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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 12:20

Ce matin nous devons partir pour notre second séjour de chasse en forêt. Nous irons moins loin que pour le premier séjour et sommes moins pressés. Je me réveille tranquillement avec le lever du jour avant la sonnerie du réveil et m'habille. Je remarque alors que l'araignée d'hier a repris son poste au dessus de mon lit. 

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Un autre beau spécimen est collé sur l'armoire en face du lit.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

En attendant que mes collègues se réveillent, je lis un peu les bandes dessinées du fils de Xavier. Sur le matin, les chiens ont aboyé, un animal est peut être passé près de chez Xavier. Après la sonnerie du réveil, la maison s'anime et je me lève. Nous nous retrouvons pour déjeuner sur la terrasse avec une belle vision sur la savane. Notre déjeuner terminé, nous partons finir de préparer nos affaires. Nos touques sont déjà prêtes, nous les chargeons et attelons la barque. Nous ne serons que 3 pour ce séjour car Daniel n'a pas pu se libérer. Nous partons pour Kourou pour faire le plein de glace d'une grosse glacière puis prenons la route. Une beau fourmilier est mort sur la route, j'avais eu la chance d'en voir évoluer un à la cime des arbres l'an dernier. Nous nous arrêtons en route pour prendre un sandwich et un jus de fruit local en précisant bien le "sans piment". Je me suis habillé en camo ce matin contrairement à mes collègues qui se sont habillés de façon plus traditionnelle. Ils ne manquent pas de me chambrer en me disant que je vais faire peur à la vendeuse de sandwichs. A notre arrivée au débarcadère, nous commençons à décharger nos affaires quand j'aperçois une grosse abeille de la taille d'un pouce. Elle est étourdie et cherche à sortir de la bassine métallique que nous avons rangée à l'arrière du pick up. Elle tourne en tous sens sans arriver à s'envoler. Sa couleur vert métallisé sur le corps et bleu nuit sur les ailes est incroyable. Je tente de la prendre plusieurs fois en photo sans arriver à faire une belle image car elle bouge tout le temps.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Le débarcadère est ombragé par de magnifiques arbres aux troncs et au racines torturés.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Nous mettons la barque à l'eau et chargeons nos affaires puis Xavier part garer la voiture et la remorque près de la gendarmerie.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Cette fois, il est l'heure de partir, nous embarquons avec notre casse-croûte.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Nous partons pour une remontée du fleuve d'environ 1h30, "Scarabée" est devant et moi derrière avec Xavier. Le fleuve est large et sans obstacle, nous avançons à vive allure.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Assez rapidement ,nous apercevons sur notre gauche un balbuzard pêcheur entrain de pêcher près de la berge. Il fond sur l'eau, serres en avant, et tente sans succès d'attraper un poisson puis remonte avant de retenter rapidement sa chance environ 30 mètres plus loin mais il remonte à nouveau bredouille. Il survole ensuite le fleuve un instant puis disparaît par dessus la cime des arbres qui bordent la cours d'eau.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Sur plusieurs kilomètres, nous apercevons des habitations sur le bord du fleuve, des constructions situées sur des espaces ouverts dans la végétation de la rive et auxquelles on ne peut accéder que par bateau.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Le paysage du bord du fleuve est très changeant surtout pour le type de végétation rencontré. Nous passons parfois devant des bandes de moucoumoucous qui s'avancent dans l'eau.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Sur notre gauche, un peu plus loin, des nids de caciques pendent des branches d'un arbre isolé. Ces oiseaux tissent de long nids d'herbes sèches au bouts des blanches pour protéger leurs jeunes des prédateurs.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Plus loin encore, une plante ressemblant à un bougainvillier grimpant aux fleurs violettes serpente sur les arbres du bord du fleuve. Les fleurs colorées sont assez rares en forêt et cette touche de couleur sur le vert saute aux yeux.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Nous croisons régulièrement des arbres dont les fruits en forme de croissants très aplatis de 20 à 45 cm de long pendent au bout de longues tiges fines au dessus de l'eau. Certains fruits tombent même dans l'eau, ce sont des sortes de gousses dont les 2 moitiés se séparent pour laisser échapper les graines. 

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Beaucoup de bois morts ressortant de l'eau sont colonisés par des hirondelles à ailes blanches ou à ceinture blanche qui décollent sur notre passage et nous accompagnent parfois un moment en volant au ras du fleuve. 

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Tout à coup, sur notre gauche, j'aperçois quelque chose de blanc que je prends d'abord pour un bout de plastique, ce qui me chagrine un peu car ce n'est pas ce qu'on souhaite voir dans une belle nature comme celle-ci mais alors que je fixe cette tâche blanche qui tranche avec le vert ambiant, je finis par me rendre compte qu'il s'agit en fait d'un petit héron blanc et j'ai juste le temps de le prendre en photo derrière moi alors que nous le dépassons à vive allure sans qu'il ne daigne bouger.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Plus loin encore, un gros massif de bambous penchant sur l'eau tranche avec la végétation habituelle, ce sont les premiers bambous que je vois en Guyane.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Xavier qui a réussi à tuer ses vers macaques grâce à un médicament prescrit au retour du premier séjour en forêt n'a pas encore réussi à extraire toutes ces sales bestioles et alors qu'il gratte une petite croûte qui recouvre aujourd'hui le trou servant à la respiration du parasite derrière son oreille, il extrait sans vraiment s'en rendre compte un des vers mort et nous le montre. Il est encore petit mais ce vers peut devenir assez gros si on le laisse faire. 

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Xavier prend souvent de grandes inspirations pour tenter de repérer à l'odeur les cochons bois dont l'odeur très forte peut se sentir de loin mais aujourd'hui ils ne semblent pas être près du fleuve. En passant, il nous localise l'endroit où il a fait sa chasse miraculeuse cette année avec ses amis et qu'il nous a déjà raconté :

"J'ai vécu un grand moment de chasse ce dimanche 16 novembre, c'est pour ces moments que je vis en Guyane.

Je suis parti avec Manu un chasseur a l'arc alsacien en mission en Guyane et deux chasseurs locaux Freddie un saramaca du Suriname et Wani un djuka du haut Maroni pour essayer deux chiens de chasse qu'ils avaient troqué à des amérindiens d'Amazonie qui traversent chaque année les monts Tumuc Humacs pour acquérir des fusils, cartouches et sabres en échange de chiens dressés à la chasse au pécari à collier.

On part en barque de la ville de Sinnamary pour une heure de navigation, il fait beau, je suis en pleine forme et les chiens sont impatient d'en découdre.

On stoppe dans une partie basse du fleuve, la forêt est claire, nous progressons rapidement et trouvons une souille importante de la veille. Je regarde la carte du GPS qui m'indique que les montagnes sont proches, les traces des cochons se sont dirigées vers le nord-ouest ou je vois une autre zone basse située à trois kilomètres. On repart donc à la barque, pour se rapprocher de la zone désignée.

On accoste, et s'est repartit. Après, une heure de marche en forêt, un grondement sourd se détache des autres bruits d'insectes et d'oiseaux de la forêt. Je croise les regards de Freddie et Wani qui comprennent que ce sont des cochons bois (pécaris à lèvre blanche), ils courent sur 100 m, chacun de leur côté pour encercler la bande. Les chiens eux ont disparu depuis quelques minutes, je donne la consigne à Manu de ne pas bouger et d'allumer sa go pro. Malheureusement il n'a pas pu amener son arc, je lui ai prêté un fusil un coup. Je m'avance de trente mètres et j'entends les chiens aboyer trois cent mètres devant moi. La tension monte à vitesse grand V. Des hurlements, des claquements de dents, une odeur suffocante, des silhouettes qui fusent à travers la végétation de l'adrénaline à l'état pur !!! J'arme mon arc et je respire un grand coup en me plaçant derrière un arbre à contrefort pour me protéger (J'ai repéré un arbre sur lequel je pourrais monter au cas où). Un premier groupe de trois cochons arrive sur moi en courant, j'arme mon arc et lâche ma flèche qui passe au-dessus du cochon de tête, mince, je réarme et maintenant ce sont 25 cochons qui déboulent en hurlant. Je lâche ma flèche sur un cochon qui est à la traîne du groupe, il se cabre et repars avec la flèche qui traverse le haut du dos pour casser la clavicule. Mon tir est encore trop haut je peste et me rends compte que j'ai tellement eu la pression que j'ai tiré avec mon hoyt CRX 32 comme avec mon tradi sans utiliser le viseur, comme un indien au milieu d'un troupeau de bisons. Au passage, je me suis arraché l'avant-bras avec la corde de l'arc. Freddie et Wani tirent de part et d'autre de ma position, me rabattant le plus gros de la troupe qui se stoppe à mon niveau et m'encercle, je choisi de ne pas tirer (trop dangereux). Quand ils ont redémarré, j'ai tiré un jeune cochon (en visant) qui est resté cloué sur place. Je guidais Manu dont c'était la première sortie en forêt amazonienne. Il a prélevé son cochon au fusil et je tiens à souligner sa bonne attitude et son sang-froid. Wana et Freddie ont tiré le reste en respectant le quota désormais applicable en Guyane, 2 cochons bois par personne par chasse. Nous retrouverons mon premier cochon à 100 m grâce aux chiens sans ma flèche que je retrouverais au deuxième voyage du portage des cochons."

Vidéo de la chasse réalisée par Manu

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Le fleuve est ponctué de rochers, certains sont affleurants

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Mais d'autres sont juste sous la surface et à peine trahis par un remous plus ou moins marqué à la surface de l'eau. Il faut donc rester prudent et éviter d'en percuter un car il pourrait déchirer notre embarcation. Nous croisons régulièrement des criques et Xavier en passant devant l'une d'elle nous annonce que c'est là que nous irons chasser et pêcher l'aïmara ce soir. Par endroit, des bouts de rubalises sont accrochés à des branches basses sur le bord du fleuve et matérialisent certainement des coins de chasse.

Nous finissons par arriver au départ d'une grande crique sur la droite du fleuve devant laquelle Xavier bifurque pour quitter le fleuve et s'y engager. Nous nous avançons un peu entre les troncs tombés en travers de la crique puis accostons un peu plus loin. "Scarabée" descend pour attacher la barque et alors qu'il s'approche de l'arbre autour duquel il veut passer la corde, il aperçoit un gros lézard ressemblant un peu à un iguane et nous le montre. Le reptile lui laisse attacher la barque à quelques centimètres de lui sans bouger. Nous déchargeons ensuite la barque en nous faisant passer les affaires pour les remonter vers notre futur camp à 30 ou 40 mètres dans la forêt. Une fois tout le matériel descendu, je rejoins mes collègues sur la berge. Le lézard n'a pas bougé et se laisse photographier plusieurs fois avant de se jeter au sol et de filer comme l'éclair. 

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Alors que nous entreposons nos affaires sur le site qui sera notre lieu de campement, nous nous rendons compte que nous avons pris un coup de soleil, pour moi il est minime car mon T-shirt à manches longues et mon pantalon m'ont assez bien protégé. Xavier lui aussi n'a pas trop pris mais "Scarabée" qui était allongé tranquillement à l'avant du bateau en bermuda et T-shirt a les bras et les jambes rouges écrevisse surtout sur un côté. Xavier décide que nous allons aller chasser tout de suite et que nous monterons notre campement en rentrant pour éviter de déranger trop les animaux du secteur. Nous nous préparons donc pour la chasse. Xavier distribue les secteurs. "Scarabée" va traverser la crique avec la barque et chasser en face alors que je vais partir en longeant plus ou moins la crique pour m'enfoncer dans la forêt. Je fais le point du campement sur mon GPS avant de le reéteindre. Xavier me dit que je vais trouver un layon plus ou moins marqué que je peux suivre pour chasser sans faire trop de bruit et que je tomberai plus en amont sur une cascade. Je quitte donc le futur camp et commence à m'enfoncer un peu dans la forêt avant de bifurquer à gauche pour progresser en parallèle de la crique. Comme d'habitude, j'avance tout doucement en m'arrêtant régulièrement pour observer. Effectivement, je trouve le layon matérialisé par des végétaux coupés et le suis plus ou moins.

Je dévie petit à petit à droite et commence à voir une sorte de marécage noyé. De nombreuses grenouilles coassent dans cette zone très humide, je décide de ne pas tenter de m'aventurer par là pour me retrouver les pieds dans l'eau. Près de cette zone humide, je tombe sur des traces de biche rouge mais elle ne semblent pas toutes fraîches.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je dévie donc cette fois plus à gauche et me rends compte que je me suis plus éloigné du fleuve que je ne le pensais. Je décide de continuer à chasser à l'instinct sans chercher à suivre une direction particulière. De belle broméliacées épiphytes en fleur colonisent le tronc des arbres. Ces plantes que nous avons plus l'habitude de voir chez le fleuriste dans des vases sont ici partout à l'état sauvage.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Pas de gibier pour l'instant, j'arrive maintenant sur une zone chaotique ponctuée de gros blocs de granite. Je descends entre deux blocs pour atteindre une sorte de vallée qui délimite le chaos. Certains rochers sont énormes. Le décors est magnifique.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015
Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

En progressant doucement au milieux de ces gros rochers, je me rends compte que certains forment des abris naturels qu'ils protègent de la pluie. Ces cavités, situées au niveau du sol, rentrent plus ou moins profondément sous ces énormes blocs et communiquent parfois entre elles par des petits passages dans ou entre les rochers. Le sol très sec est dépourvu de végétation, la terre friable est marquées de nombreuses traces d'animaux se recouvrant et qui sont donc difficiles à identifier.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Il me semble reconnaître une trace d'un gros félin dans le sol meuble, le coussinet central est bien visible ainsi qu'un des doigts mais ne rendent pas bien sur ma photo.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

J'examine donc tous ces recoins mais aucun n'est habité. Au détour d'un gros rocher, un mouvement attire mon regard dans un arbre à quelque mètres du sol, un oiseau brun se déplaçant comme un pic remonte contre tronc. Je m'attarde un instant pour le filmer.

Je quitte cette vallée pour remonter doucement, au plus raide, sur une grande colline. En arrivant au sommet, je tombe sur une colonne de fourmis légionnaires entrain de déménager leur fourmilière. Certaines transportent des larves et des nymphes, d'autres transportent des bouts d'insectes, notamment des pattes dont certaines sont énormes par rapport à la taille des fourmis. Les ouvrières se distinguent des soldats par leur taille plus réduite et leur tête moins volumineuse. Certaines fourmis s'accrochent de toute leur force pour former des ponts entre 2 feuilles mortes qu'elles tiennent d'un côté avec leurs pattes et de l'autre avec leurs mandibules. De grosses fourmis noires sont postées en bordure de la procession mais ne semblent pas avoir de mauvaises intentions envers l'autre espèce.

Je suis cette colonne sur plusieurs dizaines de mètres en essayant de ne pas y poser les pieds dessus et éviter d'être attaqué. En arrivant près d'un petit tronc creux calé dans la fourche basse d'un gros arbre, j'ai juste le temps d'y voir rentrer un petit animal qui semblait être un rongeur plus gros qu'un gros rat. Je tente de regarder dans le tronc sur lequel passe la colonne de fourmis sans arriver à voir quoi que ce soit. Je continue ma progression mais le sol couvert de feuilles mortes est très bruyant et je décide de redescendre de la colline pour revenir dans les bas-fonds plus frais et plus humides où le sol est moins craquant.

En revenant au milieu des gros rochers, je déclenche des cris d'alerte d'un couple de caracaras (appelés can-can en Guyane). Ces rapaces noirs au ventre blanc peuvent faire un peu penser au hocco mais leurs cris sont caractéristiques et très bruyants.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je tente un instant de les apercevoir dans les feuillages mais n'arrive qu'à les entrevoir à peine. Je décide de tenter de faire un petit film pour enregistrer leurs cris mais ils se taisent alors que je suis derrière un gros rocher. Je tente de me décaler un peu pour être vu mais les cris se sont calmés et je n'arriverai à enregistrer que quelques cris très espacés.

Je décide de reprendre ma marche, c'est alors que les "can can" se remettent à donner de la voix pendant que je m'éloigne rapidement. Je continue à descendre vers la crique et tombe sur un fruit qui ressemble beaucoup à une fleur, j'ai déjà vu beaucoup de ces fruits lors du premier séjour en forêt mais il ne restait que le coeur, les pétales étaient tombés. Certains plus anciens que d'autres ont bruni

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

alors que d'autres tombés récemment ont encore une couleur rosée.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je quitte peu à peu le sol sec et les feuilles mortes pour rejoindre un beau marais asséché dont le sol plus humide et frais est moins bruyant. Le terrain semble assez fréquenté, j'aperçois plusieurs empreintes plus ou moins fraîches dans le sol meuble. Un cariacou semble être passé par là.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Ces traces me remotivent un peu et je me remets à avancer doucement en observant bien les alentours. Tout à coup, un mouvement attire mon regard à mes pieds mais il me faut un moment pour identifier l'animal qui vient de bouger. C'est un petit lézard de 10 à 12 cm qui se confond à la perfection avec les feuilles mortes. Mon appareil photo aura d'ailleurs beaucoup de mal a faire la netteté sur lui.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Un peu plus loin, je tombe sur des traces de pac mais qui ont déjà plusieurs jours. Ces traces ressemblent un peu à des traces d'oiseaux.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je regarde mon GPS, il va être l'heure de rentrer, nous nous sommes donnés rendez vous au camp vers 17 heures pour monter les bâches et nos hamacs avant la nuit. Je programme mon GPS pour le retour au camp et commence à rentrer doucement. Je tombe vite sur 2 termitières jumelles. Les termites ont fabriqué leurs abris à l'aide de terre et ont construit de petits tunnels en terre également qui partent du sol et arrivent aux termitières pour pourvoir y parvenir à couvert. Ces structures sont très dures.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je progresse maintenant à environ 30 ou 40 mètres de la crique quand il me semble reconnaître le chant d'un hocco. Je me fige et observe les environs quand j'aperçois un agami posé au sol à environ 25 mètres devant moi. Il est un peu loin pour tenter une flèche, de plus, une feuille de palmier retombant au sol me le masque en partie et pourrait dévier ma flèche. Je tente de l'appeler comme me l'a montré Xavier mais il se contente de rester sur place en se balançant de droite à gauche pour tenter de m'identifier car il a dû me voir arriver. Il continue à chanter, j'essaie alors la technique que m'a enseigné Joël du forum "la vie dans la jungle" mais je n'ai pas plus de réussite. J'hésite à tenter une flèche mais finalement l'agami commence à se dérober dans la végétation. Je tente de le recouper mais il s'envole en poussant des cris d'alerte et rejoint un second agami que je n'avais pas vu dans les branches basses d'un grand arbre. Les oiseaux montent petit à petit dans les étages de la forêt. Je reste immobile à les observer mais finis par les perdre de vue. J'attends un peu alors qu'ils poussent toujours leurs cris.

Tout à coup, ils s'envolent pour aller se poser au sol près de la crique. Je tente une nouvelle approche mais ils me repèrent de loin et s'envolent en poussant leurs cris pour aller se reposer au sol plus loin en forêt. Ils crient toujours et je me dirige vers eux en me calant sur ce bruit assourdissant mais il se taisent petit à petit et je décide de renoncer car je suis repéré et ce petit jeu risque de durer longtemps. Je reprends ma progression vers le camp. Alors que je suis à environ 150 mètres d'arriver, je tombe sur une fleur étrange.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Xavier m'a parlé d'une jolie petite cascade et je décide de revenir en longeant la crique pour tenter de la voir, je biaise donc à droite et rejoins le bord de l'eau.

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J'arrive au camp un peu plus loin sans avoir trouvé la cascade qui doit être plus en amont. Je retrouve "Scarabée" qui lui aussi a joué sans succès avec les agamis. Il a également repéré des traces de tapir assez fraîches. Nous commençons à monter notre camp. Nous tendons des cordes à environ 3 mètres de haut sur lesquelles nous tendons nos bâches en les attachant, avec des liens tendus aux 4 coins, à de petits arbustes environnant puis nous installons nos hamacs entre 2 arbres. Des gros clous à charpente sont plantés dans les arbres depuis un campement précédent et ne les ayant pas vu assez tôt, je me cogne la tête à l'un d'eux. La douleur vive tarde à passer et je me frotte la tête pour l'atténuer. L'un d'entre eux est idéalement placé pour pendre mon arc et je le lui accroche. Le camp monté nous nous posons un peu et préparons nos affaires pour ce soir car nous allons partir pêcher l'aïmara à l'arc sur un secteur que Xavier a repéré lors d'un séjour précédent.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Un peu avant la tombée de la nuit, Xavier attaque d'allumer le feu et de nous préparer une bonne gamelle de crevettes qu'il a emportées ce matin dans la glacière.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

La gamelle prête est mise à cuire sur le feu ainsi qu'une gamelle de riz alors que nous prenons un petit apéritif en plaisantant. La cuisson est terminée, il fait nuit et nous servons les assiettes avant d'attaquer ce bon repas. La bonne humeur règne sur le camp comme d'habitude et si nous ne pouvons pas dire que notre tableau de chasse soit pour l'instant exceptionnel nous aurons au moins super bien mangé pendant tout le séjour, heureusement pour les kilos que la chasse en forêt est assez physique.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Notre repas terminé, il est temps de partir pour la sortie du soir. Nous chargeons la barque, je m'installe avec Xavier à l'arrière alors que "Scarabée" détache la barque avant de s'installer à l'avant.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Le moteur de la barque peine un peu à démarrer mais finit par se lancer après avoir calé plusieurs fois. "Scarabée" éclaire l'eau devant la barque avec sa frontale pour nous éviter une collision avec un rocher immergé. Sa position peu académique ne manque pas d'inspirer quelques blagues.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Nous descendons un petit moment le fleuve. En arrivant près de la crique que nous devons remonter, nous apercevons des faisceaux de lumière dans la forêt provenant de frontales. Nous croisons les doigts pour que ces chasseurs ne prospectent pas le même coin que nous et que nous ne nous gênions pas mutuellement. Nous nous engageons dans la crique et accostons. La baque attachée, nous faisons notre point GPS. Nous allons remonter la crique sur 1 à 2 kilomètre pour atteindre le coin à aïmara enregistré sur le GPS de Xavier. J'ai pris mon carquois de flèches de chasse dans lequel je range ma flèche pêche, je mets ensuite ce carquois dans mon sac à dos et prends mon arc à la main en rembobinant au maximum le câble de pêche qui me relie au sac à dos. Il va me falloir le tenir pour ne pas le voir se dérouler en s'accrochant à la végétation.

Nous commençons donc à avancer en forêt en nous suivant à environ 30 mètres les uns des autres pour nous permettre de chasser un peu en avançant. Nous suivons un layon ouvert par les passages répétés des chasseurs dans le secteur. Nous nous rendons vite compte que nous faisons trop de bruit en avançant ainsi et décidons de nous regrouper pour avancer plus vite. Xavier pensait que nous rentrerions séparément pour chasser mais je ne le sens pas du tout car nous traversons plusieurs fois des bras de la crique sur des troncs et se retrouver de nuit même avec un GPS n'est pas chose facile. Xavier avance d'un pas très rapide et nous peinons parfois à le suivre dans cette végétation qui accroche nos arcs et mes flèches qui dépassent dans mon dos. Je regrette très vite d'avoir pris mon carquois car je comprends rapidement qu'il ne me servira à rien et qu'il sera une gêne permanente pour progresser en forêt. Nous finissons non sans mal à atteindre la petite crique annoncée par Xavier. Nous avançons en cherchant les yeux rouges des aïmaras dans les trous d'eau. Xavier repère un premier aïmara mais il le juge trop petit pour être fléché. Il nous demande de ne pas flécher les petits poissons de mois de 2 ou 3 kilos.

