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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 17:27

Ce matin, nous nous réveillons juste avant le lever du jour et préparons nos affaires puis allons déjeuner alors que Lauro, déjà affairé depuis un moment, nous quitte pour sa journée de pêche. Une fois le déjeuner pris nous finissons de nous préparer et embarquons. Xavier veut revenir chasser au bout du secteur qu'il a prospecté hier car il pense y trouver les pécaris. En chemin nous apercevons les habitués du coin, les caciques, les anis et quelques hoazins moins farouches que les jours précédents. Ils nous laissent passer sans s'enfuir. Plus loin j'aperçois, sur les moucoumoucous des caurales soleil mais le temps de les montrer à Xavier elles ont fui dans la forêt.

Au milieu du fleuve un poisson mort est agité de secousses régulières. Je pense immédiatement à un ou des piranhas et effectivement en passant à côté nous apercevons un éclair rouge et gris qui tape dans le cadavre et redescend pour remonter aussi vite. C'est bien un piranha rouge qui chasse souvent en bande et dont la voracité est légendaire

Xavier bifurque brusquement pour accoster. Il a retrouvé l'endroit où il s'est arrêté hier grâce à son GPS​. Nous attachons le canoë et débarquons avec nos affaires puis faisons nos points GPS. Xavier va partir vers la droite et moi vers la gauche. Le secteur est montagneux, le relief s'élève vite. Nous nous séparons donc et partons chacun de notre côté, je progresse doucement tout en surveillant bien le secteur, et marque des pauses fréquentes.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Le secteur est calme pour le moment. Je rejoins une grande vallée perpendiculaire au fleuve qui remonte entre 2 grandes collines. Je décide de bifurquer et de prendre cette vallée. Je fais des pauses tous les 10 mètres et surveille le secteur. Une perdrix (tinamou) se débine sur la colline à ma gauche, ce n'est pas la peine de la suivre, elle m'a repéré. Le paysage s'aplanit à gauche sur un petit ruisseau alors que ma droite est barrée par une haute colline très pentue. Tout à coup, il me semble voir du mouvement dans la végétation basse à environ 45 ou 50 mètres devant moi. Mes yeux cherchant à identifier l'animal se posent alors sur 8 ou 10 pécaris (pakiras) qui dévalent la colline pour descendre vers le ruisseau au trot. J'accroche vite mon décocheur et tente d'élaborer rapidement une stratégie d'approche mais alors que les animaux arrivent au ruisseau ils éclatent brusquement et partent au galop en tous sens. Je pense qu'ils m'ont senti mais le vent est face à moi, je ne comprends pas ce qu'il se passe. Je tente de les rappeler en imitant le son soufflé qu'ils font quand ils sont inquiets ou curieux. Le pakira le plus près de moi, ralentit, s'arrête, fait demi-tour puis commence à venir droit sur moi au pas en cherchant jusqu'à environ 20 mètres, hésite puis bifurque et part au petit trot se placer plein travers derrière un tronc d'arbre alors que continue à l'appeler. Seul son nez dépasse.

J'arme mon arc. Il s'avance un peu et dégage se tête et son épaule avant de se figer. Il est à 20 mètres environ. Je cale ma visée au défaut de l'épaule. Ma flèche part bien et je m'attends à la voir traverser le pécari mais au dernier moment ce dernier amorce un demi-tour derrière l'arbre et évite ainsi de justesse ma flèche qui touche le sol avec un bruit caractéristique. Ma flèche doit être fichée dans une branche. Je réencoche doucement alors que le pécari a disparu dans la végétation en remontant la colline au galop. Je recommence à appeler un moment mais rien ne vient. Parfois les pécaris n'ayant pas vu l'agresseur reviennent pour l'identifier. J'attends donc encore un instant sans bouger mais, ne voyant rien venir, je pars dégager ma flèche qui s'est en fait fichée sous terre dans une racine. Je creuse jusqu'à la racine puis attaque le bois avec mon couteau mais dérape et entame ma flèche. Elle sera inutilisable mais je finis tout de même de la dégager pour récupérer ma lame mécanique et remets ma flèche au carquois après avoir éteint mon encoche lumineuse.

