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2 janvier 2005 7 02 /01 /janvier /2005 12:22

Cet été, comme tous les étés depuis l'an 2000,  je suis parti arpenter les bosquets et les prés de Roumégoux, petit village tarnais, pour tenter de tirer un brocard, mais revenons en arrière :

Flash-back : L'été 2000, j'ai tiré mon premier brocard à l'arc. J’étais parti avec un collègue de BTS qui lui ne chasse qu'au fusil, il tenait absolument à venir avec moi pour avoir un aperçu de la chasse à l'arc, franchement, je n'aurais jamais pensé pouvoir approcher un chevreuil avec un accompagnateur.

Nous avons visité une bonne partie des sites stratégiques dont j'ai la connaissance et où j'ai pu apercevoir lors de mes précédentes sorties quelques jolis culs blancs, mais rien à faire. Vers 21 heures nous en sommes à 3 heures de marche sur un terrain plutôt vallonné et aucun chevreuil n'a voulu se montrer.

Depuis une semaine, à la tombée de la nuit, une famille de blaireaux se laisse observer, je lui propose donc d'attendre 22 heures pour tenter de les approcher, manière d'au moins lui montrer une approche même si ce n'est pas pour chasser. Nous sommes tranquillement en train de discuter, assis dans l'herbe quand, vers 22 heures, je commence à me lever et, du coin de l'œil, j'aperçois un beau brocard entrain de brouter tranquillement à une cinquantaine de mètres de nous. Je m'immobilise et fais signe à mon collègue de ne pas bouger.

J'attrape mon arc compound et je me mets à ramper dans les hautes herbes sèches en tentant de faire le moins de bruit possible, mon cœur bat tellement fort. Après une vingtaine de mètres d'approche je m'aperçois que notre brocard se dirige droit vers moi. Je me redresse et me mets à genoux dans l'herbe haute. Mètre par mètre, le voilà à une dizaine de mètres. Il se tourne et me présente son flan. En moi-même je me dis :"là mon petit tu en fais trop!" Profitant d'un moment d'inattention, j'arme mais le malin a perçu mon mouvement et nous voilà face à face. Lui en train de me fixer et moi en train de le viser. Ces secondes me paraissent durer une éternité.

Au bout d'un moment, il feint de se remettre à manger et alors que je m’apprête a lui décocher ma flèche, il se redresse à nouveau manière de vérifier que cette souche ne lui veut pas de mal et assez rapidement il se remet à son activité.

Je n’en peux plus et je commence à trembler de plus en plus, mon collègue resté en arrière me murmure : « tire, mais tire », la tension de la corde devient insupportable, il me faut absolument tenter ma chance.

Je vise l’arrière de l’épaule et je décoche. Malgré la courte distance qui nous sépare, le brocard évite ma flèche d'un bon. Cette dernière ne lui coupe que quelques poils sous le poitrail et en un éclair je vois s’éloigner mon chevreuil. A une cinquantaine de mètres, il se retourne comme pour me narguer une dernière fois avant de disparaître derrière la crête du mamelon.

Après m'être remis de mes émotions, je me mets à chercher ma flèche manière de vérifier que je ne l’ai pas blessé, mais non, seuls quelques poils clairs s’étaient accrochés à ma lame, pas de trace de sang. Mon collègue qui accourt en riant tout ce qu’il peut me lance : « mais comment tu as fait pour le manquer ? »… je ne réponds pas je suis toujours dans ma chasse qui repasse en boucle dans ma tête.

 

       L’été suivant, j'ai fléché mon premier chevreuil à l'arc mais je ne l’ai malheureusement pas retrouvé.

J'ai commencé à chasser mi-juillet, comme chaque année un petit repérage s’impose. Je commence par arpenter le territoire en entier pour estimer un peu la population, puis je m’attarde de plus en plus sur quelques coins qui me semblent prometteurs et j’étudie les habitudes de quelques brocards.

En variant mes heures de sortie et en repérant les signes de passages, les apparitions de brocards deviennent très courantes. Sur cette saison, j’ai jeté mon dévolu sur 4 brocards, un jeune daguet, un vieux et grand brocard au cou très massif avec des meules énormes mais des bois trapus et courts (je pense qu’il commençait à ravaler) et deux brocards en pleine force de l’âge avec de très jolis bois (6 pointes qui dépassent bien au-dessus des oreilles).