Xavier voulant multiplier nos chances de repérer des poissons me demande de traverser la crique mais les troncs sont pourris et je ne le sens pas du tout, un peu plus loin, je finis par trouver un tronc à peu près correct et commence à traverser. La berge opposée est très abrupte car située au pied d'une grande colline. Je quitte le tronc et commence à avancer tant bien que mal en longeant la crique sur un tapis épais de feuilles mortes. Je regarde bien mes pieds pour ne pas marcher sur un serpent et arrive rapidement dans une zone de végétation très dense constituée de sortes de petits arbustes à grandes feuilles montant à ma hauteur. En arrivant contre les premières grosses feuilles et alors que je regarde toujours le sol, j'ai une impression bizarre et me fige. Je lève doucement les yeux et aperçois, à 50 cm de mon visage, un fer de lance enroulé dans la végétation. En gardant mon calme, je fais 2 pas en arrière et l'annonce à mes collègues, Xavier me dit qu'il ne s'agit certainement pas d'un fer de lance car ce serpent ne grimpe normalement pas aux arbres. Je suis sûr de moi, la forme de la tête et la pupille fendue sont des caractéristiques de la famille des vipères et l'allure générale du serpent vue et revue en photo et dans les reportages animaliers. Le serpent regarde fixement vers moi en tirant sa langue mais semble calme. Xavier qui veut en avoir le coeur net, me demande de le prendre en photo, je m'exécute donc à à peine plus d'un mètre du serpent et réalise 2 clichés du reptile.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015
Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

c'est alors que je me rends compte qu'un scorpion est posé tranquillement sur une autre grande feuille sur la gauche du serpent un peu plus près de moi. Heureusement que je n'ai pas eu un geste malheureux en voyant le serpent car, en voulant éviter le reptile, j'aurais pu être piqué par le scorpion.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je fais ensuite demi-tour et rejoins mes collègues pour montrer la photo à Xavier. Ce dernier me confirme mon impression, il s'agit bien fer de lance et lui qui connaît bien la Guyane n'en avait jamais vu un dans les arbres, comme quoi on peut en apprendre tous les jours. Nous décidons donc de rester groupés sur la gauche de la crique plus praticable. Xavier nous a annoncé qu'il avait vu de très gros poissons et nous sommes impatients de voir ça. Xavier repère vite un premier aïmara tirable et décide que ce sera à "Scarabée" de le flécher. Ce dernier se prépare pour le tir mais galère un moment avec sa lampe d'arc qui refuse de s'allumer correctement et le poisson finira par s'éclipser. Il repère ensuite un autre aïmara un peu plus en amont. Il est contre la berge dans un virage de la crique. La berge est abrupte et la crique encaissée à 2 mètres sous mes pieds. Je m'avance doucement et repère le poisson. Je me recule ensuite pour me préparer rapidement et m'avancer à nouveau, arc armé, le poisson a juste un peu avancé et se présente de cul. J'allume ma lampe d'arc et prends ma visée derrière sa tête et décoche. L'agitation de l'eau provoquée par l'impact de ma flèche à la surface me cache le poisson. Je ne l'ai pas vu partir et mes collègues qui n'ont rien vu ne pense pas que je l'ai eu, c'est alors que je l'aperçois. Il est inerte au fond de l'eau. Je n'y crois pas moi même, je dis à mes collègues que j'ai fléché l'aïmara et qu'il est mort sur le coup. Xavier vient voir et n'en revient pas. Je remonte mon poisson grâce à mon câble et le pose sur la berge. Il paraissait plus gros sous l'eau.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je dégage ma prise en dévissant ma lame pour réaliser quelques photos de ma prise

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

puis Xavier joue les photographes pour immortaliser cette belle prise qui n'est pas énorme mais c'est mon premier aïmara et avec une magnifique flèche idéalement placée.

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

Je mets mon aïmara dans mon sac à dos avec mon carquois. Je repère vite un autre aïmara dans le même trou d'eau, il est à peine un peu plus loin et le mien. Je le montre à "Scarabée", ce dernier se prépare et arrive. Il décoche sur le poisson  qui est allé se caler entre 2 branches à 10 mètres environ mais le manque. Il commence à ramener sa flèche en rembobinant son câble mais la lame de pêche se prend dans des branches au fond de l'eau. Il bataille un moment pour la dégager mais rien à faire, il se décale alors sur la berge sans plus de succès et finit même par casser le câble au niveau de l'attache et doit se résoudre à aller chercher sa flèche en rentrant dans l'eau. Une fois sa flèche récupérée et revenu au sec, il la rattache à son câble. Il retente sa chance sur l'aïmara revenu se caler près du bord. "Scarabée" enchaîne les tirs manqués sur l'aïmara qui a l'insolence de ne presque pas bouger. Il remarque vite que sa flèche dévie brutalement à 45° en rentrant dans l'eau pour se poser à biais à environ 60 cm du poisson. Il examine sa lame, elle est sérieusement tordue. Elle a dû heurter un caillou. Nous tentons un moment de la redresser mais n'arrivons qu'a le redresser en partie.

Xavier qui a décidé d'aller chasser en forêt plus en amont, nous a quitté. Nous longeons la berge à la recherche des gros poissons. L'un d'eux ne se laissera pas tiré dans une zone de courant plus fort. En remontant encore un peu nous tombons sur une sorte de plage de sable. "Scarabée" repère un aïmara de taille moyenne, il le tire et le manque. Le poisson vient se caler devant moi pendant que mon collègue récupère sa flèche. Je détourne un instant le faisceau de ma frontale mais il en profite pour fuir et disparaître. Xavier revient de sa chasse et nous fait remarquer qu'un tapir est passé de frais dans le sable de la berge, il pense que nous l'avons fait partir pendant la pêche. Nous cherchons un moment sans succès l'aïmara, il est près de 2 heures du matin et Xavier décide de rentrer. Sur le retour nous cherchons les aïmaras mais ces derniers se sont cachés. Quelques yeux rouges s'illuminent dans l'eau mais ce sont des petits poissons.

Je finis par apercevoir un piranhas d'environ 20 cm de long dans un trou d'eau à environ 6 ou 7 mètres de bord. Je décide de tenter de le flécher mais alors que j'arme, il descend se cacher au fond dans des branchages. Je désarme, il sort de sa cachette, je réarme mais il repart se cacher. Je désarme et il ressort, le manège va durer quelques minutes. Ce poisson semble deviner mes intentions et se cache à chaque fois juste avant mon tir mais je finis par réussir à décocher mais je le manque. Je récupère ma flèche et nous nous remettons en marche. Le retour sera très éprouvant et interminable, nous peinons à nous frayer un chemin dans la végétation et au milieu des arbres tombés au sol. Mes flèches, qui dépassent dans mon dos, s'accrochent partout et je perds patience de plus ma lampe frontale me lâche et je dois m'éclairer à l'aide de ma lampe d'arc. Nos câbles de pêche s'accrochent parfois dans la végétation et se déroulent nous faisant perdre du temps à les rembobiner. Je ferme la marche et galère de plus en plus car mon éclairage est compliqué avec ma lampe d'arc. Je chute plusieurs fois dont une fois de tout mon poids sur mon épaule et me fais assez mal. Mes collègues rigolent bien en m'entendant jurer. "Scarabée" qui a pitié de moi me prête finalement sa lampe frontale de secours. J'arrive à rallumer par moment ma frontale mais elle s'éteint assez rapidement. Nous finissons enfin par arriver à la barque et nous repartons vers le camp.

En accostant près du camp, "Scarabée" aperçois un bel aïmara juste contre la berge, à moins d'un mètre du nez de la barque. C'est incroyable, nous arrivons d'une expédition mémorable en forêt pour trouver un aïmara à 30 mètres du camp. "Scarabée" met un moment à se préparer et le poisson ne bouge pas. Alors qu'il est enfin prêt, le poisson se décale un peu puis se repose au fond où une belle flèche vient le transpercer. "Scarabée" le remonte mais le poisson lutte et il tente de l'assommer avec la pagaie mais le sonne à peine en le gratifiant d'une belle balafre sur le dessus de la gueule. L'aïmara maîtrisé nous rentrons au camp avec nos affaires. Nous prenons quelques photos souvenir de cet aïmara suicidaire

Chroniques Guyanaises, le second séjour en forêt, 21 mars 2015

puis rangeons nos affaires et partons mettre les poissons au frais avant d'aller nous coucher. L'aïmara de "Scarabée" est un peu plus gros que le mien.

 

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans GUYANE 2015
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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 21:33

Ce matin, le réveil sonne vers 5h30, j'allume la lumière et me rends compte que je dormais sous une grosse araignée postée sur le montant de la fenêtre au dessus de la tête de lit.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Cette nuit les chiens de Xavier ont aboyé plusieurs fois et m'ont reveillé. Le jaguar, qui chasse régulièrement les chiens dans les jardins du secteur, est peu être passé dans le quartier. Nous devons aller chasser le capibara dans une zone de savane marécageuse. En descendant pour préparer mes affaires, j'aperçois un gros cafard sur la terrasse couverte de Xavier, ces charmantes bêtes sortent souvent la nuit pour venir se noyer dans les restes de verres ou chercher quelques miettes.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous partons, en route Xavier nous donne quelques conseils de tir en nous encourageant à tirer de la lame mécanique et de viser le coeur en évitant surtout de percer l'estomac et les intestins. Nous avons un peu traîné ce matin et arrivons sur place un peu en retard, le jour s'est déjà levé. Nous nous préparons pour la chasse, je décide de ne pas mettre mon pantalon de ma tenue 3D et n'enfile que la veste, ma cagoule et mes gants. Nous distribuons les secteurs de chasse, nous allons suivre un chemin de terre au bout duquel je partirai à gauche et mes collègues à droite.

Je suis prêt avant mes collègues et décide d'aller prospecter un petit secteur derrière les bâtiments où nous avons chassé l'an dernier. Je pars donc devant par le chemin de terre et tombe sur le propriétaire que je salue. Nous discutons un peu puis je prends à gauche sur une langue d'herbes hautes, de 20 à 40 mètres de large en environ 150 mètres de long, surélevée de quelques mètres au dessus des marécages en U, couvert de moucoumoucous qui la borde. Les herbes hautes sont marquées par de nombreuses coulées très marquées de capibaras. Je zigzague pour surveiller alternativement les 2 penchants de la langue enherbée qui donnent sur les marais pour tenter d'apercevoir un animal mais sans succès. Le vent souffle fort et face à moi, il commence à pleuvoir mais l'averse s'arrête rapidement. Le temps est idéal pour l'approche. Une odeur de cadavre me parvient et je tombe un peu plus loin sur un grand trou où pourrissent des carcasses de zébus. J'arrive au bout de la langue et aperçois à environ 200 mètres, de l'autre côté du marais, 1 puis 2, 3, 4, 5 capibaras qui broutent sous un gros arbre. Ils sont hors de portée pour le moment, nous verrons plus tard. Je fais demi-tour et reviens vers le chemin de terre où mes collègues sont en train de passer. Je presse le pas, arrive sur le chemin de terre et accélère encore pour les rattraper. De nombreuses traces de capibaras plus ou moins anciennes ponctuent ce chemin marqué de profondes ornières remplies d'eau boueuse.

Je rattrape mes collègues alors qu'ils passent une barrière qui barre le chemin de terre, nous l'ouvrons, la passons puis la refermons. Nous arrivons ensuite au bout du chemin. Un morceau de réacteur de fusée est posé sur le sol à notre gauche près d'une mare semi-asséchée au départ d'une bande boisée qui borde l'autre côté du marécage que je longeais tout à l'heure par la langue d'herbes hautes, de l'autre côté du chemin un petit lac creuse le terrain. Nous nous séparons, je pars donc comme prévu à gauche avec le vent de face qui souffle de façon soutenu. Je rentre dans la bande boisée assez claire. Le sol piétiné par le bétail est souvent dépourvu de végétation. Je tombe rapidement sur des traces de capibaras plus ou moins fraîches.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je suis tout doucement ces traces en observant les alentours et tombe sur quelques fruits de palmier à moitié mangé de frais. Je continue et tombe un peu plus loin sur un gros rond de ces fruits oranges tombés devant un buisson. J'avance doucement et me rends compte que certains sont mangés de frais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

En me décalant doucement sur la droite du buisson, j'aperçois 2 gros capibaras assis de dos, à environ 8 mètres, au bord du marais. Je me fige, les animaux m'ont vu mais n'ont pas compris ce que j'étais. Ils se lèvent et s'avance un peu vers l'eau, j'arme mon arc, le plus proche, s'arrête de 3/4 arrière à environ 10 mètres. Je vise et décoche, touché, l'animal démarre avec ma flèche, équipée d'un Rage Hypodermic, plantée au 3/4 dans le cuissot. Les 2 capibaras disparaissent à grands bons dans le marécage boisé.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Les conseils de Xavier n'ont pas été trop respectés, avec cette flèche, je suis sûr d'avoir touché les intestins et l'estomac. Je m'avance au bord de l'eau pour tenter d'apercevoir mon capibara au travers des arbres. Plusieurs iguanes se laissent tomber dans l'eau de la cime des arbres. Je l'aperçois rapidement qui finit de mourir à environ 15 mètres dans le marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

La chasse aura à peine duré 10 minutes, j'appelle Xavier pour lui annoncer mon capibara. Il me dit que je peux continuer à chasser pour tenter de flécher un autre animal. Je décide de laisser mon capibara dans le marais pour ne pas me mouiller tout de suite. Je reprends donc ma progression en suivant le marais dans la bande boisée mais plusieurs iguanes se laissent tomber dans l'eau en m'apercevant et font un bruit incroyable. Je décide donc de me décaler un peu plus à droite pour longer plus loin de l'eau. J'avance tranquillement quand j'aperçois un gros mâle capibara, reconnaissable à la grosse glande sombre sur son museau, il est à moins de 70 mètres de l'endroit où j'ai fléché mon capibara. Je me fige et l'observe à couvert de quelques branchages feuillus. Il s'avance doucement, en broutant, vers la prairie au dessus de la bande boisée puis s'assoie à environ 10 mètres du marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je décide de tenter l'approche en redescendant un peu vers le marais pour essayer d'avancer en me cachant derrière les quelques arbres clair-semés. Je me décale donc sur la gauche des branchages mais me rends alors compte qu'il n'y a pas 1 mais 6 capibaras. Ils sont couchés, repartis sur quelques mètres entre le bord de l'eau et les derniers arbres.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je commence mon approche très très lente en surveillant tous les animaux. Petit à petit, je gagne du terrain, les animaux commencent a se douter de quelque chose, j'essaie de mettre les arbres entre eux et moi pour parfaire mon camouflage mais les troncs sont minces contrairement à moi. 2 capibaras reviennent doucement vers l'eau et s'arrêtent au bord du marais de 3/4 arrière à environ 30 mètres. Les autres sont plus près et commencent se lever. Je continue mon approche très lente. Le plus proche des animaux, une femelle de belle taille, s'est assise et commence à pousser des cris d'alerte mais me laisse approcher sans bouger. Petit à petit la distance diminue et, en me décalant, j'ai placé sa tête derrière un tronc. Sa zone vitale est dégagée dans le V dessiné par 2 petits troncs. Je ne suis plus qu'à 8 mètres. Le capibara donne toujours l'alerte sans bouger et certains de ses congénères lui répondent. J'arme doucement, vise le coeur en pensant à ce que m'a dit Xavier et décoche mais ma flèche part trop basse et semble taper les pattes avant de l'animal juste sous le poitrail. L'animal démarre, emportant ma flèche en travers de ses pattes. C'est la débandade, tous les capibaras se jettent à l'eau et disparaissent en un éclair dans le marécage.

Je ne suis pas du tout confiant sur l'issue de ma flèche, je m'en veux, j'aurais dû n'écouter que mon instinct habituel et viser le défaut de l'épaule comme à mon habitude. Je m'avance doucement. Le sol est jonché de crottes de capibaras toutes fraîches.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je trouve une petite goutte de sang au bord de l'eau sur une feuille morte. Plusieurs iguanes se jettent à l'eau à mon approche. Je scrute la surface de l'eau à la recherche d'un indice ou d'un mouvement. J'aperçois alors la moitié de ma flèche, côté empennage, cassée à 3 mètres de bord dans les moucoumoucous. Pas de capibara en vue, je pars chercher une longue branche pour récupérer ma flèche que je ramène facilement. Elle a été lavée et ne comporte pas le moindre indice. Je décide de laisser le secteur tranquille et de revenir chercher plus tard. Je laisse la branche pour marquer la direction de fuite. Mon téléphone vibre, c'est Xavier, je décroche, il m'annonce qu'un très gros groupe de capibaras est de l'autre côté du marécage et me demande de ne pas aller les chasser car, de leur côté, ils sont à mauvais vent et peinent à approcher les animaux.

Je continue à longer le marais. Le bois s'épaissit et je décide de contourner cette zone sale en longeant par la prairie. En arrivant doucement au bord du marécage, je me fais surprendre par un gros capibara qui surgit du bourrelet de végétation qui borde l'eau et plonge rapidement pour disparaître sous l'eau et la végétation de surface. Un peu plus loin, je peux suivre un instant son trajet car il heurte sous l'eau les moucoumoucous en faisant une courbe vers ma gauche. Le calme revient et je reprends mes esprits. Cet animal solitaire m'intrigue, ces rongeurs sont habituellement en groupe et je pense qu'il s'agit peut être du capibara que j'ai blessé, de plus sa fuite semblait se rabattre vers la berge sur ma gauche. Je m'avance donc pour chercher son gîte et d'éventuelles traces de sang mais je ne trouve pas le moindre indice pouvant confirmer mon hypothèse. Je regarde vers la gauche mais la végétation est trop épaisse et je ne vois rien. Je laisse tomber en me disant que cet animal était très vif et ne semblait pas blessé.

Je repars donc en longeant le marécage,

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

de nombreux jacanas volettent au dessus des zones de végétation basse du marais.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

J'avance tout doucement en suivant la berge qui fait une boucle très fermée à droite. La pluie se met à tomber très fort, j'aperçois un gros capibara par dessus les moucoumoucous de l'autre côté du marais, exactement où Christophe en avait repéré un l'an dernier avant que nous fassions notre approche qui s'était concrétisée par le prélèvement de mon premier capibara. Je comprends alors que c'est peut être une sentinelle du groupe repéré par Xavier.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je ne pensais pas être déjà si près de la bande et décide de m'éloigner voûté en suivant ce coté du marécage. Xavier m'a vu de loin et m'appelle au téléphone pour me dire de ne pas continuer à chasser dans le secteur car il pense que je vais effrayer les animaux. Je décide donc d'aller chercher mes capibaras. Les zébus, intrigués par ce buisson qui marche, arrivent à ma rencontre et j'aperçois un beau taureau gascon dans le troupeau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Les vaches et les veaux viennent se planter et m'observent à environ 25 mètres.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je les contourne pour revenir vers la bande boisée.

Pendant ce temps, mes collègues ont repéré une bande de capibaras.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" tente une approche

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

qui se termine à 4 pattes avec son arc sur le dos (la dite technique de la tortue)

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Il réussi ainsi à approcher un capibara et à le flécher à 16 mètres. L'animal mortellement touché part dans le marécage et meurt à environ 30 mètres de la zone du tir. Xavier qui observait la scène en retrait l'a vu se débattre dans l'eau avant de s'immobiliser et guide donc "Scarabée" pour sa recherche. Il part donc pour faire le tour du marais pour aller chercher son capibara puis s'avance dans l'eau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Le capibara ayant coulé, il le retrouve à tâtons avec les pieds, puis le ramène au bord.

 

Xavier prend quelques photos souvenir.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" attache ensuite sa prise par les pattes avant et le traîne pour revenir à la voiture alors que Xavier porte les arcs.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

De mon côté, revenu au bord du marais, je pose mon arc, quitte ma veste de la tenue 3D et sors tout le petit matériel de mes poches quand Xavier m'appelle pour m'annoncer que finalement ils ont réussi à flécher un animal, il me demande où j'en suis et je lui dis que je m'apprête à aller chercher mon premier capibara. Xavier n'est pas content, il pensait que je l'avais déjà ramené au bord et a peur que mon animal soit perdu. Il me dit qu'il faut toujours s'occuper du premier avant de continuer à chasser mais je lui dis que je sais exactement où il est et que je ne voulais pas me tremper tout de suite. Nous convenons de nous retrouver avec nos prises au départ du chemin de terre où nous nous sommes séparés tout à l'heure pour y laisser les capibaras avant de repartir chasser. Nous raccrochons et je pars chercher ma bête. Je m'avance doucement dans cette eau croupie noirâtre. Mes pieds qui s'enfoncent, sous l'eau, dans la vase font remonter une odeur de putréfaction. Je progresse lentement en cherchant mon capibara du regard mais je ne le vois pas. 2 gros iguanes tombent dans l'eau près de moi. L'eau monte peu à peu jusqu'à mes fesses et je slalome entre les moucoumoucous pour progresser en contournant parfois un trou d'eau plus profond. J'essaie de poser mes pieds près des troncs d'arbre ou de moucoumoucous où les racines rafermissent le sol vaseux. J'aperçois vite mon animal qui flotte en surface entre les moucoumoucous. Son dos dépasse à peine de l'eau.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

J'attrape l'animal par une patte arrière et le soulève un peu. J'aperçois ainsi ma flèche plantée dans l'animal, je la retire facilement en tirant dessus puis ramène ma prise sur la berge en la tirant derrière moi par la patte avec ma flèche dans l'autre main. Arrivé au bord, je remets ma flèche au carquois, laisse mon capibara sur place avec mon matériel et pars vite vers l'autre zone de tir quand je tombe sur un gros iguane engourdi par un séjour dans l'eau. Il vient de remonter sur la berge et commence doucement à revenir dans l'eau en m'apercevant. Je tente d'attraper mon appareil photo mais il plonge et s'éloigne sous la surface en se dandinant avant que je puisse le photographier. Il remonte quelques mètres plus loin, ne laissant dépasser que sa tête pour prendre sa respiration, le temps de zoomer, il plonge à nouveau et cette fois ne remontera plus dans mon champ de vision. Je poursuis jusqu'à la branche laissée en repère, regarde autour de moi si des indices ne m'auraient pas échappés mais, ne trouvant rien, je m'avance dans le marais, ici couvert de lentilles d'eau, pour tenter d'apercevoir mon animal. Des iguanes pleuvent des moucoumoucous et des arbres, j'avance doucement en scrutant les alentours pendant un moment mais sans rien voir. Je remarque qu'un chenal profond part en biais dans les moucoumoucous, les lentilles d'eau ont eté déplacées sur sa trajectoire et je comprends que des animaux sont passés par là mais, malgré mes recherches, je ne trouve pas mon capibara. Je décide de laisser tomber pour le moment et de revenir à mon premier animal pour faire quelques photos.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je prends ensuite ma cordelette et attache mon capibara par les dents de devant puis récupère un gros bout de branche au centre duquel j'enroule la cordelette pour m'en faire une poignée de traction. Je ramasse toutes mes affaires puis commence à tracter mon animal. Le terrain monte tout d'abord sur environ 40 mètres, jusqu'à ce que j'arrive sur la prairie, et je peine un peu à avancer. Le relief s'aplanit ensuite et j'avance un peu plus vite quand j'aperçois un vautour urubu qui décrit des cercles au dessus de moi.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je rappelle Xavier car je ne sens pas de laisser les capibaras sans surveillance avec ses charognards dans le secteur. Xavier me donne raison et me dis de continuer jusqu'à la voiture avec mon rongeur. Je prends donc le chemin, ouvre et passe le portail puis le referme derrière moi et commence à tracter mon capibara au milieu du chemin de terre mais il roule sur le côté et tombe dans une ornière remplie d'eau. Je constate alors que la traction est beaucoup plus facile et j'accélère le pas. En avançant le capibara pousse l'eau devant lui et me permet ainsi de le tracter sans trop d'effort sur plusieurs mètres après l'interruption de la flaque. Il passe ainsi de flaque en flaque jusqu'à ce que le terrain remonte. Je recommence alors à peiner pour remonter jusqu'au bâtiment, de plus le chemin n'est presque pas ombragé et le soleil plombe. Je finis par arriver en haut de la côte et fais une pause en regardant derrière moi. Les zébus regardent tous vers la droite et je comprends vite que quelqu'un arrive. J'aperçois rapidement mes collègues qui se rapprochent de la barrière. Je pars poser mes affaires au pick up et passe le coin des bâtiment en passant devant une employée du domaine qui prépare un tracteur pour partir travailler. Je la salue alors qu'elle me regarde passer amusée.

Je reviens ensuite à mon animal et finis de le tracter jusqu'à la voiture et le laisse là. Je décide d'aller aider mes collègues et pars donc à leur rencontre. Xavier est déjà arrivé au coin du bâtiment et discute avec l'employée. Ils parlent des abeilles sauvages qui font leurs nids dans le secteur et qui sont, semble t'il, très agressives. L'employée annonce que c'est la première cause d'accident sur le domaine et que les employés sont régulièrement attaqués, Xavier lui raconte qu'il a été attaqué lors de sa dernière chasse au capibara dans le secteur et que ces insectes l'ont poursuivi sur environ 300 mètres. Je pars à la rencontre de "Scarabée". Il s'est arrêté essoufflé au pied de la côte, son capibara d'environ 35 kg gît à ses pieds et je vois vite qu'il est plus petit que le mien. Vu que j'ai dû subir les petites moqueries de mes camarades en forêt au sujet de la taille de mes "lézards", je fais mine de chercher son capibara sans le voir puis de l'apercevoir enfin. "Ha, mais c'est pas un capibara que tu as fléché, c'est une marmotte !"

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous rigolons un peu, Xavier lui a, semble t'il, déjà dit qu'il détenait le record du plus petit capibara fléché sur le secteur. Je le félicite tout de même pour son premier capibara et pour sa belle flèche. "Scarabée" me dit que Xavier est allé cherché la voiture, nous l'attendons donc.