Je regarde bien autour de moi mais plus rien bouge, occupé à surveillé un des pécaris, je n'ai pas vraiment vu où partaient les autres. La végétation devient beaucoup plus dense devant moi et je décide d'aller jeter un coup d'œil dans ce secteur en espérant y retrouver les animaux. Je m'avance donc doucement dans la végétation basse en remontant vers le sommet de la colline. Un énorme tronc barre le passage et alors que je remonte pour le contourner, un animal démarre au plus dense de la végétation. Je l'entre-aperçois se débinant rapidement à moins de 10 mètres au-dessus de moi sur environ 15 mètres. C'est un très gros pakira. J'accroche vite mon décocheur et commence à l'appeler. Il a stoppé derrière un palmier et je l'ai perdu de vu, je continue à appeler. Il repart et se débine sur 5 ou 6 mètres pour disparaître derrière un autre palmier. J'appelle un moment sans que rien ne bouge, je finis par me pencher un peu pour essayer de le voir mais il n'attendais qu'un mouvement de ma part et démarre en trombe en grognant pour disparaître dans la jungle. Je viens encore de me faire avoir. J'attends un peu puis recommence à chercher mais plus un pécari en vue. Le sommet de la colline et ponctué de nombreux terriers de pac ou de tatous.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je redescends vers le ruisseau pour tenter de trouver des traces mais rien. J'avance d'un pas quand un grand tinamou décolle presque sous mon pied et disparaît dans la végétation. Je remonte au sommet de la colline puis descends doucement sur l'autre versant pour tenter de recouper les animaux. Alors que je regarde au sol, je percute avec la tête quelque chose dans la végétation et un vrombissement commence à se faire entendre. Je connais ce bruit et fuis immédiatement droit devant moi et me retourne un peu plus loin. Je viens de percuter un gros nid de guêpes oranges et noires. Elles ne semblent pas très agressives car elles ne m'ont même pas suivi et je m'approche à quelques mètres pour les prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je reprends ma progression et rentre dans un palmier hérissé de très nombreux longs piquants qui traversent mes vêtements. L'un d'eux se plate profondément dans mon cuir chevelu. Je dois enlever mes gants pour l'extraire et galère un moment à m'arracher des cheveux avant de l'extraire. Je passe ensuite plusieurs minutes à extraire les autres piquants de mes vêtements avant qu'ils ne me rentrent dans la chair. Je me rends alors compte que l'un d'eux est entré profondément dans mon genou et que je ne peux pas l'extraire. Je remets mes gants et repars en chasse en descendant tout au fond de la vallée où coule un autre petit ruisselet. En traversant ce dernier, je me rends compte qu'un trou du ruisseau est régulièrement fréquenté par les pécaris qui s'y baignent et s'abritent sous les berges où se trouvent des cavités. De nombreuses traces de pécaris plus ou moins fraîches ont marqué la boue des berges.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Les pécaris étaient certainement dans le secteur ce matin où quelque chose a dû les déranger. Je continue ma progression en forêt. Au pied d'un arbre à contreforts, une mygale a fait son nid, ses pattes dépassent de son trou de toile mais le temps de prendre mon appareil photo, elle recule et disparaît.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Un peu plus loin, quelque chose démarre à mes pieds. Je me fige en reconnaissant un serpent qui s'est arrêté à 2 mètres devant moi, il est à peine visible dans la végétation et les feuilles mortes. Je ne vois pas sa tête et ne sais donc pas de quelle espèce il s'agit.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je m'approche prudemment pour tenter de le prendre en photo et d'essayer de voir la tête.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Effrayé par les vibrations du sol provoquées par mes pas le serpent s'avance un peu dégage sa tête, je reconnais alors une couleuvre reconnaissable à sa pupille ronde et sa tête non anguleuse.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je laisse ce serpent à sa promenade et repars en chasse. Un peu plus loin, je dérange un couple de caracara à gorge rouge (cancan) qui se met à pousser des cris puissant tout en voletant d'arbres en arbre pour venir se poser au-dessus de moi. Je les observe un moment, à part leur tête rouge, ils ressemblent beaucoup à des hoccos. Je finis par me déplacer mais ils me suivent et je presse un peu le pas pour les distancer. Ils finissent par me lâcher et le calme revient.

