant ainsi encore un peu sa progression. Nous avons parfois du mal à le voir. Nous observons également le capibara et nous apercevons qu'ils sont en fait plusieurs. D'autres animaux sont couchés en bordure du marais dans la végétation. "Scarabée" s'arrête alors que les moucoumoucous laissent place à une zone dégagée. Le capibara est maintenant assis à un peu plus de 15 mètres, de dos par rapport à lui, il arme son arc, le capibara se lève et s'avance un peu pour s'arrêter plein travers. "Scarabée" décoche et atteint le capibara qui se précipite vers l'eau, entraînant dans sa fuite les autres animaux qui se lèvent et foncent dans les moucoumoucous. J'ai bien suivi des yeux sa trajectoire dans les moucoumoucous grâce à leur agitation et pense savoir à peu près où est mort l'animal.

Nous partons retrouver notre collègue puis commençons à chercher des indices. Rapidement, nous trouvons du sang sur la trajectoire de fuite. Pas mal de gouttes ont été projetées quand l'animal a traversé la végétation du bord de la berge.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

La végétation aquatique de surface porte également des gouttes de sang mais la piste s'interrompt vite, l'animal a dû plonger. "Scarabée" s'engage dans le marais, je quitte ma veste 3D et pose mes affaires et mon arc au sec puis le suis. J'essaie de partir dans la direction de fuite du rongeur mais à mesure que je m'enfonce, doucement, en regardant bien autour de moi dans les moucoumoucous, je perds vite mes repères par rapport à la berge. Il me semble que je suis trop à gauche et je biaise à droite, alors que je m'arrête un instant pour regarder les coulées dans la végétation, j'aperçois le capibara mort sur ma droite. Il flotte, coincé dans les moucoumoucous. J'annonce ma trouvaille à mes collègues. J'attrape ensuite l'animal par une patte arrière et commence à revenir vers la berge. "Scarabée" vient à ma rencontre alors que j'ai fait environ 5 mètres. Il demande à Xavier, resté sur la berge, de télémétré la distance et se montre en levant la main au-dessus des moucoumoucous. L'appareil affiche 25 mètres, il a donc fait 30 mètres environ avec une belle flèche au défaut de l'épaule. Ce capibara est légèrement plus gros que le premier mais un peu plus petit que le mien.

Nous regagnons la berge, contents d'avoir si vite retrouvé ce capibara car au même endroit l'an dernier, malgré une fuite moins longue, nous avions mis à 4 plusieurs heures pour le retrouver. Pour ma part, je suis content pour mon collègue mais ne digère pas le fait d'avoir blessé mon second capibara.

Pendant que "Scarabée" cherche sa flèche dans le marais, nous partons avec Xavier un peu plus loin pour voir si d'autres animaux seraient dans le secteur. Ne voyant rien d'autre que des jacanas, nous faisons demi-tour. Nous rejoignons notre collègue qui n'a pas retrouvé sa flèche puis faisons quelques photos souvenir avant le retour.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