Il finit par arriver et je charge le capibara pendant que "Scarabée" charge et range les arcs. Je remonte à pied le temps que mes collègues finissent de se préparer et remontent avec la voiture. Xavier se gare devant les bâtiments, "Scarabée" vide son animal puis nous le pendons sur le côté du pick up pour le rincer avant que j'attaque de vider le mien. C'est un véritable carnage à l'intérieur, ma flèche est rentrée en traversant le cuissot, a traversé les intestins, l'estomac, le foie, les poumons et s'est arrêtée dans l'épaule opposée au côté de l'entrée.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Une fois le gros rongeur vidé, je passe donc un moment à le nettoyer puis nous mettons nos prises dans la glacière avant d'aller prendre un petit déjeuner sur la table réservée aux employés alors qu'un déluge s'abat sur le domaine. Nous repartons ensuite chasser, la pluie a cessé et un soleil de plomb brûle la savane. Nous partons vers l'endroit où j'ai fléché mon capibara l'an dernier. Nous longeons doucement le marécage quand une tâche brune, dans l'herbe rase, proche de l'eau, nous interpelle à environ 100 mètres. Nous nous immobilisons et identifions un cabibara. Comme "Scarabée" n'a eu qu'une occasion de tir ce matin, Xavier lui dit de se tenter l'approche. Nous le laissons donc partir en longeant le marais et nous nous décalons à droite sur le sommet d'une bute pour observer la scène à distance.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scarabée" avance doucement en longeant l'eau et gagne petit à petit du terrain. Arrivant dans une zone trop dégagée, il descend doucement dans l'eau pour longer la berge à l'intérieur des moucoumoucous. Le vent soutenu lui est favorable et agite la végétation, masquant ainsi encore un peu sa progression. Nous avons parfois du mal à le voir. Nous observons également le capibara et nous apercevons qu'ils sont en fait plusieurs. D'autres animaux sont couchés en dordure du marais dans la végétation. "Scarabée" s'arrête alors que les moucoumoucous laissent place à une zone dégagée. Le capibara est maintenant assis à un peu plus de 15 mètres, de dos par rapport à lui, il arme son arc, le capibara se lève et s'avance un peu pour s'arrêter plein travers. "Scarabée" décoche et atteint le capibara qui se précipite vers l'eau, entraînant dans sa fuite les autres animaux qui se lèvent et foncent dans les moucoumoucous. J'ai bien suivi des yeux sa trajectoire dans les moucoumoucous grâce à leur agitation et pense savoir à peu près où est mort l'animal.

Nous partons retrouver notre collègue puis commençons à chercher des indices. Rapidement, nous trouvons du sang sur la trajectoire de fuite. Pas mal de gouttes ont été projetées quand l'animal a traversé la végétation du bord de la berge.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

La végétation aquatique de surface porte également des gouttes de sang mais la piste s'interrompt vite, l'animal a dû plonger. "Scarabée" s'engage dans le marais, je quitte ma veste 3D et pose mes affaires et mon arc au sec puis le suis. J'essaie de partir dans la direction de fuite du rongeur mais à mesure que je m'enfonce, doucement, en regardant bien autour de moi dans les moucoumoucous, je perds vite mes repère par rapport à la berge. Il me semble que je suis trop à gauche et je biaise à droite, alors que je m'arrête un instant pour regarder les coulées dans la végétation, j'aperçois le capibara mort sur ma droite. Il flotte, coincé dans les moucoumoucous. J'annonce ma trouvaille à mes collègues. J'attrape ensuite l'animal par une patte arrière et commence à revenir vers la berge. "Scarabée" vient à ma rencontre alors que j'ai fait environ 5 mètres. Il demande à Xavier, resté sur la berge, de télémétré la distance et se montre en levant la main au dessus des moucoumoucous. L'appareil affiche 25 mètres, il a donc fait 30 mètres environ avec une belle flèche au défaut de l'épaule. Ce capibara est légèrement plus gros que le premier mais un peu plus petit que le mien.

Nous regagnons la berge contents d'avoir si vite retrouvé ce capibara car au même endroit l'an dernier, malgré une fuite moins longue, nous avions mis à 4 plusieurs heures pour le retrouver. Pour ma part, je suis content pour mon collègue mais ne digère pas le fait d'avoir blessé mon second capibara.

Pendant que "Scarabée" cherche sa flèche dans le marais, nous partons avec Xavier un peu plus loin pour voir si d'autres animaux seraient dans le secteur. Ne voyant rien d'autre que des jacanas, nous faisons demi-tour. Nous rejoignons notre collègue qui n'a pas retrouvé sa flèche puis faisons quelques photos souvenir avant le retour.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

De l'autre côté du marais, un employé à cheval vient s'occuper des zébus.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

"Scrarabée" attache avec ma cordelette son capibara par les pattes avant malgré mes recommandations de l'attacher par les dents. Il le traîne un moment mais les dents de l'animal accrochent la végétation et le freine. Il finit par m'écouter et change sa façon d'attacher le capibara. Avec Xavier, nous l'aidons à tirer l'animal en tenant la cordelette les uns derrière les autres. Un peu plus loin "Scrarabée" trouve une grosse branche courte et en fait une poignée, Xavier prend alors les arcs et nous tirons tous les 2 l'animal. Nous sommes loin de la voiture et le soleil est brûlant, les gouttes de sueurs tombent de nos fronts. En passant près des zébus, je dis à mes collègues de se méfier car les bovins n'aiment pas trop l'odeur du sang et 2 gros taureaux gascons sont parmi les vaches zébus. Je les surveille en avançant.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Constatant que les animaux restent tranquilles, je les quitte des yeux.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous finissons par arriver au départ du chemin de terre où nous sommes séparés ce matin. Je demande à mes collègues s'il est possible d'aller chercher un peu mon second capibara. Nous laissons donc le capibara en bordure du bosquet puis partons vers l'endroit du tir. En arrivant près de l'eau ,nous faisons plonger des iguanes et Xavier aperçois un beau caïman qui plonge près de lui. Il nous annonce le reptile juste avant que nous rentrions dans l'eau, histoire de nous mettre en confiance. Xavier n'est pas très en forme et je m'enfonce dans le marais avec "Scarabée", nous nous séparons pour couvrir plus de terrain mais malgré nos recherches le capibara reste introuvable. L'eau est couverte de lentilles d'eau mais la végétation est claire et permet de voir relativement loin. Le temps passe et nous décidons de laisser tomber. "Scarabée" revient au bord, je décide de prendre à gauche pour suivre la berge à 20 mètres dans l'eau. Des iguanes tombent près de moi et ne voyant rien, je finis par laisser tomber et rejoins mes collègues. Je suis dégoûté, Nous revenons à la voiture puis décidons de rentrer. C'est alors que "Scarabée" s'aperçoit qu'une sangsue s'est accrochée à sa cheville.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015
Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Après qu'il a décroché, nous laissons les viscères des 2 premiers animaux plus loin dans un fourré reculé où les charognards auront vite fait de les faire disparaître puis reprenons la route.

En route, j'aperçois une masse sombre dans la savane. Je la fixe intrigué et me rends compte qu'il s'agit d'un tamanoir. Je l'annonce à mes collègues, c'est un rève d'en voir un de près. Xavier fait demi-tour un peu plus loin et se gare au bord de la route à la hauteur de l'animal qui est à 60 ou 70 mètres de la chaussée. Je pars pour l'approcher mais il a disparu, j'avance assez rapidement vers une petite zone de végétation épaisse où j'aperçois l'animal.

Il est à peine visible dans les hautes herbes.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Je mets mon appareil photo en fonction caméra, je suis juste à quelques mètres de lui et appuis sur le bouton pour commencer à filmer. L'animal sort à découvert et passe devant moi puis s'arrête pour gratter, dans une touffe d'herbe, une petite fourmilière dont il extrait les fourmis avec sa longue langue. Il progresse ainsi en faisant des pauses. Il ne fait pas du tout attention à moi, le vent est soutenu. Il progresse ainsi en se nourrissant et s'éloigne peu à peu de moi.

Je profite d'une de ses pauses alimentaire pour me rapprocher à nouveau tout en filmant. Il finit par repartir et s'éloigner. Je coupe mon film et décide de tenter une nouvelle approche.

Cette fois je l'approche à juste 2 mètres et me fais repérer. L'animal surpris s'éloigne un peu d'un pas décidé puis fait une boucle pour venir se présenter à 6 mètres environ, plein travers et ébouriffé, une patte avant levé. C'est une posture d'intimidation. Je recommence à le filmer. Il reste figé un moment puis repars et s'éloigne de cul. Je coupe mon film et décide de le laisser partir.

Je suis trop content et reviens vers mes collègue en leur faisant des signes comme quoi j'ai fait un super film mais alors que j'arrive à la voiture et que je décide de leur montrer mon film, je me rends compte que je n'ai que le second film très court. Le premier film n'a pas marché, je suis dégoûté, je n'arrive pas à y croire. Nous repartons, heureusement "Scarabée" a assuré et a filmé mon approche.

De retour chez Xavier, nous nous attelons à la préparation de la venaison de nos prises. Daniel nous rejoint pour s'occuper du 3ième capibara qu'il va récupérer pour le cuisiner. Les capibaras sont prêts, en partant vers son appartement, "Scrarabée" aperçois un serpent : "C'est quoi ce serpent ?". Nous nous dirigeons vers lui avec Daniel qui tente d'attraper le serpent vert par la queue et le manque. Il nous annonce qu'il s'agit d'une couleuvre, le serpent commence à monter dans un arbre. Je l'attrape alors par la queue et le dégage des branchages puis lui saisis la tête. Je pars chercher mon appareil photo pour le photographier avant de le relâcher. J'apprendrais plus tard qu'il s'agit d'une espèce de couleuvre venimeuse et dangereuse pour l'homme.

Chroniques Guyanaises, une journée au capibara, 20 mars 2015

Nous partons ensuite manger puis je décide d'aller préparer les crânes des capibaras et du gros caïman de "Scarabée". Je prépare avant ma touque pour notre sortie de demain où nous repartons pour 2 jours de forêt. Je fais donc bouillir les têtes dans une bassine métallique sur un feu de bois et décharne peu à peu les têtes ce qui me prendra une bonne partie de l'après midi. Les têtes presque prêtes, je les mets hors de portée des chiens qui se sont régalés des morceaux de viande bouillis. Je pars ensuite et me doucher faire une petite sieste. La soirée sera animée par un repas très sympathique avec des amis de Xavier dont José et Marcel qui lui ont appris à chasser en Guyane. Nous dégusterons ainsi un des 2 pacs tué par Xavier et que la femme de José nous a préparé. C'est vraiment très bon. La soirée se termine tranquillement et il nous faut maintenant aller dormir car demain nous repartons en forêt.

 

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans GUYANE 2015 CAPIBARA
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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 06:14

Ce matin, je me réveille encore amer de ma mauvaise flèche d'hier soir. Nous nous retrouvons pour déjeuner comme tous les matins sous la bâche "cuisine" et discutons de notre journée à venir. Mon doigt va mieux mais je prends encore un cachet d'antibiotique. Nous allons tous partir avec la barque pour tenter de recouper les pécaris que Xavier n'a pas pu intercepter hier. Le repas terminé, nous partons préparer nos affaires, je rééquipe mon arc pour la chasse. Xavier ne retrouve pas son décocheur et nous comprenons qu'il a dû le perdre pendant la chasse d'hier soir certainement en plongeant pour aller chercher mon pac blessé puisqu'il venait juste de l'enlever avant de plonger. Je décide de lui prêter mon décocheur de rechange que j'avais pris au cas où. Nous finissons de nous préparer, le pantalon de ma tenue 3D ne ressemble plus à rien, je tente de le maintenir un peu en fermant mes guêtres par dessus. Vérification du petit matériel, les piles de mon GPS sont faibles, je décide les changer avant de tomber en panne. Je garnis mes poches : caméscope entouré de sa poche plastique, GPS, boussole, opinel, cordelette puis c'est le départ. Le fleuve a bien baissé depuis ces derniers jours car il n'a pas vraiment plu. Xavier me donne les coordonnées GPS du coin où il a repéré les bassines de pécaris hier et j'enregistre ce point. Nous embarquons tous dans la barque. Nous partons en aval sur un peu plus d'un kilomètre. En chemin nous dérangeons des ibis posés au bord du fleuve. Des perroquets survolent le fleuve. Nous accostons un peu plus loin au départ d'une belle crique. J'allume mon GPS et fait le point sur la barque. Nous allons partir 2 par 2, "Scarabée" et Xavier partent en biaisant à gauche.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Nous devons traverser la crique avec Daniel pour aller retrouver le secteur des pécaris. Nous nous servons de la barque pour traverser puis partons en nous suivant à 20 ou 30 mètres d'intervalle. Le temps est incertain et la pluie menace. Je cale mon GPS sur mon but et pars devant en longeant la crique. J'avance doucement en faisant des pauses observatoire pour tenter d'apercevoir un gibier. Je me retourne régulièrement pour voir si Daniel me suit. Rapidement, la végétation s'épaissit et je me décale un peu sur la droite de la crique pour trouver un passage plus facile. Il commence à pleuvoir un peu. Je perds vite Daniel de vue mais ne m'inquiète pas et continue ma progression. Au bout d'un moment, il me semble que je me rapproche du fleuve, je contrôle mon GPS et comprends que j'ai fait une boucle sans m'en rendre compte. J'ai perdu du temps et décide donc de partir GPS en main vers le point indiqué par Xavier.

Je prends le cap avec ma boussole puis avance d'un pas rapide en contrôlant souvent ma direction et finis par retrouver Daniel un peu plus loin. Il a continué à avancer tranquillement en chassant et a vu des singes. Je me rends alors compte que j'ai cassé mon décocheur, la pince est tombée, ne reste que la tige filetée accrochée à mon brassard. Ma journée commence bien, Daniel me propose de me prêter le sien mais ne voulant pas le priver d'un jour de chasse, je refuse son offre. Si j'ai une occasion de très près je pourrais essayer de tirer sans décocheur. Nous décidons de continuer à progresser ensemble, son GPS est équipé de la carte topographique et hydrographique de la Guyane contrairement au mien. Cette carte lui facilite la navigation en forêt. Nous arrivons au pied d'une colline que nous longeons pour rejoindre notre destination. Nous passons ensuite un sommet puis redescendons pour tomber dans un marais où nous trouvons, comme indiqué par Xavier,des coups de nez dans une zone sableuse puis des bassines de pécaris et des coulées marquées de traces. Nous décidons de nous poster sur le secteur en nous éloignant un peu l'un de l'autre.

Daniel, repart en arrière vers la colline alors que je m'enfonce doucement dans la végétation en suivant la coulée très marquée par les traces des pécaris. Des gouttes de boue ont été projetées sur la végétation mais ne semblent pas fraîches bien que l'eau des bassines soit encore très boueuse. Les traces non plus ne semblent pas très fraîches. La pluie se met à tomber très fort. Je trouve une zone un peu dégagée au milieu d'une végétation épaisse, un tronc tombé au sol me servira de siège. Je me poste là un moment mais rien ne vient. La pluie s'est calmée mais le temps passe et je perds patience. Je décide de reprendre ma progression lente et prospecte dans le secteur sans plus de succès avant de tenter sans succès de retrouver Daniel. Nous ne nous sommes pas entendu sur le retour et me dis donc qu'il a dû partir de son côté. Je programme mon GPS pour un retour vers la barque et commence à suivre le cap indiqué. Je suis le bas de la colline mais dois parfois remonter pour éviter des zones trop fourrées. Tout à coup, alors que je longe un marais, un grand tinamou se débine tout doucement à quelques mètres devant moi. J'hésite à armer mon arc mais me dis que, sans décocheur, j'ai peu de chance de toucher cette cible en mouvement et ne veux pas prendre le risque de le blesser. Il disparaît un peu plus loin dans la végétation épaisse du marais. Je tente de le suivre mais n'arrive pas à le retrouver. Prenant conscience que, sans décocheur, je n'ai pas la moindre chance de faire un tir propre, je décide de rentrer sans chasser.

Je suis mon cap qui me fait suivre plus ou moins des vallées de criques mais je tombe sur une zone impénétrable barrée par les arbres tombés au sol et enchevêtrés de végétation épaisse. Je passe un long moment à chercher à contourner cet obstacle d'environ 30 mètres de long puis parviens, non sans mal, à le franchir. Je commence à ressentir un picotement au niveau de mon genou droit, le frottement répété de mon pantalon mouillé est en train d'entamer la peau. Je passe maintenant une grande colline. Je ne reconnais pas vraiment le paysage mais fais confiance à mon GPS sur lequel la distance à parcourir décroit. Je dois parfois vérifier mon cap avec ma boussole mais la progression est pour le moment facile. Le terrain s'aplanit. Je tombe un peu plus loin sur une crique, il semble qu'il me faille la traverser, je trouve donc un gros tronc tombé en travers et joue les équilibristes pour arriver sur l'autre rive. Un peu plus loin, il me faut traverser une nouvelle crique, je retrouve donc un gros tronc et traverse mais un peu plus loin, une autre crique se présente et je commence à me demander où je suis car je n'ai pas dû traverser tous ces obstacles au départ. Je finis par rejoindre le fleuve mais alors que mon GPS m'indique la barque toute proche, je ne la trouve pas. Je tourne et retourne sur le secteur et traverse et retraverse les criques qui serpentent dans le secteur. Levant au passage plusieurs grands tinamous et un beau héron agami, magnifique oiseau, 

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

qui se lèvera plusieurs fois dont une fois à juste 3 mètres alors que j'arrive au bord d'une crique en contournant une zone de végétation épaisse. Je ne comprends plus rien. Je ne peux pas toujours arriver au bord du fleuve à cause de la végétation très épaisse de certains secteurs et en cherchant un passage pour le rejoindre, je longe une pointe de végétation très épaisse. Je trouve enfin un passage en franchissant un gros tronc puis me fraye un chemin dans la végétation en tentant de longer le fleuve mais me retrouve vite dans une impasse. Des piqûres m'irritent la peau des bras et je constate que je suis attaqué par des termites que j'ai dû déranger en franchissant le tronc. Je m'en débarrasse puis me pose un moment pour faire le point et réfléchir.

C'est alors que de l'autre côté du fleuve, j'aperçois, au travers des branchages, des bâches bleues. Ne s'agirait-il pas du camp ? Je prends mon GPS et change le point de destination pour celui du camp. Le GPS affiche 40 mètres environ en face de moi, c'est donc bien notre campement. Tout s'éclaire, je n'ai certainement pas assez attendu après avoir allumé mon GPS pour faire le point de la barque et le satellite ne devait pas encore avoir été repéré, il a donc fait un point proche du dernier point où je l'avais allumé : le camp. Nous nous étions donné rendez-vous à 15 heures à la barque et il est 15 heures. Mes collègues doivent être arrivés à la barque.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Que faire ? Mes collègues vont commencer à s'inquiéter. En longeant le fleuve sur plus d'un kilomètre, je retrouverai mes camarades mais il me faut traverser de nombreuses criques dont certaines très larges et très profondes sans avoir l'assurance de trouver des troncs pour passer à sec de plus, il va me falloir un moment pour les rejoindre. Je décide de traverser le fleuve pour rejoindre le camp et tenter de rejoindre mes camarades en empruntant le canoë. J'enlève donc ma tenue 3D que je pose au bord de l'eau avec mon arc et mon petit matériel pour éviter de le mouiller puis cherche un passage peu profond en longeant le fleuve. Je finis par repérer 2 gros troncs immergés en travers du fleuve. Je prends mon courage à 2 mains et m'avance donc sur l'un d'eux en luttant contre le courant assez fort à cet endroit. J'ai vite de l'eau jusqu'à mi-torse. Je m'aide un peu en me tenant au 2ième tronc plus haut sur la seconde moitié du fleuve en m'y accrochant et finis par rejoindre la rive opposée et remonter le talus abrupt en me cramponnant à la végétation.

Je pars vite vers le canoë, le détache, relève le moteur puis pars à la rame en descendant le courant. Je me suis positionné à l'avant pour bien voir les troncs mais, du coup, je n'ai pas choisi la facilité pour manoeuvrer l'embarcation dont je perds souvent le contrôle et dois alors pagayer de toutes mes forces pour me remettre dans le sens du courant et éviter les troncs. Rapidement, j'entends le ronron du moteur de la barque qui vient vers moi. Mes collègues reviennent à ma rencontre. Xavier a eu l'intuition que je m'étais perdu et que j'avais eu l'idée de revenir au camp. 

Xavier me taquine un peu et m'annonce sur le ton de la plaisanterie que mes collègues s'étaient déjà partagés mon matériel, me pensant perdu. Daniel monte ensuite avec moi et nous partons chercher mon matériel alors que Xavier et "Scarabée" rentrent au camp. Le bras principal du fleuve est barré par plusieurs barrages végétaux. Nous passons le premier assez clair facilement mais le second est plein de sorte de lianes acérées de petits piquants crochus les recouvrant totalement et capables de déchirer la peau. Nous luttons un peu pour passer au travers, j'y laisse la peau du haut de mon oreille droite. Le barrage suivant est infranchissable et Nous accostons pour que je parte chercher mes affaires à pied. J'ai tellement tourné sur le secteur que je me retrouve même sans mon GPS malgré les détours à faire pour trouver les troncs nécessaires pour traverser les 3 criques qui me séparent de mes affaires. Une fois mes affaires récupérées, je me dirige à la voix en communiquant avec Daniel. Une fois le canoë retrouvé nous repartons vers le camp. J'apprends alors que Xavier, qui souffre beaucoup de ses vers macques, a décidé de partir ce soir de nuit pour aller voir le médecin demain matin.

Nous commençons donc à ranger nos affaires en gardant juste nos hamacs et nos bâches que nous plierons au dernier moment. Xavier lui essaie de dormir un peu. La nuit tombera vite. Ce soir c'est Xavier qui est à la cuisine pour nous préparer son fameux caïman. Nous prenons un petit apéro pendant la cuisson en discutant. Daniel me dit que j'ai assuré cet après-midi et qu'il ne connait pas grand monde qui aurait eu la présence d'esprit de revenir au camp. Cela m'étonne car je ne pense pas avoir fait quelque chose d'extraordinaire mais me fait tout de même plaisir. J'aurais tout de même droit à quelques gentilles plaisanteries qui alimenteront la bonne humeur de la soirée. Mes pieds très flétris me font souffrir de plus en plus et j'ai du mal à marcher. De plus mon genou est entamé et le contact du pantalon est très désagréable, je remonte donc le côté droit au-dessus de mon genou bien brûlé qui suinte. Je prends un dernier cachet d'antibiotique car mon doigt semble bien guerri. Le caïman est prêt et nous servons les assiettes.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Xavier avait raison, son caïman est excellent et nous nous régalons tout en discutant. Le repas terminé, nous nous reposons un peu puis finissons de plier le camp et de tout nettoyer pour laisser les lieux le plus propres possible. Il est nécessaire de respecter cette forêt et de ne pas laisser derrière soit des détritus non biodégradables comme on le voit souvent près d'autres carbets sur le bord du fleuve. Lors des crues ses déchets sont parfois entraînés vers l'océan où polluent l'eau et les sols. Nos affaires rangées, nous les rapprochons des embarcations puis les chargeons. Je vais partir avec Xavier en tête, nos collègues nous suivront avec 30 minutes de décalage pour que nous puissions tous chasser en descendant le fleuve. Je suis assis à l'avant, avec la pagaie, sur une glacière glissante, au-dessus des rebords de la barque et comprends vite que je ne vais pas finir le voyage sans tomber à l'eau. Nous réorganisons donc un peu le rangement pour que je puisse m'assoir dans la barque. Xavier a pris le fusil pour tirer les pacs car il m'a rendu mon décocheur et n'a donc plus de décocheur, moi j'ai pris mon arc équipé du moulinet de pêche et mon carquois de flèches de chasse. Il m'annonce que, s'il voit un tapir, il le tire. Je suis un peu dégoûté car c'est un rêve d'en tirer un à l'arc.

Sur le secteur chassé tous les soirs, les caïmans plongent tous loin devant nous sans nous laisser approcher sauf le petit caïman d'environ 60 cm qui, comme hier, nous laisse passer sans bouger. Les obstacles sont faciles à passer et nous progressons relativement vite. Xavier repère et me montre une caurale soleil posée sur une branche au-dessus du fleuve. Elle s'envole à notre passage. Comme chaque soir, les gros yeux des grenouilles brillent sur les berges et ceux des rainettes sur les branchages au-dessus du fleuve. Xavier me montre un gros héron agami posé au bord du fleuve et je lui dis que j'en ai vu un ce matin d'aussi près en cherchant mon chemin. L'oiseau ébloui nous laisse passer sans bouger, nous aurions presque pu l'attraper à la main. Un peu plus loin, ce sont deux autres caurales soleil posées juste au-dessus du fleuve sur une branche basse. Xavier décide les prendre en photo mais le temps de prendre son appareil elles s'envolent. Nous dérangeons aussi régulièrement de gros matins pêcheurs qui décollent dans les faisceaux de nos lampes frontales.