Plus loin, je tombe sur un arbre creux servant de tanière aux pécaris et le reconnais. C'est celui pris en photo par Xavier hier. J'examine l'intérieur, il est vide.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je continue en suivant le bas de la montagne qui borde un grand marécage, c'est un passage très fréquenté par les animaux, le sol est jonché d'empreintes diverses. Un peu plus loin, je trouve un beau terrier de pécari qui semble régulièrement fréquenté aux vus des empreintes qui marquent son entrée dans les 2 sens. Une branche a été coupée de frai et introduite dans le terrier, est ce Xavier hier ou est-il repassé par là ce matin. Vu l'heure, il doit de toute façon être loin et les animaux peuvent être sortis. Je décide de continuer à chasser dans le secteur, je tombe rapidement sur les laissés de pakira que Xavier m'a montré en photo hier. Des traces de pécaris assez fraîches remontent un peu sur la colline et je les suis un peu jusqu'à les perdre, je décide de poursuivre à mi pente, je tombe sur une fourmilière de fourmis manioc grattée à plusieurs endroits et des traces présentant 2 très grosses griffes. Je pense qu'il s'agit d'une trace de tatou géant quand un son familier me parvient. Je crois reconnaître le chant d'un hocco mais il est bien plus puissant que d'habitude. J'hésite un peu pensant que c'est peut être Xavier qui me fait une blague mais ne voyant rien autour de moi, je décide de tenter une approche. Le chant vient de plus haut dans la colline, je remonte tout doucement d'un arbre à l'autre en ouvrant grand les yeux. Après quelques dizaines de mètres d'approche j'aperçois un très gros hocco entrain de chanter à environ 20 mètres. Il ne semble pas m'avoir vu et tourne sur 10 à 20 m². Je commence à imiter son chant : "hummm hummmm hummmm". J'accroche mon décocheur et attends une occasion de tir. Le hocco remonte doucement vers le sommet de la colline et passe derrière un gros arbre, j'arme mon arc, et me prépare. Le hocco ressort au-dessus de l'arbre et s'immobilise. Je cale ma visée et décoche. Ma flèche lui passe juste dans les plumes blanches du poitrail et il décolle comme 2 autres hoccos tout proches de lui et que je n'avais pas vu.

Ils se perchent sur des branchages bas en se dispersant et je tente de les approcher pour tenter une flèche mais ils remontent peu à peu dans les cimes et s'éloignent. Je décide de les surveiller de loin sans bouger et en imitant leur chant. Les "pic pic pic" retentissent dans les cimes mais l'un d'eux redescend vers le sol. Je le perds de vu un moment et décide de retenter une approche mais, cette fois, il s'envole au loin et je renonce à le suivre. Je tourne un peu dans le secteur sans voir d'autres animaux et jette un coup d'œil à l'heure. Il va être temps de rentrer, je redescends donc vers le grand marécage en suivant le GPS. Je tombe sur un tinamou varié ou rubigineux plus petit que le grand tinamou et de couleur rousse. Ma flèche est équipée d'une lame mécanique et ne voulant pas le tiré avec, je change ma flèche pour une équipée d'une trilame mais l'oiseau se débine, je le perds de vu et n'arrive pas à le retrouver. Je repars vers le marécage et commence à le traverser pour rejoindre le canoë. Je tombe sur une bosse ressemblant à une carapace de tortue, je tente de la saisir mais elle semble collée au sol, je force un peu et la casse, c'était bien une carapace de tortue que les radicelles des palmiers ont traversé et cramponné au sol. Je trouve de nombreuses traces de biches et de pacs dans la boue mais pas le moindre animal en vue. Je perds vite mon cap dès que je quitte mon GPS des yeux et renonce à chasser pour traverser au plus vite ce marécage où la progression est assez compliquée entre les trous d'eau, les troncs et divers débris végétaux.