De l'autre côté du marais, un employé à cheval vient s'occuper des zébus.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scrarabée" attache avec ma cordelette son capibara par les pattes avant malgré mes recommandations de l'attacher par les dents. Il le traîne un moment mais les dents de l'animal accrochent la végétation et le freine. Il finit par m'écouter et change sa façon d'attacher le capibara. Avec Xavier, nous l'aidons à tirer l'animal en tenant la cordelette les uns derrière les autres. Un peu plus loin "Scrarabée" trouve une grosse branche courte et en fait une poignée, Xavier prend alors les arcs et nous tirons tous les 2 l'animal. Nous sommes loin de la voiture et le soleil est brûlant, les gouttes de sueurs tombent de nos fronts. En passant près des zébus, je dis à mes collègues de se méfier car les bovins n'aiment pas trop l'odeur du sang et 2 gros taureaux gascons sont parmi les vaches zébus. Je les surveille en avançant.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Constatant que les animaux restent tranquilles, je les quitte des yeux.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous finissons par arriver au départ du chemin de terre où nous sommes séparés ce matin. Je demande à mes collègues s'il est possible d'aller chercher un peu mon second capibara. Nous laissons donc le capibara en bordure du bosquet puis partons vers l'endroit du tir. En arrivant près de l’eau, nous faisons plonger des iguanes et Xavier aperçois un beau caïman qui plonge près de lui. Il nous annonce le reptile juste avant que nous rentrions dans l'eau, histoire de nous mettre en confiance. Xavier n'est pas très en forme et je m'enfonce dans le marais avec "Scarabée", nous nous séparons pour couvrir plus de terrain mais malgré nos recherches le capibara reste introuvable. L'eau est couverte de lentilles d'eau mais la végétation est claire et permet de voir relativement loin. Le temps passe et nous décidons de laisser tomber. "Scarabée" revient au bord, je décide de prendre à gauche pour suivre la berge à 20 mètres dans l'eau. Des iguanes tombent près de moi et ne voyant rien, je finis par laisser tomber et rejoins mes collègues. Je suis dégoûté, Nous revenons à la voiture puis décidons de rentrer. C'est alors que "Scarabée" s'aperçoit qu'une sangsue s'est accrochée à sa cheville.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Après qu'il a décroché, nous laissons les viscères des 2 premiers animaux plus loin dans un fourré reculé où les charognards auront vite fait de les faire disparaître puis reprenons la route.

En route, j'aperçois une masse sombre dans la savane. Je la fixe intrigué et me rends compte qu'il s'agit d'un tamanoir. Je l'annonce à mes collègues, c'est un rêve d'en voir un de près. Xavier fait demi-tour un peu plus loin et se gare au bord de la route à la hauteur de l'animal qui est à 60 ou 70 mètres de la chaussée. Je pars pour l'approcher mais il a disparu, j'avance assez rapidement vers une petite zone de végétation épaisse où j'aperçois l'animal.

Il est à peine visible dans les hautes herbes.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je mets mon appareil photo en fonction caméra, je suis juste à quelques mètres de lui et appuis sur le bouton pour commencer à filmer. L'animal sort à découvert et passe devant moi puis s'arrête pour gratter, dans une touffe d'herbe, une petite fourmilière dont il extrait les fourmis avec sa longue langue. Il progresse ainsi en faisant des pauses. Il ne fait pas du tout attention à moi, le vent est soutenu. Il progresse ainsi en se nourrissant et s'éloigne peu à peu de moi.

Je profite d'une de ses pauses alimentaire pour me rapprocher à nouveau tout en filmant. Il finit par repartir et s'éloigner. Je coupe mon film et décide de tenter une nouvelle approche.

Cette fois je l'approche à juste 2 mètres et me fais repérer. L'animal surpris s'éloigne un peu d'un pas décidé puis fait une boucle pour venir se présenter à 6 mètres environ, plein travers et ébouriffé, une patte avant levé. C'est une posture d'intimidation. Je recommence à le filmer. Il reste figé un moment puis repars et s'éloigne de cul. Je coupe mon film et décide de le laisser partir.

Je suis trop content et reviens vers mes collègue en leur faisant des signes comme quoi j'ai fait un super film mais alors que j'arrive à la voiture et que je décide de leur montrer mon film, je me rends compte que je n'ai que le second film très court. Le premier film n'a pas marché, je suis dégoûté, je n'arrive pas à y croire. Nous repartons, heureusement "Scarabée" a assuré et a filmé mon approche.