Quelques caïmans nous laissent passer sans plonger, nos collègues auront peut être la chance de les voir. Un peu plus loin, Xavier repère un pac et nous accostons. Il part à sa poursuite alors que je tiens la barque. Il va le retrouver sur ma gauche, caché dans des branchages et le tuer d'un seul coup de fusil. Le temps qu'il revienne nos collègues nous rattrapent. Nous discutons un peu, il n'ont pas eu d'occasion de tir, puis ils décident de partir devant. Xavier finit par revenir avec son gros pac, c'est un beau mâle plus gros que la femelle fléchée la veille. Nous repartons et rattrapons assez rapidement nos collègues entrain de manoeuvrer pour que "Scarabée puisse flécher un caïman. Je dis à Xavier de s'arrêter pour ne pas les déranger et nous les observons un instant à environ 10 mètres. "Scrarabée" galère pour trouver une fenêtre de tir au travers des branches. Son caïman est très coopératif, il reste un long moment sans plonger et "Scarabée" finit par trouver une fenêtre de tir mais le manque. Le caïman n'a même pas plongé mais alors qu'il tente de dégager sa flèche prise dans les branches, le reptile finit par sonder et remonte vite derrière le canoë.

Nous décidons de poursuivre et de laisser nos collègues à leur chasse. La pluie se met à tomber assez fort. Nous enfilons nos tenues de pluie. Nous repérons un ou 2 boas de Cook pendus dans les branches au-dessus du fleuve. Nous passons de temps en temps devant un caïman mais ils sont bien moins nombreux que l'an dernier. Plus loin, Xavier repère un pac qui se jette vite à l'eau. Il remonte vite à la surface pour nager en ne laissant dépasser que le haut de sa tête et ses gros yeux rouges. Le temps d'attraper mon arc et d'armer, il plonge. Nous attendons un peu mais il ne refera pas surface. Nous repartons. Nous arrivons plus loin au niveau de l'énorme arbre qui barre le fleuve qui nous a posé des problèmes à l'allée. Nous nous dirigeons donc vers le petit passage à droite. Xavier n'y croit pas trop, je lui dis que je pense que ça va passer, il se lance mais la barque passe à moitié et se cale sur un autre tronc de l'autre côté. Je descends à l'eau et pousse la barque vers le milieu du fleuve et réussi à dégager la barque alors que nos collègues nous rattrapent. Nous finissons de passer l'obstacle et repartons. Un peu plus loin nous nous retrouvons bloque sur un tronc juste sous la surface, la barque s'est posée dessus. Nos collègues en profitent pour prendre la tête. Nous nous dégageons et retrouvons nos collègues coincés dans des branchages, ils ont essayé de passer à gauche nous prenons à droite, ils n'ont pas besoin de nous pour se dégager, nous reprenons la tête à nouveau.

Je rejette à l'eau les petits poissons qui effrayés par le moteur sautent en tous sens et tombent souvent dans la barque. Xavier m'annonce qu'un gros lézard est tombé dans la barque. Dans un virage, je repère les yeux d'un pac qui disparaissent avant que Xavier n'ait pu les voir. Je lui annonce le pac, nous accostons et il part pour tenter de l'intercepter mais la forêt est claire et le rongeur est déjà loin. Il revient sans l'avoir vu. Nous repartons, la navigation est toujours assez facile et les martins pêcheurs dérangés par notre passage s'envolent en suivant le fleuve. Par moment, de nombreux poissons sautent autour et dans la barque. Ayant pitié d'eux qui se débattent sur le fond de la barque je les remets à l'eau. Alors que nous approchons d'un petit obstacle, je sens quelque chose qui remonte dans la jambe droite de mon pantalon et je tente de stopper cet intrus et de le déloger en secouant ma jambe. Xavier qui voit arriver l'obstacle et croyant que je m'occupe des poissons me dit : "laisse ces poissons !". Je lui dis qu'un animal me monte dans le pantalon, il comprend alors et ralentit alors que je parviens à me débarrasser de l'animal. Je réalise alors qu'il s'agissait peut être du gros lézard que Xavier a vu tomber dans la barque. Je reprends ma pagaie et aide Xavier à passer l'obstacle.

Nous continuons sans trop de difficulté. Plus loin, nous faisons le tour d'une sorte de lac donnant sur un virage du fleuve et ponctué d'un îlot de verdure en son centre. Des dizaines de poissons jaillissent de l'eau et je dois en remettre quelques-uns à l'eau. Plus loin Xavier accoste pour attendre nos collègues qui mettent un instant à arriver. Il ne pleut plus et j'en profite pour enlever ma tenue de pluie qui me fait transpirer. Nos collègues arrivent, nous discutons un peu et leur montrons notre prise. "Scarabée" a manqué 3 fois son caïman et a fini par renoncer à le flécher le trouvant finalement trop petit. Ils n'ont rien vu d'autre, les caïmans vus ont du plonger derrière nous.

Nous intervertissons les équipes pour que "Scarabée" ait plus de chance de flécher quelque chose. Je quitte donc la barque avec mon arc et monte avec Daniel dans le canoë. J'ai toujours aussi mal aux pieds.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Xavier me conseille d'attacher mon arc au canoë en cas de chavirage et trouvant l'idée bonne, je m'exécute.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Nous sommes prêts à partir, "Scarabée" est super motivé.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

La barque part devant et prend de l'avance. Nous partons ensuite. Le fleuve bien dégagé s'élargit peu à peu et nous filons sans encombre mais la barque est déjà loin. Au bout d'un moment, la voix de Xavier nous interpelle. Nos collègues nous attendent au bout du raccourci qu'ils n'ont pas pu prendre à cause du niveau d'eau trop bas. Xavier nous dit de passer par ce passage peu profond car il pense que le canoë peut passer. Nous prenons notre élan et je pagaie aussi fort que je peux mais le canoë part trop à gauche et se plante sur le fond dans quelques centimètres d'eau. Nos collègues sont morts de rire. Il nous faut faire marche arrière après nous être dégagé du fond sur lequel nous sommes plantés. La seconde tentative sera la bonne.

Nous repartons, la barque prends très vite de l'avance. Plus loin Daniel retrouve, malgré la nuit noire, le second raccourci et nous le prenons, vers la fin du passage nos collègues ont dû couper un arbre pour passer. Le fleuve étant maintenant bien dégagé, je n'ai plus besoin de prendre la pagaie et la range. Je quitte ensuite mes chaussures et mes chaussettes pour soulager mes pieds qui me font vraiment souffrir. J'ai de plus en plus mal aux fesses sans bouger sur l'assise métallique du canoë et essaie de bouger souvent pour soulager cette douleur insupportable. Je finis par mettre ma housse d'arc sous mes fesses pour essayer d'arranger ça mais j'ai encore très mal et je dois décoler régulièrement mon postérieur de l'assise pour faire circuler le sang. Le retour me semble interminable, de plus je suis trempé et l'air est frais, j'ai presque froid. Nous finissons par arriver au débarcadère mais il nous faut encore continuer sur le fleuve jusqu'au village où Daniel a laissé la voiture. Daniel m'avait dit que nous risquions de voir de gros caïmans à lunettes dans cette zone brassée par la marée mais ce soir la marée est haute et les reptiles sont restés dans les marais de part et d'autre du fleuve. Il viennent, à marais basse, se nourrir des poissons et des crabes refoulés par les chenaux alimentés par la baisse des marais.

Nous finissons par arriver au village vers 7 heures du matin alors que le jour se lève et que les oiseaux se réveillent et s'envolent en sortant des arbustes qui couvrent les berges. C'est avec un immense soulagement que je quitte le canoë après avoir remis mes chaussures trempées. Nos collègues ont déjà chargé le pick up et mis la barque sur la remorque et nous aident à ranger les affaires du canoë et le charger sur le toit du pick up. Nous sommes prêts à rentrer. "Scrarabée" n'a pas eu plus de chance, il n'a pas eu d'occasion de tir. Nous faisons une halte pour prendre des sandwichs et des cafés au village. Nous demandons avec "Scarabée" une garniture sans piment mais alors que nous commençons à manger nous nous apercevons que le cuistot n'a pas dû comprendre car nos sandwichs sont très relevés. "Scrarabée" va renverser son café entre les sièges avant du pick up.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Je dis à mes collègues que mes pieds me font vraiment souffrir et il me demande de les leur montrer. Ils sont tout fripés et gorgés d'eau.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Je reste donc pieds nus pour le retour. Quand nous arrivons chez Xavier, ses chiens nous accueillent gaiement. Nous partons nous reposer un peu avant de nous occuper de nos affaires. J'en profite pour appeler mon amie et lui donner des nouvelles car il n'y a pas de réseau en forêt. Daniel nous quitte pour rentrer chez lui. Après une bonne douche durant laquelle je me retire une tique de l'épaule gauche et une autre de la cheville droite, je pars me coucher. Je me reveille quelques heures plus tard, il fait un beau soleil. Je commence à trier mes affaires salles pour que Xavier puisse aller faire une lessive en ville tout à l'heure. Je sors mon arc de sa housse pour le faire sécher un peu et prends mes chaussures en sortant leurs semelles pour les faire sécher. Quand mes collègues se lèvent nous finissons de ranger nos affaires puis nous allons peler les caïmans et gratter les pacs (cet animal s'ébouillante pour retirer le poil car la peau se mange). Alors que je vide les pacs, Xavier me demande de récupérer les coeurs et les langues pour des analyses car il participe à un programme d'étude sur ce gibier. Il part ensuite pour Kourou pour aller voir le médecin avec qui il a pris rendez-vous ce matin et faire notre lessive. N'ayant plus rien à faire, je décide de partir faire une petite sieste. Xavier en rentrant en profite pour immortaliser l'instant.

Chroniques guyanaises, une longue journée, 18 et 19 mars 2015

Quand je me lève, la lessive est étendue. Mes pieds et mon genou ont bien séchés et ne me font plus mal. Xavier est revenu de chez le médecin avec 4 cachets qui auront raison des vers macaques en 3 heures. Les douleurs vives sont terminées, il ne restera plus qu'à les extraire dans les prochains jours. Après une fin d'après-midi à nous reposer nous partons manger en soirée sur Kourou avec l'amie de Xavier et son fils dans une petite paillote.  Avant de partir, nous devons nous enduire de produit anti-moustique car en ville règne le chikungunya véhiculé par le moustique tigre. Nous laissons au passage un des 2 pacs à un ami brésilien de Xavier, sa femme va le préparer pour un repas entre chasseurs que nous devons faire demain soir. Ce repas sympatique termine cette journée. Nous partons nous coucher chez Xavier pour une bonne nuit de sommeil dans un vrai lit.

 

Alex

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 06:05

Cette nuit, je n'ai pas trop mal dormi, le jour se lève tranquillement et avec lui les animaux, le cri des flamants bois (ibis) amplit la forêt, les cigales aux stridulements éraillés commencent à lancer leurs chants qui accompagnent ceux déjà lancés des autres oiseaux et grenouilles. J'émerge doucement alors que Xavier déjà debout en profite pour s'approcher de mon hamac pour me prendre en photo au réveil.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Son approche silencieuse est trahi par de gros éclats de rire alors que j'ouvre la fermeture de ma moustiquaire.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Alors que je me lève, il me demande un cachet d'antibiotique pour éviter que ces vers macaques lui provoque une infection. Pendant ce temps, "Scarabée", qui a entendu Xavier répéter depuis 3 jours que sur le camp, celui qui ne flèche pas fait la "femme", entendons par là que c'est lui qui prépare à manger et fait la vaisselle (belle image de la femme non ?), a préparé le déjeuner et lancé le café sur le réchaud à gaz.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Nous nous retrouvons donc sous la bâche cuisine pour déjeuner tous ensemble et distribuer les zones de chasse. Je prends mon cachet d'antibiotique, mon doigt va un peu mieux mais il faut au moins 3 jours de traitement pour être tranquille.  Ce matin, je vais partir chasser avec Xavier, un peu en aval, de l'autre côté du fleuve. Daniel et "Scarabée" partirons à pied du camp. Le déjeuner terminé, nous partons préparer nos affaires et nous habiller. J'en profite pour aller chercher mon petit caïman pour le montrer à mes collègues avant d'aller le relâcher au bord de la crique.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Mon pantalon de la tenue 3D ne ressemble plus à grand chose, il est troué de partout et déchiré sur tout un côté. Mon pantalon a séché sur moi cette nuit, je garde donc celui là et enfile un T-shirt propre mais je m'aperçois alors qu'une tique est accrochée au bas de mon dos et une autre sur mon ventre, je les extrais rapidement et les écrase. J'enfile ensuite ma tenue 3D et mes guêtres et remets mes chaussures mouillées, la plus grosse corvée du matin.

Je prépare ensuite mon matériel, mon appareil photo n'étant plus opérationnel, je décide de prendre mon caméscope qui peut prendre des photos en l'enveloppant dans une dans poche plastique pour le protéger en cas de pluie. Une fois prêt nous partons. En arrivant sur la zone de chasse nous constatons qu'un tapir est venu se mettre à l'eau hier soir, ou ce matin tôt, à l'endroit où nous avons accosté. Nos collègues auraient pu tomber sur lui en chassant hier soir. Ses traces fraîches ont marqué la petite plage qui vient mourir dans le fleuve.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015
Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Xavier décide de partir à gauche pour traverser une crique et essayer de retrouver les pécaris, je partirai plus à droite, en longeant plus où moins une autre crique. J'allume mon GPS et fais le point sur la barque puis commence à partir en forêt. J'avance tout doucement en faisant des pauses régulières mais pas de gibier pour le moment. Au gré de ma progression, je finis par tomber sur un grand marais dégagé où je me poste un moment mais ne voyant rien arriver, je finis par reprendre ma progression. Plus loin, je tombe sur un autre marais mais cette fois très encombré, des branchages sont tombés au milieu des grands palmiers et la progression est difficile. Je tombe sur 2 gros fruits oranges mangés de frais par des pacs et décide de me poster un instant sur le secteur bien que j'ai fait beaucoup de bruit pour arriver jusque là.

Rien, je repars, je progresse en consultant mon GPS, suivant un cap approximatif donné par Xavier mais déviant pour éviter les différents obstacles. Tout à coup, du mouvement attire mon attention, un oiseau ressemblant un peu à une tourterelle brune avec un casque roux piète à moins de 10 mètres, queue relevée. Je me fige pour l'observer un instant. Je n'avais jamais vu cet oiseau et ne sais pas ce que c'est. Je décide de le filmer, j'attrape mon caméscope dans la poche de ma veste 3D et le déballe faisant ainsi beaucoup de bruit avec le sachet plastique. Je n'ai pas d'autre moyen de le protéger en cas de pluie mais cette technique n'est vraiment pas discrète. Je filme un instant cet oiseau qui ne semble pas du tout avoir peur de moi malgré la faible distance qui nous sépare.

J'en aperçois alors un second juste un peu plus loin. Je finis par les laisser et reprendre ma chasse, le sol de la forêt est jonché de terriers qui semblent plus ou moins fréquentés. Je m'arrête devant l'un d'eux, il a été creusé à l'horizontale, près de la surface dans une sorte de petite butte de terre d'environ 3 mètres de long et un peu plus d'un mètre de large. L'entrée semble avoir été fréquentée de très frais. Je décide de tenter de sonder cette galerie avec un branche. Je coupe un peu plus loin un petit arbuste fin et droit d'environ 2 mètres de haut, enlève les branches puis l'introduis dans le terrier quand je sens quelque chose de mou. Le temps de réaliser et de me dire que je dois toucher l'occupant, un gros pac surgit de sous les feuilles mortes du haut de la butte avec un bon vertical de 30 ou 40 cm puis fonce droite, disparaît quelques mètres plus loin sous des branchages, réapparaît puis file à travers la forêt en décrivant une boucle. Il ralentit à environ 30 mètres dans la pente en dessous de moi puis disparaît derrière un gros arbre sans que j'ai eu le temps de réagir. Je me redresse, attrape mon arc et pars à sa recherche mais le secteur est truffé de terriers et je tente de les sonder mais la plupart ne sont pas droit et ma branche butte contre la terre. Je ne retrouverai pas mon pac. Je retourne au terrier de tout à l'heure et constate qu'il possédait une sortie de secours sur le dessus, cette dernière était camouflée, recouverte par des feuilles mortes.

Je repars en chasse mais, cette fois, je sonde les terriers à chaque fois que j'en vois un, tout en essayant de repérer préalablement les sorties de secours mais cette prospection systématique ne donnera rien. Je fais par moment quelques pauses observatoires, assis sur des troncs tombés au sol mais tout est calme. Alors que je commence à descendre dans un creux entre 2 collines, en direction d'une zone sableuse complètement dégagée de sa végétation, le son d'un envol lourd retentit dans le bas fond à environ 40 mètres. Je me fige et entends rapidement un "pic pic pic" puis un second plus discret un peu plus loin. J'identifie rapidement sans les voir des hoccos. Je scrute les branchages et finis par repérer le premier grâce à ses petits mouvements et commence à le filmer.

Je repère ensuite le second plus en retrait et plus haut, il semble un peu plus petit, peut être la femelle de ce couple. Je les regarde un moment s'éloigner doucement en remontant vers la cime des arbres. Une fois les oiseaux partis et les cris d'alerte tus. Je descends vers cette zone sableuse qui m'intrigue. 

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Je constate rapidement qu'il s'agit en fait d'une fourmilière de fourmis champignonnistes qui semble s'étendre sur 30 à 40 m². Un hocco semble avoir gratté le sable avant de s'envoler. Tous les arbustes présents sur la fourmilière sont dépourvus de leurs feuilles. Le long d'un tronc mort tombé au sol, se trouvent des petits bouts de feuilles découpés par les mandibules des insectes, une fourmis isolée transporte d'ailleurs un morceau de feuille en essayant sans succès de franchir le tronc. Ces bouts de feuilles servent, après stockage souterrain et putréfaction, aux fourmis pour cultiver un champignon qui leur sert de nourriture. Des cheminées d'accès aux galeries souterraines sont bien visibles.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Je reprends ma route et constate que les fourmis ont découpé la végétation jusquà 15 à 20 mètres de la fourmilière.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

L'après midi commence à bien avancer dans l'heure, je décide de revenir tranquillement vers la barque. Malgré quelques très petites averses, il fait très chaud et le soleil brille. J'active la fonction retour de mon GPS et commence à rentrer doucement. Un papillon aux ailes transparentes se pose près de moi, je l'ai déjà vu plusieurs fois en forêt mais n'arrive jamais à faire une photo nette. Je m'approche doucement et tente encore une fois, cette fois la photo n'est pas terrible mais presque nette.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

L'insecte ne se laissera pas reprendre en photo et je continue à rentrer tout en sondant les terriers sur ma route mais toujours sans succès. Pas de gibier vu sur le retour. Alors que je suis à moins de 200 mètres de la barque dans un marais asséché, un bruit de feuille au dessus de moi se fait entendre. Je me fige et lève les yeux pour apercevoir un saki satan, singe reconnaissable à sa robe sombre, sa queue touffu et sa pilosité particulière formant des sortes de cornes sur les côté du sommet de la tête. Cette espèce est intégralement protégée en Guyane. Pas le temps de sortir mon caméscope qu'il a déjà disparu dans les feuillages. Impossible de le revoir. Je reprends ma progression, le fleuve commence à se dessiner au travers des arbres et je finis par distinguer la barque. Je m'avance vers l'embarcation sans voir une caurale soleil posée juste à côté. Elle s'envole et part de poser sur une branche à 10 mètres du sol à environ 30 mètres de moi. J'essaie de la filmer sans succès et alors que je tente de me décaler pour avoir un meilleur angle elle s'envole et s'éloigne en suivant le fleuve.

Je me débarrasse de ma tenue 3D, bois une partie de la bouteille d'eau que nous avons laissé dans la barque puis m'assoie dans le bateau pour attendre Xavier. J'en profite pour retirer mes chaussures et laisser respirer mes pieds qui macèrent dans l'eau depuis ce matin. Un morpho passe et repasse près de moi, je décide de filmer un peu le fleuve en espérant le revoir passer mais il ne reviens pas. J'éteins alors mon caméscope et bien sûr, la caurale et le morpho en profitent pour repasser devant moi.

Je remarque qu'un bon nombre de petits poissons se déplace dans les eaux basses du bord de la berge au dessus d'un fond couvert de feuilles mortes.

Au bout d'un moment, il me semble entendre le chant d'un hocco un peu plus en aval au bord du fleuve. Cela me semble bizarre et je pense vite à Xavier qui doit me faire une blague mais je ne le vois pas. Je détourne mon regard quand le bruit reprend : "hhmmm, hhmmm,...". Cette fois mes yeux se posent sur Xavier qui éclate de rire. Il s'avance ensuite vers moi et me raconte sa chasse. Il a trouvé une zone où les pécaris se trouvaient ce matin mais il pense qu'il l'ont devancé de quelques heures et n'a pas pu les recouper.

Nous retournons au camp où nous retrouvons nos collègues qui n'ont pas eu plus de réusite que nous. "Scrarabée" a retrouvé ma flèche que j'avais perdu l'autre jour et me l'a ramené, j'ai vraiment de la chance car la probabilité de la retrouver était vraiment très mince, je l'avais perdu beaucoup plus loin du camp que ce que je pensais. Xavier pars se laver, ses vers macaques le font souffrir de plus en plus. Je me change tranquillement. Daniel nous a préparé mon hocco pour ce soir, il est entrain de mijoter sur le réchaud. Nous prenons un petit apéro, cacahuètes et "jungle juice" pour mes collègues, jus de fruit pour moi. Nous partons ensuite nous reposer un peu avant notre repas du soir qui cuit tranquillement. La nuit est tombée, notre hocco semble cuit, il est temps de manger. Je commence, comme hier, par prendre mon cachet d'antibiotique et en donne un à Xavier. Nous prenons de bonnes assiettes de riz avec du hocco et commençons à déguster. C'est vraiment très bon, un vrai repas gastronomique, nos hôtes sont de vrais cuistots.

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Pendant le repas, Xavier semble souffrir de ses vers macaques. Les genoux de "Scarabée" sont presque fluorescents tellement ils sont entamés. A la fin du repas, il ne restera que les 2 ailes du volatile que nous mangeront plus tard. Ce soir nous reformons les équipes habituelles pour la chasse du soir sur le fleuve. Je vais partir avec Xavier, je ne suis pas très motivé pour chasser ce soir, j'ai fini mon quotas de caïman pour cette sortie car il est de 3 par chasseur et par sortie. J'ai tout de même équipé mon arc avec mon moulinet et pris mon carquois avec moi avec des flèches de chasse.

Nous partons pour la chasse, il fait quelques gouttes. Ce soir les grenouilles sont de sortie. De grosses grenouilles comme celle présente dans le terrier au bord de la crique du camp sont ponctuellement présentes sur les berges du fleuve. Nous en voyons tous les soirs une ou 2 mais ce soir elles sont plus nombreuses et leurs gros yeux rouges ou blancs font penser à des pacs de loin. De grosses rainettes sont aussi perchées sur les branches et les bois qui tombent sur le fleuve. Nous prospectons les entrées de criques en nous engageant jusqu'aux premiers obstacles avant de faire demi-tour. Dans l'une de ces criques nous apercevons un serpent brun tout fin qui traverse devant nous. Les caïmans sont toujours aussi méfiants et plongent au loin. Tout à coup, un oeil rouge se laisse approcher. Il semble gros mais en nous rapprochant nous constatons qu'il s'agit d'un jeune de 60 cm environ. Il nous laisse passer tout près sans sourciller.

Xavier finit par repérer un pac et accoste pour le poursuivre mais le manque. En passant près de la zone où il a perdu sa flèche l'autre jour nous tentons sans succès de l'apercevoir. Nous finissons par faire demi-tour sans avoir rien fléché. Sur le retour, Xavier repère un beau caïman sur la droite et nous fait approcher doucement. Seule la tête du caïman, qui semble de belle taille, dépasse de l'eau sous des branchages. Il se laisse approcher à environ 5 mètres puis plonge. Nous repartons, un peu plus  loin, j'annonce un pac, il longe la berge opposée d'une petite crique en direction du fleuve sur notre gauche. Xavier accoste à environ 40 mètres de la crique, j'éteins ma lampe et tiens la barque. Je suis la progression de Xavier grâce à sa frontale et l'entends décocher alors qu'il est au bord de la crique. L'impact d'une flèche qui touche un animal retentit. Rapidement Xavier décoche à nouveau et retouche le pac avant de revenir vers la barque. Nous partons rapidement vers l'endroit où il a perdu le pac de vue au bord du fleuve. Je tente de l'apercevoir sans succès quand Xavier m'annonce qu'il le voit. Je finis par l'apercevoir. Il est mal en point et tente de se cacher, les pattes dans l'eau, entre 2 contreforts d'un arbre qui pousse au bord du fleuve à moitié dans l'eau. Je prépare mon arc mais Xavier me dit que c'est à lui d'en finir. Il se prépare mais le pac se tourne au moment où il décoche et il le manque. Le gros rongeur sur ses fins se jette à l'eau et plonge pour passer sous la barque. Sans réfléchir, Xavier pose son arc et se penche pour attraper le pac au passage en s'immergeant jusqu'au torse. Il remonte le pac et l'achève, sa première flèche juste un peu haute au niveau de l'épaule effleure la colonne sans toucher les organes vitaux et la seconde en plein milieu de l'animal touche les viscères faisant ressortir un peu les intestins. 