J'arrive enfin près du rendez-vous après avoir escaladé un talus marqué par des vielles traces de tapir. Xavier est déjà arrivé et ne manque pas de me faire un petit cri d'animal en restant caché pour me faire marcher. Il n'a pas retrouvé les pécaris et m'explique sa chasse, c'est alors que je comprends et lui explique que c'est lui qui me les a envoyé ce matin. Nous discutons un peu de la chasse puis dégageons le canoë pris dans les branchages découverts par la forte descente de la marée. Nous chargeons nos affaires puis repartons vers le camp. En chemin nous réapercevons les caurales soleil dans la végétation de la berge. Nous apercevons de loin quelques urubus noirs et milans à queue fourchue tournoyant au-dessus de camp attirés par les viscères de poissons que Lauro a jeté au fleuve.

En arrivant au camp, mon genou où l'épine de palmier s'est plantée me fait mal et les piqûres de moustiques de la veille se réveillent. Je suis pris de fortes démangeaisons. Xavier me demande de lui montrer mon dos et, vu l'ampleur des dégâts, il me conseille de désinfecter tout ça à la Bétadine.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je pars donc me laver dans le fleuve en rejoignant un tronc immergé grâce au canoë. Xavier en profite pour me prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Ma toilette terminée, Xavier me tague le dos pour me badigeonner avec la Bétadine qui m'évitera une infection des plaies cutanées.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Je frotte ensuite mes jambes attaquées par les poux d'agouti des chevilles jusqu'à mi-mollet.

Lauro est parti chasser dans le secteur en canoë et nous entendons 2 coups de feu espacés avant de le voir rentrer. Il a manqué 2 caïmans. Nous discutons un peu en préparant le repas. Xavier a beaucoup marché cette après-midi et a vu beaucoup d'indices de passage de pécaris sans arriver à les localiser précisément.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Il aussi vu une belle mygale de la même espèce que celle que j'ai vu hier,

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Un nid de tinamou visité par un prédateur

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

et a réussi un superbe cliché d'un crapaud feuille.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Il a aussi vu des champignons blancs qui poussent sur les troncs pourris et que j'ai vus lors de ma première chasse en forêt le 5 mars.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016
Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Tout en discutant, je repère une grosse chenille verte avec des sortes de poils urticants sur son dos. Elle est sur le tronc d'un des 2 arbres portant le camp, Lauro nous déconseille de la toucher car il semble qu'elle puisse piquer, je me contente donc de la prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

C'est notre dernière nuit en forêt et Xavier décide de partir chasser le caïman de nuit. Nous partons essayer de dormir un peu alors que la pénombre envahit la forêt car nous ne partirons que vers 22 heures pour attendre la marée descendante qui découvrira les plages de vase où se posent les caïmans sortis des épais bans de moucoumoucous protecteurs. Une fois dans nos hamacs nous commençons à discuter et le temps passe sans que nous puissions nous endormir. L'heure de la chasse arrive vite et nous nous levons pour préparer le matériel, j'équipe mon arc avec mon moulinet, ma flèche de pêche et ma lampe d'arc. Une grosse larve de cigale monte sur mon sac à dos et je la pose sur un tronc pour la prendre en photo.