De retour chez Xavier, nous nous attelons à la préparation de la venaison de nos prises. Daniel nous rejoint pour s'occuper du 3ième capibara qu'il va récupérer pour le cuisiner. Les capibaras sont prêts, en partant vers son appartement, "Scrarabée" aperçois un serpent : "C'est quoi ce serpent ?". Nous nous dirigeons vers lui avec Daniel qui tente d'attraper le serpent vert par la queue et le manque. Il nous annonce qu'il s'agit d'une couleuvre, le serpent commence à monter dans un arbre. Je l'attrape alors par la queue et le dégage des branchages puis lui saisis la tête. Je pars chercher mon appareil photo pour le photographier avant de le relâcher. J'apprendrais plus tard qu'il s'agit d'une espèce de couleuvre venimeuse et dangereuse pour l'homme.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous partons ensuite manger puis je décide d'aller préparer les crânes des capibaras et du gros caïman de "Scarabée". Je prépare avant ma touque pour notre sortie de demain où nous repartons pour 2 jours de forêt. Je fais donc bouillir les têtes dans une bassine métallique sur un feu de bois et décharne peu à peu les têtes ce qui me prendra une bonne partie de l'après-midi. Les têtes presque prêtes, je les mets hors de portée des chiens qui se sont régalés des morceaux de viande bouillis. Je pars ensuite et me doucher faire une petite sieste. La soirée sera animée par un repas très sympathique avec des amis de Xavier dont José et Marcel qui lui ont appris à chasser en Guyane. Nous dégusterons ainsi un des 2 pacs tué par Xavier et que la femme de José nous a préparé. C'est vraiment très bon. La soirée se termine tranquillement et il nous faut maintenant aller dormir car demain nous repartons en forêt.

 

Alex

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 10:05

Ce matin, nous avons rendez-vous à 6 heures sur une grande propriété agricole qui élève des bovins pour chasser le capibara. Cet animal est visible surtout le matin au lever du jour et le soir et la nuit dans les zones chassées. Le réveil sonne vers 5 heures, nous nous préparons puis nous nous retrouvons devant un petit déjeuner avant de partir pour la zone de chasse. Nous arrivons sur place alors que le jour commence tout juste à se lever. Nous passons le portail d'entrée puis faisons le tour des bâtiments à la recherche du propriétaire sans le trouver. Nous tombons sur un de ses employés et discutons un peu avec lui. Nous nous garons près des bâtiments puis décidons de partir chasser sans attendre plus car le jour se lève de plus en plus.

Nous formons 2 binômes, je pars avec Christophe. J'ai pris ma caméra GOPRO que j'ai fixée sur le côté gauche de ma tête. Nous nous avançons derrière les bâtiments dans une prairie vallonnée. De chaque côté de la bute un petit marais couvert de moucoumoucous délimite le bas de la pente. Xavier et Olivier prennent un côté et nous l'autre. Il fait beaucoup de vent ce matin, il facilitera nos approches. Le ciel est couvert et je pense voir tomber rapidement la pluie. Je m'approche doucement du marais sans rien voir.

En arrivant juste au ras du marais, j'entends quelques cris caractéristiques du capibara et entends quelques animaux plonger sans pouvoir les voir dans la végétation très épaisse. Christophe reste derrière en observateur. Je suis tout doucement le bord du marais, Un gros oiseau ressemblant à un faisan décolle du sommet de la butte pour disparaître dans les moucoumoucous. Christophe me suit à distance mais j'arrive au bout du marais sans voir de capibara.

Nous retrouvons Olivier et Xavier au bout de la bute. Il ont vu un gros caïman mais pas de capibara. Nous n'avons l'autorisation de tir que sur les capibaras. Nous partons tous un peu plus loin pour retenter l'approche. Nous rejoignons un chemin de terre sur lequel de très grosses empreintes de capibaras sont imprimées dans la boue.

Nous longeons le chemin un moment puis nous nous séparons pour aller prospecter deux secteurs bien distincts. Avec Christophe nous prenons à gauche le long d'un petit bois qui surplombe un marais. Nous sommes pour le moment à mauvais vent. Nous avançons ainsi doucement jusqu'à rattraper le bout d'un très grand marais couvert de moucoumoucous et commençons à le longer tout doucement.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Cette fois, le vent est bon, il souffle face à nous. Le léger relief du terrain presque plat suffit à cacher parfois les capibaras. Nous avançons donc prudemment en arrivant en haut des petites buttes. Nous voyons pas mal d'indice de présences, des traces dans la boue du bord du marais et des tas de crottes. Des jacanas se débinent dans les moucoumoucous. Le secteur est parfois chassé à la carabine par Daniel, un ami de Xavier et au fusil par les employés du domaine.

Au bout d'un moment Christophe m'arrête et me montre un grand groupe de capibaras entrain de brouter, à une centaine de mètres, de l'autre côté du marais dans la prairie. Ils sont un peu plus de 15, il me semble.