Chroniques guyanaises, une chasse en forêt avec Xavier, 17 mars 2015

Je tente de récupérer sa dernière flèche alors qu'il part à pied chercher sa première. La lame est rentrée dans un contrefort et je dois la dévisser, avec l'accord de Xavier, pour dégager la flèche. La seconde flèche à juste un mètre se sort facilement de la vase. Xavier revient avec sa flèche.

Nous repartons, voir Xavier chasser les pacs m'a donné envie d'en faire autant et le dit à Xavier. Il me dit que le prochain est pour moi. Justement, un peu plus loin, nous apercevons les gros yeux rouges d'un gros pac tourné face à nous sur la berge du fleuve. Je me prépare rapidement alors que nous nous approchons et décoche en visant les yeux. Un impact cassant retentit et le pac se laisse lourdement tomber à l'eau. Nous attendons un moment en scrutant l'eau espérant le voir remonter mais rien. Je récupère ma flèche et vois un peu de sang sur une vanne, j'ai donc bien touché le pac. Il me semble être un poil bas, je lui ai peut être cassé le nez. Je sonde le fond du fleuve avec ma pagaie sans arriver à le toucher.

Xavier décide de plonger pour tenter de le retrouver s'il est mort car un pac, contrairement à un ragondin coule à pic. Je n'ai pas le courage de Xavier et ne peux pas me résoudre à plonger de nuit dans le fleuve. Xavier palpe, en apnée, le fond de ses pieds en se tenant, complètement sous l'eau, à bout de bras sous la barque. Après plusieurs tentatives et de longues minutes de recherche, il décide d'arrêter. Mon pac est perdu, pas forcément mort mais au minimum blessé. J'enrage intérieurement et pense que j'aurais du essayer le gametracker dans cette situation mais je l'ai oublié chez Xavier. Ce petit réservoir, qui se fixe à la place du stabilisateur et contient un fil assez costaud, permet de retrouver son gibier qui l'entraîne avec lui jusqu'à sa mort après avoir été traversé par la flèche.

Nous rentrons au camp où nous retrouvons nos collègues encore une fois bredouilles. Xavier finira le hocco avant d'aller se coucher, il l'a bien mérité.

 

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans GUYANE 2015
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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 22:36

La nuit en hamac n'a pas été si mauvaise, la fatigue aidant, j'ai assez bien dormi. Il a encore plu cette nuit et les gouttes tombent encore des arbres alors que le jour se lève. Des singes hurleurs poussent leurs cris caractéristiques au loin de l'autre coté du fleuve. En me levant, je constate que mon petit doigt blessé hier est tout gonflé et me fait mal surtout au niveau de l'articulation, près de la paume de ma main. J'ai beaucoup perdu en mobilité. Je pars poser mon caméscope sur son trépied près du fleuve pour tenter d'enregistrer le chant des singes hurleurs.

Je commence ensuite à rééquiper mon arc comme hier pour la chasse de ce matin avant de rejoindre mes collègues pour aller déjeuner. Je décide de prendre un comprimé d'antibiotique que j'ai pris avec moi au cas où pour ne pas prendre le risque de voir ma blessure s'aggraver. Nous déjeunons tranquillement en discutant de la journée à venir. Xavier et "Scarabée" vont repartir ensemble pour aller chasser de l'autre côté du fleuve un peu plus en amont alors qu'avec Daniel, nous partirons, comme hier, du camp pour chasser dans le secteur. En ce qui me concerne, je vais chasser en partant le long du fleuve de l'autre côté de la crique. Le déjeuner terminé, je pars faire quelques photos de mon caïman de la veille avant de le mettre au frais.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je pars me préparer comme hier matin. Mes affaires mouillées d'hier matin n'ont biensur pas séché, je garde donc mon pantalon d'hier soir qui a séché sur moi cette nuit et un nouveau T-shirt avant d'enfiler ma tenue 3D qui est encore un peu humide. Mes chaussures sont encore bien humides. Je reprends mon petit matériel : GPS, boussole, opinel, cordelette, appeau, frontale et vérifie l'état des piles de mon GPS avant de partir en enclenchant la fonction de retour au camp. J'éteins à nouveau mon GPS pour économiser mes piles. Une fois prêt, je salue mes collègues et leur souhaite bonne chasse avant de partir vers la crique. L'eau a baissé depuis hier mais le tronc est toujours immergé, je dois donc, comme hier, manoeuvrer la barque pour la positionner et l'attacher pour m'en servir de passerelle. Je traverse la crique et pars pour la chasse en biaisant à droite vers le fleuve, je suis le bas des collines et perds doucement de vu le fleuve. Je fais régulièrement des pauses pour observer les alentours. Les moustiques en profitent pour m'assaillir et je dois les écraser pour avoir la paix.

Assez rapidement, je ressens 2 brûlures distinctes sur mon flanc gauche et relève mon T-shirt et ma tenue 3D pour en déterminer la provenance. J'aperçois alors 2 petites fourmis rouges espacées de 30 cm qui sont accrochées à ma peau, elles me mordent avec leurs mandibules et forment un petit C pour me piquer en même temps avec leur dard près de l'endroit où elles me mordent. Je m'empresse de les écraser entre mes doigts pour m'en débarrasser. Je repars ensuite en chasse mais rapidement une nouvelle brûlure touche ma cuisse et je dois à nouveau m'arrêter, défaire ma ceinture et baisser mon pantalon pour écraser une autre fourmis rouge qui s'acharne sur le devant de ma cuisse. Je me demande bien comment elle a pu arriver là. La chasse reprend, toujours avec la même technique, et je finis pour arriver sur une magnifique crique encaissée entre 2 collines. 

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je décide de suivre un moment cette crique tout en continuant à chasser pour trouver un passage et la traverser mais la crique est assez large et souvent bien en eau. Plus loin, je finis par tomber sur un grand barrage formé par un gros arbre tombé au sol et des amas de bois et de branches. Je remonte vers le sommet de la colline en suivant ce barrage pour trouver un passage. En arrivant au bout du gros tronc, je constate qu'il est creux. J'éclaire l'intérieur avec ma frontal mais rien en vue. Je me poste un instant dans le secteur mais, rien ne venant, je commence à redescendre vers le fond de la vallée quand je constate que le sol est parsemé de fruits oranges ressemblant à de gros abricots mais assez fermes. Certains sont rongés ou mangés. L'endroit me semble bon pour un affût et commence à chercher le poste idéal. Plus bas se trouve un grand marais où la végétation est très épaisse, il est parsemé de grands palmiers. Un gros tronc me barre la vue mais laisse un passage à son bout, je m'avance et découvre, derrière ce gros tronc, une petite clairière dégagée d'environ 15 mètres sur 15 mètres. Le sol est parsemé de fruits oranges, l'endroit me plait beaucoup et décide de m'y poster.

Le vent descend vers le marais. Je regarde les alentours et décide de partir me poster dans l'angle opposé de la clairière, je suis donc le gros tronc puis pars à 90° vers l'angle bas de la clairière. Je me poste avec le marais dans le dos, entre 2 arbres à contrefort de petit diamètre. Je dégage quelques grosses feuilles de palmier qui me bouche un peu la vue mais en laisse suffisamment pour me camoufler un peu puis l'attente commence. Le vent souffle face à moi.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il commence à pleuvoir, le bruit des gouttes sur la végétation étouffe les bruits de la forêt. Au bout d'environ 20 minutes d'affût, un mouvement attire mon regard au bout du gros tronc, dans le passage que j'ai emprunté pour rentrer dans la clairière. Un petit animal gris cendré foncé s'avance d'un ou 2 mètres, tourne un peu sur place et s'assied en me tournant le dos. Il semble ne produire aucun bruit, ou si léger que la pluie le masque. Il me faut un petit moment pour le reconnaître, c'est un jaguarondi, je n'en reviens pas, je n'aurais jamais pensé en voir un. Ce petit félin de la forêt amazonienne plus grand et plus élancé qu'un gros chat domestique est très élancé, sa petite tête, sa longue queue et son pelage uniforme sont caractéristique, il ressemble un peu à un puma miniature. Il est très discret habituellement et c'est une chance incroyable d'en voir un d'aussi près. Je décide de le prendre en photo, j'attrape mon appareil et tente un premier cliché de l'animal assis de dos mais la photo est floue.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je tente à nouveau mais impossible de faire la netteté. Il finit par humer l'air et se remettre debout, il continue à flairer les alentours et commence à devenir inquiet, il a peut être flairé mon odeur. Il commence alors à repartir mais à ma grande surprise et ne sachant pas où je me trouve, il vient droit sur moi d'un pas soutenu mais sans un bruit, j'essaie toujours de le prendre en photo sans arriver à le cadrer ou à faire la netteté. Il vient me passer à 1,5 mètres devant les pieds en biaisant vers le marais. Je le suis dans mon appareil photo et le siffle pour tenter de l'arrêter alors qu'il arrive dans une petite zone dégagée mais il accélère alors et disparaît en quelques bons dans le marais. C'est alors que je me dis que j'aurais du le filmer au lieu d'essayer de faire une photo. Je suis blasé mais tellement heureux d'avoir pu voir ce magnifique animal dans son milieu naturel.

La pluie continue à tomber de façon peu abondante. Cette apparition est elle un bon ou un mauvais signe, si un jaguarondi se promène au sol dans le secteur c'est certainement signe que ces proies passent par ici mais son passage n'aura t'il pas laissé une odeur qui va décourager un potentiel gibier. Je décide de rester à mon poste. Au bout d'environ 15 minutes, un petit mouvement d'une plante attire mon attention au milieu de la clairière et mes yeux se posent sur une grosse tortue de terre qui descend de la colline. Je pose mon arc et m'avance vers elle pour la capturer et la ramener à mon poste. Son bec est couvert de pulpe de fruit qu'elle vient certainement de manger. Elle doit peser 4 ou 5 kg. Elle rentre dans sa carapace alors que je la saisis. Sa carapace rentrante au niveau du ventre m'indique qu'il s'agit d'un mâle. C'est une tortue charbonnière,  reconnaissable à ses taches orangées sur la tête, espèce qui peut être consommée légalement en Guyane mais pas commercialisée. Xavier a eu la chance d'assister à un accouplement de 2 beaux spécimens avant notre arrivée.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je la ramène à mon poste pour une séance photo. Je la pose à mes pieds et fais une première photo alors qu'elle est encore dans sa carapace. Puis elle commence à sortir son museau avec des mouvements d'avant en arrière comme si elle hésitait.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Elle finit par ressortir sa tête mais ne sort pas encore ses pattes.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

C'est alors que je remarque 2 grosses tiques, de la taille de l'ongle du petit doigt, accrochées sur sa carapace. Je n'en reviens pas, ces arachnides suceurs de sang ont réussi à perforer sa peau entre les écailles de sa carapace pour s'abreuver de son sang. Alors que je les prends en photo, la batterie de mon appareil photo me lâche.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je suis un peu blasé car le séjour n'est pas terminé, habituellement ma batterie tient plus longtemps. Je repose la tortue dans la clairière, tournée face à la colline. Petit à petit, elle se tranquillise et se remet en marche, elle s'éloigne doucement en longeant le bas de la clairière puis je la perds de vue alors qu'elle arrive près du gros tronc. Je pense alors à une histoire que m'avait raconté Xavier, il parait que certains amérindiens, quand ils trouvent une tortue, la prennent avec eux en lui promettant de la relâcher si il tue un gibier et de la manger dans le cas contraire. Je viens peut être de laisser partir ma chance d'attraper quelque chose aujourd'hui. De toute façon j'aime trop les tortues pour en manger une. La tortue disparue, je me reconcentre sur mon affût.

Au bout d'un moment, une sorte de grognement ressemblant à celui d'un sanglier se fait entendre sur ma droite. Je pense à des pécaris et me prépare. Je scrute les alentours sans voir d'animaux alors que le bruit se rapproche. Je n'ai encore jamais entendu ça. Mais un bruit de feuillage finit par me faire lever les yeux, se sont en fait des singes hurleurs qui passent à environ 40 mètres au dessus de moi dans les arbres et produisent cette espèce de grognement. Je les regarde passer puis ils finissent par disparaître et s'éloigner. La pluie cesse, quelques gouttes tombent encore des arbres. Le temps passe et rien ne vient. J'hésite, rester où partir de ce poste. Je consulte l'heure sur mon GPS et décide de rester encore un peu mais le temps passe et rien ne bouge, je craque et décide de quitter mon poste vers 13 heures.

Je reprends ma chasse mobile et commence par traverser le marais où je tombe sur une empreinte de tapir vieille de quelques jours puis sur une trace de cariacou qui semble plus récente. J'avance doucement en regardant bien autour de moi mais les feuilles des jeunes palmiers font un bruit d'une feuille cartonnée qu'on agite dès qu'on les touche et le sol est jonché de grandes feuilles de palmier sèches et de brindilles très craquantes et bruyantes. Mon approche est loin d'être silencieuse. Plus loin, je passe une colline et redescends dans une zone dégagée au sol mais très sombre car les feuillages ne laissent presque pas passer la lumière. Je tente quelques coups d'appeau à pécari mais très vite ce sont des toucans qui arrivent et tournent en criant à moins de 10 mètres au dessus de ma tête. Après avoir soufflé dans mon appeau un moment sans plus de résultat, je décide de reprendre ma progression lente tout en faisant régulièrement des pauses d'observation. J'avance ainsi un moment en forêt sans voir autre chose que des papillons, insectes, petits oiseaux et autres lézards ou grenouilles.

Vers 14h heures, je décide de rentrer et consulte mon GPS pour commencer à prendre la direction du camp. Quelque chose se déplace sur mon bras quand la douleur d'une piqûre me fait relever ma manche. Une tique se balade sur mon bras, je la saisis et l'écrase entre mes ongles. Je commence à regretter de ne pas être resté à mon poste de tout à l'heure, la patiente aurait peut être payée. Alors que je me rapproche du camp, je tombe sur la crique, je n'ai plus qu'à la longer pour trouver le camp, ce que je commence à faire mais la végétation devient peu à peu inextricable, des amas de bois morts et de lianes impénétrables me barre la route et je dois bifurquer pour les contourner. Je galère de plus en plus pour revenir vers le camp et en sautant par dessus un gros tronc le sur-pantalon de ma tenue 3D s'accroche à une sorte de liane couverte de petits piquants très acérés et avec l'élan je déchire le tissu de ma hanche jusqu'à ma cheville. Je pousse un cri de colère, je suis dégoûté. Daniel qui est déjà au camp m'a entendu tellement j'ai crié fort.

Je finis par me dépéêré de cette végétation et le terrain se dégage un peu. De gros fruits à coque dure jonche le sol, ce sont des carapas, certains sont rongés et mangés de plus ou moins frais très certainement par des pacs ou des agoutis, le coin serait peut être bon pour un affût de nuit. De plus, de nombreux terriers sont présents dans les environs. Je finis d'arriver au camp en traversant sur la barque. Notre fée des carbets s'active déjà depuis un moment. Daniel a fabriqué une "salle de bain", il a mis en place des marches pour descendre à la crique pour se laver et des marches pour accoster par le bras du fleuve avec la canoë. Je discute un peu de la chasse avec lui, il n'a pas eu d'occasion de tir, je lui raconte mon affût magique puis pars me changer près de mon hamac. En posant mon arc, je constate que j'ai perdu ma flèche munie de ma blunt. Elle a du s'accrocher dans la végétation et tombée du carquois. Je retire ma tenue 3D et la mets à sécher sur ma corde à linge avec le reste de mes affaires qui tentent déjà de sécher.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Je repars ensuite sans mon arc pour tenter de retrouver ma flèche que je pense avoir perdu sur les 100 derniers mètres. Je tente de reprendre ma trace en sens inverse en m'aidant de mon GPS mais c'est loin d'être chose facile. Au bout de 15 minutes de recherche, je laisse tomber et retourne au camp. Alors que je saute de la barque sur la berge, je marche sur quelque chose qui traverse ma semelle et s'arrête juste sous mon pied, je pense à un bout de bois avec un clou mais je constate qu'il s'agit en fait d'un bout de carapace de tortue, un morceau du bord du plastron avec une épine acérée de 4 cm environ formée par la cassure de la partie qui relie le plastron au haut de la carapace. Je retire cet os de ma semelle et le montre à Daniel avant de le jeter dans la crique. J'ai eu beaucoup de chance de ne pas me traverser le pied. Nos collègues ne sont pas encore rentrés et Daniel décide de nous préparer un petit sandwich à basse d'une fricassée d'abats de hocco mijotée avec des oignons. Je lui amène donc les abats du hocco qui étaient au frais dans la glacière puis par me laver dans notre nouvelle salle de bain. Je reviens un moment après lavé et changé, mets mes affaires du jour à sécher puis pars rejoindre Daniel sous la bâche "cuisine".

En attendant la fin de la cuisson, je mange quelques fruits en discutant avec Daniel. Je retire mes pieds flétris de mes chaussures mouillées pour essayer de les faire un peu sécher. Un vrombissement arrive dans mon dos. Je me retourne et aperçois un scarabée rouge métallisé qui vient voir notre bassine métallique, qui nous sert à la vaisselle et à la récupération d'eau, avant de repartir d'où il vient. Le sandwich prêt, nous le dégustons, c'est encore un délice. La pluie commence à tomber puis c'est un véritable déluge qui s'abat sur le camp, je ne suis pas mécontent d'être à l'abrit. Daniel positionne la bassine métallique sous le bord de la bâche pour récupérer de l'eau claire. Les averses se succèdent ainsi alors que nous attendons nos collègues. Ils finissent par arriver, le bruit d'une pagaie heurtant le canoë trahit leur arrivée silencieuse. Nous partons à leur rencontre et les aidons à accoster et débarquer le matériel. Ils ont vu des animaux mais n'ont pas pu flécher de gibier. Xavier a répéré un endroit, presque en face du camp, où les pécaris sont passés peu avant son arrivée mais n'a pas pu les recouper. Il nous montre les photos des bassines boueuses,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

des traces fraîches,

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des coups de nez,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

mais aussi des empreintes de jaguar qui semblent suivre les pécaris et sont peut être la cause de leur départ,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Et d'un nid de tinamou d'ou a décollé l'oiseau qui lui a frolé le visage au passage.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il a aussi photographié une graine que j'ai moi aussi vu durant ma chasse, cette dernière ressemble étrangement à la graine de l'arbre sacré (Eywa) dans le film Avatar.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il a également manqué une biche rouge, surpris par une décoche intempestive. Il souffre de plus en plus de ses vers macaques et n'arrive pas bien à dormir la nuit. Il demande à Daniel de tenter de les lui extraire après le bain. Ils partent avec "Scarabée" se laver dans le fleuve et étrenner la salle de bain de Daniel.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Une fois lavé, Daniel commence à lui couper les cheveux au dessus des boutons qu'il a derrière la tête puis lui applique une pommade sur tous les boutons avant des les couvrir avec des bandages pour tenter d'étouffer et tuer les vers qui doivent garder un orifice ouvert dans la peau pour respirer ponctuellement.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Les premiers effets de l'humidité ambiante se font sentir, les genoux de "Scarabée" sont entamés par le frottement du pantalon humide lors de la marche. Il doit désinfecter après le bain et laisser sécher en se mettant en bermuda. Daniel décide d'attaquer la préparation d'un blaf d'acoupa, poisson carnassier argenté de rivière pêché par Xavier avant notre arrivée.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il récupère le poisson que Xavier a amené dans la glacière et déjà écaillé, enlève les nageoires puis le découpe en darnes épaisses et le met dans la gamelle avant de préparer le blaf et de le mettre à cuire sur le réchaud à gaz. En tranchant la tête, il a ouvert le crâne d'où sont sortis de sortes de pierres très dures, ils nous les montre et nous explique qu'elles servent à la localisation dans l'espace pour le poisson. C'est la première fois que je vois de telle "pierres". Pendant que le blaf mijote nous partons nous reposer un peu. La nuit tombe doucement. La cuisson terminée nous passons à table, Je prends mon cachet d'antibiotique pour mon doigt, le poisson sera agrémenté de riz. Les assiettes sont bien remplies, nous attaquons notre repas du soir. C'est vraiment délicieux et nous nous régalons, ce poisson légèrement citronné est fondant en bouche. La bonne humeur règne sur le camp. Les fruits amèneront une petite touche sucrée à la fin du repas.

"Scarabée" et Daniel vont partir chasser en canoë sur le secteur que je chasse depuis 2 jours avec Xavier. Xavier, lui, fatigué par ses mauvaises nuits décide de rester dormir pour se réserver pour demain matin. Pour ma part, je décide de tenter de partir chasse autour du camp. Je me prépare puis pars vers la crique. La grosse grenouille dont les yeux brillent en rouge dans la lumière, s'échappe à mon arrivée en rentrant dans son terrier. L'oeil du petit caïman brille dans le faisceau de ma frontale sur le bras du fleuve en aval de l'entrée de la crique. Un petit oeil rouge bille à l'entrée de la crique sur la berge opposée. Je traverse la crique en passant sur la barque puis pars vers ce petit oeil rouge et constate qu'il s'agit d'un tout petit caïman. Je me baisse et approche doucement ma main pour le saisir mais je le manque en l'effleurant à peine. Il se laisse tomber dans l'eau et disparaît. Je décide de tenter d'approcher le petit caïman en longeant la berge mais ce dernier, comme à son habitude plonge. Je continue à longer un peu le fleuve et tombe sur une grosse flaque enherbée. Un oeil rouge brille en son centre. Je m'approche doucement et aperçois un second petit caïman. Je le laisse tranquille pour le moment et m'approche du fleuve, le caïman est remonté mais il plonge rapidement. Je pars ensuite sur mes traces de ce matin mais n'arrive pas à trouver un passage dégagé et renonce. Je reviens vers la flaque et attrape le petit caïman en m'approchant tout doucement et en l'éblouissant avec ma frontale.

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

Il pousse de petits cris pour appeler sa mère.

Je décide de le ramener au camp pour le montrer à mes collègues. Je retraverse la crique sur la barque et jette un coup d'œil dans l'eau. Un poisson dont les yeux brillent en rouge dans le faisceau de ma frontale est calé sur le fond près de la berge. Il fait environ 25 cm, c'est un patagaye, poisson carnassier,

Chroniques guyanaise,  Un petit affût fructueux, 16 mars 2015

cousin de l'aïmara que nous devons aller pêcher à l'arc durant notre second séjour en forêt. J'hésite à le flécher mais ne sachant pas si ce poisson est bon, je le laisse et pars mettre le petit caïman dans mon sac à dos.

Je pars ensuite en traversant le camp pour aller chasser dans la bande de terre coincée entre le fleuve et la crique. J'essaie de rester à moins de 10 mètres du fleuve et avance tout doucement en éclairant autour de moi, rapidement la végétation s'épaissit et ma progression commence à être plus aléatoire et j'avance en suivant les zones les plus dégagées pour essayer de ne pas faire trop de bruit bien que, de nuit, la progression est toujours plus bruyante. Je dois m'éloigner du fleuve, tout à coup, dans une zone très salle, j'aperçois les yeux rouges d'un pac mais le temps de me préparer à armer, il a disparu en se débinant sur 1 ou 2 mètres. Je m'avance doucement pour tenter de le retrouver mais impossible, il a disparu. J'ai beau tourner et retourner dans le secteur, il s'est volatilisé. Je continue donc ma route. Un peu plus loin, un œil blanc s'illumine dans ma frontale, c'est un petit pian (opossum).

Un peu plus loin encore, j'arrive sur une crique asséchée et la traverse mais de l'autre côté la végétation est trop dense et je décide de faire demi-tour et de rentrer au camp. Je prends mon GPS et active le retour au camp mais me rends compte que j'ai oublié ma boussole. De nuit, la navigation avec seulement le GPS n'est pas évidente. Je commence mon retour mais tombe sur une zone très salle et tente de la contourner mais me rends compte que je m'éloigne anormalement du camp et essaie de reprendre mon cap mais ne trouve plus de passage dans la végétation épaisse, je tente de forcer au travers des lianes. Une perdrix décolle dans le faisceau de ma frontale, je la suis avec mon faisceau, éblouie, elle heurte plusieurs fois les branchages avant d'arriver à s'éloigner et disparaître. Des guêpes m'attaquent en visant ma frontale et je dois l'éteindre en attendant qu'elles s'éloignent. Je reste un moment dans le noir, planté dans les lianes, puis rallume ma frontale et commence à me dégager mais les guêpes reviennent à la charge. Je dois à nouveau éteindre et rester un long moment sans lumière.

