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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 22:13

Ce soir, il fait très chaud et je décide de tuer un peu le temps en attendant le retour de températures un peu plus clémentes. Je gare ma voiture sur une route de crête puis je descends tranquillement le long du bois de gauche. Un lièvre démarre tout près de moi dans le tournesol et remonte vers la crête. Les moissons sont en plein et une petite parcelle d'avoine a été moissonnée un peu plus bas. Il va falloir  que je me dépêche de flécher mon brocard si je veux le faire à l'approche car le couvert des cultures s’amenuise et le retour des températures estivales rend le sol très craquant. Arrivé au coin du bois, je cherche une grosse coulée pour rentrer dans le sous-bois. Je me faufile au travers des branchages et me poste dans une petite zone dégagée. Je vais jouer un peu du Butollo pour tenter de faire des photos de chevrette car je ne pense pas que les brocards y soit encore très réceptifs.

Je commence à appeler en alternant des séries de petits cris brefs, de cris longs et plaintifs et de cris de chevrette en enfonçant la poire jusqu'au fond. Le temps passe alors que j'appelle toujours. un vol de 4 ou 5 corbeaux, intrigués par le bruit, me tourne autour et vient se poser régulièrement à quelques mètres au-dessus de ma tête. Une buse vient se joindre à la partie mais pas la moindre chevrette. Je décide donc de changer d'appel, normalement l'appel continue de plaintes, composé de gémissements et d'appels courts sans interruption est redoutable.

Je commence mes appels et très rapidement un fracas retentis dans mon dos. Je stoppe mes appels. Une chevrette complètement essoufflée cherche la provenance du bruit. Je la laisse chercher et attrape doucement mon APN. Elle est derrière un écran de végétation. Je tente quelques photos mais on la distingue à peine sur ces clichés.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Je me tiens près avec mon APN et tente un bref appel, mais la chevrette surgit de la végétation et fonce sur moi sans que je n’aie le temps de réagir. Elle stoppe à 4 mètres devant moi, fait volte-face pour disparaître dans le bois et commence à aboyer un peu plus loin. Je tente de la refaire venir mais elle a compris le manège et s'éloigne en continuant d'aboyer. Je quitte mon poste par où je suis arrivé et ressort du bois puis remonte vers la voiture. Arrivé en crête, j'observe un moment l'autre côté de la route mais pas une seule tache rousse en vue.

Je descends le long de la culture à gibier et rejoins le fond de la combe pour bifurquer et revenir vers le bois. Je longe doucement la lisière et pars me poster près d'un petit trou d'eau situé juste à l'intérieur du bois à quelques mètres de la bordure. Des traces de chevreuils marquent la boue du bord de l'eau, avec cette chaleur il doivent venir y boire. Je me choisis un poste dans la végétation et recommence mes appels mais cette fois rien n'y fait.

Au bout d'un moment, je ressors du bois. Une chevrette démarre à moins de 30 mètres sur ma droite, au milieu de repousses de frênes juste assez hautes pour la dissimuler. Elle rentre au bois et je tente de me rapprocher doucement pour l'apercevoir mais elle a disparu. Je reprends ma progression en direction du chemin forestier qui me conduira vers les près fauchés. Plusieurs lapins détalent devant moi.

Je stoppe de temps à autre pour observer mais les chevreuils ne sont pas encore de sortie sur le secteur. Je rattrape le chemin forestier et le longe pour ressortir du bois. Il me semble entendre un bruit de pas sur ma droite mais impossible de voir sa source. Le chemin surplombe maintenant un très grand pré fauché qui borde la rivière. Une haie épaisse fait un écran végétal seulement percé de quelques fenêtres très espacées. Au travers des trouées, j'observe le pré quand j'aperçois un brocard au gagnage. Il est à 70 mètres environ.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Le vent souffle dans mon dos et ma seule chance de faire une approche est de longer la haie jusqu'au bout du pré puis de revenir vers la rivière par un chemin de terre bordé de très gros chênes puis d'approcher le chevreuil par le bord du cours d'eau. Je tente le coup, je marche très rapidement en faisant juste attention aux trouées dans la haie pour ne pas être repéré. J'en profite à chaque fois pour observer un court instant le brocard qui semble tout à fait paisible. Quelques lapins détalent en tous sens. Arrivé au bout de la haie, je m'avance vers le premier gros chêne du chemin et me cale derrière pour observer. Le chevreuil est toujours aussi calme, il broute sans se soucier de moi. 2 lièvres qui arrivent du bord de la rivière se coursent au milieu des balles rondes.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Je m'avance rapidement jusqu'au second chêne sans être repéré. Le brocard est à 400 mètres environ et broute toujours. Je décide de tenter de rejoindre la rivière rapidement et d'une traite en espérant que la distance me mettra à l'abri des yeux du brocard.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Je progresse donc rapidement mais stoppe tout de même une fois alors que le chevreuil vient de relever la tête. Au moment où il se remet à brouter je finis d'une traite les 60 mètres qui me séparent de la rivière. Le brocard rejoint quant à lui le bord du cours d'eau. La courbe du cours d'eau me fait perdre de vue mon chevreuil. J'en profite pour faire les 200 premiers mètres en courant le long de la rivière puis je marche d'un bon pas vers le virage du cours d'eau. Je pense que mon chevreuil n'est plus qu'à 50 mètres et je ralentis le pas pour commencer mon approche à pas calculés au milieu de l'herbe sèche. Je ne vois toujours pas le brocard et j'avance à l'aveugle. En arrivant au virage, mes pas se font très lents et je tends régulièrement la tête pour tenter d'apercevoir mon animal de chasse.