Chroniques guyanaises, les pécaris et une belle galère nocturne, 7 mars 2016

Depuis notre arrivée des dizaines de larves sortent de terre pour éclore et les mues accrochées à la végétation sont très nombreuses. Nous embarquons et hésitons à remonter où descendre le fleuve. Comme nous avons vu pas mal de caïmans en venant de nuit vendredi, nous décidons de descendre le fleuve. Je suis à l'avant avec mon arc et Xavier pilote à l'arrière, je dois repérer les yeux rouges des caïmans dans le faisceau de ma frontale et signaler à Xavier les éventuels obstacles sur le fleuve. Xavier scrute la berge de gauche et moi celle de droite en plus de la surface de l'eau. Assez rapidement, Xavier repère un premier caïman et me l'indique avant de manœuvrer pour s'en approcher. Je me prépare en allumant ma fibre optique de mon viseur, en attrapant, sous ma main d'arc, l'interrupteur déporté de ma lampe d'arc et en vérifiant le câble de ma flèche pêche encochée. En arrivant près du saurien qui est calé au bord des moucoumoucous, dans l'eau, je me positionne à genoux et arme mon arc mais Xavier trouve le caïman petit et le temps de me rendre compte qu'il est de taille correcte la barque a dérivée. Je décoche en lui jetant ma flèche mais le manque. Il se décale tranquillement dans les moucoumoucous. Je récupère ma flèche et rembobine mon câble puis me reprépare. Xavier remanoeuvre pour me positionner. Cette fois seule la tête dépasse de l'eau à 3 mètres de moi. J'estime la position du corps sous l'eau et décoche. Ma flèche le traverse et il part, sur environ 2 mètres, retenu par mon câble. Il se cale en surface dans les moucoumoucous.

Je dois me frayer un passage au sabre dans les moucoumoucous très épais pour arriver à l'atteindre. Je lutte en suite un moment pour dégager ma flèche et mon câble tout emmêlé avant d'attraper mon caïman par le museau d'un mouvement rapide pour éviter d'être mordu. Il est encore bien vivace et je l'achève d'un coup de couteau derrière le crâne avant de dégager ma flèche et mon câble. J'entoure ensuite son museau avec du scotch pour éviter une morsure et le dépose dans le canoë derrière moi. Je rembobine mon câble puis réencoche ma flèche et nous repartons en chasse. Nous repérons vite un œil rouge et tentons de nous approcher. Alors que je tente de me mettre à genoux dans le canoë, ce dernier se met à tanguer dangereusement et Xavier me demande de ne plus me mettre à genoux avant l'arrêt du canoë. Le caïman tout proche, nous constatons qu'il est trop petit pour être tiré. Nous repartons et repérons plusieurs autres caïmans qui s'avèrent tous trop petits quand 2 yeux blanc très lumineux s'illuminent dans le faisceau de ma frontale. J'en averti Xavier et attrape une flèche de chasse, nous nous rapprochons de la berge alors que l'animal semble descendre au bord de l'eau en nous observant mais en arrivant près de la berge nous perdons les yeux de vue et impossible de localiser l'animal. Xavier pense qu'il s'agit d'un raton crabier mais nous n'aurons jamais la confirmation.