Je galère un bon moment à tourner dans cette végétation impénétrable puis finis par retraverser la crique asséchée, cette fois mon GPS semble indiquer une distance décroissante, j'avance avec peine dans une végétation épaisse mais finis par retrouver le camp. Les collègues ne sont pas encore rentrés, je pars me coucher en les attendant. Ils finissent par arriver. Nous nous levons avec Xavier pour les accueillir. "Scrarabée" qui avait équipé son tradi avec la flèche pêche a réussi à flécher un gros caïman mais le manque de puissance lui a joué des tours car le caïman juste piqué dans la chair a réussi à se dégager et lui échapper. Nous discutons un peu puis repartons nous coucher.

 

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans GUYANE 2015
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 13:13

Cette nuit, il a beaucoup plu et les gouttes d'eau tombent encore des feuillages sur la bâche qui abrite mon hamac. J'ai dormi habillé pour ne pas prendre froid mais aussi pour sécher un peu mes affaires. Je me suis réveillé plusieurs fois pendant la nuit. Le jour commence à se lever, le camp est encore calme, j'en profite pour tenter de faire une prise d'ambiance avec mon caméscope que je pose sur son trépied près de mon hamac à l'abri des gouttes.

Je profite du calme pour me préparer et rééquiper mon arc pour la chasse. Je sors mon moulinet de pêche et remets mon carquois que j'équipe de 5 flèches, 2 avec des lames mécaniques "Rage Hypodermic", 2 avec des "Q.A.D Exodus" et une avec une blunt "Cut Edge" pour les oiseaux. Mes collègues se réveillent tranquillement. Nous partons déjeuner sous la bâche prévue à cet effet. Nous rediscutons de nos prises de la veille et je ne manque pas de me faire chambrer gentiment sur la taille de mes "lézards", il est vrai que le caïman de "Scarabée" est énorme par rapport aux mien.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Nous reparlons du fait que sa pointe de pêche est ressortie du caïman et je décide de lui prêter ma seconde "Steel Force Carp" en espérant lui éviter une nouvelle mésaventure. Elle ne se vise pas sur sa flèche pêche, je lui prête donc également ma flèche pêche de secours. Mon repas terminé, je décide de tenter de reprendre quelques photos de mes caïmans avant de les mettre au frais car les photos de nuit ne me semblent pas de très bonne qualité.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Je les mets ensuite dans la glacière puis pars me préparer. J'enfile ma tenue 3D par dessus mon pantalon camo et mon T-shirt à manches longues camo, ferme mes guêtres sous la tenue 3D pour me protéger des insectes et d'une éventuelle morsure de serpent, enfile mes gants et la cagoule camo 3D que je remonte sur mon front et ferme le scratch de mon décocheur. Il me faut prendre également un peu de petit matériel dans mes poches : boussole, GPS, opinel, cordelette, appeau à pécari et 3 barres de céréale au cas où. Je ne prends pas de sac à dos car ce dernier s'accroche partout en forêt et me fait perdre en discrétion, j'ai appris de mes erreurs de l'an dernier et ne veux pas les reproduire, je retournerais au camp pour boire si nécessaire. Je suis prêt, ce matin, j'ai décidé d'aller chasser de l'autre côté de la crique pour tenter de retrouver les pécaris vu l'an dernier dans le secteur.

Je pars en direction du tronc qui fait un pont naturel pour traverser la crique mais l'eau a beaucoup monté pendant la nuit et je dois prendre la barque et manoeuvré à la pagaie pour passer sous les branches de l'arbre qui barre l'entrée de la crique avant d'accoster contre la berge d'en face. J'attache, sur les conseils de Xavier et Daniel, la barque à l'avant  d'un côté de la crique puis à l'arrière de l'autre pour pouvoir m'en servir de passerelle et traverser la crique. Cette fois, ça y est, je pars chasser. Le beau temps est avec nous ce matin après les pluies de la nuit. J'allume mon GPS, enclenche la fonction pour revenir au camp puis éteins mon GPS. Le bord de la crique est assez dégagé et plat.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Daniel partira chasser sur le même secteur que moi mais en suivant le fleuve alors que je bifurquerai plus à gauche, alors que Xavier et "Scarabée" prendront le canoë pour aller chasser plus en amont.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

J'encoche une flèche et baisse ma cagoule pour commencer ma chasse. Rapidement, le relief s'élève et je commence à remonter vers le sommet de la colline. Je constate sur ma gauche que le grand arbre qui produisait des fruits orangés, que les animaux semblaient apprécier l'an dernier, est tombé en se cassant près de sa base, ouvrant une clairière dans la forêt. J'avance tout doucement en m'arrêtant dès que j'ai fait quelques pas quand, lors d'un arrêt d'observation, il me semble voir bouger quelque chose un peu plus haut, juste avant que ça ne disparaisse derrière un arbre. Je reste immobile, il me semble entendre le chant d'un hocco que j'ai entendu imiter par Xavier. Je finis par apercevoir le volatile à environ 20 mètres un peu plus haut, il piète au sol et regarde vers moi sans arriver à me voir tout en chantant : "hhmmm hhhmmm", il s'avance pour descendre un peu, se ravise, remonte, redescend, remonte... J'hésite un instant, j'ai une flèche encochée munie d'une lame Exodus. L'an dernier mes collègues ont perdu plusieurs oiseaux suite à des tirs à la lame de chasse, je décide finalement de changer ma flèche que j'échange pour ma flèche munie de ma blunt Cut Edge. Je commence à imiter le hocco. Petit à petit, il descend tout en restant à plus de 15 mètres sur ma gauche, il fait des aller-retour, dans une zone assez dégagée, entrecoupés de pauses durant lesquelles il se dandine sur place pour tenter de m'apercevoir. Il est maintenant à 15 mètres environ sur ma gauche et s'avance sans regarder vers moi.

Je ne cesse pas l'imiter. J'arme doucement mon arc, il fait toujours des va et vient et finit par s'arrêter mais la végétation ne me permet pas d'être sûr de ma flèche, je décide de ne pas tirer. Il reprend ses va et vient. Je désarme, il se déplace un moment puis stoppe à nouveau, je réarme mais toujours pas de vraie fenêtre de tir. Je désarme à nouveau et décide de tenter de me décaler un peu. Je monte très lentement de 2 pas et m'immobilise. Cette fois la végétation est plus ouverte. Le hocco continue son manège et remonte vers la fenêtre de tir. J'arme doucement, il vient se planter de face à environ 15 mètres et chante toujours alors que je l'imite encore. Je vise un moment son poitrail et décoche. Ma flèche le frappe avec un bruit mat d'impact. Elle est stoppée net à l'impact tournoie en l'air et retombe au sol alors que le hocco fait une pirouette spectaculaire et retombe sur ses pattes avec une aile pendante pour faire vole face et fuir en courant à toute allure avant de disparaître dans la végétation épaisse et basse un peu plus loin. Je m'avance rapidement sur le lieu du tir, me piquant au passage sur un palmier à longues épines noires et retrouve ma flèche au sol. Elle n'est pas équipée d'une encoche lumineuse et mon empennage noir et vert destiné au camouflage maximum ne m'ont pas rendu la tâche facile pour la retrouver.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Pas de sang sur cette dernière mais un peu de muscle sur la moitié avant du tube et 2 ou 3 plumes collée. D'autres plumes sont coincées dans ma Cut Edge. Je fais un point GPS de l'endroit du tir. Je n'ai pas traversé l'oiseau que j'ai très certainement tout juste éraflé au niveau du poitrail mais à qui j'ai certainement cassé une aile. Je récupère ma flèche et tente de suivre la direction de fuite du hocco mais pas le moindre indice de son passage. Je tente de suivre les coulées et de fouiller les zones salles mais sans succès. Je décide de laisser tomber pour l'instant et reprends ma progression. Un peu plus loin, je dérange un beau papillon qui se repose vite sur le tapis de feuilles mortes couvrant le sol. Je m'approche doucement et le prends en photo.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

En arrivant près du sommet de la colline, je marque une pause d'observation au pied de grands arbres, les moustiques commencent à m'assaillir quand un grand oiseau passe au dessus des cimes en poussant un cri que je n'avais jamais entendu jusque là. Je pense à un grand rapace mais n'arrive pas à le voir. Tout à coup, un bruit lourd de battement d'ailes suivit du bruit de quelque chose de lourd qui tombe au sol retentit. Je me tourne doucement et aperçois un beau hocco posé au sol à environ 12 mètres. Il pousse son cri d'alerte : "Pic pic pic...". J'arme doucement, vise et décoche. Ma flèche le frappe où je visais et l'oiseau s'envole d'un vol lourd et mal assuré sans arriver à prendre de la hauteur. Je le perds de vue un peu plus de 10 mètres plus loin. Je m'avance rapidement et retrouve ma flèche fichée dans un bout de bois pourri grâce à mon encoche lumineuse. Ma flèche a parcouru 6 ou 7 mètres après avoir traversé l'oiseau et est couverte d'un sang bien rouge et liquide, c'est bon signe.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Malgré mon atteinte qui semble bonne, le hocco n'a pas laissé de sang en s'enfuyant. Je fais un point GPS à l'endroit du tir, éteint mon encoche lumineuse à l'aide de la pointe de ma Cut Edge avant de remettre mes flèches au carquois et commence à m'avancer dans la direction de fuite estimée mais je ne trouve ni indice, ni hocco et commence à me dire que j'ai encore perdu un oiseau. J'essaie de me refaire la scène dans ma tête est me rends compte que je suis certainement parti trop à gauche Je pars donc plus à droite tout en cassant des branche dans le sens de la marche pour repérer mon passage quand je tombe sur mon hocco mort au sol. Il est mort quand je l'ai perdu de vue et n'a pas fait plus de 15 mètres.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Je suis aux anges, d'une part le hocco à l'arc n'est pas un gibier facile à prélever et de plus c'est mon premier gibier prélevé à l'approche en forêt. Quelques photos souvenir

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

puis, je l'attache par le cou à ma ceinture à l'aide d'une petite cordelette puis repars en chasse. Cette réussite m'a motivé et je continue à avancer sur de courtes distances et à m'arrêter un moment pour observer.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

J'en profite pour faire un petit film pour capter l'ambiance de la forêt.

J'avance tranquillement sans faire attention à mon GPS ou ma boussole quand j'arrive au pied d'une colline dans un paysage étrangement familier. Un amas de branchage cassé encore vert m'interpelle, il me semble avoir vu ça ce matin en partant. Je comprends rapidement en regardant plus loin que j'ai fait une boucle et que je suis revenu à mon point de départ. La crique est à 30 mètres devant moi, je décide donc d'aller poser mon hocco au camp. Je traverse la crique en me servant de la barque, met mon volatile dans un sac plastique puis dans mon hamac dont je ferme la moustiquaire puis en profite pour boire un 1/2 litre d'eau avant de repartir en sens inverse pour reprendre ma chasse. Je remonte la première colline en baisant doucement à gauche et en reprenant mes pauses d'observation. Un peu plus loin, j'aperçois un bel oiseau dont la taille et la forme rappelle un peu une pie mais beaucoup plus coloré. Le dos et le dessus de la tête sont bleu métallique, la gorge jaune et le ventre vert. C'est un motmot houtouc. Mon appareil photo ne me permet pas de faire le point sur cet oiseau qu'il n'est pourtant pas à plus 15 mètres.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Je finis par renoncer à ma photo nette après plusieurs essais. Je m'avance doucement, l'oiseau s'éloigne un peu sans paraître stressé et me regarde ensuite m'éloigner. Je multiplie les pauses d'observation sans voir autre chose que quelques petits oiseaux peu craintifs. Chaque arrêt est l'occasion pour les moustiques qui me suivent à l'odeur de me rattraper et me tomber dessus pour prendre un bon repas et nombre d'entre eux finiront écrasé sur mes main ou mon visage. Ils sont beaucoup plus nombreux que l'an dernier. Je me poste un instant près d'un amas de troncs et de branchages morts tombés au sol. Assez rapidement, un mouvement m'interpelle près de l'amas, une forme sombre me fait penser au cou et à la tête d'une perdrix (tinamou) dont le corps serait caché derrière un tronc et je me prépare à monter mon arc quand je comprends qu'il s'agit de la queue d'un écureuil qui s'agite en dépassant du tronc. Le petit rongeur finit par démarrer et passe sur l'amas pour rejoindre un arbre et disparaître derrière son tronc. Je repars. Après avoir passé plusieurs collines je tombe sur des toucans qui se mettent à crier au dessus de moi. Je reste un moment sur place à les observer mes ils restent discret et apparaissent juste furtivement. Je décide, faute de pouvoir les filmer de les enregistrer.

Alors que je repars, je fais s'envoler un peu plus loin un gros papillon de la famille des morphos. L'intérieur de ses ailes est bleu et noir et l'extérieur de couleur brune orné d'une gosse ocelle ressemblant à un oeil. Le vol du papillon fait clignoter cette couleur bleue sur quelques mètres avant qu'il se repose. Je m'approche doucement et le prends en photo, l'une de ces ailes est tordue vers l'extérieur, très certainement un problème survenue lors de la sortie de la chrysalide.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Je laisse ce beau papillon et continue mon chemin, les collines se succèdent sans apercevoir de gibier. Je décide de faire une petite pause vers 13 heures pour manger mes barres de céréale. En arrivant sur un sommet, je décide de me poster et de tenter d'appeler avec mon appeau à pécari. Une fois installé au pied d'un gros arbre, je commence à souffler dans l'appeau dont la puissance sonore permet d'appeler les animaux de très loin. Assez rapidement un bruit d'aile retentit derrière moi et en me retournant, je vois une sorte d'aigle noir au bec jaune se poser sur une branche à environ 10 mètres au dessus du sol et 20 mètres de moi. Le rapace cherche la provenance des cris en hochant la tête. Je reprends mes cris pendant plusieurs secondes puis fais une pause pour écouter. Je recommence plusieurs fois la manoeuvre. Le rapace cherche toujours à identifier la provenance des cris puis finit par s'envoler et se poser un peu plus loin et se remettre à scruter le sol. Je reprends mes cris. Après 2 ou trois séries d'appels, l'aigle s'avance encore et se poste en face de moi et fixe son regard dans ma direction.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Après plusieurs minutes passées à jouer avec ce rapace et ne voyant pas venir le moindre pécari. Je décide de quitter mon poste et m'avance doucement en direction du rapace qui me regarde un instant avant de s'envoler et de disparaître dans la canopée. Ma chasse reprend, toujours avec la même technique d'approche lente et de pauses d'observation. Un colibri brun vient me frôler près de mon oreille avec ce bruit caractéristique de vrombissement qui l'an dernier me faisait sursauter régulièrement, il fait le tour de moi puis s'éloigne. Ces petits oiseaux sont très curieux et viennent voir de très près à chaque fois qu'on s'approche un peu trop de leur territoire.

Ma marche me rapproche doucement d'une zone de végétation épaisse. alors que je suis tout près de cette zone, une silhouette se débine au sol à environ 10 mètres dans le salle. J'ai juste le temps d'identifier un oiseau dans l'ombre, très certainement une petite perdrix. Je me fige et tente un affût sur cette zone pendant un petit moment. Rapidement un beau lézard de la taille de notre lézard vert métropolitain, de couleur verte et brune surgit de derrière un tronc tombé au bord de la végétation épaisse. Il se fige sur le tronc un instant pour profiter du soleil.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

après quelques minutes, il s'avance un peu sur le tronc puis s'applatit pour se faire bronzer.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Le temps passe et rien ne vient, je décide de rentrer. Je rallume mon GPS, active le compas, passe ma boussole autour du coup puis identifie mon cap et commence à revenir vers le camp. Pas de gibier sur le chemin du retour. Il est très difficile d'être concentré à la chasse et sur la navigation en même temps et je fais pas mal de bruit en marchant, je décide de prendre au plus droit. Près du camp, une petite chenille toute fine et annelée qui avance sur une feuille de palmier qui avance en faisant des arches. Je pars chercher à nouveau mon premier hocco mais sans plus de résultat que tout à l'heure.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

De retour au camp vers 15 heures, je retrouve Daniel qui a arrêté de chasser avant moi, il a déjà dépecé mes 2 caïmans. Nous discutons de notre chasse, il m'informe qu'il a vu une belle tortue de terre mais n'a pas vu grand chose d'autre. Je lui dis que j'ai fléché 2 hoccos mais que j'en ai perdu un. J'enlève ma tenue 3D, enfile des habits secs (T-shirt et pantalon), en profite pour retirer une tique qui s'était logée dans ma hanche sous ma ceinture et mets les mouillés par ma sueur et l'humidité de la forêt à sécher sur la corde installée à cet effet la veille et récupère mon hocco dans mon hamac pour le montrer à Daniel qui me propose de me prendre en photo avec ma prise. 

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Après avoir pris la pause, je fais une autre photo juste avec mon hocco et mon arc avant de commencer à le plumer puis de le vider.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Malgré sa taille, cet oiseau se plume très facilement sans l'ébouillanter. Je constate en le vidant que ma flèché lui a sectionné le haut du coeur, d'où sa fuite très courte. Une fois mon hocco nettoyé, je le mets dans la glacière. Je décide de tenter un coup de pêche au piranas avec une petite canne à pêche qu'a apporté Xavier, j'accroche un bou d'entraille du hocco sur un gros hameçon lesté par une petite olive de plomb et pars pêcher sur le fleuve entre des branchages des arbres mais les touches sont peu marquées et je finis par accrocher une branche au fond du fleuve et casser mon bas de ligne sans avoir vu le moindre piranas. Xavier a oublié de prendre d'autres hameçons. Je pars ranger la canne et retourne voir Daniel. Le temps passe nous discutons tranquillement alors que l'heure tourne. Daniel décide de préparer un de mes caïmans pour ce soir. Il est bientôt 17 heures et nos collègues ne sont toujours par de retour. Il le récupère dans la glacière puis commence à le découper en morceaux sur la caisse qui nous sert de table à manger.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Une fois le caïman en morceaux dans la gamelle qui nous sert à cuisiner sur le camp

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

il commence la préparation d'une délicieuse fricassée qui nous régalera ce soir. Je demande à Daniel, s'il a besoin de moi et sa réponse négative me permet d'aller me laver dans le fleuve assis dans la barque avant de me poser un peu dans mon hamac pour pouvoir retirer mes chaussures mouillées depuis hier et dans lesquelles macèrent mes pieds depuis ce matin. Mes pieds sont tout flétris et commence à me faire mal, après un petit repos dans mon hamac et mes pieds secs, je mets des chaussettes sèches, la douleur est passée. Je rejoints Daniel toujours en cuisine. Des bruits de canoë se font entendre sur le fleuve. Nos collègues sont de retour et accostent sur le bras du fleuve près de mon hamac. Nous partons à leur rencontre. Ils sont bredouilles, Ils ont chassé ensemble car Xavier avait peur que "Scarabée" se perde avec son GPS. Ils ont tout de même levé des biches rouges et ont vu des traces d'animaux. Ils partent se laver au départ de la crique dans le fleuve puis nous prenons un petit apéro autour d'un sachet de cacahuètes, "jungle juice" (rhum maracuja) pour mes collègues et jus de fuit pour moi et discutons de notre chasse alors que notre fricassée mijote sur le réchaud à gaz posé sur notre petit plan de travail improvisé avec 2 planches posées sur une armature en bois de la forêt fixée à un arbre.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Pendant la cuisson du caïman, Xavier et Daniel débattent de la meilleure recette pour cuisiner cet animal. Xavier nous promet que le prochain caïman sera cuisiné par lui même et sera encore meilleur que celui qui mijote aujourd'hui. Je pars enfiler mon sweet camo. La cuisson terminée, il est temps de déguster cette fricassée avec du riz et du caouc (semoule de manioc).

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Le service terminé nous attaquons, c'est vraiment délicieux. Daniel pour le deuxième soir nous régale de son savoir faire culinaire. Nous attendrons impatiemment la prestation de Xavier. La bonne humeur et la plaisanterie rythme ce bon repas puis des fruits viennent finir sur une touche sucrée ce festin. Nous partons ensuite pour la partie de chasse de nuit sur le fleuve. Les équipes restent les mêmes que la veille ainsi que les secteurs de chasse.

En partant, nous dérangeons la grosse grenouille rousse fidèle à son poste qui rentre dans le terrier. Xavier démarre la barque, nous partons en marche arrière, puis manoeuvrons pour prendre le sens du courant, rapidement nous apercevons un oeil rouge, je me prépare en arrivant près du reptile, j'arme, allume ma lampe et me prépare à tirer mais il s'agit du caïman que j'ai pris en photo dans la crique hier. Il est posé sur la berge sur une étroite pointe enherbée délimitée par le fleuve et l'entrée de la crique face au fleuve. Il est tourné vers l'eau, je désarme et il nous laisse passer sans bouger. Les caïmans suivant plongent rapidement sans nous laisser approcher. Xavier repère un premier pac sur la berge et décide d'accoster pour le poursuivre et tenter de le flécher. Il me dit d'éteindre ma frontale et de tenir la barque puis accoste et tourne un petit moment en forêt. Au bout d'un moment, je l'entends frapper sur un tronc à ma gauche puis il finit par revenir. Le pac s'était réfugié dans un tronc creux, hors d'atteinte. Xavier n'a pu voir que sa tête en l'éclairant au fond du tronc.

Un peu plus loin, Xavier repère 2 pacs dans la végétation épaisse du bord de la berge. Il m'en informe et manoeuvre pour me permettre d'en tirer un. Nous nous approchons doucement alors que j'arme mon arc avec ma flèche pêche et me prépare à allumer ma lampe d'arc mais je peine à voir les animaux dans la végétation épaisse. Je finis par repérer les gros yeux rouges qui se débinent mais les animaux ouvrent et ferment les yeux en avançant et je n'arrive pas à prendre ma visée, ils finissent par disparaître derrière une petite bute de terre. Xavier s'éloigne un peu pour trouver une zone dégagée pour accoster et jette son dévolu sur une arrivée de crique mais seule la rive opposée est dégagée. Je retiens la barque pendant qu'il part en longeant la crique. Le temps passe, je rallume ma frontale et observe les petits poissons autour de la barque. Au bout d'un moment Xavier revient et m'appelle pour localiser la barque, je lui réponds et rallume ma frontale pour le diriger. Il a retrouvé les pacs mais il s'agissait d'une mère et de son petit et a décidé de les épargner je suis finalement content de na pas avoir eu une occasion de tir.

Nous repartons, les caïmans ne sont toujours pas très coopératifs, Xavier repère encore un pac et accoste à nouveau pour partir à sa poursuite. Je tiens la barque et éteins ma frontale. Il va le retrouver rapidement, il le tire une première fois sans succès puis une seconde fois alors qu'il se cache derrière un tronc. Le pac a plongé et la flèche qui a ricoché sur le tronc est passée au dessus du fleuve en heurtant des branchages, me faisant sursauter car j'ai eu l'impression qu'elle est passée tout près. Je ne vois pas l'encoche lumineuse, Xavier revient et nous cherchons un instant sa flèche en longeant les berges avec la barque mais sans succès, elle est introuvable. En cherchant la flèche nous repérons le pac qui est remonté sur la berge. Xavier s'avance vers lui et le rongeur s'enfonce dans la forêt. Xavier accoste et repars en chasse mais encore une fois le pac s'est réfugié dans un tronc et il doit laisser tomber. Nous continuons un peu en descendant le fleuve sans pouvoir approcher un caïman puis faisons demi-tour pour rentrer au camp.

Au bout d'un moment, Xavier annonce un pac sur notre droite et alors que je le cherche du regard, j'entends une décoche et vois l'encoche lumineuse de la flèche qui vient de se ficher sous le pac qui était de face. Il déguerpit et Xavier accoste précipitamment sans couper le moteur resté en position neutre, je m'accroche à une racine alors que ma frontale est éteinte. Xavier qui a récupéré sa flèche s'est éloigné et le temps passe quand je me dis que je n'ai même pas regardé ou j'ai posé mes mains. J'allume ma frontale et constate que ma main droite est posé à quelques centimètres d'un beau scorpion à petite pinces, les plus dangereux d'après ce que m'avait dit Xavier. Il est calme, je le prends en photo avant de le faire déguerpir.

 

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

En regardant autour de moi, j'aperçois également une grosse araignée sur le tronc à ma droite qui penche sur le fleuve.

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Tout à coup, je sens que la barque s'éloigne du bord et dois m'agripper de toutes mes forces pour la retenir contre la berge. Le moteur en neutre est passé tout seul en marche arrière et tracte la barque vers le fleuve, je lute pour rester au bord et le temps passant mes bras commencent à se tétaniser, n'en pouvant plu. J'appelle Xavier et essaye d'attacher la barque à la racine. Il me répond et pensant qu'il y a un problème revient rapidement alors que je viens de réussir à faire le tour de la racine avec la corde d'amarrage sur laquelle je tire de toute mes force pour rapprocher la barque du bord. Xavier n'a pas vu le pac, il remarque que je saigne de la main en montant dans la barque. Je rince ma main alors qu'il reprend sa place à l'arrière de l'embarcation et constate que je me suis taillé le petit doigt sur le côté extérieur de la pliure de la première phalange et que j'ai une toute petite plaie qui saigne beaucoup sur le dos de la main au départ du petit doigt. Je n'y prête pas trop attention et nous reprenons notre chasse.