Tout à coup, je l’aperçois au travers des feuillages, il est à 40 mètres devant moi et me tourne le dos. Je l'observe un peu alors qu'il se remet en marche. Je tente de me rapprocher très lentement et sans bruit. Il n'avance pas vite en broutant et je gagne 10 mètres pour me positionner derrière une branche au feuillage épais qui dépasse de la haie bordant la rivière. Le reste de l'approche risque d'être très compliquée. Un peu plus loin, une haie perpendiculaire à la rivière s'interrompt  sur quelques mètres avant le cours d'eau et si mon brocard passe derrière cette haie je pourrais tenter une approche plus sereine.

Le brocard broute toujours mais, tout à coup, il se tourne face à la rivière et se met à gratter le sol de son sabot avant de se coucher plein travers en regardant vers moi. Je n'avais pas envisagé cette hypothèse et mes chances sont maintenant très maigres de terminer mon approche car le brocard faisant confiance à son odorat ne regarde jamais derrière lui et fixe ma direction sans me voir mais je ne peux pas faire un seul mouvement. Au mieux, il regarde devant lui mais je suis coincé. L'attente commence. Les 2 lièvres de tout à l'heure broutent plus loin au bord de la haie alors qu'un lapin s'amuse à leur tourner autour. Le brocard se gratte le menton avec sa patte arrière. Le temps passe et la luminosité commence à décroître. Je ne vais pas rester toute la soirée à le regarder, je décide de tenter des appels au Butollo.

Je commence par une entrée en matière douce avec des petits appels brefs pour éveiller sa curiosité. Immédiatement le brocard tend le coup et cherche la provenance du bruit. Je stoppe un instant et le laisse chercher puis alors que son attention baisse, je recommence. Il semble curieux mais je n'ai pas l'impression qu'il veuille se lever. Je passe aux cris plaintifs espacés. Son attention semble croître, il cherche de plus en plus. J'intercale quelques cris de chevrette mais il ne se lève toujours pas. Je fais une longue pause sans appel puis je reprends des petits appels brefs. Cette fois, il se lève.

Il reste un moment à regarder vers moi alors que je suis immobile moi aussi puis il commence à s'éloigner de la rivière en trottinant. Je recommence mes appels brefs. Il bifurque doucement pour se rapprocher tout en décrivant un arc de cercle pour me contourner et me prendre au vent. Il s'arrête régulièrement et fixe son regard dans ma direction sans réussir à m'identifier. Je fais de courtes pauses et reprends mes appels pour le garder curieux et intéressé. Il s'avance encore et baisse sa garde, j'arme tout en tenant le Butollo à la main. Il n'a rien vu et s'avance encore. Je le suis, arc armé et continue mes appels mais il commence à s'éloigner un peu et se cale finalement à 20 mètres environ. Je ne sens pas le tir et tente encore de le faire revenir mais il se tourne de cul et commence à s'éloigner puis prend le galop bondissant. Je désarme et le stoppe à 50 mètres environ en l'aboyant puis commence à le faire revenir avec des appels de Butollo. Il avance en humant le sol et pas à pas se rapproche à nouveau, je réarme avec le Buttolo à la main alors qu'il ne me regarde pas et continue mes appels. Petit à petit, le brocard se rapproche, mon viseur se cale, il avance encore un peu puis s'arrête, 15 mètres environ plein travers, c'est ma chance. Je décoche mais rate mon brocard en passant juste sous le poitrail.

Le brocard, surpris par l'impact de la flèche sur le sol, fait demi-tour et repart au galop vers la haie. Je recommence mes appels et le stoppe net. Il recommence à venir mais bien plus méfiant alors que je réencoche tout doucement. Il revient très doucement mais, à 30 mètres, il fait brusquement demi-tour et s'enfuit en aboyant, s'arrête à la haie, m'observe puis la franchit d'un bon pour disparaître toujours en aboyant. Je n'insiste pas, je sais que cette fois ce n'est pas la peine.