Je n’ai pas passé un jour sans apercevoir un chevreuil et j’ai fait de belles sorties où j’ai pu observer 4 à 5 cervidés.

 

Mon récit va se concentrer sur la semaine la plus riche en événements :

La première approche a été « involontaire », le lundi soir vers 19 heures, je viens de quitter ma voiture, j’ai parcouru à peine 500 mètres, les maisons du village sont encore en vue, je descends vers le lac de la Bancalié par un sentier, encaissé entre deux mamelons, bordé de deux grandes haies de frênes dont les interruptions marquent les passages aménagés pour le bétail. Je marche d’un pas rapide sans faire attention au bruit que je produis, la haie de droite commence à se clairsemer, les frênes faisant petit à petit place à des buissons noirs qui par leur taille me permettent de voir la lisière du bois qui borde le lac. Une bande d’herbe grasse coincée entre la haie et la lisière du bois se termine 20 mètres plus loin à la hauteur d’un passage qui perce la haie.

Pensant déjà au déroulement de la chasse, je n’ai pas encore encoché ma flèche quand je suis arrivé à la hauteur du passage. Le vieux brocard surgit alors devant moi comme sortant de nulle part. Je suis nez à nez avec ce vieux mâle, assez pré pour le toucher. Lequel est le plus surpris, je ne sais pas mais nous restons une fraction de seconde à nous observer puis c’est lui qui se décide. D’un bon, il franchit le chemin pour se réfugier dans le bois côté gauche. Après avoir effectué une boucle, il resurgit 30 mètres plus loin, marque un temps d’arrêt me laissant observer sa beauté avant de disparaître sans bruit dans le bois. Je reste immobile à le regarder sans même penser à encocher ma flèche, juste la magie d’une rencontre.

Je poursuis ma marche en direction du ruisseau qui alimente le lac par un sentier pédestre qui longe le plan d'eau et abouti à une petite route qui serpente au milieu des bois.

Je traverse la route pour arriver à mon coin préféré, un pré tout en long bordé sur la droite par le Lezer (petit ruisseau) et encaissé en lisière de deux bois de feuillus très pentus qui s’étendent sur quelques centaines de mètres, c’est ici que mes rencontres sont les plus fréquentes.

Encochant ma première flèche de la soirée, je traverse le Lezer pour tenter une approche sur le jeune daguet repéré sue ce secteur. Malgré tous mes efforts (slalomant entre les brindilles et les feuilles mortes que la sécheresse avait rendues particulièrement craquantes) pour ne pas attirer son attention, le malin m’a repéré. Quand je l’aperçois à 100 mètres entre deux chênes, il me regarde certainement faire depuis quelque temps. Il s’élance et passe comme à son habitude entre deux très gros chênes (ils auront leur importance plus tard dans mon récit) et, dévalant la pente, il franchit le ruisseau d’un bon pour terminer sa course dans le bois d’en face, sans oublier de pousser son cri roque manière de dire à tous ces pots : « faites gaffe Alex est dans le coin ».

Il faut dire que nous n’en sommes pas à notre premier coup d’essai cette scène c’est au moins la 4ième fois que je la vis. La nuit arrivant, je  retourne sur Albi.

Mardi soir, 20h30, alors qu’il a plu un peu durant la nuit dernière, je suis les traces fraîches et bien marquées sur le sol forestier d’un chevreuil qui me menaient à la lisière du bois. Encore à moitié caché par un arbuste, je scrute le pré quand, au milieu des herbes hautes, j’aperçois ce qui pour moi est une branche mais qui curieusement attire mon regard. Quand je me rends compte que cette branche n’est pas moins que la ramure d’un magnifique chevreuil il était trop tard. Il se lève d’un bon, m’observe quelques secondes et sans me laisser le temps de réagir disparaît en lançant son cri caractéristique.

Mercredi matin, 5h30, me voilà de nouveau au rendez-vous, même scénario que lundi, le daguet est encore plus malin que moi, mais cette fois je décide de ne pas en rester là.

Après quelques minutes, le temps que notre lascar se calme et arrête de lancer ces cris, je tente de le contourner et de le retrouver un peu plus tard. Une heure de marche m'est nécessaire pour me replacer à bon vent et retenter une approche dans le bois d’en face, mais là la végétation est assez touffue et c’est mission impossible. C’est encore lui qui me repère sans même que je puisse l’apercevoir.