Il nous faut faire un grand détour de plusieurs centaines de mètres autour du marais pour tenter une approche. Nous nous serrons au maximum contre le marais pour être au point le plus bas et tenter d'avancer cachés par les moucoumoucous qui poussent à 5 ou 10 mètres de la berge. Les capibaras eux sont à mi-pente d'une petite butte et dominent donc le secteur. Ils risquent de nous voir d'un moment à l'autre surtout que certains assis montent la garde pendant que d'autres mangent.

Nous progressons plus ou moins voûtés en fonction de la hauteur des moucoumoucous. Nous surveillons de temps en temps le groupe d'animaux qui est en train de passer derrière la bute. Un peu plus loin, alors que regardons à nouveau nous n'apercevons plus que le dos d'un capibara qui broute en crête. Il relève brusquement la tête. Nous nous baissons mais il ne nous a pas vus. Alors qu'il se remet à brouter nous reprenons notre marche rapide et perdons peu à peu l'animal de vue.

Arrivés au bout du marais Christophe qui a déjà analysé la trajectoire du vent me dit qu'il est dans notre dos mais qu'il souffle en biais vers le marais. Il souffle toujours aussi fort. Il va nous falloir serrer au maximum le bord de l'eau pour ne pas être senti. Christophe me dit d'allumer ma GOPRO pour ne pas oublier de l'allumer le moment voulu.

Nous commençons à avancer tranquillement en suivant le bord du marais en surveillant par moment la butte sur ma droite. Au bout d'un moment, j'aperçois un capibara pas très gros et en averti Christophe. Il est près du bord de l'eau et risque de nous voir car nous sommes à découvert. Je décide donc de continuer mon approche dans les hautes herbes qui borde l'eau. J'avance un petit moment ainsi puis regarde à nouveau. Cette fois c'est un très gros capibara qui est plein travers au bord de l'eau.

Je reprends ma progression mais le perds de vue à cause des herbes hautes.  Le téléphone vibre dans ma poche. Quand je regarde à nouveau, il n'est plus là. Je continue à avancer et ralentis en me rapprochant de la zone où étaient les capibaras. Je regarde la butte sur ma droite en espérant voir arriver des animaux au sommet. Je me suis décalé sur la droite des herbes et avance tout doucement quand j'aperçois un gros capibara assis au bord de l'eau derrière les herbes hautes à moins de 10 mètres.

Je stoppe net et me baisse, arme mon arc, me redresse et prends la visée sur le coffre de l'animal. Je n'ai jamais tiré un animal aussi gros dans cette position.

Je décoche, mon encoche lumineuse éprouvée par le séjour en forêt ne s'est pas allumée mais il me semble voir rentrer ma flèche au niveau du coffre. Mon capibara pousse un grognement et démarre en trombe pour foncer droit devant lui dans les moucoumoucous. Un autre capibara plus gros que je n'avais pas vu démarre juste derrière et fonce à 90° du premier pour rentrer lui aussi dans les moucoumoucous.

Je réencoche alors que Christophe me rejoint. Il me félicite pour mon tir mais, au fond de moi, je ne suis pas trop confiant, l'animal est parti dans l'eau et en plus dans les moucoumoucous qui sont très denses. Il n'a pas vraiment vu mon atteinte et me demande des précisions, je lui dis que je pense ma flèche bonne. Alors que nous nous approchons de la zone du tir, il me semble entendre un animal se débattre un très court instant dans l'eau. Je repère la provenance du bruit près d’une petite excroissance dans les moucoumoucous et en parle à Christophe qui pense qu'il s'agit du bruit d'un animal en fuite. 

Je reste un moment à écouter puis remonte sur la butte pour voir si un autre capibara ne serait pas derrière puis rejoints Christophe parti voir la zone du tir. Tout à coup, un mouvement se dessine sous la surface de l'eau couverte d'une espèce de végétation épaisse. J'arme mon arc et suis le mouvement quand une tête de petit capibara gros comme un beau ragondin refait surface au travers de la végétation. Christophe qui a armé lui aussi me dit de ne pas tirer. Je pense alors avoir fléché la mère de ce petit et veut le flécher mais Christophe insiste et je laisse ce petit rentrer dans les moucoumoucous et désarme.