Nous repartons en chasse, les caïmans se suivent avec plus ou moins de régularité. Nous apercevons parfois d'autre yeux, en nous rapprochons nous faisons décoller un engoulevent ou tombons sur une grosse grenouille ou un petit pian mais toujours pas de gros caïman. Les kilomètres de navigation s’enchaînent et après 22 petits caïmans nous décidons de faire demi-tour à environ 30 km du camp. La marée a beaucoup baissée et a découvert des grands bancs de vase sur lesquels se sont avancés les petits caïmans. Nous longeons la bordure gauche du fleuve que Xavier me demande de surveiller ainsi que l'avant du bateau car je lui bouche la vue alors qu'il surveille l'autre côté. Sachant qu'il n'y a pas de gros caïman dans le secteur, il met les gaz et je pose mon arc derrière moi, nous filons sur l'eau quand j'aperçois un œil rouge et le fixe un court instant avant de regarder devant nous. J'aperçois alors quelque chose en surface pas plus gros que mon point et ne réagit pas immédiatement car la surface de l'eau est couverte de débris végétaux mais le canoë percute alors violemment ce petit débris qui est en fait la cime d'un tronc immergé planté dans le fond du fleuve et se penche dangereusement à droite. Xavier a le réflexe de sauter à l'eau pour stabiliser le canoë alors que mon premier réflexe est de me tourner sans vraiment m'en rendre compte pour attraper mon arc posé dans mon dos. J'ai juste le temps de l'attraper avant que le canoë ne chavire. Je frappe l'eau de face et me retrouve sous l'eau en un éclair. Je refais vite surface, le souffle coupé, je suis désorienté et aperçois la lampe de Xavier qui est en train de nager pour récupérer une pagaie qui partait dans le courant.

Je tente de rester en surface en nageant sur place avec mon arc à la main tout en essayant de me calmer et de reprendre ma respiration. Xavier de son côté a agrippé le canoë pour éviter qu'il ne coule et la pagaie. Nous n'avons pas perdu nos frontales dans l'accident et Xavier me demande si je suis blessé. Je lui réponds que non, il me dit de partir vers la berge mais je ne sais pas où je suis et suis incapable de savoir vers où nager. Il m'indique la direction en donnant un bloc de mousse servant de siège dans le canoë et je pars donc à la nage mais alors que j'avance péniblement à cause de mon arc en poussant le bloc de mousse devant moi, je sens mon câble de pêche qui s'enroule autour de ma cuisse et commence à me serrer. Alors que j'arrive à quelques mètres de la berge, il se tend derrière moi. Ma flèche prise au fond du fleuve me retient prisonnier et je ne peux plus avancer. Je lutte et me débat pour me dégager, Xavier qui ne comprend pas ce que je fais me presse d'arriver à la berge. Je lui dis que je suis pris par mon câble s'est alors que Xavier le trouve sous l'eau et parvient à libérer ma flèche. Je parviens enfin à rejoindre la berge. Je pose mon arc dans la vase et tente de me libérer du câble alors que Xavier a rapproché le canoë de la berge et a planté la pagaie dans la vase pour lui éviter de dériver. Dès que j'essaie de me redresser, je m'enfonce profondément dans la vase et Xavier vient m'aider, j'arrive enfin à me dégager en enlevant la chaussure et en faisant glisser le câble enroulé d'une dizaine de fois autour de ma cuisse vers mon pied.

Xavier a aussi récupéré ma housse d'arc et ma seconde flèche pêche qui s'y est accrochée par la lame mais le fusil, le sabre, mon couteau, mes sécateurs, mon caïman ont coulé et le reste de nos affaires : la touque avec l'appareil photo de Xavier, la seconde pagaie, ma flèche de chasse... sont partis dans le courant. Nous retournons vite le canoë et essayons de le vider au plus vite avec le capot du moteur qui a bu la tasse et la vase et ne redémarrera plus. Nous n'avons qu'une pagaie, il nous faut vite récupérer la seconde pour pouvoir rentrer et les autres affaires avant qu'elles ne soient trop loin. Le canoë vidé nous ramassons toutes nos affaires puis remontons. Je remonte le premier mais galère un moment à cause de la vase dans laquelle je m'enfonce. Une fois à bord, je fais contre poids pour que Xavier puisse monter puis je pars en ramant le plus vite possible en descendant le fleuve. Nous retrouvons facilement la touque rouge et blanche un peu plus loin alors qu'elle dérive dans le courant, nous cherchons ensuite un moment la pagaie. Xavier aperçois ma flèche mais le plus urgent est la pagaie, je rame un moment sans la trouver et nous décidons de faire demi-tour, nous la retrouvons alors calée contre la berge et la récupérons. Ma flèche a dérivé et nous ne le reverrons pas. Nous repartons maintenant vers le camp à contre-courant. Très rapidement les forces m'abandonnent et mes bras me font de plus en plus mal. Je n'arrive pas à bien respirer et ramer est de plus en plus dur. Nous alternons en changeant de côté pour reposer nos bras.