Dépité, je décide de changer de coin et, marchant d’un pas rapide, je tente de trouver le chemin qui remonte vers la Cassagnée. Au milieu du bois je tombe sur une coupe récente dans laquelle je marque un temps d’arrêt pour reprendre mon souffle après une dure montée. Dans le silence un bruit de pas commence à se faire entendre, de plus en plus fort, de plus en plus prêt.

Appuyé contre un petit chêne, je tends l’oreille et, ma flèche encochée, j’attends, immobile sans un bruit. Le bruit s’arrête puis reprend, c’est alors que 25 mètres en contrebas, surgissant des taillis, j’aperçois un magnifique brocard traversant le coupe-feu, reniflant au sol comme le ferait un chien sur la piste d’un gibier (je pense qu’il s’agissait du maître des lieux et que l’intrusion de notre jeune daguet n’était pas de son goût ou peut-être suivait-il la trace de sa promise). Je profite de sa disparition dans la végétation pour armer mon arc sans trop y croire. 

A ma grande surprise, le voilà qui revient et qui cette fois-ci prend la coupe et se dirige droit sur moi, à 10 mètres il s’arrête et dresse sa tête dans ma direction, le poitrail est dégagé, je lui décoche ma flèche mais juste à ce moment il rebaisse la tête. Ma flèche le frappe en plein sur le dessus du crâne, entre les deux bois, ce qui la stoppe net, elle retombe devant le brocard qui, poussant des cris effroyables, se met à courir à toutes pattes vers le bois d’en face. Alors que je l’entends encore, je me précipite vers ma flèche gisant dans les ronces (mon arc développe tout de même 54 livres). A ma grande surprise, il manque 1.5 cm de la pointe de la lame et au niveau de la cassure il y a un peu de sang et des poils. En levant la tête j’aperçois le brocard courant dans une clairière en face

Je décide alors de faire appel à mon président de société pour retrouver ce chevreuil que je pensais condamné, mais malgré toutes nos recherches, impossible de le retrouver. Je dois dire que je n’en ai pas dormi de la nuit, j’ai même été à la limite de ne plus chasser de la saison.

Après plusieurs jours sans sortie, arrive dimanche soir, encore contrarié par ma mésaventure du mercredi, je décide de retourner faire un tour. La rencontre bien que furtive que je fais ce soir-là me remonte le moral, notre compère, reconnaissable à ses bois, broute tranquillement en lisière du bois et, alors que je le regarde dans mes jumelles, il ne me laisse pas plus de temps pour l’observer et disparaît à grandes enjambées. Je pense que le morceau de lame est resté fiché dans l’os qui est assez épais entre les bois sans atteindre le cerveau. J’espère que cet objet ne lui causera pas de problème de santé dans l’avenir.

Je décide donc de retenter une approche sur notre jeune daguet. Je traverse donc le ruisseau et commence l’ascension du bois de chênes, cette fois-ci c’est moi qui le vois en premier, il est occupé à brouter quelques jeunes pousses de ronces. Je me dirige donc vers nos deux gros chênes, le passage par lequel il m’a tant de fois échappé et je me poste à genoux contre l’un d’entre eux, hors de sa vue tout t’en l’épiant de temps à autre.

Au bout d’un petit quart d’heure notre compère quitte son gagnage et se dirige vers moi, et alors qu’il ne passe qu’à 3 mètres de moi je lui décoche ma flèche de ¾ arrière. 50 mètres de course, il s’arrête, s’appuie contre un arbre mais les secondes s’égrainent puis les minutes et il ne tombe toujours pas. Je décide d’aller cherche le président de la chasse alors que mon chevreuil se remet en marche et disparaît dans le fourré, je ramasse ma flèche restée à quelques mètres après l’avoir traversé, elle est couverte d'un sang visqueux.

Nous arrivons sur place 45 minutes plus tard alors qu’il ne fait pas tout à fait nuit avec un des chiens que nous utilisons pour chasser le chevreuil mais ce dernier tourne et retourne sans réaction. Son maître décide de le lâcher mais c’est une grosse erreur, il finit par relancer le chevreuil, le perd puis le relance et finit par le perdre complètement alors qu’il fait nuit noire et que nous suivons à la lumière de nos lampes torche. Je viens de perdre définitivement mon chevreuil.

 

Alex

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  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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