Je pars ensuite vérifier mon tir, aucune trace de sang à l'endroit du tir

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

mais l'empennage de ma flèche dépasse des algues à 3 mètres du bord.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Il ne semble pas y avoir de sang sur les moucoumoucous un peu plus loin.  Il me semble voir mon capibara filer droit devant lui, je pense donc qu'il est passé par une ou l’autre des coulées qui se dessinent dans les moucoumoucous en face de moi.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Je demande à Christophe comment faire pour aller le chercher, je pense à une embarcation mais il me dit qu'il va aller le chercher à pied. Je suis très réticent à l'idée de rentrer dans ce marais sans voir où je mets les pieds. Je ne suis vraiment pas fan des eaux troubles dont on ne voit pas le fond mais Christophe se lance et me dit qu'il va se débrouiller seul.

Lâchement, je le laisse rentrer dans l'eau et s'enfoncer doucement dans le marais jusqu'à la taille. Il me fait passer ma flèche cassée juste après les empennages mais encore attenante à l'autre morceau. Une petite trace de sang est présente dans l'encoche lumineuse mais le reste de la flèche a été totalement lavé dans l'eau du marais. 

Christophe me dit d'appeler Xavier, c'est ce que je fais, je m'aperçois que c'est lui qui a essayé de me joindre pendant mon approche et apprends qu'Oliver a lui aussi fléché et qu'ils sont en train de chercher le capibara mais la flèche leur semble trop haute, peut être au-dessus de la colonne, et il ne trouve pas une seule trace de sang malgré une fuite sur terre de l'animal. La flèche est graisseuse. J'en averti Christophe qui rentre dans les moucoumoucous et commence à suivre les coulées.

Je l'observe de la berge sans oser me mettre à l'eau. La surface grouille de vie sous les algues, des poissons (je pense) viennent soulever les algues ou faire des remous en surface. Tout à coup, Christophe me crie qu'un jeune capibara de la même taille que celui vu tout à l'heure, lui tourne autour comme s'il était perdu, cette nouvelle augmente mes craintes d'avoir fléché la mère des jeunes.

Christophe cherche depuis un moment quand je l'entends crier et se débattre avec un bruit d'eau. Il vient de se faire attaquer par un nid de guêpes et revient rapidement vers la berge. Il a tenté de les faire fuir en s'aspergeant d'eau. Il souffre beaucoup et se sent mal, il met un moment à revenir à lui et à faire passer la douleur. Je me sens encore plus coupable de le laisser chercher à ma place. Un petit oiseau à tête blanche se pose sur un moucoumoucou coupé par Christophe.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Au bout d'un moment Christophe repart avec mon poignard pour se frayer un chemin. Il décide de chercher plus à droite vers où est parti le second capibara. Xavier me rappelle, ils renoncent à chercher le capibara qui ne semble pas bien touché et viennent nous rejoindre. Je leur explique un peu notre position par rapport aux repères du terrain.

Au bout d'un moment, je les vois passer de l'autre côté du marais et les appelle. Ils m'ont vu et arrivent. Je leur explique la situation et ils partent rejoindre Christophe. Cette fois, j'ai trop honte et prends mon courage à 2 mains et me mets à l'eau. En avançant dans les moucoumoucous, je trouve une sorte d'île enherbée et monte dessus. C'est en fait un sol meuble qui flotte sur l'eau qui bouge sous mes pas, c'est une sensation très étrange. Nous cherchons un moment sans succès et arrêtons les recherches.

Je n'y croyais pas trop de toute façon avant de commencer mais je suis abattu, les doutes sur mon tir m'envahissent. Je viens de perdre mon capibara. Nous vidons nos bottes alors que Daniel, un ami de Xavier qui chasse le capibara à la carabine sur le secteur, arrive avec son pickup sur la butte où j'ai vu passer Xavier et Olivier tout à l'heure.