Nous finissons par repérer un oeil rouge sur la gauche et tentons l'approche. Le caïman nous laisse approcher, Xavier qui le voit mieux que moi m'annonce qu'il est gros. Je me prépare, encoche ma flèche, vérifie mon câble, arme, allume ma lampe et laisse la barque se rapprocher puis décoche sans me lever mais ma branche basse d'arc frappe le bord de la barque et dévie légèrement mon tir. Juste assez pour que ma flèche passe à côté du caïman. Décidément, je suis maudit avec les gros caïmans. Je rembobine mon câble et vérifie que mon arc n'ait rien puis nous repartons. Le camp se rapproche peu à peu et nous sommes toujours bredouilles malgré tous les pacs que nous avons vu. Je suis tout de même content car je n'avais pas vu de pac jusqu'à présent à part en photo.

En arrivant à la crique où j'ai pris en photo le caïman hier soir nous apercevons un oeil rouge, Je me prépare rapidement, arme, allume ma lampe d'arc et prends la visée, c'est le caïman de tout à l'heure, il n'a pas bougé. La barque avance droit sur lui, la végétation me gêne pour tenter une flèche et j'attends la fenêtre de tir qui se présente à 3 mètres de percuter la berge. Ma visée est calée sur la gorge de l'animal qui me fait face, je décoche touchant le caïman qui reste cloué sur la berge. Il se débat furieusement et s'en prend à ma flèche à grands coups de mâchoire. Je m'avance vite vers lui au bout de la barque et tire sur ma flèche pour que le caïman puisse partir à l'eau et arrêter de malmener mon fût qui craque dangereusement. Il plonge à l'eau avec ma flèche. Je me dégage des branchages, rembobine mon câble de pêche et tente de maitriser le saurien en attrapant la flèche mais ce dernier s'acharne sur cette dernière qui craque dangereusement. Impossible de lui faire lâcher la flèche, je le maîtrise donc en lui fermant la gueule, à la main, sur ma flèche et le remonte dans la barque. Je parviens à dégager ma flèche dès qu'il réouvre la gueule puis mon câble pris dans sa machoir. Je lui entoure le museau de scotch et dégage ensuite ma flèche, qui s'en sort miraculeusement à peine éraflée, en dévissant la lame qui retenait le reptile juste par une patte avant au niveau de l'épaule. Cette année, j'ai changé de pointe de pêche, j'ai remplacé mes "Steel Force Gator" par des "Steel Force Carp", ces nouvelles pointes de pêches volent beaucoup mieux, planent moins et ont une meilleure pénétration dans l'eau de plus leur forme permet de harponner les caïmans qui ne peuvent plus séchapper.

J'achève mon caïman d'un coup d'opinel derrière la tête et le mets dans la barque avant de rembobiner mon câble de pêche et de revisser ma lame de pêche. Nous rentrons au camp ou nous retrouvons nos collègues qui sont bredouilles. "Scarabée a manqué un pac avec sa flèche pêche et n'a pas pu flécher de caïman.

 

Chroniques guyanaises, première sortie en forêt, 15 mars 2015

Je vide mon caïman, le lave dans le fleuve et le pends pour l'égouter. Je le mettrai au frai demain matin. Comme hier, je pars me coucher habillé. Je pends également mes chaussures mouillées à la corde à linge comme hier pour éviter d'y trouver un habitant à l'intérieur demain matin.

 

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans GUYANE 2015 HOCCO CAÏMAN
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 10:24

Jeudi soir, j'ai pris l'avion à Blagnac pour rejoindre Paris où j'ai dormi chez mes beaux parents puis vendredi matin, ils m'ont déposé à Orly où j'ai retrouvé "Scarabée" , lui aussi invité par Xavier mais que je ne connais pas encore. Nous nous sommes tout juste parlés quelques fois par téléphone mais c'est la première fois que je vais voir son visage. Il arrive alors que je prends un chocolat chaud au café de l'aéroport. Il fait très sérieux mais nos discutions téléphoniques me font penser qu'il n'y aura pas de souci. Nous partons donc tous les 2 pour l'enregistrement des bagages. A ma grande surprise, alors que l'an dernier ma valise Badlands était passée en hors gabarit, cette année elle est prise comme un autre bagage. "Scarabée", lui devra passer sa valise d'arc par un tapis spécial. Nous passons la douane ou j'ai droit à une fouille au corps puis partons attendre à la porte d'embarquement. Nous sommes un vendredi 13 et le départ est prévu à 13 heures, ça ne s'invente pas... bon ou mauvais signe, nous le sauront plus tard. Notre avion aura finalement un peu de retard. Après un vol sans encombre, ça me change par rapport à l'an dernier, nous arrivons à Cayenne vers 18h30, juste avant la tombée de la nuit, ce qui nous permet de voir la forêt amazonienne dans le soleil couchant avant d'atterrir. Nous récupérons nos bagages et retrouvons Xavier qui nous conduit chez lui alors que la nuit s'installe. Il revient d'un séjour en forêt où il a fléché 2 pécaris à collier mais où il a également été infecté par plusieurs vers macaques qui ont colonisés l'arrière de ses oreilles, son bras et sa joue. Le temps est couvert mais il ne pleut pas pour le moment. Daniel, un ami guyanais de Xavier nous rejoint chez ce dernier. Une bonne assiette de fricassée de caïman, nos affaires préparées pour le lendemain matin et nous partons nous coucher. La nuit sera courte car entre le décalage horaire de 4 heures et l'excitation de la chasse, je n'arriverai pas bien à dormir.

Le réveil sonne vers 6h30, nous nous levons, déjeunons et nous préparons avant d'attaquer de préparer le matériel pour notre première chasse en forêt. Il a plu pas mal cette nuit et il pleut encore ce matin. Nos affaires sont mises dans des touques pour les protéger de l'humidité. Nous les chargeons sur le pick up, chargeons les grosses glacières remplies de glace qui serviront à conserver le gibier et sanglons le canoë sur le toit du pick up.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Un gros crapaud buffle brave la pluie dressé sur ses pattes en bordure du chemin de terre sous un arbuste. 

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Nous attelons ensuite la remorque de la barque

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

et finissons de charger nos affaires. Les chiens de Xavier viennent nous saluer avant le départ et profiter de dernières carresses.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Vers 8 heures, nous sommes prêt à partir et le soleil ressort un peu avec le jour qui se lève.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Nous partons, en route, les averses se succèdent et nous devons faire une halte pour remettre le capot du moteur de la barque qui est entrain de tomber.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Après 1 heure et demi de route, nous arrivons au débarcadère. La marée n'est pas encore très haute et l'eau basse a laissé apparaître la vase du fleuve ce qui va nous compliquer un peu la mise à l'eau des bateaux. Xavier recule pour mettre la barque à l'eau. Les roues de la remorque s'envasent et nous devons réavancer la remorque, mettre des planches sur la vase pour pouvoir reculer d'avantage et mettre la barque à l'eau. Des crabes violonistes sortent et rentrent de leurs petits terriers creusés dans cette vase.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Nous vidons ensuite le pick up et déposons le canoë au sol pour que Daniel puisse aller garer la voiture et la remorque près de la gendarmerie du village un peu plus loin. Nous entreposons touques, glacières et arcs dans la barque avant de mettre le canoë à l'eau puis Xavier l'équipe de son moteur. Nous finissons de charger nos affaires dans les embarcations puis attendons le retour de Daniel sous un véritable déluge. Au retour de ce dernier, grâce un automobiliste qui l'a pris en stop, nous nous répartissons dans les bateaux, Scarabée part avec Daniel dans le canoë et moi avec Xavier dans la barque. La pluie s'est calmée. Le moteur de cette dernière est plus puissant et nous l'avons beaucoup plus chargée. Nous prenons vite de l'avance en distançant le canoë.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Après un petit moment Xavier ralentit et s'arrête pour attendre le canoë avant de prendre un raccourci, un petit bras coupant un lacet du fleuve.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Alors que le canoë arrive nous prenons le raccourci

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

et ressortons un peu plus loin sur le fleuve pour reprendre notre progression rapide. Nous faisons régulièrement décoller des oiseaux, martins pêcheurs, hirondelles, anis quand un vol de flamant bois (ibis) prend son envol devant nous.

 

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Un peu plus loin, un ani, posé sur un palmier penché au dessus de l'eau décolle alors que nous passons sous lui. 

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Le fleuve est large pour l'instant et les obstacles quasi inexistants,

la végétation de la berge varie en fonction des zones, les zone humides de marais sont reconnaissables à la présence de grands palmiers.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Petit à petit, le fleuve se resserre et de plus en plus de martins pêcheurs accompagnent notre route. nous passons devant le second raccourci qui coupe un autre méandre du fleuve mais le niveau de l'eau est trop bas et nous décidons de poursuivre.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Alors que nous arrivons à l'autre bout du passage en suivant le fleuve nous attendons le canoë sur qui nous avons pris beaucoup d'avance et les interpellons alors que nous les voyons passer. Xavier dit à Daniel de tenter de prendre le raccourci avec le canoë. Il s'élance donc une première fois mais malgré les tentatives de "Scarabée" pour l'aider à la pagaie dans une eau très peu profonde, le canoë repart en arrière et nous rigolons avec Xavier de l'infortune de nos camarades. La seconde tentative sera la bonne.

Nous repartons et reprenons vite de l'avance sur le canoë avant de nous arrêter un peu plus loin sur une petite plage où nous avions déjà fait halte avec Christophe et Olivier l'an dernier après que j'ai loupé mon premier caïman. La pluie s'est complètement arrêtée.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Un carbet a été instalé sur la bande étroite de terre dans ce méandre serré du fleuve. Nous nous dégourdissons un peu les jambes en attendant l'arrivée de nos collègues. Le ronron du moteur annonce le canoë qui finit par apparaître dans un virage un peu plus en aval.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Après une petite pause nous reprenons notre chemin et apercevons une caurale soleil

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

et un puis 2 aningas

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

qui prennent leur envol à notre arrivée. Nous sommes vite pris sous un véritable déluge de quelques minutes.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Le soleil finit par réapparaître et un peu plus loin nous tombons sur notre premier obstacle infranchissable, un tronc coupé plus en amont et venu se caler contre la berge et à pivoté pour barrer le lit du fleuve à 50 ou 60 cm au dessus de l'eau, trop bas pour passer dessous, trop haut pour passer par dessus. Xavier n'a pas d'autre solution que de descendre à terre pour en tronçonner l'extrémité du tronc. Il commence à tronçonner mais se rend compte que la chaîne est montée à l'envers et me demande de lui passer la clé pour la démonter et la remonter à l'endroit avant de recommencer à découper l'arbre.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Il finit par couper le tronc qui tombe à l'eau et manque de l'entraîner avec lui. Xavier remonte dans la barque et met les gaz pour passer par dessus le tronc qui flotte juste en surface. Nous reprenons de l'avance sur la canoë qui nous avait rattrapé mais tombons un peu plus loin sur un énorme tronc qui nous barre à nouveau la route, impossible de passer dessus ou dessous.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Sur la gauche, un passage étroit a été ouvert à la troçonneuse contre la berge, le canoë leger passe facilement juste en le tirant un peu.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Mais pour la barque c'est une autre histoire, Xavier commence à s'engager mais une avancée de sable derrière le tronc bloque notre progression. Je dois descendre de la barque dans l'eau jusqu'à mi-cuisse pour couper au sabre la végétation de la berge et faire pivoter la barque. Aidés par nos collègues nous finissons par faire passer la barque. Le reste du voyage sera presque trop facile, sans obstacle difficile à franchir. Juste un tronc que je n'ai pas vu assez tôt et sur lequel la barque s'est calée. Je dois descendre dans l'eau sur le tronc pour pousser la barque et Xavier en profite pour repartir. Mes collègues en canoë me récupèrent, alors que je manque de perdre l'équilibre et de tomber à l'eau, ils me ramènent vers la barque qui m'attend un peu plus loin.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Je reprends ma place dans la barque.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Le fleuve est maintenant beaucoup plus étroit et notre progression est accompagnée des martins pêcheurs et des chauve-souris qui s'envolent sur notre passage.

Tout à coup, Xavier m'interpelle, je me retourne et il me tend une gousse qui ressemble à une gousse de fèves mais un peu plus courte et un peu plus large. Je connais ce fruit qui pousse au dessus du fleuve et pend souvent dans l'eau ou au ras de la surface, j'y ai déjà goutté l'an dernier. ces gousses vertes jaunissent en murissant, en les ouvrant on tombe sur des sortes de haricots recouverts d'une pulpe blanche sucrée qui se détache de la graine quand on la suce, on recrache ensuite cette dernière. J'ouvre la gousse, prends 2 graisses et les mets à la bouche pour manger la pulpe et tends le reste à Xavier. Ce fruit est très apprécié des tapirs qui viennent le cueillir en nageant sur le fleuve. Un peu plus loin nous dérangeons encore une caurale soleil, cet oiseau réputé rare en Guyane mais que j'ai déjà vu plusieurs fois depuis ce matin. Il part se poser sur un tronc qui dépasse de l'eau puis s'envole à nouveau pour se poser un peu plus loin  caché par une branche basse.

Un oiseau décolle à notre approche et disparait au loin, pensant qu'il s'agit de la caurale, je coupe mon film mais alors que nous arrivons tout près de l'arbre mort qui dépasse de l'eau, cette dernière s'envolle juste à côté de moi pour rentrer en forêt et disparaitre. 2 gros remous agitent le fleuve dans une zone de végétation dense en bordure du cours d'eau, très certainement des caïmans. Nous finissons par arriver au départ du petit bras de fleuve qui va nous conduire à notre futur campement, le même que pour le second sejour en forêt de 2014.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Nous arrivons en début d'après midi à l'entrée de la crique où nous allons accoster. Un remous attire mon attention, quelque chose vient de plonger contre la berge de gauche, un caïman ou une tortue, je n'ai pas pu voir l'animal. Un arbre est tombé en travers du bras du fleuve et ses branches barrent l'entrée de la crique mais nous arrivons à passer dessous et accostons. Nous attachons nos embarcations et commençons à débarquer nos affaires. De nombreuses "grenouilles feuilles" sautent en tous sens devant nos pieds.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015
Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Je repère une belle araignée qui transporte sa boule d'oeufs empaquetée de soie sur le tapis de feuilles mortes qui couvre le sol.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Nous regroupons nos affaires sur le camp puis commençons à monter nos emplacement. Chaqu'un tend sa bâche par dessus une corde reliant 2 arbres entre lesquels nous tendront notre hamac. puis aménageons notre espace. Je tends une corde à linge à l'abri sous ma bâche et fabrique un crochet avec une branche pour suspendre mon arc. Xavier, monté sur une touque pour attacher sa corde suffisamment haut va nous faire une belle chute qui n'aura heureusement pas de conséquence. Le camp a bien pris forme.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Je finis mon coin en tendant mon hamac.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

J'allume mon GPS, attends la réception satellite et fais le point sur le camp puis pars faire un petit tour de l'autre côté de la crique. Le tronc qui permettait de traverser l'an dernier est toujours là. Je traverse donc en marchant dessus. Je pars vers l'endroit où j'ai vu le remous en arrivant. En arrivant au bord du fleuve, j'ai juste le temps de voir le remous mais je n'ai toujours pas vu l'animal responsable de cette agitation. Après avoir fait juste un petit tour dans une zone dégagée près du fleuve et constater que le secteur est ponctué de nombreux terriers de pac ou de tatou, je retourne sur le camp. Après un temps de repos, la nuit est tombée. Il est temps de se restaurer, un bon repas, une bonne blanquette de de capibara façon Daniel nous attend. Nous décidons ensuite de partir chasser sur le fleuve. Je prépare donc mon arc et l'équipe du moulinet, de ma flèche de pêche et de ma lampe d'arc à faisceau vert pour la tester puis prends ma frontale. Je troque mon T-shirt à manches longues pour un sweet plus chaud mais surtout plus protecteur contre les piqures de moustiques mais aussi de guêpes que la lumière de nos frontales attire souvent comme un aimant. Je jette un coup d'oeil sur le fleuve et aperçois un oeil rouge dans le faisceau de ma frontale. C'était donc un petit caïman qui a plongé tout à l'heure.

Je pars avec Xavier en barque pour descendre le fleuve alors que Daniel et "Scarabée" vont le remonter en canoë. Je prends également mon carquois d'arc où j'ai remplacé 2 de mes flèches de chasse par des flèches équipées de vielles lames cabela's qui me serviront, si nécessaire à achever mes caïmans d'une flèche dans la nuque. Mes autres flèches sont équipées de lames neuves au cas où nous croiserions d'autres animaux sur les berges du fleuve. En partant vers la barque nous apercevons une grosse grenouille rousse à l'entrée d'un terrier abandonné de pac au bord de l'eau, ses gros yeux brillent en rouge, elle rentre dans le terrier à notre approche. Nous embarquons et partons en marche arrière en nous baissant pour passer sous les branches de l'arbre tombé en travers de la crique puis prenons le sens du courant. Le petit caïman plonge à notre départ, arrivés sur le lit principal du fleuve nous ne tardons pas à voir les premiers yeux rouges. Les premiers caïmans sont craintifs et plongent rapidement au moindre bruit.

Nous devons slalomer entre les troncs morts qui encombrent le lit du fleuve et éviter les troncs immergés que je tente de signaler à Xavier quand je les vois. J'aide Xavier qui s'occupe du moteur à l'arrière en essayant de diriger la barque à la pagaie à l'avant. Malgré nos précautions nous heurtons régulièrement des troncs, faisant du bruit et faisant parfois plonger les caïmans. A chaque fois que nous repérons un oeil, il me faut poser la pagaie, prendre mon arc posé devant moi, encocher ma flèche de pêche, vérifier que le câble est correctement mis en place, allumer la fibre de mon viseur, positionner l'interrupteur de ma lampe d'arc sur la poignée d'arc et tout ça sans heurter la barque avec mon arc ou ma pagaie et en essayant de ne pas trop éclairer la barque pour ne pas nous faire repérer. De plus, le courant nous entraîne vers les caïmans et il me faut faire très vite pour avoir le temps de viser et décocher. Finalement un premier caïman se laisse approcher. Je me prépare rapidement perdant un instant de vu l'animal. Une fois prêt, je tente de l'apercevoir à nouveau alors que nous sommes tout près, Xavier ne le voit plus non plus. Tout à coup, je l'aperçois, il est contre la berge et me tourne le dos, ces yeux ne sont donc pas visibles mais c'est la position que je préfère car elle tolère les erreurs de tir verticales. J'arme, allume ma lampe d'arc, vise et décoche. Le caïman touche au cou plonge en se débattant.

Je tente de le ramener un instant mais n'arrivant pas à le maîtriser, je décide de descendre à terre pour l'achever. Je rembobine mon câble et le caïman finit par venir se caler contre la berge, tête vers la forêt, j'encoche une flèche d'achèvement, arme vise en essayant ne ne pas toucher ma flèche pêche et décoche. Atteint au cou, le caïman plonge. Je n'ai pas touche les vertèbres mais cette flèche l'a tout de même affaibli. Je le ramène grâce à mon câble et après un petit moment de lute, je finis par lui fermer la gueule à la main, dégage ma flèche pêche en dévissant la pointe et lui entourer le museau avec du scotch que j'avais pris dans ma poche. Xavier me fait passer le sabre pour l'achever d'un coup à la nuque mais je préfère l'achever avec mon opinel que je lui plante derrière la tête. Je revisse ma lame de pêche et rembobine mon câble. Je retrouve ma flèche plantée contre la berge juste avant un gros amas de végétation qui m'aurais rendu la recherche impossible. Je remonte dans la barque avec mon arc et mon caïman. Nous repartons en chasse et finissons par approcher un nouveau caïman un peu plus loin mais le temps de ma préparer la barque a dérivé et fonce, poussée par le courant, droit sur le caïman qui est sous des branches basses qui rendent le tir difficile. J'ai juste le temps d'armer, allumer ma lampe, viser et décocher au coup de bras alors que la barque passe à 50 cm du caïman dont seule la tête, tournée face à moi, dépasse de l'eau. L'action s'est passée en un éclair et je lute maintenant dans les branches pour ne pas tomber à l'eau. Une fois la barque dégagée, je commence à rembobiner mon câble.

Je n'en reviens pas, j'ai touché mon caïman qui se débat au bout du câble, le tir était quasi impossible. Ma flèche est rentrée dans le museau et ressort dans la gorge. Xavier me dit de prendre le sabre pour l'achever mais je me rends compte que je l'ai oublié sur la rive tout à l'heure. Aidé par ma flèche je n'ai pas trop de mal à fermer la gueule de mon caïman. Je lui dégage ma flèche pêche en dévissant ma pointe et en maintenant fermement sa gueule fermée dans ma main, j'entoure son museau avec quelques tours de scotch. Je constate alors qu'il lui manque le bout d'une patte avant, coupée au niveau du poignet, mais que cette blessure ou malformation est parfaitement cicatrisée. Impossible de trouver mon opinel, Je le pose dans la barque pendant que je revisse ma pointe de pêche et rembobine mon câble mais il court en tous sens et tente de sauter par dessus bord. Je l'attrape et l'achève donc en lui tapant la tête sur le bord de la barque et le remets dans la barque. Nous décidons de faire demi-tour et de partir chercher le sabre. En route, le caïman que je pensais mort se réveille et je dois le frapper à nouveau à la tête, cette fois, il ne s'en remettra pas. En chemin, nous apercevons un gros caïman dans des branchages près de la berge. Nous tentons une approche, je me prépare, arme, allume ma lampe, tente de viser au travers des branchages et décoche mais manque la caïman qui positionné plein travers ne laissait voir que sa tête. Le tir était compliqué mais je suis un peu déçu car c'était le seul gros caïman que je pouvais flécher ce soir, nous l'avions vu plonger en descendant tout à l'heure. Je rembobine mon câble et récupère ma flèche. En remontant nous finissons par retrouver le sabre posé sur la berge.

Un peu avant le camp, nous repérons un oeil rouge dans une crique sur la gauche du cours d'eau et nous avançons. Xavier me dis de ne tirer que si c'est un gros caïman. Ce dernier est posé sur la berge, tête vers l'eau et nous laisse approcher sans bouger. J'arme, allume ma lampe et vise, je demande quoi faire à Xavier mais il me dit de le laisser, il est plus gros que les 2 autres mais pas assez gros. Je désarme. Nous passons juste devant lui sans qu'il ne bouge. Nous faisons demi-tour un peu plus loin et repassons devant la caïman qui ne bouge toujours pas. J'en profite pour le prendre en photo.

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

Il finit par plonger. Nous rentrons. Sur le bras du fleuve qui nous mêne au camp, le petit caïmam d'environ 70 cm plonge devant nous quand Xavier m'interpelle pour me montrer 1 puis 2 tout petits caïmans posés sur la berge qui nous laissent passer sans bouger. Nous accostons dans la crique, la grosse grenouille, qui était ressorti, regagne sa tanière, le canoë n'est pas encore rentré. J'en profite pour faire des photos de mes caïmans

Chronique guyanaise, départ pour la forêt, 14 mars 2015

avant de les vider et de les pendre pour les laisser égoutter cette nuit avant de les mettre au frais demain matin dans la glacière. Ne voyant pas arriver nos collègues ,nous partons nous coucher dans nos hamacs. Ils finissent par arriver. Leurs éclats de voix en disent long. Daniel lance un : "Qui c'est le papa ?".  Je me lève pour aller voir le résultat. "Scarabée" a fléché un magnifique caïman mâle qui affichera 24 kg au peson. C'est un record à l'arc pour le secteur, ceux fléchés l'an dernier n'atteignaient pas ce poids malgré leurs belles tailles. Le bout de la queue du caïman est manquant et cicatrisé et il possède un entaille récente de 4 ou 5 cm à la hanche. "Scrarabée" nous raconte sa soirée : "Quelques yeux rouges seront visibles mais le manque de rapidité dans ma préparation avec cette flèche et ce moulinet de pêche m’empêcheront de décocher.

Au détour d’un abatis, deux points rouges «s’illuminent» mais les branches ne me permettront pas de lâcher le tube. Il me faudra sortir du canoé pour progresser sur le tronc immergé jusqu’à trouver une fenêtre de tir. Le manque d’habitude me fera perdre encore du temps pour savoir de quel côté se trouve le corps de l’animal, mais le fil se délove et le «croco» se débat. Après une bagarre de plusieurs minutes avec l’aide de Daniel débarqué également, le saurien se libère laissant libre la bobine. Dégouté que je suis, mais Dan me rassure en me disant qu’il finira par remonter et effectivement cinquante mètres plus loin en aval, les yeux réapparaissent, nous obligeant à reprendre l’embarcation. L’approche à la pagaie nous permettra de le doubler et cette fois de le remonter à bord en lui apposant un lasso et un scotch sur le museau. Sur le chemin du retour nous verrons un autre très beau spécimen mais qui ne se laissera pas harponner". Daniel s'est blessé en essayant de maîtriser ce beau reptile, il nous montre son molet, le caïman, en se débattant alors que son museau était déjà entouré avec du scotch, lui a fait une entaille de 4 cm de long, sur le côté du molet, en le touchant avec l'une de ses dents qui dépasse de la machoire. Nous partons nous coucher.