Petit à petit, je prends le rythme et la douleur s'estompe, la volonté de s'en sortir est la plus forte et nous plaisantons sur notre mésaventure, Xavier me dit que je vais battre le record du Gers en canoë. Grâce à mon appareil photo étanche, je peux regarder l'heure, en enlevant les 4 heures de décalage avec la métropole, je calcule qu'il est 2 heures. Nous ramons comme des galériens de toutes nos fonces malgré la douleur et la fatigue mais notre façon de ramer bien coordonnée propulse le canoë qui file sur le fleuve. Heureusement la marée s'inverse et le courant ralentit petit à petit avant de s'inverser doucement. Les heures passent. Xavier qui n'en peut plus décide de faire une petite sieste de 15 minutes et je pagaie un moment seul. Je souris en regardant les caïmans sur les berges qui nous regardent passer sans bouger et doivent bien rigoler. Après plusieurs heures, nous finissons par reconnaître la crique où nous avons chassé le premier jour et cela nous donne un peu de courage alors que le jour se lève tout doucement accompagné du cri des Kwatas (atèles) et des singes hurleurs.

Encore un long moment d'effort et nous finissons par apercevoir le camp alors que le jour et déjà levé. Lauro, pas inquiet, se prépare pour partir chasser. Nous avons ramé environ 5h30 et sommes exténués. Nous accostons enfin et nous changeons avant de manger un bout et de nous coucher dans nos hamacs alors que le soleil monte sur la jungle. Nous allons dormir un peu pendant que Lauro part chasser avant de plier le camp pour rentrer. Venir chasser en Guyane c'est une sacrée aventure et faut accepter ce genre de situation. Le cumul de fatigue de ces derniers jours est en grande partie responsable de notre accident. En tous cas, ce sera un sacré souvenir pour moi et Xavier, qui a encore une fois vraiment assuré dans ce moment difficile, et cette vraie épreuve aura encore consolidé notre amitié.

 

Alex

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  • : Le blog de Alex.bowhunter
  • Le blog de Alex.bowhunter
  • : Je chasse avec un arc de type compound, principalement le grand gibier et le ragondin, à l'approche en grande majorité, quelques fois à l'affût au sol (seul ou en battue) ou à l'appel, je n'utilise jamais de tree stand et de game-caméras. Je chasse léger (pas de jumelles, pas de télémètre)... juste mon arc, mon couteau, parfois un appeau et ma tenue camo...vous trouverez ici un recueil de mes récits de chasse.
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Ce blog est adressé à un public de chasseurs ou de curieux intéressés par la chasse. Il comporte des photos d'animaux morts ou de pistes au sang qui peuvent choquer certaines personnes sensibles.

Il n'est pas nécessaire que j'essaie de me justifier à propos de ma passion car mes arguments, quels qu'ils soient, ne convaincront jamais un anti-chasse acharné. Je ne souhaite d'ailleurs convaincre personne, juste partager ma passion et regrette profondément l’attitude de certaines personnes qui, derrière leur anonymat, se permettent de m'insulter ou de souhaiter ma mort. Ces messages ne sont d'ailleurs pas publiés sur mon blog, par contre je publie les messages non injurieux même s'il sont en désaccord avec ce que je fais.

Pour les messages injurieux et autres, j'ai créé, à la demande des pauvres auteurs brimés, une rubrique à laquelle vous pouvez accéder en cliquant sur le lien suivant :

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