Nous partons le rejoindre et nous lui expliquons la situation. Nous nous disons que nous reviendrons plus tard pour chercher mon capibara que les urubus trouveront peut-être et nous indiquerons sa position de leur vol tournoyant. Certains volent d’ailleurs au-dessus de la zone du tir mais ne font que passer. Nous partons à nouveau en chasse et formons deux groupes. Un soleil brûlant s'est levé. De nombreux passereaux peuplent cette propriété, l'un d'eux est particulièrement reconnaissable, c'est la sturnelle militaire dont le poitrail rouge métallique flache dans la végétation.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

D'autres oiseaux tout noirs, ressemblant à des pies unicolores, volent également dans le secteur, ce sont des anis. Cette fois Christophe a décidé de chasser et, refroidi par ma mauvaise expérience, je me mets plus en retrait. Alors que nous longeons un marais, Christophe repère 2 taches brunes à environ 80 mètres. Nous les observons et concluons qu'il s'agit de zones terreuses mais alors que nous avons fait environ 15 mètres, une tête de capibara se redresse puis une autre.

Nous nous figeons mais sommes à découvert. Les 2 capibaras se lèvent et se tournent vers l'eau. Christophe me dit de ne pas bouger. Nous les observons un moment alors qu’ils partent doucement vers le marais puis tentons de nous approcher alors qu'ils se sont mis à l'eau mais ils sont déjà à couvert.

Nous reprenons notre progression le long du marais. Pas d'autre capibara en vue. Nous retrouvons l'autre groupe et prospectons d'autres coins tous ensemble mais sans succès alors qu'Olivier repars vérifier son tir. Les zébus croisés de gasconnes nous observent. Il est assez amusant de voir que c'est une race de chez nous qui se croise avec les zébus.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Le secteur est très fréquenté, herbe broutée, traces, crottes et îlots mis à nu pars le passage des animaux mais pas de capibara en vue. Après le retour d'Olivier nous reprenons le pickup et partons prospecter plusieurs secteurs sans succès. Nous croisons le propriétaire qui nous indique quelques coins mais nous n'y auront pas plus de réussite. Nous voyons beaucoup d'oiseaux : passereaux, perroquets, hérons, jacanas, urubus... Nous finissons par une zone de marais plantée de grands arbres puis de grands palmiers, sur la rive opposée où Olivier a fléché son capibara. Une bande boisée borde l'eau.

Nous nous avançons doucement vers ces arbres quand des masses commencent à tomber au sol. Ce sont de très gros iguanes, certains tombent juste à côté de Christophe. J'aperçois l'un d'eux se jeter du haut d'un très grand arbre et s'écraser au sol avant de partir à toute pattes, courir sur l'eau pour s'agripper à un autre grand arbre qui pousse au milieu de l'eau et y monter en un éclair pour disparaître derrière le tronc. Nous nous dispersons un peu et longeons le marais quand, alors que Christophe me rejoint, un gros capibara démarre de son gîte sous des branches basses au bord de l'eau et rejoint les moucoumoucous de la berge opposée en quelques bons. Les jacanas se débinent par moment. Les arbres font place à de grands palmiers.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Arrivé au bout du marais, je reviens par la prairie vers la zone des iguanes.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Une buse blanche survole la cime des arbres et provoque le plongeon d'un gros iguane dans le marais. Je retrouve Christophe et nous partons rejoindre Daniel qui nous attend au Pickup. Xavier est parti se reposer un peu et Olivier est à la traîne, je l'appelle et lui dit que nous l'attendons au départ mais nous nous comprenons mal et Olivier pars à l'opposé.

Nous décidons de partir rechercher mon capibara en l'attendant. Les urubus ne semblent pas plus actifs que tout à l'heure. Nous nous approchons un peu avec le pickup puis partons à pied. Christophe qui a trouvé que j'avais tiré très vite me culpabilise un peu en me disant que j'aurais dû m'appliquer plus pour tirer. Son capibara fléché plein cœur en janvier n'avait pas fait 5 mètres. J'étais pourtant sûr que ma flèche était bonne mais les doutes m'envahissent de plus en plus. Daniel et Christophe repartent à l'eau et me dise de les attendre. Je m'assois dans l'herbe sous un soleil brûlant. Mes collègues ont disparu dans la végétation.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Une libellule avec une raie dorée sur le dos me tient compagnie et tourne autour de moi.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Le temps passe et je n'y crois pas du tout quand Daniel nous lance : "Je l'ai trouvé". Il lance un gros crâne de capibara en l'air et je pense à une plaisanterie mais il nous confirme qu'il l'a bien trouvé tout près des restes d'un autre capibara. Nous sommes passés à côté tout à l'heure.