 

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans GUYANE 2015 CAÏMAN
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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 11:29

Un récit dès que possible...

Encore une sortie productive, 23 février 2015

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans RAGONDINS 2014-2015
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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 13:31

Ce matin, nous organisons avec Manu et Christophe la première sortie au ragondin collective de la saison. Nous partons donc pour le lac des Coteaux de Gascogne du carrefour de Noilhan. Il pleut et le vent souffle fort, pas idéal pour la chasse du ragondin. Nous nous sommes donnés rendez-vous sur le dépôt de gravier avant le lever du jour. Le temps couvert retarde le lever du jour. Alors que la luinosité commence à croitre, nous partons à pied par la route en direction du lac un peu plus loin. Alors que nous arrivons près du ru d'alimentation qui passe sous la route, nous apercevons, dans la pénombre, deux chevreuis au ras du lac au niveau de l'arrivée du ru, sous un gros peuplier. Ils finissent par nous voir et déguerpir en faisant demi-tour pour fuir à travers champ et disparaitre en passant la crête. Nous partons vers le lac en suivant le ru. Je laisse Christophe et Manu partir par la gauche du lac et je prends par la droite. Je vais garder quelques terriers à mi-chemin entre la digue et l'arrivée du ru. Christophe va surveiller l'arrivée du ru sur lequel il y a de nombreux terriers où les ragondins cherchent parfois à fuir. Manu lui va surveiller les terriers de la berge d'en face un peu plus répartis que ceux de mon côté mais concentrés au milieu de la rive également. Christophe est en poste, nous avançons en même temps avec Manu mais nous arrivons au 2/3 du lac sans avoir vu un seul ragondin, je ne pense plus en voir et décide de rejoindre Manu par la digue. Alors que j'arrive au milieu de cette dernière, j'entends Manu qui me cri qu'il vient de voir 2 ragondin et qu'ils sont sur l'eau devant lui. Avec le vent assez fort la surface du lac est agitée et je n'arrive pas à voir les ragondins qui sont à envion 100 mètres de moi. Je demande à Manu vers où ils vont et il me dit qu'ils partent vers la berge opposée, je fais donc demi-tour au pas de course pour revenir me poster près de quelques arbustes qui me camoufleront près des terriers.

En poste, j'observe la rive opposée et aperçois un ragondin qui file vers les terriers entre Manu et Christophe. J'en informe Manu mais il est occupé avec l'autre ragondin. Je cri à Christophe de lui couper la route mais le vent fort couvre ma voix. Je m'avance vers Christophe et lui recrie que le ragondin part au terrier. Cette fois, il m'entend et vient rapidement à sa rencontre, je le guide à la voix car il ne le voit pas mais alors qu'il arrive à portée de tir, le ragondin plonge et disparait. Pendant que Christophe le cherche, Manu décoche sur l'autre et le manque. Un autre ragondin refait surface au milieu du lac. Je me fige. Il plonge et refait surface à 30 mètres devant moi environ, c'est un jeune, puis vient vers moi avant de biaiser doucement vers le terrier à quelques mètres sur ma gauche. J'arme doucement et le suis dans mon viseur. Je le tire à environ 8 mètres mais le manque, il plonge. Je réencoche rapidement et surveille la surface quand il refait surface de cul prés de la berge à plus de 15 mètres sur ma gauche. J'arme rapidement, vise et décoche. Ma flèche frappe le ragondin qui plonge pour refaire rapidement surface et s'immobiliser presque aussitôt. Ne pensant pas voir d'autres ragondins et ne voulant pas que mes flèches coulent, j'attrape rapidement mon lancer pour récuperer mes flèches et mon ragondin qui dérivent rapidement, poussés par le vent. Le vent fort ne me permet pas des lancers pécis et emporte en fil vers la rive. Je peine à récupérer ma première flèche puis ma seconde et me rends compte que mon ragondin a disparu. Je pense qu'il a coulé. Christophe m'annonce qu'un ragondin vient vers mon côté de berge entre moi et la digue. Je finis par lui poser les yeux dessus. Il plonge, je pose mon lancer et cours pour l'intercepter en surveillant la surface. Il refait surface, je stoppe net, il replonge, remonte, replonge plusieurs fois et je le pense blessé, il replonge je cours et me positionne à l'endroit vers lequel il se dirigait, il refait surface à environ 20 mètres mais replonge. Je scrute la surface mais il ne remonte pas quand Christophe l'aperçoit, il se dirige vers la digue. Manu court et passe derrière la digue pour revenir vers le ragondin en restant caché. Il se fige, le ragondin est devant lui mais trop loin et finit par replonger mais cette fois il disparait pour de bon. Impossible de le retrouver.

Je récupère mon lancer et pars chercher mon ragondin en longeant la berge. Je l'aperçois contre la rive au pied des arbustes. Je peine un peu à le récupérer au travers des branchages puis finis par le remonter. Christophe m'annonce un autre ragondin venant vers moi. Les buissons me la cache tout d'abord mais je finis par l'apercevoir au milieu du lac, il semble vernir vers ma berge entre les arbustes et la digue. Je me décale doucement vers lui. Il plonge, je me décale rapidement et me poste à son point estimé d'arrivée. Il refait surface, c'est un gros ragondin, il regarde vers moi un instant sans bouger à la surface puis s'avance et commence à hésiter. Il zigzague, droite, gauche, droite, gauche sans savoir ou aller mais se rapproche doucement. Je le laisse venir et le tire finalement de face à 6 mètres. Le jeune ragondin semble séché sur place, il saigne abondemment mais se remet en mouvement. Il tente de fuir mais ses pattes arrières ne répondent plus et il penche sur le côté. Je pars vite chercher mon lancer et le ramène au bord pour l'achever.

Première sortie au ragondin de la saison, 21 février 2015

Je récupère ensuite ma flèche puis pars chercher le gros ragondin avec Manu. Je récupère mes prises et rejoins Manu quand un bruit d'impact retentit. Christophe vient de flécher un ragondin au milieu du lac contre la berge. Ne trouvant pas le ragondin qui a disparu, nous partons à la rencontre de Christophe qui est parti vers le ru. Nous récupérons son ragondin qu'il a laissé sur la berge au passage puis nous repartons vers les voitures.

Nous laissons les ragondins à ma voiture, prenons celle de Manu et partons vers Loubersan un peu plus loin. Vu que les derniers jours ont été très pluvieux, nous décidons de laisser la voiture en haut du chemin de terre qui descend aux lacs et partons à pied pour ne pas risquer de rester embourbé. En descendant nous apercevons 2 chevreuils au loin sur notre droite puis 3 autres en face de nous qui remontent pour passer la crête à 400 ou 500 mètres. Il s'arrêtent un instant en crête et regardent vers nous puis passent la crête. Il ressortent un peu plus à gauche mais cette fois ils sont 5, ils regardent un instant vers nous puis détallent. Arrivé au niveau du ru du fond de combe nous décidons de partir à gauche vers le premier lac. Le secteur semble bien fréquenté, de nombreux terriers et des coulées marquent les berges du ru qui s'élargit doucement en allant vers le lac. Nous laissons Manu à la fin du ru et partons un de chaque côté du bout du plan d'eau avec Christophe pour tenter de débusquer les ragondins. Manu coupera leur fuite si nécessaire mais le lac est très bas et la zone de saules qui poussent habituellement les pieds dans l'eau est à sec. Beaucoup d'arbres sont tombés et de nombreux arbustes ont poussé, le secteur deviendra vite impénétrable. Pas de ragondin, nous faisons demi-tour et partons avec Manu vers le second lac plus en amont.

Arrivé sous la digue, je prends à droite du lac et Manu et Christophe prennent la berge opposée. Arrivés au coin de la digue, ils marquent un temps d'arrêt et me font signe mais comprennent que ce qu'ils ont vu n'est pas un ragondin mais une touffe de végétation sombre. Nous commençons à longer les berges. Des foulques se déplacent à la surface du lac. Je me dirige vers un bosquet qui descend vers le lac et abrite une cabane de chasse au canard. Le départ du lac se divise en 2 bras, chacun alimenté par un petit ruisseau. En arrivant près du bosquet, il me semble apercevoir un ragondin au bord du bras de gauche contre un arbuste qui pousse contre la berge avec les racines sous l'eau, un refuge habituel des ragondins. J'en informe mes collègues. Je rentre dans le bosquet et le longe au bord de l'eau puis passe le petit ruisseau un peu plus loin pour suivre la berge sinueuse pour revenir vers l'endroit où je pense trouver le ragondin. La tache sombre que j'avais vu de loin a disparu. Manu est posté sur une zone de terriers de la berge opposée. Christophe s'est avancé un peu plus loin vers l'arrivée du ruisseau. J'avance doucement vers l'arbuste quand j'aperçois un ragondin, dans l'eau, à 20 mètres devant moi prés de l'arbuste. Je l'annonce à Manu. Le ragondin plonge et part droit vers Manu. Je me positionne prés de l'arbuste. Le ragondin remonte contre la berge opposée à 7 ou 8 mètres de Manu, juste en face de moi. seule sa tête sort de l'eau, il est tout près d'un terrier à sa droite. Je l'annonce à Manu qui l'aperçoit et arme son arc mais une souche au bord de l'eau ne lui permet pas d'ajuster son tir, lui cachant la majeure partie du ragondin à l'exeption de son nez. J'hésite, le ragondin est à 15 mètres devant moi, mais je décide de le laisser à Manu, espérant qu'il aura une fenêtre de tir. Il reste armer un moment sans bouger mais le ragondin finit par plonger et partir droit sur lui.

Nous surveillons un moment la surface du lac sans rien voir. Christophe revient vers Manu, en arrivant au bout du lac, il a fait plonger quelque chose et nous en déduisons qu'il s'agit certainement du ragondin que nous avons vu. Je dis à Christophe d'aller se poster sur un autre terrier à 20 mètres environ derrière manu et de vérifier si le ragondin n'est pas contre la grosse souche partiellement immergée devant ce terrier. J'ai bien regardé l'entrée des terriers immergés et l'eau n'a pas bougé, je ne pense pas que le ragondin y soit rentré, même sans refaire surface. Un petit amas de brindilles dépasse un peu sur l'eau à un peu plus d'un métre sur la droite de Manu, je demande à ce dernier de regarder si le ragondin ne se cacherait pas dessous et à notre grande surprise, il le fait démarrer en s'approchant. Nous avertissons Christophe et recommençons tous à surveiller la surface du lac. Au bout d'un moment, en me retournant, j'aperçois le ragondin qui se débine contre à berge, le long du bosquet. Je sais où il va, un terrier situé au coin du bosquet coté digue. Ce terrier est hors d'eau et j'ai une chance d'intercepter le ragondin avant qu'il n'y rentre. Je pars au pas de course en annnonçant le ragondin à mes compères. En arrivant dans le bosquet, je surveille la berge tout en gardant un pas soutenu pour arriver rapidement au terrier et fais plonger la ragondin qui faisait une pause à la surface de l'eau, contre un arbre couché dans l'eau. Je fonce vers le terrier et me poste au moment où le ragondin arrive sous l'eau. Les vibrations provoquées par mon pas sur le sol font faire demi-tour au ragondin qui était juste à 2 mètres du terrier, je le vois nettement sous l'eau peu profonde et très claire. J'arme mon arc alors qu'il repart vers le milieu du lac et le tire sous l'eau mais le manque. Il accélère soulevant un nuage boueux qui me cache sa fuite. Au bout d'un moment, il remonte devant Christophe qui le stoppe net d'une flèche de face en pleine tête. Je n'ai pas vu le tir mais le bruit caractéristique de la flèche cassant le crâne a parlé. Je récupère ma flèche alors que Christophe récupère sa prise. puis nous retournons vers la voiture.

La flèche de Christophe a perdu une vanne qui dépasse de la tête du ragondin où elle est restée coincée. Nous remontons vers la voiture puis partons vers une mare près d'une ferme sur Clermont Pouguyilles. Nous nous garons près de la ferme, les chiens de troupeau nous acceuillent en aboyant. Nous nous préparons et partons vers la mare toute proche. Cette dernière est entourée d'une petite prairie clôturée qui enferme quelques moutons. En nous rapprochant, j'aperçois un gros ragondin rentrant au terrier contre la berge opposée. La mare est presque totalement envasée et un ragondin ne peut même pas s'immergé pour la traverser. En arrivant prés du portail d'entrée de la clôture, une brebis qui s'est échapée arrive droit sur nous en longeant l'extérieur de l'enclos. Je lui ouvre le portail mais elle fonce dans le grillage et passe dessous à la seconde tentative. Nous rentrons dans l'enclos. Manu part à droite et nous partons à gauche. Je passe le ru qui alimente la mare et fait démarrer un lapin dans le gros roncier qui longe et couvre le talus de la mare. Ce dernier part se giter derrière moi dans les ronces en sautant par dessus le ru. Je mapproche doucement levant  sans le voir un second lapin qui passe devant Christophe mais trop vite. Je relève également mon lapin qui retraverse le ru et se gîte à quelques mètres derrière un petit tronc recouvert de ronces. Je le vois bouger sans pouvoir identifier la zone vitale. Je m'approche doucement mais le lève et l'envoie vers Christophe. "A toi Christophe !" Il lui passe devant mais trop vite et disparait dans la végétation de la berge.

La suite du récit dès que possible...

Première sortie au ragondin de la saison, 21 février 2015

Alex

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Published by Alex.bowhunter - dans RAGONDINS 2014-2015
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 23:01

Cela fait plusieurs mois que je tente de flécher mon dernier chevreuil sans résultat, ce soir en sortant du boulot, je décide d'aller faire un tour sur mon secteur favori de Labéjan. Les jours ont un peu ralongé et je vais donc avoir presque une heure pour chasser. Je me gare en haut de la côte, pas loin de la ferme, me prépare rapidement puis pars à travers champ en longeant la crête en direction du chemin de terre qui suit une crête un peu plus loin. Je me dirige vers une habitation que je pense contourner par la gauche quand j'aperçois 3 chevreuils, à environ 600 mètres, au gagnage dans le colza qui remonte en suivant la droite du grand bois. Ils sont à environ 40 mètres de la lisière et semblent descendre. Il me faut faire vite si je veux les intercepter. Je passe donc derrière l'habitation en courant, dévale de talus abrupt de 4 mètres qui surplombe le chemin de terre et le traverse pour rejoindre le haut d'un bosquet un peu plus loin. Le relief m'expose à la vue des chevreuils qui sont encore à 500 mètres environ, je décide de descendre de quelques mètres dans le bois pour passer derrière la ligne de crête et avancer rapidement à couvert, je descends en suite en courant tout en me servant du relief pour rester cacher. Il me faut ainsi descendre presque jusqu'au ruisseau d'alimentation du lac puis revenir en longeant le bas du bois pour tenter d'intercepter les chevreuils.

Je marche maintenant d'un pas rapide mais ne cours plus. En arrivant un peu avant le roncier qui forme le coin du bois, je n'aperçois pas les chevreuils et comprends qu'ils ont dû remonter comme l'autre matin. Je décide donc de remonter dans le bois par une grosse coulée de blaireau très marquée. La pente est abrupte et le sol glissant, je dois me cramponer aux arbres pour arriver à monter et éviter de chuter. Arriver sur un replat, j'écoute et observe le bois sans rien voir. Je continue à remonter en suivant la coulée de blaireau. J'avance doucement pour ne pas faire craquer les feuilles mortes et les bindilles qui jonchent le sol tout en biaisant vers la lisière du bois. Je finis par apercevoir les chevreuils dans un creux du terrain. Ils semblent remonter vers le chemin de crête. Je décide de continuer à monter vers l'angle rentrant du bois. Je perds un instant les chevreuils de vue en regardant où je pose mes pieds. J'avance doucement pour essayer de rester silencieux. Tout à coup, un mouvement attire mon regard, j'aperçois un beau brocard contre la lisière du bois après l'angle du bois, j'aperçois ensuite une chevrette près de l'angle suivant du bois. Il sont montés très vite. Je tente d'avancer encore en suivant au maximum les coulée de blaireau plus silencieuses que le tapis de feuilles mortes tout en surveillant les animaux.

Malgré mes précautions, mes pas provoquent parfois de petits craquements et le brocard se met à regarder vers moi. Je dois rester un moment sans bouger pour me faire oublier. Pendant ce temps, la chevrette passe derrière l'angle du bois et disparait. Le brocard finit par baisser la tête et pars en longeant le bois pour rejoindre la chevrette. Je repars et essaye d'avancer le plus vite possible sans faire de bruit et rattrape une belle coulée bien dégagée et la suis. Le brocard passe lui aussi l'angle du bois et disparait, j'en profite pour avancer plus vite et passer l'angle rentrant du bois. La coulée rejoint le chemin forestier qui monte et ressort après l'angle que viennent de passer les chevreuils. Je suis doucement le chemin qui est silencieux en essayant d'apercevoir les chevreuils. J'aperçois un premier animal à 20 mètres à droite de l'arrivée du chemin. Il est à 30 mètres envoiron et sera difficile à approcher. Il avance un peu et je le perds de vue. Je continue en suivant le chemin et aperçois une chevrette qui broute des feuilles de ronces cou tendu à moins de 10 mètres de la droite du chemin, elle est à 15 mètres environ, il me faut encore avancer un peu pour tenter une flèche mais c'est alors que j'aperçois le grand brocard qui ferme la marche.

Il est plus proche, à 6 ou 7 mètres de la sortie du chemin, j'avance encore un peu. Le brocard est à 10 mètres, il s'arrête, la zone vitale est dégagée entre 2 arbustes, j'arme mais hésite un peu car il me faut tirer au travers d'un peu de végétation fine. S'il avance, je n'aurais pas de meilleure occasion, je prends la visée et décoche. Mon tir est en contre plongée. Ma flèche frappe le brocard avec un bruit de coffre mais elle me semble haute et un peu trop en arrière. Les chevreuils démarrent, le brocard longent la bordure du bois sur 10 mètres puis rentre dans le bois et descend en parallèle du chemin à environ 15 mètres de moi. Je le perds de vu après 20 où 30 mètres de course dans le bois. J'entends la fuite des chevreuils un moment puis 2 d'entre eux se mettent à aboyer sur place vers le bas du bois pendant quelques secondes avant que le calme ne revienne. Je pense que ce sont les 2 chevrettes qui aboyaient à l'endroit où le brocard est tombé. J'attends un peu puis ressors sur le champ de coza en longeant le chemin forestier. Pas de sang à l'endroit du tir, pas de sang sur la direction de fuite du brocard et pas de flèche. Elle a dû retomber plus loin dans le colza mais la nuit sera vite là, je ne perds pas de temps à la chercher et tente de trouver du sang sans succès. Je cherche donc la première grosse coulée par laquelle aurait pu rentrer le brocard en tenant compte de la distance que je l'ai vu parcourir en longeant le bois. Au départ de la grosse coulée se trouve les restes d'un jeune lièvre, il ne reste plus que la colonne vertébrale, les os et le bout encore en fourrure des pattes arrières. Je suis cette coulée, mon intuition est la bonne, je trouve quelques gouttes de sang au fond du fossé qui suit la lisière à 2 mètres dans le bois.

Une fin de saison difficile, 17 février 2015

Je suis très étonné car j'ai fléché ce chevreuil avec une lame mécanique, "rage hypodermic", c'est la première fois que je flèche un gibier avec une lame mécanique et on m'a toujours présenté cette lame comme une source de forte hémoragie. Le brocard à fait plus de 10 mètres sans perdre de sang, je suis la coulée qui remonte le talus du fossé puis descend dans le bois. Le sang est peu abondant. 

Une fin de saison difficile, 17 février 2015

Un peu plus bas, le brocard au sauté un arbre tombé en travers de la coulée. 2 gouttes ont marqué le tronc un peu plus bas un gros rond de gouttes de sang marque certainement une reposée debout du chevreuil peu après l'endroit où je l'ai perdu de vue.

Une fin de saison difficile, 17 février 2015

Je reprends confiance et me dis que la piste va maintenant être plus importante mais les gouttes sont rares et espacées et s'espacent de plus en plus. La nuit tombe vite et il fait maintenant très noir dans le bois. Je dois maquer les gouttes en plantant des bouts de branche dans le sol et suivre les coulées sur plusieurs mètres pour pouvoir trouver la suivante. Mais au bout de 50 mètres environ de recherche, je n'arrive plus à trouver de sang et je décide de laisser tomber pour aller chercher Hémo pour essayer de finir la recherche. Les dernières gouttes sont marquées par un baton planté dans le sol. Je remonte vers la lisière du bois puis pars à travers champ vers ma voiture. 20 minutes plus tard, je suis chez moi, je prends ma frontale puissante achetée pour la Guyane, le harnais, la longe et nous voilà parti avec Hémo.

Arrivé sur place, je m'avance jusqu'à l'habitation pour gagner un peu de temps, équipe Hémo, mets ma frontale puis nous partons au pas de course vers l'endroit où le brocard est rentré dans le bois. Arrivé sur place, j'encourage Hémo : "Le sang Hémo, le sang " mais il tombe sur les restes du lièvre et commence à les manger. Je dois les lui sortir pour qu'il se reconcentre. Hémo finit par prendre la piste en donnant mais à l'endroit où je me suis arrêté, il prend à gauche, suit la courbe de niveau un instant puis remonte vers le haut du bois et ressort dans le colza. Pas de sang sur la piste et pour moi le chevreuil est mort en bas du bois. Je l'arrête et reprends au début de la piste. Il a la facheuse tendance à suivre les pistes chaudes ou mes pas. Nous repartons, il repart comme un fou en donnant, mais cette fois, il remonte sur mes pas par le chemin que j'ai pris pour ressortir du bois. Je le stoppe, nous remontons au départ. Nouvelle tentative, encore une fois, il part comme un fou et biaise à droite pour récupérer la coulée par laquelle je suis venu et par laquelle je sais que mon brocard n'est pas passé. Je commence à perdre patience et le stoppe à nouveau. Je n'y crois plus. Nous remontons au départ et encore une fois il part comme un fou. Cette fois, il prend la piste de la première erreur à gauche mais prend vers le bas. Je lui fais confiance et le suis bien que je ne trouve pas de sang au sol. Il donne à la longe et nous bouclons vers un roncier où les animaux blessés se remisent souvent puis il part dans tous les sens sans vraiment chercher.

Je l'arrête et repars au départ mais cette fois c'est moi qui cherche et lui qui suit. Je suis à 4 pattes les gouttes de sang mais, dans la nuit noire, je peine à trouver la suite de la piste quand, tout à coup, Hémo comprend ce que je cherche et pars devant moi pour descendre droit. Environ 60 mètres plus bas hémo devient fou et tire de plus en plus sur sa laisse en donnant comme jamais. Un oeil blanc apparait dans le faisceau de ma frontale. Mon chevreuil est couché là mais l'oeil clignote. Il est toujours vivant. Je m'approche un peu, attache Hémo à environ 15 mètres du brocard qui reste immobile alors qu'Hémo tire sur sa longe en aboyant au ferme. Je pars doucement pour faire une grande boule et me rapproche tout doucement du brocard par derrière Ce dernier ne bouge pas et me laisse approcher. Arrivé au ras du chevreuil, je le saisis par les bois. La flèche est passée là où je pensais, juste derrière les côtes et sous la colonne. La lame a touché la pense, et un rein. Des plis d'intestin ressortent pas le trou de sortie et ont empêché l'hémoragie. Il a à peine la force de se relever et je l'immobilise facilement et l'achève. Je le laisse un peu mordre à Hémo puis appose le bracelet, attache ses pattes ensemble avec le bout de la longe avant de le charger sur mon épaule. Il est 21h30, nous rentrons vers la voiture mais, de nuit, je me trompe et ressors au dessus du roncier de l'angle du bois alors que je pensais sortir au coin du ruisseau. Nous remontons vers la voiture à travers le semé de blé. Nous traversons un vol d'alouettes posé au sol. Les oiseaux décolent dans le faisceau de la frontale alors qu'Hémo leur marche presque dessus. J'aperçois un oiseau à mes pieds, pris dans le faisceau de ma frontale puissante, il ne bouge pas et je parviens à l'attraper. Je le regarde puis le relâche. Un peu plus loin, j'approche à 5 ou 6 mètres une bécasse prise dans la lumière mais Hémo la fait décoler. J'arrive enfin à la voiture, mon épaule est meurtie et il me tarde d'aller prendre une bonne douche.

Une fin de saison difficile, 17 février 2015

Alex

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Ce blog est adressé à un public de chasseurs ou de curieux intéressés par la chasse. Il comporte des photos d'animaux morts ou de pistes au sang qui peuvent choquer des personnes sensibles

 

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