Je pars chercher ma flèche puis reviens à travers le pré vers le chemin bordé de gros chênes quand j'aperçois mon brocard qui se débine contre une haie qui longe une habitation au sommet de la colline. Je crois savoir où il va et je tente de le devancer, en essayant de rester discret, je presse le pas puis court vers le passage au coin de la grosse haie. Le chevreuil n'arrivant pas, je remonte vers la haie sous l'habitation mais le chevreuil a disparu.

La luminosité baisse, un cri de renard retentit au loin et je décide de tenter de me rapprocher. Je rattrape la crête de la colline et longe un chemin couvert d'herbes hautes tout en surveillant les prés fauchés. Je m'avance à découvert pour rejoindre un îlot en friche qui couvre un talus assez raide au milieu des prés fauchés. De nombreux lapins s'enfuient. Je me poste derrière un buisson et tente quelques cris de souris mais rien ne vient. Au loin, sur la crête suivante, j'aperçois plusieurs masses sombres qui se déplacent, peut être une famille de renard ? Mes cris de souris n'ayant pas la portée suffisante, je tente un plainte de faon en continu. Mais un c'est un galop qui retentit au loin. Un chevreuil arrivant ventre à terre de plusieurs centaines de mètres. Je stoppe mes appels et me décale rapidement en crête du talus pour me positionner près de son point d'arrivée.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

L'arrivée et tellement rapide qui je ne peux faire que 20 mètres. Une chevrette surgit à 20 mètres  devant moi et se fige pour m'observer. Je reste immobile quand, tout à coup, surgissant de nulle part, mon brocard de tout à l'heure surgit à 10 mètres devant moi et regarde vers la chevrette. J'arme rapidement et prends la visée mais encore une fois ma flèche passe juste dessous, je me suis trop pressé ! Le couple fait volte-face et repart ventre à terre vers les  bois au loin. Je me décale rapidement derrière des herbes hautes et un buisson pour me positionner.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Si j'arrive à faire revenir la chevrette, le brocard suivra. Je recommence des appels longs et plaintifs alors que les amoureux sont déjà loin. La chevrette amorce une grande boucle pour venir droit sur moi, le brocard lui emboîte le pas, je continue mes appels jusqu'à ce qu'ils arrivent à environ 40 mètres en dessous de moi puis stoppe brutalement. Les chevreuils s'arrêtent un instant derrière des buissons et je les perds de vue. Encore 2 petits appels brefs et les voilà, ils foncent droit sur moi. Je range le Butollo et arme mon arc. La chevrette vient se planter à 3 mètres de moi et se fige en regardant vers moi, le brocard s'arrête lui aussi mais focalisé sur l'arrière train de sa partenaire. 3 mètres, léger 3/4 face, juste en dessous de moi, ma visée est prise, je décoche. L'impact retentit. La chevrette redémarre en trombe, le brocard fait un saut extraordinaire de côté et retombe dans un buisson. Il ne bouge pas pendant un moment. Je reste immobile.

Il finit tout de même par repartir alors que la chevrette l'attend sur le penchant opposé. Il chute plusieurs fois sur 30 mètres puis se couche sur le flanc et s'immobilise. Cette fois c'est fini, ce n’était pas mon jour, mais ce n'était pas le sien non plus. Il a pourtant eu 3 chances.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Le chevrette refuse de partir et aboie sur place alors que, plus loin, un autre chevreuil lui répond. Je descends vers mon brocard. Le buisson dans lequel il a sauté est maculé de sang.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

L'ayant vu tombé, je me dirige directement vers lui alors que la chevrette peine à partir. Ma flèche est plein cœur, ce qui explique ce saut incroyable.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Après quelques photos souvenir, je rentre avec mon chevreuil sur l'épaule dans la nuit noire.

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Alex

 

Trophée :

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

Atteinte :

Les 3 vies du brocard, 24 juin 2011

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commentaires

histoire-de-chasse 27/07/2011 10:42


Salut alex, j'ai mit un lien de ton blog sur le mien, dans la colonne de droite "partenaires", avec une photo d'un de tes brocards!
Amicalement Vincent


DUFORESTEL JORDAN 27/06/2011 17:04


BRAVO POUR TA PERCEVERANCE ET TON PRELEVEMENT (LE BUTOLLOT TOUT UN ART)


cyril 25/06/2011 23:58


magnifique photos ton nouvel APN à l'air excellent
vivement le récit
et félicitation


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  • : Le blog de Alex.bowhunter
  • Le blog de Alex.bowhunter
  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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