Il est mort où je l'ai entendu se débattre tout à l'heure. Nous cherchions trop à droite. Christophe part l'aider pour le sortir du marais et je finis par les voir arriver avec le capibara gonflé par la fermentation. Il est énorme, il fait environ 65 kg. Je le dégonfle un peu en appuyant dessus et admire cette magnifique bête. Ma flèche était bonne, elle rentre au défaut de l'épaule et ressort un peu plus en arrière du côté opposé. Un pli d'intestin sort par la sortie de flèche. Nous constaterons au dépeçage que la zone vitale (cœur poumon) est très petite par rapport à la taille de l'animal et très avancée derrière l'épaule, le foie lui est assez gros.

Ma flèche passe les poumons et la mort est survenue sur environ 25 mètres. Nous testons les allaites de cette grosse femelle, elle n'a pas de laie, ce n'est donc pas la mère des petits vus tout à l'heure, je suis rassuré, bien que Daniel m'ait affirmé que les femelles s'occupent indifféremment de leurs petits et de ceux des autres. Je remercie vivement Daniel et Christophe sans qui je n'aurais jamais revu mon capibara.

Daniel habitué à chasser cet animal est équipé, il nous passe une sangle possédant une petite boucle pour passer aux dents de devant de l'animal et 2 bandes, de longueurs différentes pour éviter de se gêner en tirant, terminées chacune par une boucle à passer autour du torse en diagonale.

Nous attachons le capibara par les dents et passons les boucles avec Christophe pour tirer la bête jusqu'au pickup. Il nous faudra faire plusieurs pauses car il fait vraiment très chaud et le capibara pèse lourd.

Une fois l'animal chargé, nous partons chercher Olivier qui est revenu aux bâtiments et Xavier qui regarde la télévision avec des ouvriers occupés à leur pause repas. Il est près de midi nous rentrons pour dépecer la bête avant de manger.

Nous commençons par une petite séance photo.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014
Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

J'ai bien choisi mon endroit au milieu des fourmis rouges et je tente de garder le sourire alors qu'elles me piquent de toutes parts. De vives brûlures s'étalent sur mon corps et je suis obligé d'aller me doucher avant d'attaquer le dépeçage. A mon retour de la douche, je m'occupe de peler mon capibara avec Daniel qui me donne un cours pour peler et vider cet animal que je ne connais pas encore.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Une fois peler, vidé, nettoyé, découpé et mis en sac le capibara est mis au frais et nous partons manger un bout. Alors que nous allons passer à table, j'aperçois à nouveau l'iguane, vu hier, lové sur la même branche qu'hier.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Je le montre à mes collègues qui prennent à le voir. Il faut dire que j'y ai posé les yeux dessus alors qu'il bougeait un peu. Olivier n'est pas en forme. Après un bon repas façon Xavier nous partons nous reposer un peu. Daniel repart avec l'arrière du capibara qu'il a promis de nous cuisiner en confit et en blanquette car il n'est pas seulement un excellent chasseur de capibara mais il est aussi très fort pour le cuisiner. Olivier part se coucher, il a dû faire une petite insolation. La fin de journée sera consacrée à la détente, je vais en profiter pour faire une bonne sieste après avoir préparé le crâne de mon capibara.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

En arrivant en bas de chez Xavier, une belle araignée nous attend sur le mur.

Chronique Guyanaise, les capibaras au rendez vous, 31 mars 2014

Le soir venu, Xavier a invité des amis chasseurs pour manger un bon repas préparé par la femme d'un de ses amis brésilien. La soirée se passera dans une bonne ambiance détendue à écouter les histoires de chasse des uns et des autres. Pendant le repas la mygale du secteur se promène sur le mur puis part se caler sur une poutre à l’affût d'une proie. 

 

Alex

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  • : Le blog de Alex.bowhunter
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  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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